APPLICATION DE L'EXPÉRIENCE A LA CONNAISSANCE DES ESPÈCES VIVANTES
144. L'expérience appliquée à rhistoire naturelle conformément à Topinion^ue je viens d'énoncer,présente moins de difficulté quand on l'applique aux plantes qu'aux animaux. Aussi commencerai-je par les premières, en m'empressant de faire remarquer au lecteur qije je me garde bieij'd'exposer un programme dexphimces, satisfait devoir parlé pi^céderùment'de l'esprit ëftrdoitpr^idër à ces expér^çn-
ces, eidia)yplÉn6rjuhntenafeWnes*vues à dés faits coniiubsay dôute||PKis dont l'importance relative à la science pure et notamment à la question de HP , pèce et de la mMùde, n'a pas toujours été appréciée à sa valeur réelle.
170 Rxpponrs de la cnrMre
ARTICLE PREMIER
Expériences sur les plantes vivantes.
145. Les expériences entreprises par Vilmorin dans rinlention de savoir comment des plantes sauvag*es devaient à la culture des modifications qui, tout en conservant leur essence spécifique, en avaient fait d'utiles aliments à Tusage de l'homme et des animaux domestiques, ainsi que les expériences de Duchesnes, de Sag'eret, de Louis Vilmorin, de Decaisne, de Naudin, etc., relatives aux plantes Aybrides et aux plantes métis, ne sont pas intéressantes seulement par leur utilité immédiate à la nourriture de rhomme; mais la lumière qu'elles répandent sur les questions les plus élevées de la science pure, les rendent à mon sens plus précieuses encore.
A a). N'est-ce pais une étude pleine d'intérêt que celle dont la carotte sauvag^e a été l'objet pour M. Vilmorin? Semer ses g'raines à^la fin de juin ou au commencement de juillet afin que les plantes qui en naîtront, n'atteig^nant pas leupHiéveloppenîent dans Tannée, deviennent bisannuelles, d'annuelles qu'elles étaient primitivement, et ne fructifient que la seconde année ; puis recourant à la sélection en
ne semant que les graines recueillies sur les individus dont la racine a acquis le plus de développement ; et obtenir, après quelques g^énérations, des individus à racines grosses et succulentes au lieu d'être minces et ligneuses comme la carotte des champs ; n'est-ce pas là un résultat important? n'est-il pas curieux de voir un simple procédé de culture produire ces g^ndes modifications dans un être vivant sans transformation , pourtant, de Y essence de l'espèce, car en tel terrain et en telles circonstances de culture, les individus modifiés retournent au type sauvage (1)!.
A b). La pratique de \a greffe ne sug»g*ère-t-elle pas plus d'une réflexion sur l'orgtmisation des plantes et leur vie en général? Si la ffreffe trouve dans la sève du ^W l'aliment rtécessaire à son développement comme elle l'eût trouvé dans la sève de la plante dont elle a été détachée, faut-il en conclure d'une manière gênéraie l'extetence d'une analogie extrême entre la sève du sujet et celle de la greffe, de sorte que là où la
(i) Je viens d'exposer les résultats des expériences ^e M. Vilmorin tels qu'il me les a communiqués, il y a une douzaine d'années ; mais si des renseignements nouveaux sonif exacts, les individus de carotte sauvage, mis en expérience par M. Vilmorin, auraient reçu Tinfluence du pollen d'individus de la carotte domestique cultivés dans le voisinage des premiers.
composition immédiate des deux sèves ne serait pas identique ou très-analog»ue, la grefTe ne réussirait pas? Je no le pense pas, par la raison qu'en ayniit ég-ard aux compositions (iiciuivalentes des principes immédiats org'aniques, on peut s . xpliquer comment ceux d'une sève peuvent se chang'er en ceux d'une autre sève fort différente de la première. Voilà ce qui tient à la composition chimique ; mais d'autres conditions existent encore pour assurer la greffe; des analog*ies de structuré eiitre elle et le sujet, et certaines correspondances entre la quantité de sève que la première doit trçaver dans le second à une époque déterminée delà vég^étation.
Les plantes ayant la faculté de s'ai^miler Toxyg*ène, l'eau, l'ammoniaque, l'acide carbonique, des composés d'oxyg*ène et d'azote , n'ont pas besoin d'une nourriture aussi complexe que celle des animaux aux(|uols est noeessairo, immédiatement ou médialement, une nourriture d'origine vég'étale; dès lors, la vég«Hation de la groffo, aux dépens de la sève du mjety se conroil par la moindre complication. Mais, sans insister sur ce point, disons que le nombre des espèces de plantes susceptibles à' ^ive greffées sur d'autres et de se développer est fort limité, preuve de la nécessité, comme nous l'avons vu, d'un certain nombre d'analog*ies entre le sv/yWet la greffe.
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Quoi qu'il en soit, lorsque la ffreffe peut se développer aux dépens de la sève d'une autre espèce que la sienne, elle présente un exemple de la force inhérente au végétal g'reffé pour conserver sa forme spécifique. ,
Voilà des faits connus de tous, mais l'étude de la greffe n'a pas donné à la science tout ce qu'elle me paraît susceptible de donner ; un examen microscopique et chimique auquel on soumettrait successivement deux espèces de plantes dont l'une serait alternativement le sujet ei X^greffe^ présenterait, je n'en doute pas, d'heureux résultats.
A c). La greffe cîQpservant les propriétés, les attributs de la plante d'où elle provient, n'est qu'un w,v jmrticidier de la multiplieatioii des végétaux par la division de f individu. La multiplication par les graines donne des résultats bien différents, car c'est par la voie de semis que l'horticulture est parvenue à se procurer ' le plus grand nombre des variétés, l'oï'nement de nos jardins, ^i ne gont ni hybrides ni métis (B).
La science a-t-elle retiré de ce genre de multipli;^ cation tout ce que l'observation et l'expérience peuvent combattre en le pratiquant. Je ne le pense pas. ^^ Cependant, n'importerait-il pascaux progrès de la science qu'un même expérimentateuf^ludiâtdfeque • l'espèce pourrait recevoir de modifications de la part de circonstances diverses et définies auxquelles
seraient soumises des graines produites par un môme individu, et des graines produites par des individus divers d'une même espèce placés respectivement dans des conditions diverses et toujours définies de culture et même de milieu?
Ne sei'ait-il pas curieux, comme complément de ces recherches expérimentales, de les exécuter comparativement sur des individus provenant d'une même plante, et (jne dès lors on aurait lieu de considérer comme identiques, parce qu'ils auraient été obtenus pai» division? Ne serait-il pas curieux de soumettre chacun d'eux à des conditions différentes de végétation?
La première série d'expériences apprendrait les modifications que Thomnie peut faire subir aux <»Tai!ios, (»t la (Ifuixiùnic série les modifications que les conditions (liiîérentes de végvtalion peuvent laîre subir à des individus identiques d'orig*ine.
B* Les expérienc(*s relatives au croisement des plantes ntî sont pas moins (turieuses par leurs résultats; et leur îinpoi*tance, au poitit do vue de la question de VeS'prcr, (^sl incontf^slable (juand il s'agii d'apprécier les variations dont les corps vivants sont susceptibles et la durée de ces variations. Avant tout; \appe]li'vaï p/mt/(*-/ff/ùri(/(' ou /tf/ôrh/r Ir [)i'oduit de d(;ux espèces diHei*entes, (H i)huite'ineth ou hiéth le produit de deux variétés, de deux sous-races, de
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eux races ou de deux sous-espèces d'une même spèce.
Quels sont les résultats des expériences faites avec 5 plus de précision sur le croisement des plantes?
C'est que les hybrides sont rares, parce que les roisements auxquels ils doivent la naissance résulînt toujours d'espèces très-analog^ues, par exemple, 'espèces congénères; de sorte que, si les produc- ?urs des hybrides appartiennent à des espèces de eux genres différents, on est tenté de croire qu'il y urait convenance peut-être à confondre les deux l^nres en un seul.
Quelle que soit la différence existant entre les iiiividus d'une même espèce, elle ne sera jamais comarable à celle qui distingue deux espèces l'une de autre. Gonséquemment les mjktis seront toujourf lus nombreux que les hybrides.
Ënfin^ si les hybrides sont féconds, l'expérience pprend que le plu3||^raQ$i nombre s'éteignent après uelgqaflfcgénératîons , tandis que les métis sont en ^n^W^conds, et si leurs produits n'ont pas la viilité des individus d'une sou^-r^e^^'unc^ace^ Ti^ sous-espèce pures, {Is jouissenrcepeJ9[aâ|.de« i faculté de se reproduire, J^uand ils ne foftt^^^|^ etour à un de leurs ascendants. ^ •».
Expéiiences sur les ammaux vivatits.
146. L'analog'ie de l'homme avec les animaux, plus grande qu'elle n'est avec les plantes, donne plus d'intérêt encore aux expériences dont les premiers peuvent être l'objet relativement à celles que l'on fait sur la^tég'étaux. En effet, les animaux se prêtent à des expérieddes analogues à celles dont je viens de parler (145 A" et B). En outre, ils peuvent être soumis à des rechéi^es expérimentales d'un vif intérêt pour la connaissance de nos propres facultés, lorsque nous étudions leurs mœurs, leurs instincts et que nous recherchons si les espèces les plus élevées en org'anisation exécutent des actes du domaine de l'intellig-ence.
A. L'économie des animaux présente des faits correspondants à ceux de récononiio des plantes envisag'éo au point de vue de Talimentatioa de l'homme. Non-seulement on peut étudier l'alimentation des animaux et en déduire d'utiles renseîg^nements sur la nature des aliments, mais encore sur les conditions de repos ou d'exercice des animaux, de lumière ou d'obscurité où on les place, et sur les influences de ces conditions relatives à la
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proportion et à la nature même des principes immédiats produits. Il est encore une source de faits curieux à recueillir, suivant que les animaux ont subi la castration ou non.
B. L'élevage des animaux domestiques a été long^temps réduit à des pratiques communes dont la science a profité sans doute ; mais l'augmentation de la population, les sentiments de philanthropie qui animent les gouvernements pour améliorer le régime des masses, ont surtout fait apprécier les avantages des bonnes conditions de Télevage; et aujourd'hui il est permis à la science pure de puiser des connaissances à une source qui, jusque-là, lui avait été interdite.
Cette source nouvelle de connaissances a surtout été ouverte à l'époque où les savants ont pu observer les modifications qu'un simple éleveur de bestiaux avait apportées par une pratique qu'il tint cachée, parce que la fortune et non la science était son but unique. Quoi qu'il en soit, les annales de la science conserveront toujours le nom de Bakewell, parce que ses succès communiquèrent une vive impulsion à ses concurrents, et que les savants, en réfléchissant aux produits de ces pratiques nouvelles, aperçurent bientôt l'avantage que la science pure en retirerait certainement pour éclairer d'une vive lumière la question de l'influence des ascendants sur leurs des-
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rendants et les questions l'elatives à \ élevage. C'est &] ce point tie vue qu*il est possible d'apprécier toute retendu*.^ des renseig'nenienls que la science est «f pelée à puiseï* dans des pi'oeédés qui ne sont pli restreints à élever {{^^ i^di^ idus, même choisis, mai^ lï dg'ii' [jai' voie de lu sélection des pr^oducLeui'» av* r intention de modifier des int/whhfs dans un m^s ^m pf^ à maiiitfaire à des bemm déterminés.
Mais en expinmanl mw opinion comme savnnt désireux de coiniaître, qu'on sache que je sois Fort réservé loi^wp^il s'ag-it de prononcer d'une manière absolue sur* tu Ifonlé iTunc pralicjue d'élevage dont le résultat immédiat donne une vhndi' a hon marché^ parce que cette pratique a ahrég^^ la dui^ïe de Télcvag-e, Nous savons si peu de choses encore sur l'alimentation de Thomme, que je ne voudrais pas prendre la responsabilité de me prononcer sûr une pratique nouvelle relativement aux avantages ou aux inconvénients de ses produits consommé» comme aliments. C'est avec cette réserve que, dans toutes les circonstances où j ai pu énoncer mon opinion sur Tapprécialion des animaux de boucherie aoiimis au jugement d'un jury, j'ai insisté avant tout pour que la viande fût jugée sous les différentes Formes où l'ttrt culinaire nous la présente sur nos tables, et cette épreuve n'est que le commencement de l'examen tel que je te conçois pour qu il soit définitif.
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C. Enfin les animaux, étudiés dans leurs mœurs, leurs instincts et dans des actes semblant émaner du raisonnement, peuvent donner sur la connaissance des facultés de Thomme des renseig'nements qu'on ne trouverait dans aucune autre étude, et, sous ce rapport, il est impossible de ne pas considérer Texamen des animaux comme étant étroitement lié avec la psycholog^ie pour ce qu'il y a de plus clair et de plus précis dans cette étude des facultés de l'homme.
147. L'étude des individus, plantes ou animaux, conduit à prendre en considération des attributs, des propriétés, des qualités, qui avaient été rejetés comme variables dans les divers individus d'une même espèce par les naturalistes classificateurs.
Telle est la couleur dont on ne tient compte, pour ainsi dire, que par exception dans l'étude des espèces, mais dont on doit tenir un compte exact dans les individus : les types colorés, que je dispose en dix cercles, permettent de donner à cet attribut, dans les descriptions du naturaliste, une précision très-sâtlsfaisatite» Par exemple, il est permis de fixer l étendue de la variation de la couleur dans les différents individus d'une même espèce* Ainsi :
Les Dahlias comprennent 41 gtimnies ^ur 72 ; les extrêmes sont le violet et le 4 jaune.
Les Reines-Marg'uei^ites en oompi*onnenl 10; le
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5 bleu violet et le 2 violet rouge sont les extrêmes.
Les Zinnia [violacea) en comprennent 27 ; le 4 >!()let et Torangé jaune sont les extrêmes.
En insistant sur le jour que le principe du mélange des couleurs et le principe de leur contraste simultané jettent sur un grand nombre de phénomènes de Téconomie organique, je craindrais qu'on m adressât le reproche d'entrer dans les détails.