DU DÉVELOPPEMENT DES ÊTRES VIVANTS
i<48. L'étude approfondie des individus, plantes ou animaux, ptortant sur Tensemble de leurs fonctions, sur leur développement et leur dépérissement, depuis la formation de Tembryon jusqu'à la mort, estjii histoire naturelle et en physiolog'ie d'une extrêmdMQiPortanee pour apprécier toute la valeur des principes que j'appelle de Vétat antérieur et de F état ultérieur. Ces principes ne sont pas de ma part des à priori; je les ai déduits d'une critique émanée de la méthode a posteriori, et à cette origine se rattache la valeur que je leur attribue en histoire naturelle, en anatomie comparée, et même en physiolog^ie. Peut-être me dira-t-on qu'ils ne différent point
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essentiellement du principe des causes finales. Je répondrai que je suis le premier à le reconnaître ; mais \e principe des causes finales, expression de la méthode a priœi, a donné lieu, dans Vapplication, à tant de critiques justement fondées, qu'en en faisant uÏAge, j'aurais cru donner le change sifr ma penséewi paraissant braver des critiques que je trouva justes. Je n'ai donc point hésité à formuler le principe de tétat antérieur et le principe de Fêtât ultériew, parce qu'il est impossible d'en méconnaître l'ori^ne a posteriori dans toutes les circonstances où je m'en sers. D'ailleurs, avec ma conviction de la faiblesse de l'esprit humain et mon amour du-^vrai, je suis toujours heureux d'arriver à un but où d'autres arrivent guidés par une méthode différente de celle que fai<3i^Êisie,
li9. Lorsque riiabilude restreint le travail du naturaliste à do puros descriptions, qu'il juge pouvoir satisfaire ù la mrtliodo natiirolle parce qu'il a signalé dos analof2;'ios et dos difToronces dans une série d'êtros qu'il rapproolio ou éloigne d'ospoces connues et déjà classées, il ne peut résulter rien de grand, à ré])oquo actuelle de la science, d'un tel travail descriptif et de pure imitation.
O'un autre côté, si l'anatomiste, après avoir pris un mémo organe dans une série d'animaux, avec l'intention d'en faire une étude comparative, afin de
le connaître aussi bien que possible; si, en outre, après avoir étudié successivement, et toujours comparativement, d'autres organes, il s arrête à ces études sans restituer aux êtres concrets les organes qu'il en a séparés, afin de les étudier au point de vue abstrait, il s'exposera à imaginer de pures hypothèses, dénuées de condensions réelles. Pour que les conclusions de l'anatomiste aient une signification définitive, les organes qu'il a étudiés abstractivement et comparativement doivent être ramenés aux individus concrets auxquels ils appartiennent respectivement, afin qu'en les étudiant dans leur ensemble, la science puisse s'en représenter la connexion et leurs fonctions, et soit capable de se faire une idée de ces individus au double point de vue de Tanatomie et de la physiologie, c'est-à-dire expliquer les fonctions par le jeu des organes préalablement étudiés dans leur structure, leurs connexions et leurs propriétés.
150. Quelle est donc la dernière conséquence de tout ce qui précède? C'est que les sciences naturelles ne concernent en définitive que le concret ;
Que ce concret n'est connu de l'homme que par ses propriétës, ses qualités, ses attributs;
Que, pour connaître ce^ propriétés, ces qualités, ces attributs, la faiblesse de son esprit l'oblige à les étu-
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dier isolément et comparativement dans une série d'êtres analogues;
Que ces études faites n'ont de signification réelle qu'à la condition expresse que les connaissances des propriétés, des qualités, des attributs, fruits de l'étude abstraite et comparative, feront retour par voie de synthèse aux objets concrets desquels V analyse les avait momentanément séparés.
On ne peut donc admettre que des propriétés, des qualités, des attributs ^é^dxés du concret, afin de les étudier séparément et comparativement, puissent former un système de connaissances indépendantes du concret auquel elles se rattachent. Évidemment un tel système ne comprendra que des parties (tun tout; des entités, des abstractions réalisées, dénuées de tout caractère d'une science positive.
151 . Quand Tétude de l'être vivant, faite comme je viens de le dire, est revenue à son point de départ, elle a réuni les connaissances propres à montrer la g*randeur de riiarmonie des principes qui concourent au maintien de la vie de cet être, depuis le moment où deux substances étnanées l'une du rmle et l'autre de la femelle, se sont confondues en une seule susceptible de s'accroître plus ou moins rapidement aux dépens du monde extérieur , sous la forme essentielle à son espèce; forme reçue de ses
parents, qu'elle transmettra à d'autres individus sembleft)les à elle-même; et la condition de perpétuer la forme spécifique une fois satisfaite, les élément»de Tindividu se sépareront de la matière pour rentrer dans le réservoir commun.
152. Que Ton réfléchisse à la durée d'une vie d'homme susceptible de dépasser un siècle et plus, malgré des maladies héréditaires^ malg-ré des maladies dont les causes viennent du dehors, et Tespritsera sans doute frappé de cette Ion giie durée ! Il ne la comprendra qu'en déduisant de l'enchaînement des causes aux effets qui se manifestent dans ce grand phénomène d'une vie séculaire, la nécessité àe^ principes de F état antérieur et de l'état ultérieur : et cette né^sité appétissant encore dans la contemplation de la vie rapide de Y éphémère et de Yinfusoire, la contemplation des extrêmes fera rentrer tous les intermédiaires dans le même point de vue, et donnera ainsi la plfts grande généralité aux deux principes.
Et franchement, sans ces principes, comment concevoir la permanence des formes spécifiques, sous lesquelles nous apparaissent les êtres vivants? Lqs variétés des plantes obtenues de semis, et les variétés d'animaux domestiques, loin d'être invoquées en faveur de la variabilité des espèces, sont à mon sens un puissant ar^^ment à l'appui de leur fixité ! Au-
trement, comment concevrait-on les difficultés que nous éprouvons à maintenir des modifications produites par la culture et le climat ou par la domesticité, lorsque nous les jug'eons propres à satisfaire nos besoins ou nos jouissances? Dès que ces êtres modifiés cessent de se trouver dans la sphère des causes de leurs modifications, celles-ci tendent à s'effacer; et si le retour au type orîgpinel ou spécifique n'est pas parfait, incontestablement la tendance à cette forme, plutôt qu'à toute autre, devient manifeste à tous les yeux, et les différences qu'on peut observer sont des effets dig'nes d'être notés par la science la plus précise!