DISTRIBUTION DES CONNAISSANCES HUMAINES DU RESSORT
201. Je crois ne pouvoir mieux commencer mon exposé de la distribution des connaissances humaines du ressort de la philosophie naturelle, qu en formulant avant tout les propositions sur lesquelles repose cette distribution ; car le lecteur qui ne les admettrait pas perdrait son temps à lire des pag-es qui n'en sont que le développement.
ARTICLE PREMIER
Réflexions sur la méthode.
202. Tout en reconnaissant que Texpérience, fruit de nombreuses relations avec les hommes,
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conduit à la tolérance des opinions qui ne sont pas les nôtres, et que le sentiment de cette tolérance se fortifie avec Tâg^e, quand on voit combien elle importe au maintien des relations qui doivent unir les membres crune m^^me société sous le double rapport de la liberté et de la justice ; cependant je ne crois pas violer ce principe en combattant énergi- (|ucment do prétendues doctrines scientifiques qui. ru dehors de la méthode a posteriori expérimentale, ont à mon sens le g'rave inconvénient d'éloigner les c^sprils de la vérité.
205. A ce sujet je ferai remarquer que si inconlestablement les g^randes découvertes ont pour caractère d'imprimer aux esprits une impulsion qui les porlo dans de iiduvoIIps voies, il n'en est pas moins vrai, à mon sens, que g'énéralemeiil on n'appn'M'i(* pas rxac^lemonl les mérites divers des savants (|ui, sans avoir (ait de ees g*randes découvei'l(*s, ont ap|>(»lé Tattenlion des esprits sur des idées anti'es que celles dont auparavant ces esprits s'oeenpaient exelusivenifMit, et ont donné ainsi uiK' lavorahh* impulsion an pi'Of»Tés de la s(M(»nce. Mais, sans parlcM* dc^s nuanec^s flivers(îs par lescpielles ces nK'riles peuvent S(* (lislin<^*u(M*, j(» déclai'e quil existe à mon sens une tirs-fi;'ran(le difierenee entiv (*elui <pn surmonte l'ineilie des esprits en leurpi'é-
itanl une idée vraie et neuve, et celui qui produit même effet en mettant en avant une idée susceple, de frapper sans doute, mais qui au fond est it à fait erronée ! Eh bien ! je crois qu'on élève néralement trop haut le mérite de l'impul- ►n, quand la cause qui la donne appartient à rreur.
204. Je dois à la vérité et à la cause dont je veux triomphe, que celui qui a démontré terreur dans e proposition admise comme vérité, a bien mérité de science, quoique sans doute à un titre différent l'auteur d'une vérité nouvelle ; je ne puis donc mettre, comme fondée, l'objection de n'avoir rien s à la place de Feireur détruite, souvent allég^uée Lir diminuer ce mérite. Effectivement, tant qu'une •eur passe pour une vérité, les raisonnements ns lesquels on la fait entrer comme vérité sont erîés. Une êireur est donc une source d'erreurs. Et iMBli la détruit a bien mérité de la recherche de vemé en empêchant l'erreui* de se propager, et tn engendrer d autres, car il est vrai de dire (|u'il a jpé un mal dans sa racine. L'erreur prise pour •ité a encore le grave inconvénient de mettre stacle au progrès de la science, parce que si une 30uverte véritable annoncée est contraire à cette •eur, il arrivera que les partisans de celle-ci re*-
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pousseront la découverte, c'est-à-dire la vérité plus ou moins long'temps.
205. Telle est la raison sur laquelle je m'appuie pour réduire Renseignement élémentaire et renseignement dit inofessionnel à ce qui est vrai et susceptible (F être facilement démontré tel. Car beaucoup de gens <[ui se disent partimi^^ du progrès, ne voient pas que (les erreurs promulguées par ces enseignements comme des vérités, sont autant de semences qui, en se développant dans de jeunes intelligences ou des intelligences d'adultes (|ue nulle étude n'a préparés à les juger, deviennent des opinions erronées, qui seront un jour les plus g»rands obstacles à la propaf^^alion (1(^ la vri'il(\ (•'(^sl-à-dirc a ir même progrhq^te F(ni veuf favoriser,
206. Liniporlanre que j'attache à la destrudion (le TeiM'eur explique mon ardeur à pi'opager la nitlho(l(*. Car cf^llc-ei sort do critérium non-soulenienl H Tautcur (Tuno (looouv<'rl(% auquel so fait sentir le l)osoin (l'avoir la oorliludo ([u'olleost vraie, mais onoor(» à o(Mix (|ui, (>l)li^'(''s do rooourir aux travaux (l'aulrni à un lilro (|iH'l(M)n([uo, sont inl(»ress(.'^s à savoir l(^ (lo{4T('* (lo cei'liliKlc (pTils (loivont attribuera (*os travaux avant d'on (aire usaf»'o.
207. La distinction quej'ai faite plus haut(176)relativement aux deux sens auxquels se prête l'expression moyen de connaître la vérité, me conduit à rappeler ce que j'ai dit de la méthode. Je n'ai jamais écrit, je n'ai jamais pensé qu'elle conduit à faire de grandes découvertes, de ces découvertes vraiment originales qui peuvent avoir été méconnues, mais auxquelles le temps imprime le cachet de leur valeur, par les nombreuses conséquences qui s'en déduisent. L'importauçe de la méthode se montre surtout dans l'appréciation, au point de vue de la vérité, des découvertes récentes, de propositions npiwellement avancées comme vraies. C'est donc surroiit av point de vue critique que F importance de la méthode apparaît, mais on aurait tort d'en restreindre l'utilité à cette Hmite. ' t'
208. Car incontestablement des méthodes spéciales sont très-utiles ; je cite comme exemple celle que l'ai formulée sous la dénomination de méthode dés lavages successifs; elle est applicable à la question de savoir si un prisncipe immédiat d'origine organique est pur; si un liquide acide neutralisé par une base ne renferme qu'un acide, ou bien si une matièi^e alcaline neutralisée par un acide ne renferme qu'une seule base^ etc. ; enfin si un corps présumé simple l'est en effet relativement à nos connaissances actuelles. Or, dans tous ces cas,
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et ils sont nombreux, la méthode des lavages successifs conduit à faire des découvertes et devient ainsi un moyen actif (t investigation; mais, je le reconnais, le ei'itique expert à peser les mérites divers des inventeurs n'accordera pas le mérite de l'orig'inalité à Tauteur d'une découverte trouvée par une méthode déjà formulée avant lui.
Propositions sur lesquelles est fondée la distribution des connaissances humaines du ressort de la philosophie naturelle.
209. L'horanK* w connaît la maliùre que pai^ ses pi'opriclés, et, dans son impuissance de la définir en (-lle-nièine, il dit (|u'elle (*st d'une életidue limitée et impénétrable. Dès lors h*s corps sont des étendues limitées, impénétrables y dont ou disting^ue autant de sortes que, en les observant dans les mêmes circonstances, ils préstMitenl de dilIrriMiees en afleetanl lesorg*anes (le nos s<Mis.
210. \j's jfroj/riété.s des nnpson leurs facultés d'ag'ir sur* nous cl enli'*^ «^nx, (lonn(Mil licuj i\ les impartir t'n li'ois gTonpes :
LA PHILOSOPinE ÇÎATURELLE. 23i
^. Les propriétés physigues, comprenant et les relations des états solide; liquide et fluide-élastique, avec lès partie^ matérielles les plus divisées qu'on appelle molécules ou atomes, e{les phénomènes que présentent les corps sous Tinfluence des ag'ents appelés chaleur, lumière, électricité, magnétisme ;
2. Les propriétés chimiques , relatives aux actions mutuelles de leurs molécules ou atomes, donnant lieu à des combinaisons ou à des décompositions ;
3. Les propriétés organoleptiques relatives à nousmêmes, quand nous recevons quelque effet, soit des agents appelés chaleur, lumière, électricité, mag'nétisme, soit des corps pondérables.
Le froid et le chaud, les couleurs, sont des sensations que nous rapportons aux deux premiers agents.
Les saveurs, les odeurs, sont des sensations que nous^pportons à des corps pondérables.
^ous remportons encore à ces corps les propriétés ju'îls ont de servir d'aliment, d'ag^ir comme virus, Tiiasme, poison, et d'agir comme remède.
Par extension, les propriétés org^anoleptiques s'étendent aux ag'ents et aux corps pondérables capables d'agir sur les corps vivants, plantes et animaux.
21 1 . Les propriétés physiques et les propriétés chimi-
ques existent hors de nous, ou, en d'autres termes, elles sont indépendantes de nous.
212. Les propriété.^ organoleptiques sont en nous. Sans doute la lumière, cause de tant de sensations diverses ; le sel, le sucre, causes de la saveur salée, de la saveur sucrée; Thuile volatile de la fleur du rosier, cause de la sensation de Todeur de la rose, sont hors de nous, mais les sensations des couleurs, des saveurs, des odeurs sont en nous.
El pour que des corps àg'issent comme aliments, comme remèdes, comme poisons, il faut qu'ils soient en nous ou dans des êtres organisés doués de la vie.
215. Établissons bien maintenant le point d'où je pars pour étudier rinlellig*ence de l'homme dans sa maniôi'o de procéder quand il a l'intention de connaître le monde extérieur.
Je reconnais en fait rinlellig^ence de riionmiè comme l'ensemble des esprits la reconnaissent. L'exposé de mes idées a poui* point de départ la distinction des deux facultés intellectuelles : celle {\ abstraire ou dr .séparer ; celle d(* réimir ce que Fintelligence a séparé, Os facultés sont Vana/t/se et la si/nthèse.
LA PHILOSOPHIE NATUUELLE. 233