LHOMME INDIVIDU DOUÉ DE CINQ SENS
530. Les sens ont une telle importance dans Tetude que fait l'hoinme du monde où il vit, qu'on a dit : rien n'est dam tintelligei^e qui auparavant fi ail élé dans les setis. Que sig^nifient ces paroles? C'est que nos sens reçoivent des impressions de la part dos corps du dehoi*s, et (|ue ces impressions donnentlieu à des interprétations de la part de notre intelligH»ncc sur la différence existant entre notre propre personne, de Texistence de laquelle nous avons conscience et ce qui est en dehors de nous, cVst^à-dire des corps du monde extérieuri
Ainsi, dès à présent, je dis la sensation n'est pas l'idée, mais elle est pour Tintellig^ence Toccasion d'une idée spéciale relative au sens qui a reçu l'im-
pression, de sorte que la sema tion devienl ptrrvpti^ après avoir é\è un objet de réflexion pour rinleUIgrnen.
.lodniïjiaontrtT niai ntonaiU les (îonnaissanc'esspérialf's qui se rattachent à cluieun de noïi sens.
531. On peut diftiriliner les einq sens en trois oh lép^orie» :
La pppniirro, romprenaat le f/oûf et Vof/orai; iK sont esî^entiellemeat liés à la eonscrvatîûti de l'individu ;
La >*eenndei eoinpnmant Ittréif* et la tnie; ils sont essenlii*llemenl lies aux relation» sociales des individus;
' Latmisiènie comprend le toucher^ le sens philosopliiciue [lar exi^rllenee ; aiH|urt nous devmis la eonnaissanee de Vetemlue iimifèe et de Vimpèfiéfrahilitt* d(^ la niatièr(\
AHTICLE PREMIER. — GOUT.
552. Le g*oùt (*sl, de tous les sens,- celui dont on parle le moins, tant il est individuel et tant est faible l'estime (pron a poui* tous les g^ens qui aiment à l'exercer, et dont l'esprit ne sait pas justifier leurs jouissances. Quoi qu'il en soit, en le condamnant conmie bcstialow est injuste, et beaucoup, en le pros-
IxNDÉPENDAM'ES DOJNE UISÏOIRE DE LA CHIMIE. 305
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crivant comme tel, se plaindraient amèrement de Tœ^vre d'un cuisinier ig^norant ou néglig'ent.
535. Une preuve que Ton a calon^mié le sens dont je parie est Tusag-e du mot goût par la grammaire dans une foyle de cas que je vaisVap|)eler.
Les sensations du goût oni fourni au langag'e poli des expressions dont le sens est devenu au fîg'uré purement moral, purement spirituel. Ainsi le mot sel, chez les Grecs ( A^;), sig'nifiait au fig-uré sel attique y finesse, urbamté. Chez nous, même acception. Dans la lang-ue parlée et dans la lang^ue écrite, on dit il y a on il n'y a pas (Ujfgl cBhs ses discours, dans sa conversation, dans ses émts^^es mots assaisontwr, assaisonnement, emprunté^ à l'office ou à la table, se disent au figiu'é de ce ^^uLrend une chose plus agréable, plus piquofite. Exemple : ce pfhice assaisonne les grâces qu'il accorde de paroles bièivei limites ; un écrit assaisoiiné
de traits spirituels et piquants , elo^ *
554. L'usag'e du moLgoût n'est pas moins fréquent dans le Iang»ag*e des artistes et des g'ens du monde, que dans celui de la critique la plus élevée.
Si le mot ^oÉf n'était usité que comme synonyme de penchant, dans cette phrase, par exemple, cet homme a du goût pour cette femme, on pourrait trouver qu'au fig'uré l'acception n'est pas très-différente
de rttccfplMni coounune; d'tin autre càtè* sî on g» fiV*n mmnil qui^ daii^ cfts phrases analogues i cseUeci^ ctfte êmUfi^, f€ meuàk ja«r dt tmjattr^ le mot prpn* rfraît peu de relipt parce qu'il 5^ appliquerajl a quelqu«^ choâe de passager comnK^ la mode, qui, par pQfvn thèse/ est accusée quelquefois de awwwui gtét. Mai5 r|uand on dit atia&kmi mi <bM$ ie goût de A«fihaiff re twrtr e^t dans k^>ôt de Malhrhe^ Ve^'pnsatm «e relève ; et «lie si' relève encore davanlog^ quaivhio latlribue u /m//r (injtùnM è hqi^Ue on rrrxnuMsitMH dhr^nm^wnt. tm xfn/hn^jit 'erf^ns de^ b^mif^^ ei *fo défauts ftwte œum ^ûTi Oit de Hitéraiure. Enfin, en ce qui concerne rdppréè1ati<Hi *î*^ œuvres de Tesprit danïï loâ setenceïï, lesleLUres et It^^ arts, si le twA gitvf nf'ctsnXo il l^nrs ntttfiirs f*sl rexprt^ssîï^n Au plus grand lionneur que ta critique pdisse décer* ner, le mot goût est emp[^é par elle-même pour dé- 8Îg*ner des qualités qui, moins éminentes sans doule que les attributs di^jj^nie, recommandent cependant aux esprits les plus délicats des œuvres dta lettré ou de l'artiste qui, remçirquables par^me forme aussi convenable que disting^uée^ ont toute Féléy*ance compatible avec le sujet.
535. Certes, après ces citations, si les détracteurs du sens du ffoùi avaient raison dans le mépris avec lequel ils affectent d'en parler, il faudrait que
r homme fût tombé bien bas pour avoir donné aux mots que nous venons de citer Tacception qu'ils ont au sens fig^uré. Quoi qu'il en soit, cette acception prouve la disposition de Tesprit humain adonner un sens purement moral, purement spirituel, à des expressions.empruntées au monde physique et même à des appétits réputés grossiers.
536. Le g'oùt, considéré au point de vue des propriétés org^anoleptiques qu'il nous fait connaître d'une manière spéciale, est fort limité; c'est-à-dire que nous ne percevons qu'un très-petit nombre de saveurs, lorsque des corps étant introduits dans la bouche nous bornons leur action à celle qu'ils peuvent exercer sur le g'oùt, en faisant abstraction des impressions que nous recevons par le sens du toucher, dont toutes les parties de la bouche sont le siég'e, et que nous pouvons recevoir par le sens de l'odorat; car l'air, une fois respiré, s' écoulant de la poitrine par la bouche et les fosses nasales, la var peur des corps odorants qui peuvent être dans la bouche ag'issant sur la membrane olfactive de l'odorat, pourrait faire croire à l'existence de saveurs variées, lorsqu'en définitive les sensations perçues seraient en réalité du domaine de l'odorat (!)•
(i) Considérations généra/es sur t'analyse organique et sur ses applications ^ page 47 (1824)*
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