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pays toul entière. La Bourgogne (la Belgique) et les Pays-bas, qui, en raison de leurs inlércls politiques, avaient tant de raison de rester unis, se déchirèrent pourtant à cet égard avec plus de violence, que ne le tirent même entre elles les difl'érentes coniinunions de Suisse et d’Allemagne. Quand, eu / 1579 - 80 , les provinces du nord se détachèrent, par rUnion d'Utrcclil, de Philippe II, elles suivirent entièrement en cela les principes de la réforme calviniste, qui avait pris racine chez elles; or, d’après ces jtrincipes, à un peuple et aux États qui le représentent compète toujours le droit naturel, vis-à-vis d’un tyran, qui, vainement averti par eux, agit contrairement à son devoir, de se refuser f/e lair côté à remplir leur devoir. Plusieurs s’eflVayèrent de ce premier pas. On chercha bien vite à trouverunap|)ui dans la création d’une nouvelle monarchie, ou même dans l’annexion aux puissantes maisons princières du voisinage; et ce ne fut pas par leur mérite, ni par leur volonlé,que malgré cela les Pays-has échappèrenlà la monarchie. Ils ne reçurent ni protection ni aide de l’Allemagne; l’.Angleterre et la Fi ance refusèrent d’accepter la couronne qui leur était offerte et la domination d’Anjou ou d’Orange n’échoua que par les coups de la mort. Si cependant la forme républicaine de gouvernement s’établit là, ce ne fut en aucune façon ^ le résultat d’un élan soudain ; ce fut quelque chose de compa- |rable à la réforme modérée, fédérale et monarchique à la fois, *dc rAllemagne. Le lien fédéral, qui léunil les provinces en un tout, ne fut pas plus solide ici, ni politiquement mieux combiné qu’en Suisse ou en Allemagne; et l’on peut remarquer le même trait caractéristique dans toute confédération d’origine germanique, même en Amérique, c’est que l’union des états se resserre seulement en temps de danger, et que, malgré la constitution fédérale, les liens se relâchent avec le retour de la sécurité. Ce fut également selon que le danger devenait plus ou moins menaçant au dehors, que nous voyons à différentes reprises dans I histoirc des Pays-bas, le parti unitaire, sladhoudéral, fédéral (mettant la fédération au dessus des états par-
liculiers) des Élals-géiiéraux écliangcr Ælteriialivemeut la prépondérance avec le parti provincial, aristocratique, fédéral (mettant les étals particuliers au-dessus de la fédération) des patriciats municipaux. Malgré ces alternatives, il ne fut jamais bien établi' par la constitution en qui proprement résidait le souverain pouvoir de l’union, dans les États-généraux ou dans les Étals-provinciaux. Parfois les princes d'Orange agirenn*omme si la sou^erainelé appartenait aux État-s-généraux, et notamment ils ont prétendu qu’il en était ainsi, lors de la chute d’OIden Barneveldt. Mais dans la réalité les choses se passaient tout autrement. Les États provinciaux avaient attiré à eux tout le pouvoir : législation, administration pleine et entière de l’Étal et de l’Église, nomination aux emplois, droit de grâce, fixation des impôts, decision suprême sur la paix ou la guerre. Or, dans les États provinciaux tout dépendait de nouveau des simples municipalités. Non seulement elles élisaient les députés des Étals provinciaux (de même que ceux-ci, à leur tour, élisaient les députés des États-généraux), mais elles pouvaient exercer en outre, comme corporations, une espèce de veto, et les plus puissantes d’entre elles ont formé parfois, comme les princes allemands et les cantons suisses, des alliances avec les ennemis les plus dangereux de la nation. Dans les dépêches olliciclles des États adressées à la reine Élisabeth, à l’occasion, la souveraineté est attribuée, non aux États, mais à leurs commettants délégtiés, les représentants des villes. On le voit, le trait caractéristique de la nature germanique, est toujours resté le même. C’est toujours la même tendance de vigoureuse opposition à rétablissement de toute forte unité dans l’État; en Allemagne, cette tendance est territoriale, ici et en Suisse, elle est provinciale, et cantonale et plus encoie, municipale. C’était peutêtre, politiquement parlant, une organisation encore plus imparfaite que celle de l'Allemagne, mais au point de vue historique, elle était conforme à la nature des choses. Car dans les Pays-bas, comme en Suisse, et plus qu’en Suisse,
le propre de la nation avait été la vivace énergie du développement des municipalités. La variété de vie. dans la sphère liourgcoise, avait refoulé de bonne heure ici la classe des noihles et celle des ecclésiastiques et le système féodal y avait été intriusèqncinent détruit, comme dans les républiques italiennes. .\ussi le souverain pouvoir dans la ré|)uhlique des Pays- Las, ne résidait ni dans les Étals-généraux, ni dans les États |)rovinciaux, mais dans les villes; et dans les villes il retom- 'bail aux mains d’une aristocratie compacte. On n’avait point d’idée d’une représentation des citoyens, ni d’une organisation démocratique, ni d’un pouvoir électif de la connnunauté. Comme dans les villes de la Suisse, le gouvernement était aux mains d’un patricial, dont les membres entrants furent d'abord choisis par le stadhouder, sur une liste de présentation dressée par la corporation, mais qui par la suite, au temps du plus grand développement de la confédération et de la puissance municipale, furent nommés directement par la corporation elle-même. I tiette aristocratie permanente, souvent brisée par l’alliance du 1 peuple avec le stadhouder, formait cependant un rempart soi lide, d’autant plus solide qu’il avait résisléaux attaques, contre i toute innovation démocratique. La liberté municipale était entrée ici en lutte avec l’aristocratie chevalière; mais lorsque celleci fut mise de côté, les bourgeois lui empruntèrent ses habitudes et ses lois; l’aristocratie resta subsister, seulement elle descendit dans la bourgeoisie. Dans cette république la liberté ' nouvelle fut aussi peu fondée sur des droits naturels que dans l’Allemagne monarchique; mais les libertés cl les droits y étaient des réalités historiques; ils furent défendus et maintenus seulement contre la puissance de l’étranger et, à l’occa- •sion, ils furent plutôt élargis dans les mains de ceux qui les l)ossédaient que répartis sur un plus grand nombre de possesseurs.
Caractère aristocratique de la réforme calviniste de l’Eglise.
Le principe arislocratico- bourgeois était profondément
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enraciné en Suisse el dans les Pays-bas, loul comme le principe mouarchico- bourgeois en Allemagne; aussi pas plus i <|ue Luther ne put ébranler le dernier, la réforme de Calvin ne j parvint à entamer l’autre. Bien plus, ce furent les principes dominants dans l'État qui déterminèrent ici et là la constitution (le l’Église. On en vit la preuve à Genève, la mère-patrie et l'État-type du calvinisme, où grâce à l’absence d’une autorité princière ou de toute autre autorité , les circonstances permirent d’élever un édifice nouveau , tel qu'on en eût à peine osé tenter ailleurs. Là fut constituée une république, chez un peuple grossier, mélange de diverses races, qui, pendant (|uelqiie temps, avait été abandonné à la plus dangereuse immoralité. Dès sa première tentative pour purifier cette Sodome, (lalvin fut chassé; son plan de réforme ne fit que trancher plus dans le vif après son rappel. Il revêtit alors le double caractère d'un législateur grec et d’un réformateur chrétien, t Luther, dans sa réforme, avait, comme le christianisme à son origine, joué un rôle passif vis-à-vis de l’Etat, selon l’esprit de l’Evangile, et finalement il avait confié l’Église à la protection de l’État. Calvin réforma l’État et l'Église à la fois, dans l’es- | prit théocratique de la vieille loi , du Judaïsme. C’est ce qui i distingue nettement l’esprit du calvinisme de celui du luthéranisme. Dans cette union de l’Église et de l’État, Calvin s’effort’a de fixer à chacun sa sphère propre et de maintenir leurs droits respectifs ; les Juridictions et les peines, la censure et les sentences ecclésiastiques et séculières, furent exactement séparées; mais la direction s|)iritucllc et politique combinée produisit une disci])line si redoutable, et posa de telles restrictions à la liberté de foi et de pensée des individus , à leur manière de vivre intérieure et extérieure, que, dans Genève meme, elle aboutit bientôt à de cruels exemples d’une sanguinaire intolérance. Il n’y avait pas d’ailleurs d’institutions populaires pour contre-balancer librement cette autorité politique et censoriale. Le petit conseil, dans lequel résidait réellement le pouvoir de la bourgeoisie, et le consistoire (composé d’auto-
rites laïques et ecclésiastiques réunies, à qui appartenait la surintendance censoriale, au moyen de laquelle jtrécisémenl il gouvernait l'État, comme une théocratie) se recrutaient euxmêmes, tout à fait d’après le système aristocratique, qui perçait dans rorganisation municipale de la Suisse et des Paysbas. L’institution la plus libérale du calvinisme était la constiitution presbytérienne de l’Église, l’établissement d’un synode, icomposé à la fois de laïques et d’ecclésiastiques. Ace corps ap- ^'parteuaientrinterprétationdes Écritures et la détermination de ha confession de foi. Le caractère démocratique de ces assemblées épouvanta par-dessus tout la France catholique, lorsque la doctrine calviniste s’y établit. Et cependant ces assemblées reposaient encore sur une base aristocratique. Ainsi les deux laïques, les anciens (presbyter), avec lesquels tout prédicanldcvaitparaitreauxsynodcs des calvinistes français, éta ent choisis dans le peuple par le consistoire et à la communauté était seulement réservé un droit de veto. — Le calvinisme garda le même caractère aristocratique dans les Pays-bas, quoique, par son origine et la position de ses partisans, il parût entièrement poussé du côté de la démocratie. Des émigrants faifttiques d’Allemagne et de France l’y avaient prêché les premiers sous la domination espagnole. La cruauté des persécutions et les horreurs de la guerre ne tirent que fanatiser davantage les plus ardents du clergé et du peuple, et ce fut leur intolérance qui amena la séparation de la Belgique. A l’origine de l’établissement de la république, les patriciens ne partagèrent pas cet esprit du peuple. Lorsque les célèbres différends, suscités a l’occasion d’Arininius, déchirèrent l’État en partis violents, les patriciens des villes se rangèient du côté de la doctrine d'Arininius, si importante pour les piogrès futurs de l’Église réformée et qui adoucissait l’austérité du dogme calviniste de la prédestination en donnant satisfaction au sentiment naturel de la liberté. Des motifs d’éducation cl de tolérance, les intérêts du commerce et les relations du monde, le principe politique que l’Église doit être soumise à l’État, voilà ce qui fît
pencher les patriciens de ce côté; niais le clergé, qui voulait rendre l’Église indépendante de l’Étal, le peuple, qui se mettait aveuglément à sa suite , et les réfugiés de Belgique, qui ne jouissaient d’aucun droit de bourgeoisie dans le pays et qui étaient les adversaires naturels de l’aristocratie, combattirent pour la rigueur du calvinisme. Au synode de Dordreirht, en 1(*18, le stadliouder, grâce à son pouvoir et à son autorité, fit pencher la balance en faveur du parti démocratique contre les Arminiens. Mais à peine le parti calviniste eut-il remporté la victoire, qu’il fut obligé de se soumettre à l’influence toute puissante des convenances politiques. 11 maintint la suprématie de l’État sur l’Église, que l’aristocratie avait lonjours défendue, ainsi que la constitution de l’Église de 1591, faite par cette même aristocratie dans le dessein exprès de conserver dans ses mains la nomination des ecclésiastiques et par là l’Église elle-même. Peut-être est-il permis de décou- ‘ ; vrir dans le fond même de la doctrine calviniste ce principe 1 1 aristocratique que nous signalons dans sa constitution. La doctrine du fatalisme (decre/M»t /torn’àf/e) suppose nécessairement comme unie à la prescience de Dieu créaleur,une faculté d’élection en vertu de laquelle, selon sa grâce ou sa volonté, il appelle les hommes au salut éternel dans son royaume céleste ou les en exclut, sans égard à leur mérite ni à leur conduite. Celle doctrine nefutrepousséealors que parun petit nombre de natures douces etcharitables,telles que Arminius,Melanchlhon, Boisée etieurs adhérents; elle se recommandait au contraire à la moralité âpre et austère et à la propension vers l’astrologie d’un siècle superstitieux; elle se recommandait en outre par son aflinilé naturelle avec les institutions politiques existantes, dans lesquelles ou voyait que nul n’était admis aux dignités et au pouvoir dans la cité terrestre, s’il n’était au nombre des élus désignés par la faveur ou la volonté de l’autorité suprême. Si nous nous reportons au nouveau fondateur de la doctrine augustinienne, à Calvin lui-même, la nature de l’homme explique son caractère aristocratique, ainsi que la persistance conservatrice