N° V. — DU SANTAL NOMMÉ GÔÇÎRCHA
(second mémoire, S.ECTION III, PAGE 243.)
Le nom de ce Santal signifie tête de vache; il paraît que cette espèce est la plus estimée de toutes, car on la trouve souvent citée dans les légendes. Les Tibétains le transcrivent assez exactement de cette manière, gor-cM-cha, et le considèrent avec raison comme un nom propre qu'ils conservent dans leurs versions ^. Je suis convaincu que c'est ce même nom qu'expriment les Mongols par le mot de Gnrschoscha , . espèce de Santal qui, suivant la légende relative à la découverte de l'image miraculeuse d'Avalôkitêçvara, ne croît que dans la partie septentrionale des monts Malayas^, Rien ne nous apprend si les Mongols connaissent le sens véritable de leur Garschoscha; mais il me paraît évident qu'ils ont su, quoiqu'en le modifiant un peu , celui du terme sanscrit primitif, Gôçîrcha. Je n'hésite pas à reconnaître le santal tête de vache, dans l'espèce que les Mongols nomment tête d'éléphant^. Ce changement de signification vient de ce que les Mongols ont emprunté cette dénomination aux Tibétains , dans la langue desquels le nom du bœuf, glang-po, prend , avec l'addition de tchhen (grand), le sens d'éléphant, c'est-à-dire grand hœaf. Les Mongols, qui doivent aux Tibétains ce qu'ils savent "des productions naturelles de l'Inde , ont bien pu faire cette méprise , qui après tout n'a pas une grande importance.
Le nom de Gôçîrcha est d'ailleurs classique dans l'Inde; on le trouve dans le Vocabulaire d'Amara, et Wilson l'explique ainsi : «espèce de Santal de la couleur (( du cuivre et d'une odeiu* forte ^. » Il n'est pas moins familier aux Buddhistes du Sud, et Clough le donne dans son Vocabulaire pâli sous sa forme adoucie Gosîsa ^. Abul- Fazel cite une autre espèce de Santal dont le nom a échappé aux auteurs des Études hardes'^, c'est celui de Mekasiry'', qui est certainement le même que le (^j^Xka ou le Santal de Macassar, nom que ces auteiu-s rapportent d'après Sprengel.
La légende tibétaine delà statue d'Avalôkitêçvara parle encore d'une autre espèce de Santal dont le nom mongol signifie cœur de serpent, et dont je n'ai pas le moyen
' Schmidt, DerWeise nnd der Thor, p. 282, ^ Pâli Gramm. and Vocah. p. 28, st. 18 b.
texte; et p. 353 , trad. allemande. ° Pott et Rédiger, Kurd. Studien, dans Zeit-
" Id. Geschichte der Ost-Mongolen, p. 332. schrift fur die Kunde des Morgenlandes , t. V,
' Id. ihid. p. i5, 3i3 et 3i4. p. 80.
* Sanscr. Diction, p. 3o2, col. i, éd. i832. ' Gladwin, AyeenAkbery^t.I, p. 92, in-4°.
de rétablir ie nom sanscrit; il paraît, d'après la légende, que c'est un Santal divin qui ne croît que dans la plus haute région du ciel des Buddhistes , chez les Dieux Akanichthas ^. H n'est cependant pas inutile de remarquer que les deux mots cœnr de serpent y en sanscrit sarpa hrîdaja , pourraient, s'ils étaient déplacés, hridaya sarpa, prendre le sens de « qui a des serpents dans le. cœur. » Or on sait que chez quelques poètes indiens, et notamment dans Djayadêva, auteur du Gîta gôvinda, les arhres de Santal des monts Malayas sont fréquemment signalés comme les repaires des serpents qui se retirent dans les cavités de leur tronc. Si donc il était établi que le Santal dont parle ia légende tibétaine a été nommé en sanscrit Jirîdaya sarpa, on ne verrait dans cette dénomination d'un Santal d'ailleurs fabuleux , qu'une expression figurée propre à désigner toute espèce de Santal en général, d'après un caractère commun à toutes les variétés de cet arbre.
Il resterait à rechercher la raison de ce nom de tête de vache donné à la première espèce de Santal. Vient- elle de la couleur brune de ce bois? C'est ce que je ne saurais affirmer, car les vaches grisâtres sont en général plus communes dans l'Inde que les fauves. M. le D"^ Roulin, que j'ai consulté à ce sujet, pense que le nom de tête de vache pourrait tenir à l'analogie qui existe entre l'odeur un peu musquée de certains Santals et celle qu'exhale en général le corps des animaux du genre bœuf. Cette odeur, chez les espèces où elle est la plus pi-ononcée , existe surtout dans la touffe de poils qpi couvre le front. D'après cette hypothèse, le nom: de Tchandana Gôçîrcha reviendi*ait à dire « Santal qui a l'odeur de la tête du bœuf. » Avant de finir, je dois remai'quer que le nom du Santal que je viens d'examiner est ie seul, à ma connaissance, qui paraisse dans les légendes buddhiques. Je ne me souviens pas d'avoù' rencontré plus d'une fois le nom du Santal produit par les monts Malayas, savoir Malaya tchandana. C'est dans la légende du prince qui donne son corps à dévorer à une tigresse affamée, légende qui fait partie du Suvarna prabhâsa , dont l'antiquité est selon moi très-douteuse ^.