DU BUDDHIS ME INDIEN
trois mois, cette année même. Il est faciie de comprendre que l'homme; qui est capable d'être converti par un Çrâvaka.^, puisse l'être par le Tathâgataj et que celui qui est capable d'être converti par le Tathâgata ne puisse l'être par un Çrâvaka. "
« Ensuite Bhagavat fit cette réflexion : Pourquoi n' entrer ais-je pas dans une méditation telle, qu'en y appliquant mon esprit, après m' être rendu maître des éléments de ma vie, je renonce à l'existence^? Ensuite Bhagavat entra dans une méditation telle, qu'en y appliquant son esprit, après s'être rendu maître des éléments de sa vie, il abandonna l'existence. A peine se fut-il rendu maître des éléments de sa vie, qu'un grand tremblement de terre se fît sentir; des météores tombèrent [du ciel], l'horizon parut tout en feu. Les timbales des Dêvas retentirent dans l'air. A peine eut-il renoncé à l'existence, que six prodiges apparurent au milieu des Dêvas Kâmâvatcharas'. Les arbres à fleurs, les arbres de diamants, les arbres d'orne-
est souvent question dans les Suttas et dans les. livres pâlis des Singhalais. (Turnour, Jonm.
As. Soc. of Beng. t. VII, p. 1007 ^^ 101 1- •^*" hâvamso, p. x 1 .) Je pense que c'est ce nom propre que les Chinois transcrivent ainsi : Sn pa to ?o. (Landresse, Foe kone ki, p. 385.) Hiuan thsang nous apprend qu'au vii° siècle, il existait près de Kuçinagara un Stûpa qui portait son nom. Fa hian, deux siècles avant lui, nommait ce sage Sia po {Foe koue M, p. 235) , et Klaproth affirme, d'après les livres chinois, que c'était un Brahmane qui vécut jusqu'à cent vingt ans. {Ibid. p. 289.) Je soupçonne qu'il y a quelque inexactitude dans la traduction que M. A, Rémusat a donnée du passage de Fa hian relatif à ce Brahmane, et qui est ainsi conçue : «Là où Siu po, longtemps après, ob- « tint la loi. » Ce n'est pas longtemps après le Nirvana de Çâkya que Subhadra se convertit au Buddhisme, mais du vivant même de Çâkya.
J'oserai donc engager les personnes qui ont accès au texte chinois du Foe koue ki à vérifier si l'on ne pourrait pas traduire : « Là où Siu « po , dans un âge avancé , obtint la loi. » Les livres sanscrits du Nord s'accordent avec les textes pâlis du Sud à nous représenter Subha-
dra comme très-vieux quand il reçut l'ordination de Çakyamunî.
* Le mot Çrâvaka signifie auditeur ; j'y reviendrai dans la section de la Discipline.
^ L'expression dont se sert ici le texte, Djîvitasamskârân adhichûiâya , n'est pas claire; je l'ai traduite conjecturalement. Le radical sthâ, précédé de adhi, a dans le sanscrit bud~ dhique le sens de bénir; cela est surabondamment prouvé par les versions tibétaines.
(Csoma, Asiat. Res. t. XX, p. 42 5 elpass.) Si tel était ici le sens de ce terme, il faudrait traduire : a Après avoir béni les éléments de ma « vie, je renonce à l'existence. »
^ J'ai vainement cherché , dans les livres sanscrits du Népal qui sont à ma disposition , le sens de ce nom, qui désigne les Dieux de la région des désirs. Les Singhalais traduisent ce mot par «sensuel, livré aux désirs des sens, » et ils le dérivent, avec juste raison, de kâma, tt désir, 1) et de avatchara, «qui va. » (Clough, SingJial. Diction, t. II, p. 828, col. 2, comp. à p. 5 1 , coL 1 . ) L'orthographe Kâmâ watcharâ doit donc être abandonnée, parce qu'elJe ne se prête à aucun sens. (Schmidt, Mém.de l'Acad.
des sciences de S. Pétersb. t. II, p. 24.) Voyez
ments furent brisés; les mille palais des Dieux furent ébranlés; les pics du Mêru tombèrent en ruine; les instruments de musique des Dêvatâs furent frappés [et rendirent des sons].
«Ensuite Bhàgavat étant sorti de cette méditation, prononça en ce moment la stance suivante : Le solitaire a renoncé à l'existence , qui est semblable et différente , aux éléments dont se compose la -vie. S' attachant à l'esprit, recueilli, il a, comme l'oiseau né de l'œuf, brisé sa coquille.
« A peine eut-il renoncé à l'existence , que plusieurs centaines de mille de Dêvas Kâmâvatcharas , ayant accompli leurs cérémonies , s'avancèrent en présence de Bhàgavat, pour le voir et l'adorer. Bhàgavat leur fit un tel enseignement de la loi , que les vérités furent vues par plusieurs centaines de mille de Dêvatâs, et que quand ils les eurent vues, ils retournèrent dans leurs palais.
« A peine eut-il renoncé à l'existence , que des cavernes des montagnes et des retraites des monts, arrivèrent plusieurs centaines de mille de Rïchis. Ces sages furent introduits dans la vie religieuse par Bhàgavat, qui leur disait : Suivez, ô Religieux, cette conduite. En s'y appliquant, en y consacrant leurs efforts, ils virent face à face l'état d'Arhat^ par l'anéantissement de toutes les corruptions.
« A peine eut-il renoncé à l'existence, que des Nâgas, des Yakchas, des Gandharvas, des Kinnaras, des Mahôragas se réunirent en foule en présence de Bhàgavat, afin de le voir. Bhàgavat leur fit une telle exposition de la loi, que cette foule de Nâgas, de Yakchas, de Gandharvas, de Kinnaras et de Mahôragas reçut les formules de refuge ^ et les axiomes de l'enseignement, jusqu'à ce qu'enfin ils retournèrent à leurs demeures.
« Ensuite le respectable Anand,a étant sorti sur le soir de son profond recueillement, se rendit au lieu o,ù se trouvait Bhàgavat, et y étant arrivé, après avoir salué, en les touchant de la tête, les pieds de Bhàgavat, il se
pour les nombreuses sous-divisions des étages célestes, les Mémoires de M. Schmidt [Mém.
de l'Acad. des sciences de S. Pètershourg ^ t. I, p. 89 sqq. t. II, p. 2 1 sqq. ) et de A. Rémusat (Essai sur la cosmog. huddh. dans Journal des Savants, année i83i, p. 697 sqq.).
' Le titre A'Arhat est un des degrés les plus élevés de la hiérarchie morale et scientifique
du Buddliisme; j'y reviendrai dans la section de la Discipline.
^ Ces formules , appelées Çarana gamana , sont au nombre de trois : Buddham çaranam gatchhâmi , Dharmam çaranam gatchhâmi , Samgliam çaranam gatchhâmi, c'est-à-dire, «Je « cherche un refuge auprès du Buddha , au- « près de la Loi , auprès de l'Assemblée. »
DU BUDDHISME INDIEN. 81
tint débouta côté de lui. Là, debout, le respectable Ananda parla ainsi à Bhagavat : Quelle est la cause, ô vénérable, (juelle est la raison de ce grand tremblement de terre ? — H y a huit causes , ô Ananda , il y a huit raisons d'un grand tremblement de terre. Et quelles sont ces huit causes^? La grande terre, ô Ananda, repose sur les eaux; les eaux reposent sur le vent; le vent sur l'éther. Quand, ô Ananda, il arrive qu'au-dessus de l'éther soufflent des vents opposés, ils agitent les eaux; les eaux' agitées font mouvoir la terre. Telle est, ô Ananda, la première cause, la première raison d'un grand tremblement de terre.
« Encore autre chose , ô Ananda. Qu'un Religieux doué d'une grande puissance surnaturelle, d'un grand pouvoir, concentre sa pensée sur un point limité de la terre, et embrasse l'étendue illimitée de l'eau; il fait, s'il le désire, mouvoir la terre. Qu'une Divinité douée d'une grande puissance surnaturelle, d'un grand pouvoir, concentre sa pensée sur un point limité de la terre et embrasse l'étendue illimitée de l'eau; elle fait, si elle le désire , mouvoir la terre. Telle est , ô Ananda , la seconde cause , la seconde raison d'un grand tremblement de terre.
« Encore autre chose, ô Ananda. Dans le temps qu'un Bôdhisattva ^, étant sorti de la demeure des Dêvas Tuchitas, descend dans le sein de sa mère, alors, en ce moment même, il y à un grand tremblement de terre. Et ce monde tout entier est illuminé d'une noble splendeur. Et les êtres qui habitent au delà des limites de ce monde ^, ces êtres aveugles et plongés dans la profonde obscurité des ténèbres, où les deux astres du soleil et de la lune, si puissants, si énergiques, ne pourraient effacer par leur lumière cet éclat [miraculeux], ces êtres eux-mênaes sont, en ce moment, illuminés d'une noble splendeur. Alors les créatures, qui ont pris naissance dans ces régions, se voyant à cette lumière, ont connaissance les unes des autres, et se disent : Ah! voici d'autres êtres nés ici! Voici d'autres êtres
' Rapprochez ce texte d'une note de Klaproth relative au même sujet, Foe koue M, p. 2 1 7 sqq.
^ On appelle ainsi l'être qui n'a plus qu'une existence humaine à parcourir avant de devenir Buddha. Il sera question plus d'une fois de ce titre dans le cours de ce Mémoire.
' Le mot Lôkântarika désigne les êtres qui habitent la région intermédiaire entre le
monde où nous vivons et les mondes voisins , dont la réunion forme ce qu'on appelle le grand millier, des trois mille mondes. (Schmidt, Mém. de l'Acad. des sciences de S. Pétershourg , t. II, p. 54.) Cette région est celle où sont situés les Enfers que les Singhaîais nommentiokântara. (Clough, Singh. Diction, t. II, p. 6i 1 . col. 2. Cf. Jonrn. Asiat. t. VIII, p. 80.)
nés parmi nous ! Telle est, ô Ananda, la troisième cause, la troisième raison d'un grand tremblement de terre.
« Encore autre chose , ô Ananda. Dans le temps qu'un Bôdhisattva sort du sein de sa mère, alors ^ en ce moment même, il y a un grand tremblement de terre. Et ce monde tout entier est illuminé d'une noble splendeur. Et les êtres qui habitent au delà des limites de ce monde , [ etc. comme cidessus, jusqu'à:] se disent : Ah I voici d'autres êtres nés parmi nous! Telle est, ô Ananda, la quatrième cause, la quatrième raison d'un grand tremblement de terre.
« Encore autre chose , ô Ananda. Dans le temps qu'un Bôdhisattva atteint la science suprême, alors, en ce moment même, il y a un grand tremblement de terre. Et ce monde tout entier est illuminé d'une noble splendeur. Et les êtres qui habitent au delà des limites de ce monde, [etc. comme ci-dessus , jusqu'à : ] se disent : Ah ! voici d'autres êtres nés parmi nous ! Telle est , ô Ananda , la cinquième cause , la cinquième raison d'un grand tremblement de terre.
« Encore autre chose, ô Ananda. Dans le temps que le Tathâgata fait tourner la roue de la loi , qui en trois tours se présente de douze manières différentes^, alors, en ce moment même, il y a un grand tremblement de
' Je trouve relativement à celte manière de tours qu'il faut donner à ces quatre vérités ,
faire tourner la roue de la loi, c'est-à-dire de sans quoi l'on ne peut arriver à l'état suprême de .
répandre la doctrine, un passage du Mémoire Buddlia parfaitement accompli. Je suppose que
de Des Hautesrayes intitulé JRec7ierc7iess»rZare- les trois aspects ou tours sont:i°la détermina-
ligion de Fo, qui s'y rapporte directement : « Que tien du lerme même qu'on examine , terme qui
« ceux qui ignoraient les quatre saintes distinc- est une des quatre vérités ; 2° celle de son ori-
« tions, c'est-à-dire les quatre degrés distincts gine; 3° celle de sa cessation. On trouvera des
11 de contemplation, ne pouvaient être délivrés détails très-précis sur l'expression àe faire tour-
II des misères du monde; que pour être sauvé nerïa roue de la loi , dans une note de M. A. Ré-
<i il fallait faire tourner trois fois la roue reli- musat. [Foe koae ki, p. 28.) Le seul point que
«gieuse de ces quatre distinctions, ou des douze je crois contestable, c'est l'opinion où est ce
« œuvres mériloires. » (Joarn. As. t. VII, p. 1 67.) savant que cette expression dérive de l'emploi
Cela revient à dire , si je ne me trompe , que que faisaient les disciples de Çâkya des roues à
les quatre distinctions, envisagées sous trois prières si connues chez les Buddhistes du Nord,
aspects différents, donnent la somme de douze Je pense au contraire que ces roues, qui sont
points de vue de ces quatre distinctions. Les tout à fait inconnues aux Buddhistes du Sud,
saintes distinctions de Des Hautesrayes sont n'ont été inventées que pour reproduire d'une
probablement les quatre vérités sublimes manière matérielle le sens figuré de cette ex-
{Aryasaiyâni) dont il sera parlé plus bas , et il pression sanscrite, qui est, comme on sait,
est souvent question dans les textes des trois empruntée à l'art militaire, des Indiens.
DU BUDDHISME INDIEN. 83
terre. Et ce monde tout entier est illuminé d'une noble splendeur. Et les êtres qui habitent au delà des limites de ce monde , [etc. comme ci-dessus, jusqu'à:] se disent: Ah! voici d'autres êtres nés parmi nous! Telle est, ô Ananda, la sixième cause , la sixième raison d'un grand tremblement de terre.
« Encore autre chose, ô Ananda. Dans le temps que le Tathâgata s' étant rendu maître des éléments de sa vie, renonce à l'existence, alors, en ce moment même, il y a un grand tremblement de terre. Des météores tombent [dii ciel]; l'horizon paraît tout en feu,; les timbales des Dêvas retentissent dans l'air. Et ce monde tout entier est illuminé d'une noble splendeur. Et les êtres qui habitent au delà des limites de ce monde, [etc. comme ci-dessus, jusqu'à : ] se disent : Ah ! voici d'autres êtres nés parmi nous ! Telle est , ô Ananda, la septième cause, la septième raison d'un grand tremblement de terre.
«Encore autre chose, ô Ananda. Le moment n'est pas éloigné où aura lieu l'anéantissement complet du Tathâgata, dans le sein du Nirvana, où il ne reste plus rien de ce qui constitue l'existence. Or dans un pareil moment, il y a un grand tremblement de terre. Des météores tombent [du ciel] ; l'horizon paraît tout en feu; les timbales des Dêvas retentissent dans l'air. Et ce monde tout entier est illuminé d'une noble splendeur. Et les êtres qui habitent au delà des limites de ce monde, [etc. comme ci-dessus, jusqu'à:] se disent : Ah ! voici d'autres êtres nés parmi nous ! Telle est, ô Ananda, la huitième cause, la huitième raison d'un grand tremblement de terre.
« Aloi-s le respectable Ananda parla ainsi à Bhagavat : Si je comprends bien, ô vénérable, le sens du langage de Bhagavat, ici même, Bhagavat après s'être rendu maître des éléments de sa vie, a renoncé à rexistence. Bhagavat dit: C'est cela, Ananda, c'est cela même. Maintenant, ô Ananda, Bhagavat après s'être rendu maître des éléments de sa vie, a renoncé à l'existence. — J'ai entendu de la bouche de Bhagavat, étant en sa présence, j'ai recueilli de sa bouche ces paroles : L'être quel qu'il soit, qui a recherché, compris , répandu les quatre principes de la puissance surnaturelle, peut, si on l'en prie, vivre soit durant un Kalpa entier, soit jusqu'à la fin du Kalpa. Les quatre principes de la puissance surnaturelle ont été, ô vénérable, recherchés, compris, répandus par Bhagavat. Le Tathâgata peut, si
on l'en prie, vivre soit durant un Kalpa entier, soit jusqu'à la fin du Kalpa. En conséquence , que Bhagavat consente à rester durant ce Kalpa; que le Sugata reste jusqu'à la fin de ce Kalpa. — - C'est une faute de ta part, ô Ananda, c'est une mauvaise action, qu'au moment où s'est produite jusqu'à trois fois la noble manifestation de la pensée du Tathâgata , tu n'aies pas pu en comprendre le motif, et qu'il ait fallu que tu fusses éclairé par Mâra le pécheur. Que penses-tu de cela, ô Ananda.^ Est-ce que le Tatbâgata est capable de prononcer une parole qui soit double,^ — Non , vénérable. — Bien, bien, Ananda. Il est hors de la nature, Ananda, il est impossible que le Tathâgata prononce une parole qui soit double. Va-t'en, ô Ananda, et tout ce que tu trouveras de Religieux auprès du Tchâitya Tchâpâla, réunisles tous dans la salle de l'assemblée^. — Oui, vénérable. Et ayant ainsi répondu à Bhagavat, Ananda rassembla et fit asseoir, dans la salle de l'assemblée, tout ce qu'il trouva de Religieux réunis auprès du Tchâitya Tchâpâia. [Puis il fit connaître à] Bhagavat que le moment d'exécuter ce qu'il avait l'intention de faire était venu.
« Alors Bhagavat se rendit au lieu où était située la salle de l'assemblée , et y étant arrivé, il s'assit en face des Religieux sur le siège qui lui était destiné; et quand il y fut assis, il s'adressa ainsi aux Religieux : Tous les composés, ô Religieux, sont périssables; ils ne sont pas durables; on ne peut s'y reposer avec confiance; leur condition est le changement, tellement qu'il ne convient pas de concevoir rien de ce qui est un composé , qu'il ne convient pas de s'y plaire^. C'est pourquoi, ô Religieux, ici ou ailleurs, quand je ne serai plus, les lois qui existent pour l'utilité du monde temporel, pour le bonheur du monde temporel, ainsi que pour son utilité et son bonbeur futurs, il faut, qu'après les avoir recueillies, comprises, les Religieux les fassent garder, prêcher et comprendre, de manière que la loi religieuse ait une longue durée , qu'elle soit admise par beaucoup de gens ,
^ Le texte se sert du mot Upasthâna çâîâ, que je traduis avec le dictionnaire de Wilson, donnant à upasthâna le sens dC assemblée. M. Turnour , d'après les autorités singhalaises qui sont entre ses mains , explique ainsi ce terme : « La « salle ou l'appartement qui, dans chaque Vihâra « ou monaslère , était réservé àl'usage personnel « du Buddlia. » {Journ. As. Soc. of Beng. t. VII,
p. 996.) Ce sens est également légitime, et il se justifie très-bien par la signification connue du préfixe upa avec les radicaux sthâ et as.
^ Le texte se sert ici du terme diflBcile de Samshâra, qui a plusieurs acceptions, et entre autres celles de conception et de composé; j'y reviendrai plus bas dans la section de ce Mémoire consacrée à la Métaphysique.
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qu'elle soit répandue partout, jusqu'à être complètement expliquée aux Dêvas et aux hommes. Maintenant, ô Religieux, il existe pour l'utilité du monde temporel , pour le bonheur dumonde temporel, ainsi que pour son utilité et son bonheur futurs , des lois que les Religieux, après les avoir recueillies , comprises , doivent faire garder, prêcher et comprendre , de manière que la loi religieuse ait une longue durée, quelle soit admise par beaucoup de gens, quelle soit répandue partout, jusqu'à être^ complètement expliquée aux Dêvas et aux hommes. Ces lois sont les quatre soutiens de la mémoire, les quatre abandons complets, les quatre principes de la puissance surnaturelle, les cinq sens, les cinq forces, les- sept éléments constitutifs de l'état de Bôdhi, la voie sublime composée de huit parties ^ Ce sont là les lois, ô Religieux, qui existent pour l'utilité du monde temporel, pour le bonheur du monde temporel, ainsi que pour son utilité et son bonheur futurs, et que les Religieux, après les avoir recueillies, comprises, doivent faire garder, prêcher et comprendre, de manière que la loi religieuse ait une longue durée, qu'elle soit admise par beaucoup de gens, qu'elle soit répandue partout, jusqu'à être complètement expliquée aux Dêvas et aux hommes. — Allons, ô Ananda, vers Kuçigrâmaka ^. — Oui, vénérable; ainsi répondit à Bhagavat le respectable Ananda.
^ Je crois que les huit parties dont se coin- située dans un pays dé culture, mais non forti-
pose cette voie ou cette conduite sublime [Arya- fiée , et sur nagaraj nom qu'on doniae ordinaire-
mârga), sont les huit qualités dont je trouve ment à une ville défendue par quelques travaux
l'énumération dans le Mahâvastu : la vue, la ou par un fort. Ce qui, au temps de Çâkya ,
volonté, l'efFort, Faction, la vie, le langage, n'était qu'un grand bourg, a pu devenir plus
la pensée , la méditation droites , ou justes et tard une ville fermée. Le ferme pâli Kusinârâ
régulières. [Mahâvastu., fol: 357 " ^^ mon signifie, à ce que je crois, « l'eau de Kuçi ou
man.) Ces qualités sont toutes exprimées par « du bourg abondant en Kuça » (poacynoiuroi-
un terme dans la composition duquel entre des). Cette désignation vient sans doute de ce
l'adjectif samyatch. Cette énumération appàr- que cet endroit n'était pas très-éloigné de la
tient à toutes les écoles buddhiques. rivière Hirànyavatî, dont les eaux fertilisaient
' Kuçigrâmaka est la ville que les textes la cainpagne. Csoma de Côrôs, qui avait été
pâlis de Ceyîan nomment Kusinârâ, et que averti parle mot tibétain rtsa-tclian du vrai
Hiuan ihsang, au vii° siècle de' notre ère, ap- sens de kuçi, qu'il traduit bien par l'anglais
pelle en chinois Kia chi nakie h, transcription grassy, « abondant en gazoïi, » a cru à tort que
qui jsuppose un primitif sanscrit Kaçinagara ; Kuçinagarî était une ville de l'Assam [Asiat.
nous la verrons ailleurs nommée Kuçinagarî. Res. t. XX, p. 91); mais Klaproth a relevé
La différence , au reste , est de peu d'impor- cette erreur , en- montrant que ce lieu devait
tance , puisqu'elle porte uniquement sur le être situé sur la rive orientale de la Gandatî
mot grâma, qui désigne un bourg ou une ville [Fçe koiie M, p. 336) , et Wilson croit en recon-
m INTRODUCTION A L'HISTOIRE
« Bhagavat se dirigeant vers : le bois de Vâiçâlî , tourna son corps tout d'une pièce sur la droite, et regarda de la manière dont regardent les éléphants ^. Alors le respectable Ananda parla ainsi à Bhagavat : Ce n'est pas sans cause, ce n'est pas sans raison, ô vénérable, que les Tathâgatas vénérables , parfaitement et complètement Buddhàs , regardent à droite de la manière dont regardent les éléphants. Quelle est, ô vénérable, la cause, quel est le motif de ce genre de regard? — C'est cela, ô Ananda, c'est cela même. Ce n'est pas sans cause, ce n'est pas sans motif que les Tathâgatas parfaitement et complètement Buddhas, tournant leur corps tout d'une pièce à droite, regardent de la manière dont regardent les éléphants. C'est la dernière fois, ô Ananda, que le Tathâgata regarde Vâiçâlî ^. Le Tatliâgata,
naître l'emplacement dans la petite ville de Kesia [Jonrn. Roy, Asiat. Soc. t. V, p. 126) , où l'on a découvert une image colossale de Çâkya. (Liston, Journ. Asiat. Soc. ofBengal, t. VI, p. 477-) Fr. Hamilton en a donné un dessin accompagné d'une inscription incomplète. [The History, etc. of East. India, t. II, p. 367.)
^ M. Turnour nous apprend, que suivant les Buddhistes du Sud , un Buddha , comme un roi souverain, a le col formé d'un os unique ', de sorte qu'il est obligé de tourner son corps tout entier pour voir les objets qui ne se trouventpas immédiatement devant lui. [Journ. Asiat. Soc. ofBeng. t. VII, p. ioo3, note.)
* Je donne ici sur ce nom quelques détails que le défaut d'espace m'a empêché de placer la première fois qu'il s'est présenté. Vaîçâli est une ville anciennement célèbre par ses richesses et son importance politique , dont le nom paraît souvent dans les prédications et les légendes de Çâkya. Elle était située dans l'Inde centrale, au nord de Pâlaliputtra, et sur la rivière Hiranyavatî, la Gandaki des modernes. (Kiaproth, Foe houe M, p. 244.) Hiuan thsangnous apprend qu'elle était en ruines au commencement du vii° siècle de notre ère. Wilson a bien vu que cette ville devait être la Viçâïâ du Râmâyana (éd. Schlegel, texte, 1. I, c. 47, st. ■ i3; trad. lat. t. I, p. i5o); mais la récension Gâuda , telle que la donne Gorresio , écrit ce
nom Vâiçâlî (1. I, c. 48, st. i4), ainsi que Carey et Marshmann [Râmâyana, i. I, -p. 427), exactement comme les livres buddhiques que j'ai sous les yeux. Entre ces deux orthographes, je n'hésite pas à préférer celle de Vâiçâlî, qui a pour elle la transcription déjà ancienne du pâli Vêçâlî. ( Clough , Pâli Gramm. and Vocab. p. 24, st. 2.) Il est clair que si au temps de la rédaction des livres pâlis, ce nom se fût prononcé Viçâlî et -non Vêçâlt [pour Vâiçâli), on l'eût transcrit Visait dans ces livres. L'adoption de l'orthographe buddhique, que nous offrent deux éditions du Râmâyana , et que confirment également le Vichnu purâna et le Bhâvagata (1. IX, c. 2, st. 33), a-en outre l'avantage de faire cesser la confusion signalée par Wilson [Vishnii purâna, p. 353, note) entre la Viçâlâ, qui est la même qu'Udjdjayanî , et la Viçâlâ (pour Vâiçâlî) du Râmâyana. Longtemps avant qu'on pût se servir des livres buddhiques pour éclaircir la géographie de cette partie de l'Inde , Hamilton avait bien vu que Vâiçâlî (qu'il écrit Besala) devait se trouver dans le pays situé au nord du Gange, presqu'en face de Patna, et confinant au Mi thiîa. [Genealog. oftheHindus, Introd. p. 38.) C'en est assez, je pense, pour réfuter l'opinion de Csoma, qui cherchait Vâiçâlî sur l'emplacement d'AUahabad , ancien:nement Prayâga. [Asiat. Res. t. XX, p. 62 et 86. ) Auprès de celte ville était un jardin, dont
ô Ananda, n'ira plus à Vâiçâlî ; il ira, pour entrer dans le Nirvana complet, au pays des Mallas^, dans le Lois des deux Çâlas^.
« Alors un des Religieux prononça en ce monxent la stance suivante : C'est là, seigneur, ton dernier regard jeté sur Vâiçâlî;. le Sugata Buddha n'ira plus à Vâiçâlî; il ira, pour entrer dans l'anéantissement , au pays des Mallas , dans le bois des deux Çâlas.
«Au moment où Bhagavat prononça ces paroles. C'est la dernière fois que le Tathâgata regarde Vâiçâlî, les nombreuses Divinités qui habitaient le bois près de cette ville répandirent des larmes. Ananda le Sthavira^ dit alors : Il faut, ô Bhagavat, qu'il y ait un nuage pour produire cette pluie abondante. Bhagavat répondit : Ce sont les Divinités habitantes du bois de Vâiçâlî, qui à cause de mon départ répandent des larmes. Ces Divinités firent entendre aussi cette nouvelle dans Vâiçâlî : Bhagavat s'en va pour entrer dans l'anéantissement complet; Bhagavat n'ira plus à Vâiçâlî. Ayant entendu la voix de ces Divinités, plusieurs centaines de mille d'habitants de Vâiçâlî vinrent se réunir en présence de Bhagavat. Celui-ci connaissant leur esprit, leurs- dispositions , leur caractère et leur naturel, leur fit une telle exposition de la loi, que ces nombreuses centaines de mille d'êtres
une femme, nommée par Fa hian An pho îo, que Çâkya, sur le point d'entrer dans ïe Nir-
et par Hiuan thsang An meon lo [FoekoneJd, vâna, sortit de Vâiçâlî par la porte occiden-
p. 242 et 245), fit don à Çâkyamuni. Wilson, taie. Cela est parfaitement vrai, puisqu'il se
par un rapprochement que je ne me permets dirigeait à l'Occident, vers Kuçigrâmalia , que
pas de juger, a proposé de voir dans le nom je crois être la naême ville que la Kusinârâ des
de cette femme, Alialyâ, la vertueuse épouse livres pâlis.
de Gâutama. (Journ. of the Hoy. Asiat. Soc. ^ Les Mallas étaient les habitants du pays où
t. V, p. 128 et 129.) Je pense, pour ma part , était situé Kuçigrâmaka, dans la contrée que
que les syllabes chinoises An pho lo, ou bien baigne la Gandakî. Ce sont probablement eux
An meou. lo sont la transcription du nom de qui sont mentionnés parle Digvidjaya du Ma-
Amhapâli, célèbre courtisane de Vâiçâlî, dont hâbhârata (t. I, p. 347, ^*- ^-7^)' ®* 1"^ s^Q*
il est question dans les légendes, et sur laquelle placés au pied de î'Himâlaya, dans la partie
M, Turnour nous a donné des détails très- orientale de l'Hindousthan, (Vi^ilson, Vishnu
curieux. [Journ. Asiat. Soc. ofBengal, t. VII, pur. p. i88, notes 38 et 52.) On sait que ce
p. 999.) Le Parinibbâna sutla des Singhalais pays , notanament les districts de Gorakpour, de
fait de cette donation un récit extrêmement Bettiah et de Bakrah, conservent encore au-
intéressant. J'ajoute ici que Fa hian, auquel jourd'hui des traces très -précieuses de l'an-
la tradition de ce dernier séjour de Çâkyamuni cienne prédominance du Buddhisme. à Vâiçâlî était bien connue, puisqu'il la rap- " Shorea rohusta.
porte à peu près dans les mêmes termes que ' Ce mot signifie vieillard; j'en parlerai
notre texte , dit, avec son exactitude ordinaire, plus bas , dans la section de la Discipline.
vivants reçurent les formules de refuge et les axiomes de l'enseignement. Quelq^ues-uns obtinrent la récompense de l'état de Çrôta âpatti^; d'autres, celle de l'état de Sakrïd âgâmin; les autres acquirent celle de l'état d'Anâgâmin; quelques-uns, devenus mendiants, après être entrés dans la vie religieuse, obtinrent l'état d'Arbat. Les uns comprirent ce que c'est que l'Intelligence [Bôdhi) des Çrâvakas; les autres, ce qu'est l'Intelligence des Pratyêka Buddhas ; d'autres , ce qu'est l'Intelligence suprême d'un Buddha parfaitement accompli; d'autres reçurent les formules de refuge et les axiomes de l'enseignement, de telle façon que cette réunion d'hommes tout entière fut absorbée dans le Buddha, plongée dans la Loi, entraînée dans l'Assemblée.
« Ananda le Sthavira tenant ses mains jointes en signe de respect, parla ainsi à Bhagavat : Vois, ô vénérable, combien Bhagavat , au moment où il est parti pour arriver à l'anéantissement complet, a établi dans les vérités de centaines de mille de Dieux! Plusieurs milliers de Richis, sortis des cavernes des montagnes et des retraites des monts , se sont réunis ici. Ces Religieux ont été introduits par Bhagavat dans la vie religieuse. Par suite de leur application, de leurs efforts et des peines qu'ils se sont données, ils ont vu face à face l'état d'Arbat par l'anéantissement de toutes les corruptions. De nombreux Dévas, Nâgas, Yakchas, Gandharvas, Kinnaras, Mahôragas, ont reçu les formules de refuge et les axiomes de l'enseignement. Plusieurs centaines de mille d'habitants de Vâiçâlî ont été établis dans la récompense de l'état de Çrôta âpatti; quelques-uns l'ont été dans celle de l'état de Sakrïd âgâmin; d'autres dans celle de l'état d'Anâgâmin. Quelquesuns, devenus mendiants, après être entrés dans la vie religieuse, ont obtenu l'état d'Arbat; quelques autres ont été établis dans les formules de refuge et dans les axiomes de l'enseignement.
«Qu'y a-t-il donc d'étonnant, ô Ananda [reprit Bhagavat], que j'aie aujourd'hui rempli ce devoir de l'enseignement, moi qui maintenant sais tout, moi qui possède la science sous toutes ses formes , qui ai acquis la libre disposition de ce qui doit être connu par la science suprême , qui suis sans désirs, qui ne recherche rien , qui suis exempt de tout sentiment d'égoïsme, de personnalité, d'orgueil, de ténacité, d'inimitié. J'ai été, dans le temps
^ Ce terme, ainsi que les suivants, Saknd âgâmin, Anâgâmin, Bôdhi, etc. sera expliqué plus bas, dans la section de la Discipline.
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passé , haineux , passionné , livré à l'erreur, nullement affranchi , esclave des conditions de la naissance, de la vieillesse, de la maladie, de la mort, du chagrin , des peines , de la souffrance , des inquiétudes , du malheur. Étant en proie à la douleur qui précède la mort, je fis cette prière: Puissent plusieurs milliers de créatures, après avoir abandonné la condition de maîtres de maison , et embrassé la vie religieuse sous la direction des ï\ïchis , après avoir médité dans leur esprit sur les quatre demeures fortunées des Brahmâs, et renoncé à la passion qui entraîne l'homme vers le plaisir, puissent, dis-je, ces milliers de créatures renaître dans la participation des mondes de Brahmâ et en devenir les nombreux habitants ! »
Aussitôt après avoir rappelé ce vœu , Çâkya raconte à son disciple Ananda l'histoire d'un roi nommé Mândhâtrï, qu'il donne pour une de ses anciennes existences. Gê récit, qui est un peu long pour être reproduit en ce moment, trouvera mieux sa place ailleurs. Il est rempli de circonstances tout à fait fabuleuses, et a, sous ce rapport, une trop grande ressemblance avec le Sûtra dont je vais donner la traduction. Il me suffit de dire que ce nom de Mândhâtrï, bien connu dans l'histoire héroïque des Brahmanes, est devenu le titre du Sûtra dont on vient de lire un fragment, sans doute parce que les compilateurs des livres buddhiques ont attaché plus d'importance à la légende fabuleuse qu'au récit traditionnel des derniers entretiens de Çâkya. Peut-être aussi la préférence qu'ils ont accordée ici à la légende sur l'histoire, vient-elle de ce que les dernières années de la vie du Buddha sont racontées en détail dans d'autres livres. Quoi qu'il en soit, le fragment qu'on vient de lire a pour nous ce genre d'intérêt qui s'attache à une tradition dont les données sont contemporaines de l'époque de Çâkya. Malgré la place qu'y occupe la croyance au pouvoir surnaturel du Maître , plusieurs des circonstances de sa vie humaine s'y laissent encore apercevoir. C'est la raison qui me l'a fait placer avant le Sûtra purement fabuleux de Kanakavarna. Il est bon de remarquer que ce dernier morceau, qui est un véritable Sûtra pour la forme , porte , d'après le texte sanscrit et la traduction tibétaine , le titre à'Avadâna ou de légende : c'est un argument de plus en faveur de l'analogie que j'ai déjà remarquée entre la classe des Avadânas et celle des Sûtras.
SÛTRA DE KANAKAVARISIA^
«Voici ce que j'ai entendu. Un jour Bhagavat se trouvait à Çrâvastî, à Djêtavana, dans le jardin d'Anâtha pindika , avec une grande assemblée de Religieux, avec douze cent cinquante Religieux. Il était respecté , honoré , vénéré et adoré par les Religieux et par les Dévots des deux sexes, par les rois et par les conseillers des rois, par les hommes des diverses sectes, par les Çramanas, par les Brahmanes, par les ascètes, par les mendiants , par les Dêvas, les Nâgas, les Asuras, les Garudas, les Gandharvas, les Kinnaras et les Mahôragas. Après avoir recueilli de nombreuses et excellentes provisions divines et humaines, tant en vêtements qu'en nourriture, en lits, en sièges et en médicaments pour les malades , Bhagavat n'était pas plus attaché à toutes ces choses que ne l'est la goutte d'eaù à la feuille du lotus. Aussi la gloire et le renom de son immense vertu se répandirent-ils ainsi jusqu'aux extrémités de l'horizon et dans les points intermédiaires de l'espace : Le voilà, ce bienheureux Tathâgata, vénérable, parfaitement et complètement Buddha, doué de science et de conduite, bien venu, connaissant le monde, sans supérieur, dirigeant l'homme comme un jeune taureau, précepteur des hommes et des Dévas , Buddha , Bhagavat ! Le voilà , qui après avoir de lui-même, et immédiatement^, reconnu, vu face à face et pénétré cet univers, avec ses Dêvas, ses Mâras et ses Brahmâs, ainsi que la réunion des créatures, Çramanas, Brahmanes, Dêvas et hommes, fait connaître [tout cela et]: enseigne la bonne loi! Il expose la conduite religieuse qui est vertueuse au commencement, au milieu et à la fin, dont le sens est bon, dont chaque syllabe est bonne, qui est absolue, qui est accomplie, qui est parfaitement pure et belle !
« Bhagavat alors s'adressa ainsi aux Religieux : Si les êtres, ô Religieux, connaissaient le fruit des aumônes, le fruit et les résultats de la distribu-
' Divya avadâna, f. làà b, man. Soc. Asiat. « ment vu, aussitôt que l'objet estvu, sur îe vu
f. 182 a de mon man. Bkali-hgyur, section Mdo, « même de l'objet. » Je n'a£Grme cependant pas
vol. a ou XXX , f. 76 b. Cson\&, Anal. oftheSher- que ce doive être là l'unique signification de
chin, etc. dans Asiat. Res. t. XX, p. 483. ces deux mots. Quand drîchla est opposé à
^ L'expression que je traduis ainsi est son contraire acZrïcZite, il peut signifier le monde
drichlâiva dharmê : ces mots me paraissent visible, le monde actuel, par opposition à l'au-
signifier «la condition ou l'objet étant seule- tre monde, au monde invisible.
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tion des aumônes comme j'en connais moi-même le fruit et les résultats, certainement, fussent-ils réduits actuellement à leur plus petite, à leur dernière bouchée de nourriture, ils ne la mangeraient pas sans en avoir donné j sans ien avoir distribué quelque chose. Et s'ils rencontraient un homme digne de recevoirieur aumône, la pensée d'égoïsme qui aurait pu naître dans leur esprit pour l'offusquer, n'y demeurerait certainement pas. Mais parce que les êtres ,ô Religieux, ne connaissent pas le fruit des aumônes, le fruit et les résultats de la distribution des a:umQnes comme j'en connais moi-même le fruit et les résultats, ils mangent avec un sentiment toutpersonnel, sans avoir rien donné, rien distribué, et la pensée d'égoïsme qui est née dans leur esprit y demeure certainement pour l'oifusquer. Pourquoi cela? [Le voici. ]
« Jadis, ô Religieux, clans le temps passé, il y eut un roi nommé Kanakavarna, beau, agréable à voir, aimable, doué de la perfection suprême de l'éclat et de la beauté. Le roi Kanakavarna, ô Religieux, était riche, possesseur de grandes richesses , d'une grande opulence, d'une autorité sans bornes , d'une fortune et de biens immenses , d'une abondante réunion de choses précieuses, de grains, d'or, de Suvarnas, de joyaux, de perles, de lapislazuîi, de Çangkhaçila/"^, de corail, d'argent, de métaux de prix, d'éléphants, de chevaux, de vaches et de troupeaux nombreux ; il était maître enfin d'un trésor et d'un grenier parfaitement rempli. Le roi Kanakavarna, ô Religieux, avait une ville capitale nommée Kanakavatî , qui avait douze Yôdjanas de longueur de l'orient à l'occident, et sept Yôdjanas de largeur du sud au nord. Elle était riche, prospère, fortunée, abondante en tous biens, agréable et remplie d'un grand nombre d'hommes et de gens. Le roi Kanakavarna possédait quatre-vingt mille villes et dix-huit mille Kôtis ^ de bourgs, cinquante-sept Kôtis de villages et soixante mille chefs-lieux de district, tous riches^ prospères, fortunés, abondants en tous biens, agréables et remplis d'un grand nombre d'hommes et de gens. Le roi Kanakavarna avait quatre-vingt mille conseillers ; ses appartements intérieurs renfermaient vingt mille femmes. Le roi Kanakavarna, ô Religieux, était juste, et il exerçait la royauté avec justice.
« Un jour que le roi Kanakavarna se trouvait seul, retiré dans un endroit
Je ne trouve rien qui explique ce mot de peut-être la nacre qui tapisse les coquilles. Çangkhaçila (pierre de conque); il désigne " Un Kôli vaut dix miJIions.
secret et couché dans l'attitude de la méditation, la pensée et la réflexion suivante lui vint à l'esprit : Si j'exemptais tous les marchands de droits et de taxes? si j'affranchissais tous les hommes du Djambudvîpa de toute taxe et de tout impôt? Ayant donc appelé les receveurs , les grands conseillers, les ministres, les gardiens préposés aux portes et les membres des divers conseils, il leur parla ainsi : A partir de ce jour, seigneurs, j'exempte les marchands de tout droit et de toute taxe; j'affranchis de toute taxe et de tout impôt les hommes du Djambudvîpa.
« Il gouverna ainsi pendant de nombreuses années, quand un jour parut une constellation funeste qui annonçait que le dieu Indra devait refuser pendant douze années de donner de la pluie. Alors les Brahmanes connaissant les signes, sachant interpréter les présages, experts dans les formules qui agissent sur la terre et dans l'air, ayant reconnu l'annonce de cet événement dans les mouvements des constellations, de Çukra (Vénus) et des planètes, se rendirent au lieu où se trouvait le roi Kanakavarna, et quand ils y furent arrivés , ils lui adressèrent la parole en ces termes : Sache , ô roi , qu'il vient de paraître une constellation funeste qui annonce que le dieu Indra refusera pendant douze ans de donner de la pluie. Ayant entendu ces paroles, le roi se mit à répandre des larmes en s'écriant : Ah! les hommes de mon Djambudvîpa! Ah! mon Djambudvîpa, si riche, si prospère, si fortuné, si abondant en tous biens, si agréable, si rempli d'hommes et de peuple, il va dans peu devenir désert et privé d'habitants ! Après s'être ainsi lamenté , le roi fit la réflexion suivante : Ceux qui sont riches et possesseurs d'une grande fortune et d'une grande opulence pourront certainement continuer à vivre; mais les pauvres, mais ceux qui ont peu de richesses, peu d'aliments, de boissons et d'autres biens, comment pourront-ils subsister? Alors cette réflexion lui vint à l'esprit : Si je rassemblais tout ce qu'il y a de riz et d'autres moyens de subsistance dans le Djambudvîpa; que je fisse comptre et mesurer le tout ; qu'une fois cette opération achevée , établissant un grenier unique pour tout ce qu'il y a de villages, de villes, de bourgs, de chefs-lieux de district, de capitales dans le Djambudvîpa, je fisse distribuer une portion égale à chacun des hommes du Djambudvîpa? Aussitôt le roi appela les receveurs, les grands conseillers, les ministres, les gardiens des portes et les membres des divers conseils, et leur parla ainsi : Allez, seigneurs, rassemblez tout ce qui se trouve de riz et d'autres moyens de subsistance dans le Djam-
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budvîpa; comptez et mesurez tout cela; et une fois cette opération faite, établissez un grenier unique pour tout ce qu'il y a de villages, de villes, dé bourgs, dé chefs-lieux de district, de capitales dans lé Djambudvîpa. Oui, seigneur, répondirent tous ceux que le roi avait mandés, et aussitôt ils exécutèrent ce qui leur était ordonné. Ils se rendirent ensuite au lieu où se trouvait le roi Kanakavarna, et quand ils furent arrivés auprès de lui, ils lui parlèrent ainsi : Sache , ô roi , que tout ce" qui se trouvait de riz et d'autreS' moyens dé subsista:nce dans le Djambudvîpa a été rassemblé, comptév mesuré et déposé dans un grenier unique pour tout ce qu'il y a, de villages, de villes, de bourgs, de chefs-lieux de district, de capitales dans le Djambudvîpa. Le moment fixé pour ce que le roi veut faire est maintenant venu. Alors Kanakavarna ayant appelé tous ceux qui savaient compter, calculer et tenir lés écritures, lem? paria ainsi : Allez, seigneurs, comptez tous lès hommes du Djambudvîpa, et quand vous les aurez comptés, donnez-leur à chacun une portion égale de nourriture. Oui, seigneur, répondirent ceux que le roi avait mandés, et aussitôt ils se mirent à compter les hommes du Djambudvîpa , et s'àiitorisant de" la volonté du roi , ils assignèrent à chacun des- habitants du Djambudvîpa une portion égale de nourriture. Le peuple vécut ainsi pendant onze ans; maïs il n'eut plus rien pour vivre la douzième année. A j)eine un mois de la douzième année se fut-il écoulé qu'un grand nombre d'hommes, de femmes et d'enfants des deux sexes moururent de faim et de soif. En ce moment tout ce qu'il y avait de riz et d'autres moyens de subsistance dans le pays se trouvait épuisé, excepté qu'il restait au roi Kanakavarna une seule petite mesure de nourriture.
« Cependant il vint à cette époque dans l'univers Saha \ un Bôdhisattva qui depuis quarante Kalpas était parvenu à cette dignité. CeBôdhisattvavit, au fond d'une épaisse forêt, un fils qui comrnettait un inceste avec sa mère, et à cette vue il fit cette réflexion : Ah ! quelle corruption ! Qu'ils sont corrompus les êtres ! Faut-il qu'un homme agisse ainsi avec celle dans le sein de laquelle il a vécu pendant neuf mois, avec celle dont il a sucé le lait? J'ai assez de ces créatures ennemies de la justice, passionnées pour des plaisirs illicites , livrées à de fausses doctrines , enflammées de désirs convoyez relativement à cette expriession , une note que son étendue m'a forcé de rejeter à la fin du volume, Appendice n° IL