ARRESTATION ET MASSACRE DES ÉTUDIANTS
A l'Université de Saint-Pétersbourg, les étudiants protestèrent contre de nouvelles lois universitaires humiliantes pour eux; l'Université fut fermée, une centaine de jeunes gens jetés dans la forteresse de Saint-Paul, deux cents dans la prison de Cronstadt. Les étudiants de Moscou, indignés et ayant d'ailleurs les mêmes griefs, envoyèrent des députés au recteur pour le prier de présenter une supplique au czar; le recteur s'y refusa. Ils entrèrent alors de force dans la salle d'audience et réitérèrent leur demande. Les arrestations eurent lieu la nuit suivante. Lorsque les étudiants l'apprirent le lendemain matin, ils résolurent d'aller porter immédiatement plainte au généralgouverneur.
200 d'entre eux descendirent la rue Tverskaïa, mais à peine furent-ils arrivés sur la place, en face la maison du gouverneur, qu'il se passa quelque chose d'inattendu: des gendarmes à cheval, cachés en embuscade, se ruèrent sur les étudiants , les frappant à la tête , au visage , les traînant sur le pavé. Un étudiant fut étranglé avec une écharpe ; un autre reçut un coup de sabre sur la tête, tomba sans connaissance et fut écrasé par les chevaux. Pendant que la chasse suivait son cours, les prisonniers furent poussés dans la grande cour de police de l'arrondissement de Tver, où, malgré le froid, on les dépouilla de leurs manteaux. Ils restèrent ainsi, affamés et grelottant de froid, depuis onze heures du matin jusqu'à une heure de la nuit. Dans cette cour se passèrent des scènes d'une telle férocité qu'on refuserait d'y croire, si les documents n'étaient pas là pour les constater. Un gendarme frappa un pauvre jeune homme faible et malade au visage, lui brisa les verres de ses lunettes dont les éclats lui entrèrent dans les yeux. On en assomma un autre à coups de sabre et on l'abandonna sur le pavé ; il était presque mort quand on le transporta à la clinique, où il expira bientôt en compagnie de huit autres jeunes gens massacrés comme lui.
Le monarque réformateur ne trouva pas encore les mesures assez énergiques ; il fallait plus d'essor à sa philanthropie magnanime.
Ce fut par dizaines que les malheureux étudiants furent exilés dans les gouvernements éloignés, chassés de l'Université ou destinés à divertir la tendre gendarmerie et rhonnôte police. Un observateur attentif pouvait déjà pressentir que de ces tendres fleurs de la mansuétude impériale naîtraient un jour de beaux fruits écarlates, tels que le massacre de 1876, à Pétersbourg, sur la place de la Cathédrale de Kazan.
En 1863, à Kazan, pour avoir propagé des appels au peuple et un manifeste supposé, furent tyraunîsés dans la prison, puis fusillés sur la place du faubourg Podlougna: Jvanitsky , Miotchek, Stankovitch et un Français du nom de Kinevitch. Quelques mois plus tard, ce fut le tour de Tcherniak , qu'on avait saisi en Pologne ; pour la même affaire, Alecknovetz, Maevsky, Goszevitch et Jean Orlof furent condamnés à quinze ans de travaux forcés.
Le lieutenant Michaïlof, après deux ans de dure prison, fut condamné à la peine de dix ans. Elpidine, Boulgarof et autres, à quatre ans, etc.. En 1863, fut condamnée perpétuité Serno Solovievitch, à cause de ses relations avec les exilés de Londres et pour l'hospitalité accordée à Kelsief ', lors de son arrivée secrète à Saint-Pétersbourg. En route, Solovievitch tomba malade, mais n'en continua pas moins le voyage, tombant d'épuisement* Un jour qu'il gisait sans force sur le chemin, un troïka lui traversa le corps ; on le transporta à l'hôpital d'irkoutsk, où il ne tarda pas à expirer, le bienheureux !...
En 1866, le soldat Nevedomsky fut condamné à la peine de sept ans de travaux forcés , pour avoir prononcé des paroles injurieuses contre notre généreux monarque.
En 1866,Mossolof, Shatilof, Lebiadinsky furentenvoyés en Sibérie pour avoir publié des appels au peuple.