LETTRE DE MOSCOU
Lés étudiants de l'université, de l'institut technologique, de l'académie agricole et les personnes étrangères qui assistaient à la réunion du 4 avril , ont décidé d'adresser une pétition au procureur pour demander des
poursuites contre les employés des halles et la police qui s'étaient rendus coupables de voies de fait et de violences contre les étudiants et le public. Ce jour-là, deux cent cinquante personnes ont signé la pétition, car environ mille personnes étaient parties ayant la fin de la réunion, ne sachant pas que la pétition serait signée séance tenante.
Le même jour, une autre réunion eut lieu le même soir à l'académie Petrowsky, où trois cents personnes ont signé encore. L'inspecteur des étudiants arriva vers dix heures pour prier les étudiants de se séparer, mais il a été sifflé, après quoi il s'en alla avec plus de succès qu'il n'était venu. Le sous-inspecteur de l'université eut le même sort.
En tout sept cents personnes ont signé la pétition, dont quatre-vingts n'appartenant pas à l'université. Les étudiants arrêtés, le 4 avril, ont été mis en liberté le lendemain. Tout ceux qui ont avoué qu'ils avaient fait sciemment cette démonstration politique ont été exclus. Lorsque les étudiants apprirent cette nouvelle, ils se réunirent dans l'académie Petrowsky et refusèrent de se séparer avant qu'on ne leur eût appris que les étudiants arrêtés n'étaient pas exclus. Dans la réunion qui a eu lieu le même jour à l'université, les étudiants ont déclaré au recteur, M. Fikhomawoff, qu'ils désiraient que les autorités de l'université commençassent des poursuites contre M. Katkoff, le rédacteur en chef de la Gazette de Moscou, pour les articles parus les deux derniers jours qui renfermaient de lâches insinuations^à l'égard de la jeunesse russe.
Ensuite, ils ont demandé des poursuites contre la police et les employés des halles, et enfin que le conseil de l'université permît aux étudiants de Kiew de suivre les cours à l'université de Moscou.
Chaque fois que le recteur s'avisait d'interrompre, la foule lui criait : Taisez-vous! écoutez I
Le recteur donna une promesse évasive sur chacun de
ces points et promit, sur sa parole d'honneur, de donner une réponse le lendemain, le 7 avril.
Ce meeting n'eut lieu que parce que les étudiants ont employé la force. Lorsqu'ils arrivèrent en foule, à deux heures, ils trouvèrent toutes les portes fermées. Alors ils forcèrent trois portes et s'installèrent dans le grand auditoire. Les femmes n'ont pas été admises à cette réunion, malgré les vives instances des étudiants de Petrowsky et de l'institut, auxquelles les étudiants de l'université ont répondu, avec raison, que si Àa. police voyait des femmes et des personnes étrangères, elle pourrait pénétrer de plein droit dans les murs de l'université.
A cause de ces troubles le conseil de l'université a suspendu les cours et a renvoyé les examens à huitaine.