AUTRE LETTRE DE MOSCOU
Voici encore quelques détails concernant les troubles universitaires à Moscou.
Au commencement de la première réunion, les délégués, envoyés chez le procureur, ont rendu compte de leur mission.
Le procureur les a reçus d'une façon très aimable ; il a accepté la pétition en ajoutaijt qu'il ferait tout ce qu'il pourrait. « Cet événement, dit-il, ne peut être qualifié, au point de vue juridique, que comme une querelle dans un endroit public, »
Ensuite, on a proposé de protester contre la décision du conseil de l'université de Kiew. Mais la haute-gomme de l'université, qui se trouvait en nombre à cette réunion, protesta contre cette proposition, en disant que l'on n'avait pas à se mêler des affaires des autres.
Alors on passa à la question de poursuite contre Katkoff. On envoya chercher le recteur qui venait d'arriver dePétersbourg, où il était allé conférer avec le ministre. Il arriva au bout d'un quart d'heure. Les étudiants lui proposèrent encore une ^'c^s de commencer les poursuites
contre Katkoff et de casser le contrat qui existe entre lui et l'université au sujet de la Gazette de Moscou.
Ensuite, Torateur a dit que Katkoff ne remplit pas ce contrat; d'abord, parce que les tendances de son journal couvrent de honte l'antique université russe; ensuite, parce qu'il ne paye pas la redevance annuelle depuis trois ans.
Or, la somme que rapporte la Gazette de Moscou est destinée aux étudiants pauvres, et il faudrait que désormais le conseil avisât aux moyens de l'encaisser régulièrement.
Enfin, la réunion demanda que les étudiants dé Kiew fussent admis à suivre les cours. En réponse à ces réclamations, le recteur raconta aux étudiants son entrevue d'hier (à Pétersbourg) avec le comte Folskoï.
(c lie ministre a été très affecté de cet événement, dit-il ; mais j'ai tâché de le rassurer en disant que, dans toute cette affaire, l'initiative n'appartenait pas aux étudiants (rires prolongés et quelques sifflets). Messieurs, s'écria le recteur, je m'adresse aux étudiants d*une université de VÉtat; croyez, messieurs, que je prends sérieusement part à vos intérêts et que je ferai tout pour satisfaire aux revendications légitimes.
« Contre Katkoff nous ne pouvons rien faire ; il exploite le journal en vertu d'un contrat, et il verse les payements annuels dans la caisse du Trésor.
« En ce qui concerne l'admission des étudiants de Kiew, je vous promets d'intercéder en leur faveur auprès du conseil de l'université et auprès du ministre. »
A la question faite par quelques-uns de quelle manière on pourrait connaître la décision du conseil, le recteur a répondu que les étudiants pourraient se réunir demain.
Je vous dirai pour conclure que pas un des vœux n'a été exaucé, car l'enquête sur les désordres qui se sont passés aux halles, a été dérisoire. Deux ou trois étudiants ont été admis à suivre les Cours.
Jamais de pareils faits ne se sont produits en France,
même aux époques les plus troublées. Et on nierait que l'empire des czars soit à la veille d'un changement considérable, presque total ! A quoi sert alors l'expérience de l'histoire et l'analyse des faits que nous venons de rapporter !