‹ Introduction à l'histoire du nihilisme russeChapitre 28 sur 30 · LA PRISON DE PBNZA · texte numérisé non relu

LA PRISON DE PBNZA

Vous me permettrez de vous décrire les deux cellules secrètes se trouvant dans le sous-sol que les détenus politiques appellent catacombes. Ces deux cellules situées au bout d'un sombre corridor souterrain ont quatre archines et demie de longueur sur deux et demie de largeur; elles sont à peine éclairées. La moitié des cellules est occupée par des bancs très larges sur lesquels couchent les prisonniers. Il est évident qu'il n'y a pas assez de place pour marcher, de sorte que lorsqu'on ne veut pas rester assis ou couché, on doit se tenir debout. L'air des cellules est infecté par des émanations sortant de lieux d'aisance. Le plancher a l'air d'un clavier, les poêles sont abîmés et le froid y est tellement intense qu'il n'y a pas moyen de dormir en hiver. Voilà pourquoi en cette saison tous les dé-' tenus portent ^des pelisses et des bonnets en peau de mouton.

Ouchakolf et Sabelkine , Dobrotf et mademoiselle Soudzîlovska y ont passé plusieurs mois. En général, tous ceux qui se trouvent au secret souffrent' beaucoup en hiver. L'anoee passée on donnait des/pots dfe 'tfeambre en bois

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tout à fait pourris, qui suintaient et exhalaient une odeur insupportable. Au commencement, les détenus politiques n'avaient ni tables , ni lits, ni tabourets, de sorte, qu'ils mangeaient, dormaient et étaient assis sur la terre. Le procureur lui-même trouva que cet ordre de choses était illégal et on leur donna un banc de bois , une table et un tabouret.

Maintenant on donne quatre kopecks par jour à chaque prisonnier n'appartenant pas aux classes privilégiées, sept et demi kopecks à la petite noblesse et quinze kopecks aux gentilshommes héréditaires.

Il y a à peine quelques mois que les prisonniers ne sortaient jamais à la promenade ; maintenant , on leur permet de sortir tous les quinze jours pour respirer l'air pendant un quart d'heure. Kamensky et Dobroif ne sont sortis que deux fois pendant six mois, mais les condamnés de droit commun jouissaient d'une plus grande liberté. L'entrevue avec leurs parents ou leurs amis était rigoureusement défendue. En ces derniers temps on a donné permission aux parents de venir voir les détenus, mais seulement en présence du colonel de gendarmerie et du directeur de la prison. L'entrevue ne pouvait durer plus d'un quart d'heure. Dans les derniers jours du mois de juillet, le directeur Joulabine a été destitué ; cet homme féroce était le fléau des prisonniers. On a nommé à sa place un vieux petit bonhomme très honnête et d'un caractère doux , de sorte que la situation des prisonniers politiques s'est beaucoup améliorée.

Nous clorons le dernier chapitre de notre troisième partie par le procès des 50, parce qu'il donne exactement l'idée de la façon dont plaident les nihilistes lettrés, quand ils se défendent devant les tribunaux. Hommes, femmes, font preuve alors' d'une singulière éloquence, d'une force de logique incroyable! en ^tre, ces plaidoiries sont précUuses

au point de vue politique, parce qu'elles contiennent des déclarations de principes qu'on chercherait vainement ailleurs.

En nous donnant les discours de P. AléneïeflT et de mademoiselle Bardine, voici la note qu'a publiée le journal En Avant :

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