‹ Introduction à l'histoire du XIXe siècleChapitre 4 sur 10 · INTRODUCTION C · texte numérisé non relu

INTRODUCTION C

lier pour faire triompher sa cause contre Torganisalioft solide et redoutable de l'Église romaiiic et contre Tal- Hance de la papauté et de Tempire? Et même pendant la guerre de trente ans. que serait devenue cette cause, si le peuple et les princes avaient suivi des voies différentes? Leur union avait été, à la vérité, achetée à un prix bien cher, puisque le peuple s'était simplement subordonné à ses souverains.^ Pendant les guerres de religion et dans les divers traités de paix du xvi* et du xvii* siècle, il n'était nullement question de la liberté de conscience de chaque citoyen en tant qu'individu. Il ne s'agissait alors que des princes, et c'est en cela que le caractère monarchique de la réformalion luthérienne se montre dans toute sa force, il ne s'agissait que du droit des princes (cujus règiOy ejus religio) de réformer dans leurs territoires et de faire pénétrer la réformation de l'Église du haut du trône dans le sein du peuple.

En Angleterre, on voit bien plusr qu'en Allemagne quel danger cet état de choses offrait pour la liberté de l'Église et de l'État, et combien il fallait redouter l'abus que les souverains pouvaient faire du pouvoir monarchique. Henri VIII y abolit la suprématie du pape; mais il la remplaça par sa propre toute-puissance et par son infaillibilité personnelle qui n'étaient restreintes ni par des lois, ni par des assemblées de prêtres ayant le droit de prendre des décisions valables (convocations). La mission apostolique des prêtres devint, en Angleterre comme en Allemagne, une fonction temporelle conférée par le roi ; mais on maintint l'épîscopat, et les évêques diocésains gaxdèrent le pouvoir d'ordonner les prêtre?. L'autorité papale, comme le disaient les puritains, fut

'ainsi simplement répartie parmi les évêques, et les formes aussi bien que les doctrines ecclésiastiques s'engourdirent bientôt dans l'immabilité, comme au sein de l'ancienne Église.

En gardant l'épiscopat, on conserva, en Angleterre, le faste des hauts dignitaires et les pompes du culte ; le haut clergé occupa dès lors une position tout à fait aristocratique et se vit placé daps une dépendance intéressée à l'égard du roi ; ses intérêts se confondirent à un tel point avec ceux du souverain, que Jacques P' se figurait que l'existence de la royauté dépendait de celle de l'épiscopat. I/arbilraire et la violence, dont le monarque en Angleterre usait dans les affaires ecclésiastiques, accrurent à leur tour l'absolutisme princier dans l'État; irrité par la résistance que lui opposaient les réformateurs populaires, les calvinistes et les puritains, cet absolutisme arriva ensuite jusqu'à ce point exagéré oii il amena la révolution qui prépara passagèrement la fin de TÉglise et de la monarchie en Angleterre.

Tout autre fut la tournure que prirent les choses en Allemagne. Dans ce pays, l'autorité de prophète d'Israël, dont jouissait Luther, n'aurait permis à aucun souverain de jouer'le rôle de pape. Les places modestes accordées aux pasteurs, dont les habitudes étaient simples et bourgeoises, ne les rendaient pas assez dépendants du pouvoir pour qu'ils perdissent de sitôt le courage de professer franchement leurs opinions religieuses. Les petits souverains se trouvaient dfans un contact trop immédiat avec le peuple et partageaient avec lui, à l'égard de l'empereur et du pape, des intérêts trop semblables, pour qu'ils n'accomplissent pas involontairement la mission

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confiée au pouvoir absolu d(îs princes en formant le peuple à la liberté. En Allemagne, on n'avait donc pas à craindre une révolution du peuple, mais uniquement une réaction de la part de l'empereur et du pape, auxquels les* protestants, par la Paix de religion de 1552, n'avaient pu arracher qu'un simulacre de tolérance dans une espèce de trêve.

Si, par suite du fractionnement territorial et des dissensions intestines qui divisaient l'Allemagne, la liberté de rÈglise, conquise à cette époque, était imparfaite au dehors, elle était, par cette môme raison, d'autant plus parfaite à rintérieur, L'Église devint territoriale; ayant les mêmes frontières que le pays où elle fonctionnait, elle suivit sa propre marche dans chacun des États allemands/ L'absence d'une unité politique ou d'un synode'unitaire, ou encore d'un grand corps ecclésiastique dirigé dans un seul et même sens et dépendant d'une autorité unique, rendait impossible non-seulement toute constitution com^. mune, mais encore Tunilé rigoureuse du dogme ou de la liturgie. Il y avait là, ce qui est conforme à' i'e'sprit du protestantisme, des Églises évangéliques, mais non pas une seule Église évangélique qui, après avoir brisé le caractère universel de la papauté, eût réuni les membres épars de l'ancienne Église pour en faire une nouvelle communauté.

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^8 HISTOIRE Da DIX-NEUVIÈME SIÈCLE

Caractère monarcïdque des réformes politiques en Allemagne du temps de Luther.

A cette situation des affaires de l'Église correspondent exactement les changements qui, à la suite de la réformation, se produisirent en Allemagne. Le pouvoir monarchique avait été placé à la tête de l'Église, et son influence s'était ainsi accrue ; mais on avait jeté les véritables fondements de la liberté de l'Église, en abolissant la suprématie cléricale et en ne mettant pas une nouvelle Église universelle à la place de l'ancienne.

De la même manière, on vit se développer, dans le ^ domaine politique, la souveraineté territoriale des différents prijces, qui ne régnaient pas sur des populations et des territoires accidentellement réunis, mais bien sur des peuples distincts et différents les uns des autres. Ce fut ainsi que d'une manière exceptionnelle, et en Allemagne seulement, on vit se préparer la transformation des vassaux les plus importants en souverains indépendants, et par conséquent le développement de l'absolutisme, même dans ces petits États allemands. Mais la prépondérance dangereuse de l'empereur fut ainsi brisée, comme celle du pape l'avait été en Angleterre; la consolidation delà division de l'Allemagne en petits États, quelque funeste qu'elle fût à la puissance de ce pays par rapport i l'étranger, offrait incontestablement à cette

époque plus d'avantages que de désavantages pour sa conservation intérieure et pour sa liberté, et était> le résultat de la nécessité plutôt que d'un libre choix.

Depuis plusieurs siècles, toutes les réformes à introduire dans la constitution de l'empire comme dans l'Église avaient complètement avorté. Ce fait seul devait indiquer la nécessité de développeç et d'organiser les diverses parties du pays et les différents États, Donner à un grand empire confédéré une Constitution solide qui eût garanti à la fois l'ordje à l'intérieur et la puissance à l'extérieur, cette lâche aurait, en outre, dépassé lescapacité's pojitiqucs de cette époque. Ni la Suisse, ni les Pays-Bas ne purent obtenir ce résultat, ni à cette époque, ni beaucoup plus tard, ni même dans les temps des dangers les plus pressants, ni dans leurs sphères beaucoup plus restreintes que celle de l'Allemagne ; comment aurait-on pu y arriver dans ce dernier pays, avec ses froissements éternels entre les états de l'empire, avec ses querelles entre la noblesse et les souverains et avec ses disputes qui divisaient les princes et l'empereur ?

Deux grandes expériences avaient, avec une force égale, poussé l'Allemagne à considérer l'autonomie de chaque souverain comme une nécessité inévitable. Quand l'empereur avait été faible, l'anarchie venant d'en bas avait mis en péril tout ordre dans l'empire; quand il avait été fort, la nouvelle position puissante des princes d'Autriche et ridée qu'ils s'élaient faite de leur propre pouvoir, avaient créé un danger venant d'en haut et menaçant les libertés et les institutions de l'empire.

Même sous le règne du puissant Charles-Quint , l'empire n'offrait aucune protection contre la révolte des

paysans et contre un parvenu de la chevalerie, tel que Sickingen ; les discordes qui divisaient les états de Tempire rendaient impossibles tout arbitrage et tout accommodement entre eux : en face de celte anarchie, les souverains des divers pays ne pouvaient absolument compter que sur eux-mêmes et sur leur propre forcé. La nécessité elle-même leur imposait le devoir de mettre fm à l'exercice du droit du plus fort et aux violences de Faristocratie des chevaliers.

D'autre part, en face du pouvoir impérial, réagir contre te dernier était un devoir absolument patriotique qui incombait aux différents princes; il s'agissait pour eux de résister à l'oppression étrangère. La mission politique était pour eux la même que celle que l'Église avait à remplir à l'égard du pape. Défendre l'Allemagne contre l'Espagne et contre Rome, ne pas se laisser fouler aux pieds par les cléricaux et par les Espagnols, tel fut le but avoué de tous les efforts de Maurice de Saxe. La chute de Charles-Quint fut une victoire remportée par le principe national sur le principe étranger, une victoire par laquelle la liberté constitutionnelle et les institutions fédératives triomphaient de l'absolutisme du pouvoir împériaK Prouver à l'empereur qu'il n'était pas monarque, mais simplement le premier de ses pairs au sein de l'aristocratie fédérée des souverains allemands, ce fut là. une idée qu'on discuta dès la formation de la Ligue de Schmalkalden et qu'on* fit triompher, malgré toutes les résistances dans la Paix de religion de 1552.

Malgré le pape et l'empereur, le mouvement protestant emporta de haute lutte la réforme de l'Empire, que l'alliance de l'Qmpereur eC du pape avait empêchée peu-

dant de si longues années. Comme on. Tavait désiré depuis fort longtemps, le pouvoir exécutif»et le pouvoir judiciaire de l'empereur furent attribués au même titre aux états de l'empire ; la constitution des cercles se développa davantage; l'abolition du droit de diffidation fufc exécutée d'une manière plus efficace; le tribunal de l'empire^rcçut l'organisation grâce à laquelle il s'est conservé fort longtemps; l'immixtion du pape* dans les affaires de l'empire et ses protestations cessèrent d'ellesmêmes; enfin, leur liberté comme électeurs .fut assurée aux princes , et resta dès lors le point de mire des puissances étrangères, qui voyaient avec inquiétude l'Autriche accroître ses forces.

On donna, il est vrai, de cette manière un point d'appui à l'influence funeste que l'étranger exerçait sur l'Allemagne, dont les forces et le développement politique se fractionnaient de plus en plus ; mais, par contre, on neutralisa ainsi les efforts pernicieux que firent des empereurs anti-allemands, pour soumettre l'Allemagne tout entière à un système d'oppression nationale. L'indépendance se retira, à la férité, de l'ensemble de la nation , pour ne plus résider que dans ses diverses parties; l'hérédité, l'indivisibilité des territoires, le développement jdu régime représentatif, tout cela donna au pouvoir du souverain de chaque pays une solidité naturelle en face d'un empereur électif; le séparatisme politique des petits États l'emporta sur l'unité nationale.

Bien que ce fût là, dans le domaine politique comme dans celui de l'Église, un gain fâcheux, néanmoins, au grand point d^ vue de l'indépendance nationale, et même au point de vue de la liberté européenne, cet

72 HisraïuE du dix-neuvième siècle

avantage était* réel et incontestable. Vu la composition de la maison 61 de l'empire d'Autriche, il est certain que les Habsbourg n'auraient jamais vu dans l'Allemagne un but, mais uniquement un moyen pour réaliser leurs projets 2 l'Allemagne serait devenue simplement la partie non libre d'un ensemble politique étranger §t hétérogène.

En se plaçant à ce point de vue national, rAllemagne n'avait donc aucun motif pour désirer avec ardeur précisément l'Cmité. qu'on lui offrait à ce moment ; elle n'en avait pas davantage, en se mettant au point de vue général de toute la famille des peuples européens. En effet, la liberté de l'Europe tout entière était intéressée à ne pas voir se former un grand empire unitaire" d'après les principes politiques professés par l'Espagne, et cela surtout au centre même de notre partie du monde, en Italie et en Allemagne, d'où l'on aurait pu assurer la plus grande force à la domination universelle de ce seul empire; Au contraire, il importait, dans l'intérêt de cette liberté, de conserver au centre de l'Europe cette ceinture de petits Etats qui^ s'étendant du cap Nord jusqu'en Sicile, forment un rempart naturel, destiné à em-^ pêcher un choc entre les grands empires unitaires do l'est et de l'ouest ou à prévenir leur effondrement.

Enfin, en ce qui concerne la liberté intérieure, soit dans le domaine de la politique , soit dans celui de l'intelligence, il faut, à la vérité, avouer que l'absolutisme, évité à cette époque dans le gouveniement unitaire deJ'Allemagno, réussit plus tard à pénétrer dans les diverses parties du pays. Mais, grâce atj^ morcellement et à la division du pays en petits États ,

[•absolutisme y devint plus inolTensîT que partout ailleurs; il peut même Téclamer le mérite non-seufement de ne pas avoir empêché la grande révolution intellectuelle dli XVIII® siècle en Allemagne, mais de l'avoir même favorisée d'une manière notable, fait qui a singulièrement conlribué à préparer l'avéneraent d'une ère politique plus libérale en Europe.

Ce fut sans doute une révolution qui, pendant le XVI* siècle, se fit en Allemagne au sein de l'Église comme dans celui de l'État; mais ce fut une révolution monarchique. Dans tous les autres pays à l'ouest de l'Europe, la noblesse féodale succomba dès qu*elle se trouva en conflit avec l'absolutisme royal ; en Allemagne, au contraire, aussitôt que l'empereur essaya de tourner son absolutisme contre elle, les chefs les plus puissants de cette noblesse* obtinrent par la lutte le pouvoir de jyinces souverains, pouvoir qui trouva aussitôt une base solide dans la bourgeoisie, tandis qu'auparavant il avait reposé sur les forces militaires.

Cette révolution se fit au sein des états de l'empire allemand et elle garda essentiellement un caractère monarchique et fédératif ; au contraire, en Suisse et dans les Pays-Bas, ces parties qui se détachaient de l'empire, la même révolution était d'une nature aristocratique et fédérale.

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Caractère aristocratique de l'état de choses politique en Suisse et dans les Pays-Bas du temps de Calvin.

Les luttes soutenues par la Suisse pour la cause de la liberté, avant Tépoque qui a été le point de départ de nos observations, avaient été le prélude de cç qui se passa en Allemagne bous Charles-Quint, de même que la défection des Pays-Bas, s'arrachant au joug de l'Espagne sous Philippe II, devint l'épilogue de ces mêmes événements. Dans les deux pays, on "vit les mêmes tendances, qui portaient l'Allemagne à se diviser erî petits États et à particulariser ses intérêts politiques, réagir contre toute concentration du pouvoir en un seul Etat unitaire ; l'observation de ce fait oflre surtout en Suisse un intérêt particulièrement remarquable.

Les maisons princières, qui les premières et avec le plus d'insistance essayèrent d'agrandir leur pouvoir, non pas du haut du trône impérial ou royal, mais bien du sein d'un Etat féodal fort restreint, furent les maisons d'Habsbourg et de Bourgogne, dont l'union produisit cette puissance do Charles-Quint, qui mena*ça le monde tout entier. C'est merveilleux à voir ayec quel tact politique ces maisons concentrèrent, dès le principe, toute leur attention sur la Suisse, ce point central de l'Europe, qui semblait le plus favorable à tout développe-

INflTRODUGÏION

ment du pouvoir ; mais bien plus merveilleux encore était rinslinct national, qui poussa les Suisses à réagir les premiers contre la puissance de ces maisons princières, même lorsque celle-ci n'y était encore qu'en germe.

Même avant l'union de ces deux maisons, lorsque leurs empiétements étaient encore nouveaux et isolés, les Suisses combattirent victorieusement, au xiv* et au XV* siècle, les maisons de Habsbourg et de Bourgogne ; dès le règne de Maximilien, qui réunit ces deux maisons, les Suisses fondèrent leur autonomie et leur indépendance d'une manière effective.

De même que la Suisse, berceau des Habsbourg, avait été le premier de tous les Etats du grand empire à commencer la lutte contre la grandeur de l'Autriche, de même les Pays-Bas, berceau des princes de Bourgogne, continuèrent les luttes entreprises par l'Allemagne contre la maison de Bourgogne. Philippe 11 poursuivit, dans les Pays-Bas, le même but que Charles-Quint avait vou'u atteindre en Allemagne. De même que ce dernier avait voulu absorber l'Allemagne dans son immense empire, de même son fils essaya d'incorporer les Pays-Bas à son royaume, qui dans l'acquisition du Portugal et des colonies portugaises trouva une compensation de la perte de l'empire. On voulait que les libertés constitutionnelles fissent place au règne arbitraire des Espagnols, l'administration autonome à la domination étrangère, l'indépendance provinciale à l'unité politique et l'autonomie religieuse au joug de l'Église catholique.

Lorsqu'on voulut imposer au pays .les décisions du concile de Trente, qu'un conseil d'État espagnol pro-

nonça, en 1567, ses arrêta au sujet des griefs des Pays- Cas et qu'une armée espagnole entra dans le pays, il y eut là, pour justifier une insurrection, plus de motifs qu'il n'y en avait eu, en Allemagne, à l'époque de l'Intérim. Bientôt, il s'y ajouta des griefs d'un caractère bien plus violent, tels que l'Angleterre, plus tard, en eut à faire valoir contre les Stuarts; ces griefs étaient rinstitution d'un Conseil des Troubles, inaugurant une procédure inouïe, comme plus tard le fit la Chambre étoilée; ensuite l'abolition du droit qui permettait au pays d'imposer lui-même ses taxes et, enfin, l'introduction de nouveaux impôts qui frappèrent le commerce et qui produisirent, dans les Pays-Bas, le même effet que le droit sur les navires en Angleterre ^ous Charles P-.

Quelque profondément qu'on ressentît, dans les Pays- Bcis, tous ces griefs politiques, cependant ce qui séparait surtout les habitants de leurs maîtres, c'étaient, comme en Allemagne, les idées religie uses qui, à cette époque, remuaient les âmes bien plus profondément que l'amour de la patrie. Dans toutes les démarches conciliantes que faisait l'Espagne, elle exceptait toujours les questions religieuses, quand même elle aurait complètement assuré la constitution politique du pays.

En effet, quelque nombreuses raisons que la Bourgogne (la Belgique) et les Pays-Bas eussent pour rester unis dans la défense de leurs intérêts politiques, ils se séparaient cependant dans le domaine religieux, et cette' division religieuse était bien plus tranchée qu'en Allemagne et en Suisse eu elle avait cependant désuni les adhérents des dîfférentcs confessions.

Lorsque, de 1579 à 1680, les provinces septen-

Irionales (rUnion d'Utrechl) se délachèrent du sceptre de Philippe II, elles obéirent entièrement aux principes de la réformalion, calviniste -qui avait jeté de profondes racines dans cette partie du pays. En effet, leur religion enseignait aux habitants, qu'un peuple et ses représentants possèdent toujours le droit naturel de refuser l'obéissance à un tyran, qui agirait contrairement à ses devoirs et qu'on aurait vainement exhorté à rentrer dans la légalité.

Bien des gens furent découragés en voyant les provinces faire ce pas décisif, lis cherchèrent en toute hâte à trouver un point d'appui dans une nouvelle monarchie, et même en se rattachant aux puissantes maisons princières des pays voisins; ce ne fut le résultat ni de leur volonté, ni de leurs efforts, si, malgré cela, les Pays-Bas échappèrent k la monarchie. Ils ne furent ni appuyés, ni maintenus par l'Allemagne; ils offrirent la couronne à l'Angleterre et h la France, mais ils virent rejeter toutes leurs propositions; le règne des maisons d'Anjou ou d'Orange ne fut déjoué que par suite de décès.

Lorsque, dans la suite, le régime républicain se consolida, les Pays-Bas ne firent en aucune façon un bcnd rapide, quand on compare ce changement à la réforme modérée, telle qu'elle se fit en Allemagne où elle était à la fois monarchique et fédérative. Le lien fédératif qui unissait les provinces des Pays-Bas et en faisait un ensemble politique, n'était en rien plus solide ni politiquement parlant mieux conçu que ceux qui rattachaient les divers pays en Suisse ou en Allemagne. Ce signe caractéristique du particularisme se^ montre, en effet, partout dans tous

les Éiats appartenant h la /ainillc germanique ;* même en Amérique, les liens fédératifs ne se conservent dans toute leur rigueur que dans les 'temps de danger, et se relâchent, même malgré la Constitution, dès qu'aucun péril ne menace plus la sécurité de l'Etat.

Suivant que les dangers extérieurs avaient plus ou moins de gravité, on vit, dans T histoire des Pays-Bas, le pouvoir changer plusieurs fois de mains ; tantôt la suprématie apparbenail au parti unitaire et fédéral des États-Généraux, c'est-à-dire au parti du stathouder, tantôt elle passait entre les mains des notables urbains qui représentaient le parti provincial, aristocratique et confédéré. Cependant, malgré ces changements, on ne détermina jamais d*une manière constitutionnelle la véritable place que devait occuper le pouvoir suprême de la confédération ; on ne décida pas s'il devait appartenir aux États-Généraux ou bien aux États provinciaux.

Quelquefois, on aurait pu. croire que la souveraineté nationale résidait au sein des États-Généraux ; plusieurs fois, les princes d'Orange agirent dans ce sens et, lors de la chute d'Olden-Barneveldt, ils afiirmèrent qu'il en était ainsi ; mais, en réalité, les faits ont toujours prouvé le contraire. Les Jltats provinciaux s'étaient emparés do tout le pouvoir : ils possédaient la législation, toute l'administration de l'État et de TÉglise, les nominations des fonctionnaires, le droit de faire grâce et de fixer les impôts, et, enfin, la décision suprême dans les questions de paix et de guerre. Au sein des États provinciaux, toutes les décisions étaient subordonnées à la volonté des différentes villes. Non-seulement, ces dernières élisaient les députés aux États provinciaux, qui, à leur tour, nom-

• INTRODUGCION''* 79

maient les membres aux gmnds Etats-Généraux, mais encore elles pouvaient exercer une espèce devéto leur appartenant en corps; à différentes époques, les plus puissantes de ces villes se liguèrent même avec les enne-

mis les plus dangereux de TEtat, comme le firent des princes allemands et des cantons suisses; Dans des lettres officielles, adressées par les États à la reine Elisabeth, on attribuait, à l'occasion, la souveraineté nationale non pas aux Etats-Généraux, mais aux représentants des villes, c'est-à-dire aux commettants qui avaient délégué les états.

On voit que le caractère germanique se montrait partout le même. Sa tendance était absolument opposée à toute unité politique rigoureuse ; en Allemagne elle était territoriale, dans les Pays-Bas et en Suisse provinciale et cantonale, et plus que cela elle y était municipale. Au point de vue politique, ce régime était peut-être encore plus imparfait que celui qui avait prévalu en Allemagne, mais au point de vue historique il était également conforme aux lois naturelles. En effet, comme en Suisse, et plus encore qu'en Suisse, ce qui caractérisait la vie politique dans les Pays-Bas, c'était la force exubérante avec laquelle s'étaient développées les institutions "municipales. De très-bonne heure, l'activité la plus variée, telle qu'elle s'était formée dans la sphère de la bourgeoisie, avait écarté les classes de la noblesse et du clergé et, de même qu'au sein des r'épubliques italiennes, elle avait détruit le régime féodal dans son essence même.

Par conséquent, le pouvoir suprême de la république néerlandaise ne résidait ni dans les États-Généraux, ni

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dans les États provinciaux, mais bien dans les villes, et, au sein de ces dernières, il se trouvait^entre les niains d'une aristocratie formjint un corps particulier et exclusif. Il n'y était question ni d'une représentation des citoyens, ni d'institutions démocratiques, ni du droit de la commune d'élire ses représentants. De même que dans les villes suisses, le gouvernement s'y trouvait entre les mains d'un patricîat, dont les membres nouveaux furent d'abord nommés par le stathouder sur une liste dre*ssée par la corporation ; mais plus tard, à l'époque où le régime fédératif et le pouvoir municipal étaient arrivés à leur développement le plus complet, les membres de ce patriciat furent élus directement par la corporation ellemême.

Cette aristocratie permanente formait, dans les Pays- Bas, une digue solide, qui fut souvent rompue par le peuple et le stathouder ligués ensemble, mais qui fut toujours rétablie avec une solidité plus' grande encore pour qu'elle offrît plus de résistance à toutes les innovations démocratiques. Les libertés municipales avaient été le résultat de la lutte contre l'aristocratie des chevaliers; mais une fois les chevaliers écartés, les bourgeois leur empruntèrent leurs coutumes et leurs lois ; l'aristocratie rosta debout et ne fit que descendre dans les rangs de la bourgeoisie.

Pas plus que dans la monarchique Allemagne, on ne fonda, dans cette république, une nouvelle liberté sur la bhse de droits naturels; au contraire, les franchises et les droits furent, aux Pays-Bas, des faits historiques qu'on défendit et qu'on maintint simplement contre des puissances étrangères; quand l'occasion s'en offrit, on les

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augmenta plutôt entre les mains de ceux qui les possédaient, qu'on ne tes étendit à un plus grand cercle de possesseurs.

Caractère aristocratique de la réforme opérée dans V Église par Calvin.

Le principe à la fois bourgeois et aristocratique dans les Pays-Bas et en Suisse, et le principe & la fois bourgeois et monarchique en Allemagne, étaient si solidement établis, quMls ne purent être modifiés ni par les réformes de Calvin, ni parxelles de Luther; au contraire, ces deux principes, qui prédominaient dans chacun de ces groupes de pays, y donnèrent une forme particulière à la Constitution de l'Église.

Ce fait se produisit même à Genève, cette pépinière et cet état modèle du calvinisme, où les circonstances permirent aux citoyens, que ne gênait ni le pouvoir d'un prince ni celui d'une autre autorité politique, d'élever un édifice complètement nouveau, dont on n'aurait guère pu tenter l'érection dans d'autres pays. En effet, il se formait, dans cette ville, une république au milieu d'un peuple grossier, composé de différentes races et qui, pendant quelque temps, avait été en proie à l'immoralité la plus abominable.

Dès la première tentative qu'il fit pour purger cette nouvelle Sodome, Calvin avait été chassé; sa réforme

,82 HISTOIRE DU DIX-NEUVIÈMB KlÉGLE

n'en fut que d'autant plus radicale, lorsqu'il fut rappelé à Genève. Il régna dès lors à la fois en nomothète grec et en réformateur chrétien. En réformant l'Église, Luther avait suivi les errements du christianisme primitif ; fidèle à l'esprit de l'Évangile, il était resté plutôt passif qu'actif en face de l'État, et il avait, en dernier lieu, confié l'Église à la protection du pouvoir temporel. Calvin, au contraire, transforma à la fois l'Eglise etl' Etat, obéissant ainsi à l'esprit théocratique de l'ancienne loi, c'est-à-dire du judaïsme : c'est là en effet ce qui caractérise* partout la différence entre l'esprit de Luther et celui de Calvin.

En réunissant ainsi l'Etat et l'Eglise, Calvin eut soin d'assigner à chacun de ses pouvoirs sa sphère particulière et de conserver à chacun d'eux ses propres droits. Il sépara rigoureusement la juridiction, les moyens de correction, la censure et la sentence judiciaire appartenant à l'Eglise et à l'Etat; mais, en revanche, la surveillance ecclésiastique et séculière, exercée par un seul et même pouvofr, fit naître une redoutable discipline et soumit la croyance et la pensée, les mœurs extérieures et domestiques des individus à ces restrictions qui, bientôt, à. Genève même, produisirent les exemples cruels d'une intolérance sanguinaire.

De plus, Genève manquait d'institutions démocratiques et libérales'qui eussent pu faire contrepoids aux pouvoirs de l'Etat et des censeurs. Il n'y avait là que le Petit-Conseil, en qui résidait le pouvoir civil proprement dit , et le Consistoire , autorité composée de laïques et d'ecclésiastiques qui, grâce à sa surveillance suprême et censoriale, dominait réellement l'Etat sous une forme théocratique. Ces deux pouvoirs complétaient eux-mêmes

leurs rangs et appliquaient ^ainsi la même loi aristocratique qui se retrouvait dans tontes les constitutions urbaines des villes suisses et néerlandaises.

L'institution la plus libérale de TEglise calviniste était sa Constitution presbytérale, c'est-à-dire un synode composé de membres laïques et d'ecclésiastiques. C'était h ce synode qu'appartenaient l'interprétation des Saintes- Ecritures et les décisions à prendre au sujet de la confes* sion de foi. C'était le caractère démocratique de ces assemblées qui, plus que tout le reste, effrayait la France catholique, lorsque la doctrine calviniste s'établissait dans ce pays. Néanmoins, cette assemblée presbytérale aussi reposait sur les mêmes bases aristocratiques dont nous avons parlé ; les deux membres laïques, c'est-àdire les Anciens, qui devaient nécessairement accompagner tout pasteur quand il prenait son siège dans les synodes des calvinistes français, étaient choisis parmi le peuple par le consistoire, et la paroisse n'avait que le droit du veto.

Le calvinisme gardait ce même caractère aristocrar tique aussi dans les Pays-Bas, bien que son origine et la position des partis semblassent lui assigner sa position au milieu même du camp démocratique. Des émigrés fanatiques, venus d'Allemagne et de France, avaient les premiers prêché la nouvelle doctrine dans tes Pays-Bas sous la domination espagnole : les persécutions cruelles et les horribles scènes de la guerre avaient rendu encore plus fanatiques les zélateurs appartenant au clergé et aux classes populaires; ce fut leur intolérance qui devint la cause de la séparation de la Belgique,

Danà Tes premiers temps de l'établissement régulier

de la république, les patrîdens ne partageaient pas cet esprit de fanatisme qui animait les classes populaires. Lorsque les célèbres discussions sur la doctrine arminienne divis^ent l'Etat en partis vîole'm ment opposés, les notables des villes se prononcèrent tous en faveur de cette doctrine arminienne, qui eut une si grande importance pour tous les progrès réalisés plus tard au sein de l'Église réformée; en effet, elle tempérait, d'après les instincts naturels de la liberté, ce que le dogme de Calvin sur la prédestination avait de trop rigoureux.

La culture intellectuelle et la tolérance, des considérations commerciales et les relations avec le monde entier, le principe politique d'après lequel l'Eglise doit être subordonnée au pouvoir de l'Etat : tous ces motifs attiraient les patriciens dans le camp des arminiens. Le calvinisme rigoureux, au contraire, était défendu par des ecclésiastiques qui voulaient donner à l'Eglise une plus grande indépendance à l'égard de l'Etat, par le peuple qui suivait aveuglément le clergé, et par les immigrants belges, qui n'avaient pas acquis le droit de bourgeoisie et qui étaient les adversaires naturels de l'aristocratie. .,

La puissance et la dictature du stathouder firent pencher la balance; dans le synode de Dordrecht (1618), en faveur du parti démocratique et contre les arminiens. Mais à peine le parti calviniste eut-il remporté la victoire, qu'il succomba sous le poids des conjonctures politiques. Il maintînt la suprématie de l'Etat sur l'Eglise, pour laquelle les aristocrates avaient toujours combattu; il défendit, en même temps, la constitution de l'Eglise de 1591, que cette aristocratie avait faite expressément Cour avoir

•entre ses mains la nonaination des ecclésiastiques et par

h le gouvernement de l'Eglise.

11 est peut-être permis de reconnaître, dans le noyau de la dactrine calviniste, le même principe aristocratique que nous avons indiqué dans les constitutions du réformateur. D'après la doctrine du fatalisme (decretum horribile)j on ne peut concevoir la prévoyance de Dieu, créateur de toutes choses, qu'en y joignant une élection, en vertu de laquelle Dieu appelle les hommes, suivant sa grâce ou sa libre volonté, au salut éternel dans son royaume céleste, ou bien il les en exclut, sans avoir égard à leurs mérites ou à leur conduite. Cette doctrine ne répugnait, à cette époque, qu'à un petit nombre d'hommes d'un caractère doux et humain, te Iqu'Arminius, Mélanchthon, Bolsec et leurs adhérents. Elle plaisait, au contraire, à la morale austère et acerbe des contemporains et aux penchants astrologiques d'une époque superstitieuse ; elle se recommandait, en outre, par sa parenté naturelle avec les institutions politiques dominantes, en vertu desquelles le pouvoir suprême seul n'admettait aux dignités et à la puissance dans .rÉtat terrestre que ceux qu'il y appelait suivant sa faveur et volonté arbitraire.

Quand on remonte au nouveau fondateur de cette doctrine de saint Augustin, c'est-à-dire à Calvin lui-même, on voit que son caractère personnel explique non-seulement la nature aristocratique de sa doctrine, mais encore la fermeté conservatrice, avec laquelle il la maintint toujours, de même que Luther s'attacha opiniâtrement à sa doctrine de la Sainte-Cène. A cause de l'école où il s'élait formé, et par suitiB de ses études classiques et juridiques, aussi bien que grâce à la clarté et à la netteté de

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son intelligence, Calvin penchait, bien plus que Luther,* cet homme du peuple, vers les classes supérieures et instruites.

Dans le principe, Calvin essaya de faire trioippher sa réforme par les cours de France et de Ferrare et se trouva, à cette époque, en communication constante avec tes gentilshommes français, de même qu'il fut, pendant quelque temps, en rapport avec la noblesse polonaise. On sait qu'en France et en Ecosse ce furent essentiellement les nobles qui ouvrirent à la réforme calviniste l'accès dans leur pays ; le bas peuple, en France, continua, au contraire, à rester attaché à la messe. Clair* voyant dans tout ce qui se rapportait à l'histoire, Calvin ne montra pas une prédilection particulière pour une forme unique de l'État et du gouvernement. Quelque nettement qu'ils se déclarât l'adversaire du pouvoir absolu des princes, il ne partagea cependant en aucune façon l'opinion de ceux qui attribuaient au peuple le droit de résister à l'autorité, opinion qui, plus tard, fut enseignée par des maîtres calvinistes.

Dans cette question, .Calvin se montra aussi prudent que Luther. Lorsqu'en France, sous François II, les nobles délibérèrent pour savoir s'il fallait avoir recours' aux armes, ils prirent pour règle rigoureuse de conduite la manière dont les protestants allemands avaient agi lors des négociations au sujet de la ligue de Schmalkalde. Calvin était personnellement encore moins disposé à décider la question dans le sens des jurisconsultes que ne rélait Luther. Pourtant, ce dernier n'avait permis la résistance que fort tard et à regret ; il ne l'avait permise qu'aux seuls états de l'empire et uniquement dans les

INTRODUOTION 87

questions de foi, en s^en référant aux paroles expresses de rÉcriture Sainte où il est dit < qu'il faut obéir à Dieu « plutôt qu^aux hommes. »

Eléments démocratiques du calvinisme.

Bien que, dans ses. opinions dogmatiques, Calvin ne fût pas plus libéral ni moins conservateur que Luther et que, dans ses vues politiques, il ne se montrât pas moins modéré que ce dernier, il y avait cependant dans sa réforme, bien plus que dans le luthéranisme, une tendance à faire un pas de plus dans les questions ecclésiastiques et politiques et à développer les idées protestantes dans le sens du progrès démocratique.

Oans le domaine ecclésiastique, la liturgie simplifiée satisfaisait davantage le penchant démocratique pour la conséquence logique ; la constitution offrait le moyen de développer les institutions de T Église d'une façon plus libérale; Tattitùde intolérante, prise par Calvin à l'égard de Tancienne hérésie et contre toute nouvelle doctrine fausse, attirait les esprits hardis et portés à l'attaque, qui nese contentaient pas, comme les luthériens, d'une simple tolérance, mais qui voulaient, au contraire, dominer eux-mêmes. Sur le terrain politique, ce qui seul décidait la tendance progressive et libérale du calvinisme, c'était que les réformateurs de l'Église en Suisse unissaient le but de la réforme politique à celui de la réforme reli-

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gîeuse. Le réformateur allemand savait qu'en Allemagne aussi le gouvernement séculier avait besoin d'un Luther ; mais, craignant que ce dernier ne trouvât un Thomas Mûiizer, il conseilla d'éviter toute confusion des deux pouvoirs. -

Tout autre fut la manière d'agir de Zwingle, ce précurseur de Calvin ; avec sa nature de soldat et d'homme pratique il travailla, dès le principe, à une transformationde la Confédération helvétique. Tout autre fut également la marche suivie par Calvin, que ses connaissances juridiques destinaient peut-être plutôt à être un homme d'État, qu'à devenir un réformateur d'Église par suite d'une soudaine illumination intérieure.

Dès que le calvinisme prit ainsi pour but de son action l'État aussi bien que l'Église, cet esprit de conscience logique et d'intolérance dont nous venons de parler, fut appliqué tout naturellement aussi aux choses politiques. Par suite de son radicalisme, il arma contre lui^ à la fois le zèle de l'absolutisme ecclésiastique à Rome et celuWe l'absolutisme monarchique. Toute l'intolérance du fameux Caralïa (Paul IV) ne jeta des racines solides que depuis qu'elle put s'affirmer dans son zèle contre les calvinistes. L'absolutisme, en France et en Autriche, se montra sous la forme d'une réaction contre les agitations républicaines au sein des villes françaises et allemandes, ainsi que contre les velléités qui se produisirent au commencement du XVII® siècle en Autriche et qui avaient pour but d'introduire la Constitution de la Suisse et des Pays- Bas.

La mauvaise fortune et les insuccès qui, par suite de ces résistances, s'attachaient à la réformation de Calvin

à Touest de r Europe, aigrirent encore davantage ceux qui en étaient les adhérents. Fidèle à son esprit de résistance qu il avait toujours opposé à Luther, et plein de confiance dans le caractère rationnel de sa doctrine, Zwingle s'était de bonne heure vanté d'avoir les sympathies de l'Espagne, de la France et de l'Angleterre; les partisans de Calvin aussi voulurent s'emparer, comme de leur partage, de ces pays où n'avait pu pénétrer la prédication allemande et plus profonde de Luther. Mais, précisément par suite de son zèle exagéré, Zwingle consolida le catholicisme dans une moitié de la Suisse, de même que les calvinistes le firent dans une moitié des Pays-Bas. L'Espagne ne fut pas du^tout atteinte par la réformation ; en Angleterre et en Fra.ce, le calvinisme manqua de différentes manières son but, surtout par suite du choc violent qu'il y produisit dans toutes les classes delà société : sa discipline sévère était en opposition avec les mœurs de ces pays, sa constitution ecclésiastique et ses principes politiques se heurtaient contre les institutions politiques et, enfin, tous ces trois éléments et la doctrine calviniste étaient en hostilité ouverte avec le papisme.

Ces conséquences prouvent d'une manière évidente jusqu'à quel poiût la grande œuvre de la réformation avait besoin de mûrir lentement. Dans ses tendances libérales, le calvinisme voulait atteindre un but trop élevé et deyancer son époque ; par cela môme, il provoqua, pour ainsi dire, la réaction générale du catholicisme, réaction qui, à cause de son caractère universel, devint si redoutable; en effet, depuis l'avènement de Paul IV au siège papal jusqu'à la guerre de trente ans.

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elle se répandit dans tous les pays où la réformation avait pénétré, et menaça d'interrompre violemment tout progrès dans ses développements démocratiques.

Réaction universelle du catholicisme.

A l'époque où la curie romaine participait encore du caractère libéral de l'époque des Médicis, lorsqu'elle ne se trouvait en face flue du seul luthéranisme et qu'elle 'redoutait les avantages que Charles-Quint retirait des divisions dans l'Église, elle fit une tentative restée infructueuse, pour entrer en composition avec le protestantisme. Aussitôt que le calvinisme irréconciliable fit, de 1550 à 1570, les conquêtes les plus rapides dans le nord de l'Europe, dès que la papauté trouva un soutien inébranlable dans Philippe II et un appui dans les divisions de l'Église protestante en Allemagne, en Angleterre et aux Pays-Bas, on vit se produire l'antagonisme des deux confessions dans toute sa rigueur.

La curie romaine et l'Église catholique, la vie publique et les mœurs, les principes et la doctrine subirent une réforme intérieure, non pas conformément au caractère lumineux de la civilisation italienne et allemande, mais dans l'esprit sombre et monacal des zélateurs espagnols. C'était cet esprit qui avait conçu et enfanté la politique des rois d'Espagne, l'inquisition et l'Ordre des jésuites. Tels furent les trois instruments redoutables dont se ser-

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vit le catholicisme : grâce à eux, il rétablit Tautorité de la papauté ; il empêcha la réformation de pénétrer dans les pays latins, où elle avait failli éclater, comme à Venise du temps de Paolo Sarpi et même à Turin , bien que par des motifs plutôt politiques que religieux ; enfin, il essaya de reconquérir, par des forces morales et matérielles, la partie de la chrétienté qui s^était séparée de l'Église de Rome.

Par une réaction »*des plus persévérantes et des plus impitoyables, qui ne diminua jamais ni d'étendue ni de violence, la cour papale poussa l'Espagne, depuis l'époque indiquée, vers les mesures violentes qu'elle adopta contre les Pays-Bas. Elle salua de ses acclamations les horreurs de la Saint-Barthélémy. Elle fit faire par les jésuites l'œuvre de leur propagande partout où, dans les territoires néo- latins, à demi germaniques et slaves, en France, en Belgique, en Autriche et en Pologne, le protestantisme n'avait pas encore jeté des racines solides dans les âmes, et où « le zèle pour la pure doctrine » , pour nous servir des paroles de Sarpi , « n'était pas venu de Dieu. » Elle attisa, depuis l'avènement d'Elisabeth jusqu'à l'époque de Charles P', la haine de l'Espagne contre l'Angleterre, ce boulevard le plus important et le moins accessible du protesta ntisme« Enfin, elle exploita l'égoîsme des ducs de Bavière et le zèle clérical des princes ecclésiastiques en Allemagne pour préparer la grande restauration en Allemagne que Ferdinand II, ce prince docile, voulut plus tard accomplir.

Tout l'avantage d'un centre unitaire pour la direction et pour l'impulsion à donner à ce mouvement se monitra, pendant cette réaction, en face des divisions du pro-

92 HISTOIRE DU DIX'NBOVIÉME SIÉCOiiE '

testantisme. D'un côté, il fallut le trouble que les intérêts politiques et particuliers dé la France apportèrent dans cette unité du monde catholique, pour sauver la cause du protestantisme en Allemagne; de Tautre, il fallut, tout le déploiement des forces démocratiques du protestantisme, pour maintenir ce dernier en Angleterre.

Dans cette époque critique, où, pendant la première moitié du xvii* siècle, la réaction catholique était arrivée à son apogée, nous distinguons trois phases qui caractérisent par de grands traits sa marche et son issue définitive.

Elle atteignit la France, l'Allemagne et l'Angleterre de diverses manières, et, dans chacun de ces trois pays, elle eut une fin différente.

En France, elle conduisit, à partir de Richelieu, à un absolutisme monarchique de plus en plus prononcé, qui eut pour résultat la marche rétrograde et l'extinction du protestantisme.

En Allemagne, elle menaça, pendant la guerre de trente, ans, les institutions créées pendant le xvi* siècle et qui assuraient aux deux confessions les mêmes droits politiques et religieux ; cependant, ces institutions furent rétablies et maintenues pendant que la réaction expirait.

En Angleterre, elle provoqua, sous les Stuarts, la résistance de toutes les sectes protestantes et, par suite d'un revirement violent dans les esprits, elle conduisit à une transformation démocratique de l'État et de l'Église par l'action des puritains

Réaction victorieuse contre le protestantisme

en France.

Le protestantisme en France n'a été qu'un phénomène passager ; nous ne parlerons de ses destinées que d'une manière générale et, surtout en ce moment, d'une façon d'autant plus rapide que nous avons d'abord à suivre la marche de la réformatioii au milieu des nations germaniques.

En France , la nouvelle doctrine se trouva , dès le principe, en hostilité ouverte avec l'absolutisme royal qui, dans ce pays, avait été plus longtemps et plus fortemept préparé que partout ailleurs. Avec une perspicacité soupçonneuse, François I" avait vu, dans le protestantisme, une tendance <rau renversement de toute mo- « narchîe divine et hun)aine ; » c'est pourquoi, lui et ses successeurs s'opposèrent avec le feu et le fer aux progrès de la nouvelle doctrine.

L'histoire des protestants en France, avant que ceuxci formassent un parti politique, est donc devenue une véritable histoire de martyrs; elle parcourt ensuite toute une série d'horribles guerres civiles et raconte enfin, après une paix d'une certaine dufée, l'anéantissement de la nouvelle j^glise dont les membres deviennent autant de martyrs. Cette dernière issue aussi fut décrétée contre les protestants par la bigoterie du despotisme royal.

Cependant, on ne peut pas nier que, durant plus d'un demi-siècle et pendant qu'il luT-tait pour son existence, le protestantisme ne se soit trouvé dans un conflit funeste avec un intérêt plus important et national en France.

Nous dirons, plus tard, ave^î plus de détails, jusqu'à quel point le calvinisme mit en péril l'unité politique en France , conquête que les longs travaux de la royauté absolue avaient assurée à la nation et que cette dernière n'était nullement disposée à sacrifier de nouveau, comme elle n'aurait eu aucun avantage à le faire. Mais en luttant contre ce grand intérêt politique , le protestantisme perdit en valeur intrinsèque. Henri IV apprit, seulement d'une autre façon *que Catherine de Médicis et Charles-Quint, à considérer les affaires religieuses comme un moyen pour atteindre un autre but; il dut céder à la haine irréconciliable de tous les grands corps du royaume et de la ville de Paris contre les tendances provinciales des huguenots ; les pasteurs protestants eux-mêmes furent assez prudents, pour déterminer le roi à rentrer dans le giron de l'Église catholique.

En outre, par la sévérité gênante de sa censure des mœurs, le calvinisme perdit, aux yeux des grands, tout attrait. Il semblait plutôt fait pour la respectable aristocratie bourgeoise, qui partageait les mœurs et les occupations du peuplé, que pour la noblesse de naissance qui se retirait bientôt au sein des splendeurs de la cour. Mais, dès que la haute société s'éloigna du calvinisme, on vit se produire, en France; le mêma phénomène qui déjà, se préparait également en Angleterre : refoulé dans les classes populaires, il déploya rapidement ces ten-

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