INTRODUCTION Ô
dancés démocratiques qui remplissaient tous les gouvernements de terreur.
Par redit de Nantes (1598), les protestants conquirent le droit de tenir des synodes ecclésiastiques et des assemblées provinciales séculières à n'importe quelle époque et en tout lieu, sans la moindre autorisation, d'y admettre des étrangers et d'envoyer des délégués aux assemblées dans les pays étrangers sans avoir besoin de demander aucune permission. C'étaient là des droits insoutenables, que les catholiques eux-mêmes ne possédaient pas ; que ces droits fussent accordés ou retirés, ils devaient nécessairement entretenir, dans le pays, la méfiance et de vives préoccupations. Cette méfiance s'accrut, lorsque le bon roi Henri IV mourut, lorsque la cour entra dès lors en relation de parenté avec l'Espagne et qu'elle parut inaugurer une politique différente à l'égard des protestants.
Depuis longtemps , les protestants avaient formé une puissance séparée , avec laquelle on négociait comme avec un État étranger. Ils avaient leurs propres places d'armes, d'où ils pouvaient, par mer, tendre la main k l'Angleterre protestante et, par terre, au Palatinat, Dès le xvi* siècle , le prince palatin avait été choisi comme chef de fédération qu'on voulait imposer à la France; cet état de choses offrait bien plus de dangers sous Louis XIII, lorsque le prince palatin était sur le point de placer sur sa tête la couronne de Bohême, lorsque l'étoile de l'Autriche semblait complètement pâlir, lorsque la couronne impériale pouvait passer à l'ambitieuse maison palatine, et qu'une révolution heureuse en Bohême aurait été pour les protestants en France te signal d'un
nouveau soulèvement qui n'aurait rapporté au paya qu'une nouvelle anarchie.
Il ne faut donc pas s'étonner que Richelieu, lorsqu'il commença à dominer Louis XIII et la France, pût repré? senter au roi les protestants comme les ennemis ïes plus^ dangereux du trône et du pays, dont il détruisit dès lors de vive force la puissance politique, les fortifications militaires aussi bien que les relations avec l'étranger. Il ne porta aucun préjudice à leur religion ; cependant, il prépara le système de gouvernement grâce auquel cette dernière allait êtfe anéantie en France par Louis XIV.
La réaction contre le protestantisme en Allemagne
se trouve arrêtée.
En Allemagne, on avait habitué le peuple à observer, malgré tous les mouvements dans l'Eglise, une attitude complètement passive à l'égard de l'État; cependant, l'esprit inquiet et dangereux pour l'État, qui est le propre du calvinisme, ne se démentit pas non plus en Allemagne; mais, chose fort caractéristique! il ne se montra que dans les sphères monarchiques où il fut transplanté par suite des relations des princes avec la France.
La Paix de religion; restée incomplète, avait déposé, en Allemagne, les germes de nouvelles discordes. En rhettant en avant le principe de l'Église catholique, d'après lequel les biens ecclésiastiques sont inaliénables
en môme temps que les évêques avec les chapitres ne sont que les administrateurs des propriétés de l'Église, les catholiques avaient emporté de haute lutte ce qu'on appelle la Réserve ecclésiastique, d'après laquelle tout évêque et tout prélat, en passant au protestantisme, encourait la perte de sa place. On prévint ainsi la tentation qui aurait pu pousser les princes ecclésiastiques à s'ériger en souverains séculiers et héréditaires.
Dans le cours des temps, on avait quelquefois agi contrairement aux dispositions de cette Réserve. Les états catholiques de l'empire demandèrent la restitution des biens qui avaient été ainsi enlevés à l'Église; les états protestants s'armèrent pour maintenir leurs possessions telles qu'elles étaient alors.
Cependant, vu les dispositions de la plupart des princes protestants en Allemagne, la grande tension des esprits que provoquait cet état de choses aurait peut-être pu diminuer et disparaître. En effet, ces souverains craignaient même ce qui seul pouvait leur donner l'espoir de la victoire dans la lutîe contre la puissance réunie de l'empereur, de Rome et de^l'Espagne, c'est-à-dire les secours efficaces des États-Généraux néerlandais qui, montrant une perspicacité fort prévoyante, se plaçaient, à cette époque, .au milieu même des efforts protestants et démocratiques en Europe et avaient leurs instruments actifs en Bohême comme à Venise. C'était ainsi que les souverains allemands se demandaient, s'il n'était pas plus prudent de se contenter d'interpréter et d'amender la Paix de religion que de donner aux Pays-Ba« l'occasion de s'emparer des évêchés et des territoires ecclésiastiques» de gagner à leurs intérêts la ligue haiiséa-
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tique et les villes impériales» d'exploiter les tendaaces favorables que les corps municipaux manifestaieat partout et d'établir une démocratie universelle.
Seule la maison palatine ne se laissa pas arrêter par ces scrupules; en suivant dans sa politique les traditions des Guelfes» elle provoqua rAutriche à une lutte pour son existence, absolument comme les grands seigneurs protestants en France, en mettant en péril T unité de TÊtat» forcèrent la royauté à combattre pour sa -propre conservation. Les comtes palatins* avaient été en rapports constants avec les huguenots français; ils entretenaient des relations avec leurs parents» les piùnces d'Orange et les Stuarts ; déployant tout le zèle de calvinistes, ils prenaient une part active dans tous les mouvements du protestantisme en Europe ; ils permettaient à leurs princes de combattre avec leurs coreligionnaires en France et dans les Pays-Bas » et ils nourrissaient » dans leur maison» la pensée d'une grande alliance destinée à favoriser la réformation calviniste.
Dans les grands projets* hostiles à l'Autriche qu'avait conçus Henri lY, le Palatinat» à la tête de l'Union protestante (1608), joua un rôle fort menaçant. Lorsque la mort de Henri enleva aux espérances des protestants leurs fondements les plus solides, l'Autriche» même, en 1618j avait encore tout à craindre : en effet, les membres de cette maison étaient divisés entre eux par la guerre civile ; les protestants en Autriche étaient mûrs pour la défection; les Bohèmes, non sans avoir été secoufus et excités par les agents des États-Généraux » se trouvaient en révolte ouverte contre l'empereur et venaient d'offrir leur couronriie au comte palatin »
tandid qu*à la même époque la Hongrie avait un prétendant*
A cette époque, le Palatinat put concevoir le projet qui| dû temps de la paix de Westphalie, agita les esprits énergiques en Allemagne, comme il le fait au moment actuel (186/i), et qui consistait non-seulement à enlever à r Autriche la couronne impériale, mais encore à faire sortir violemment cette puissance de Tempire allemand. Sully craignait alors que la maison d'Autriche ne fût réduite à la dernière extrémité, à moins qu'elle ne produisît promptement un empereur vaillant, politique et capable de consolider Tempire et d'en unir tous les membres.
Mais pour atteindre ce but, il fallait plus que la bravoure des Ferdinand, ou que leur habileté politique. Les empereurs d'Autriche n'allaient pas au-delà de l'astuce et des violences que leur avait léguées Charles-Quint. Us commencèrent par profiter de l'indécision des princes protestants dépourvus de chef, aussi bien que des jalour |ies et des divisions qui régnaient entre 1a Saxe et le Palatinat , entre le luthéranisme et le calvinisme, pour briser l'Union protestante; puis, ils renversèrent leurs petits ennemis, les uns^ après les autres, et, au lieu de les réconcilier par la tolérance et de les unir par la liberté, ils profitèrent de leur victoire d'une manière cruelle et bigote et détruisirent leur propre ouvrage, comme Charles-Quint l'avait fait avant eux.
L'empereur étoufia le protestantisme dans le Palatinat, en Bohême et en Autriche ; par l'Édit de restitution de 1629, il exclut les réformes du bénéfice de la Tolérance ecolésiastiquei et il ordonna la restitution de tous
les biens d'Église catholiques, confisqués depuis la Paix de religion, mesure qui attaquait un état de choses existant depuis soixante-dix ans, et qui menaçait presque tous les princes de Tempire d'une perte de territoire et de revenus. En agissant ainsi, Ferdinand manifesta évidemment l'intention d'anéantir complètement le protestantisme qui, à. ses yeux comme à ceux de Richelieu et des Stuarts, était intimeiçent lié à la révolte et à l'anarchie*
On pouvait tout aqssi naturellement conclure d'après les mesures prises par l'empereur dans le domaine temporel, quMl voulait renouveler les projets politiques de Charles-Quint et essayer d'obtenir l'unité de ses États et d'augmenter le pouvoir impérial.
En effet, il laissa tomber en désuétude les diètes impériales; 11 institua et 'destitua arbitrairement des princes de l'empire ; comme un souverain absolu, il déclara qu'il n'était pas lié par les institutions de l'empire; il se mit ., au-dessus des tribunaux impériaux ; enfin, il imposa, en quelques années, à l'Allemagne des charges telles que \gs empereurs autrefois n'en avaient pas exigé pendant cent ans. Il ne se contenta pas de faire entrer, comme Charles-Quint, des troupes espagnoles dans l'empire, mais, ce qui ne s'était jamais vu auparavant, il entretint, en outre, une grande armée impériale aux frais de l'empire ; en véritable autocrate, il fit occuper par cette dernière les places fortes, et mit à la tête des troupes ce Wailenstein oui, comme Stein, en 1813, aurait de préférence mis fin à rexistence des princes et dés' électeurs, et établi uneW monarchie unique.
Cette politique jeta les premières ombres sur la fortune
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de l'Autriche. Elle déchira les liens intimes entre l'empereur et la ligue catholique, au moment même où se produisit l'intervention de la Suède, dernier pays protestant dont l'Allemagne pût alors espérer son salut ; en effet, peu de temps auparavant, la réaction catholique v avait fait une tentative qui avait complètement échoué.
Plus tard, le contre-coup violent, par lequel la république anglaise contraria. le puissant courant de cette réaction, contribua à hâter la fin de la guerre allemande et son issue favorable au protestantisme. La Paix de religion d'Augsbourg fut confirmée par la paix de \yéslphalie et étendue également aux membres de l'Église réformée ; la souveraineté territoriale des états de l'empire fut reconnue et élargie ; le pouvoir impérial fut encore une fois diminué et la Constitution de Teropire subit un tel relâchement intérieur, que sa dissolution se prépara, dès cette époque, dans son sein même.
Ce résultat définitif n'avait pas été obtenu par les seules forces de l'AUeniagne, comme sous Charles-Quint : l'affaiblissement de l'influence autrichienne avait été acheté aux dépens de l'Allemagne; effectivement, l'influence des puissances étrangères, venues à son secours, avait été augmentée et leur pouvoir se trouva agrandi. L'empire d'Allemagne perdit des millions d'habitants qui furent cédés à la Suède et à la France ; de plus, il fallut reconnaître comme un fait accompli le détachement de la Suisse et des Pays-Bas. On reprocha à l'empereur d'avoir diminué l'empire (1) (angustatus ah angustando,
(1) Verringerer des Reichs^ tandis que l'ancien titre des empereurs était celui de VermehrerdesBeichs.i^oieda traducteur).
non augusius ah angendo ) ; néanmoins , la défiance invétérée qui divisait TAutriche et l'empire était tellement grande, que, tout en montrant les répu^ gnances les plus vives pour les conquêtes étrangères, en ne put arriver à une union entre T empereur et Tempire.
Cette issue est bien à déplorer, et surtout quand on pense uniquement à la possibilité de résultats meilleurs ; elle devient supportable, quand on se représente les probabilités bien pires que les conjonctures de cette époque pouvaient faire craindre. Si l'organisation fédérative de l'empire et le fractionnement de l'Allemagne, que les traditions avaient enracinés dans le cœur de la nation, n'avaient pas été consolidés à cette époque par de nouveaux traités ; si, par suite de l'épuisement qu'amenaient des luttes stériles, la nouvelle croyance n'avait pas été maintenue dans ses droits ; enfin, si la jalousie de \^ France à l'égard de l'Autriche n'avait pas été de nouveau réveillée, les succès obtenus par Louis XIV dans l'Ëglise et dans TËtat auraient été un stimulant pour 4' Autriche, et l'auraient poussée à briguer Tautocratie politique et religieuse en Allemagne. Ce dernier pays aurait subi indirectement, et par l'intermédiaire de l'Autriche, l'influence despotique de la politique française, et il n'aurait paç senti directement, dans ses petits États, l'influence libérale de la littérature française. L'Allemagne aurait marché de concert avec l'Autriche dans le sens de l'unité ; mais cette marche aurait été nécessairement rétrograde, parce qu elle résultait du stabilisme qui régnait dans l'intérieur de l'Autriche, Au contraire, la nouvelle cultcre intellectuelle du xvm® siè-
INTHODUGTION , 108
de, qui se répandit fort peu en Autriche, promit à rAllemagne fractionnée un rajeunissement' complet de sa vie nationale.
La réaction contre U protestantisme est naincue
en Angleterre^
A la même époque, le calvinisme provoqua, en A ngleterre^ une réaction favorable au catholicisme et tout à fait semblable à celle qui, depuis la moj^t de Henri IV, avait prévalu en France et en Allemagne. L'Angleterre aussi, par suite de sa réformation, avait été en collision continuelle avec les {tuissances catholiques; mais, par la réformation aussi, elle fut entraînée dans la voie qui la conduisit vers sa grandeur.
Sous le règne des Tudors, représentants de la bourgeoisie, l'Angleterre, comme tous les États germaniques, n'avait songé qu'à son développement intérieur et pacifique; mais déjà l'introduction accidentelle de la réformation, provoquée par les caprices sensuels de Henri VIII, amena, également d'une manière accidentelle (par le divorce avec Catherine d'Aragon), une irouille avec l'Espagne. Depuis ce temps, cette puissance ne cessa de poursuivre l'Angleterre de ses intrigues, de ses projets de mariage, de ses guerres et de ses violences, moyens dont elle se servit également afin de poursuivre la France. Le sainF^-siége, de son câté, rivalisa d'hostilité avec les
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souverains cT Espagne : depuis Pie III jusqu'àUrbaîn VIII, les papes ne manquèrent pas une seule occasion, pour aUiser la haine que les rois d^spagne nourrissaient contre l'Angleterre. ^
Or, tant qu'il fallut craindre l'Espagne, la réformation en Angleterre conserva son caractère monarchique. Mais, dès le principe, il s'était formé, en opposition avec cette réformation princière, une réformation populaire ; Henri VIII la réprima violemment et, sous Edouard VI, on essaya de l'apaiser, en lui faisante quelques concessions dogmatiques dans l'esprit de la doctrine luthérienne.
Lorsque ensuite la reine Marie rétablit le catholicisme, beaucoup de protestants anglais se réfugièrent en Allemagne et en Suisse; ils y adoptèrent des principes calvinistes, ils se pénétrèrent d'une profonde répugnance pour la pompeuse liturgie anglicane et pour le faste des prélats, et bientôt « la réforme de la réformation » devint le mot d'ordre pour bien des Anglais, après qu'Elisabeth eût rétabli, dès son avènement, la domination du protestantisme.
Knox réforma l'Ecosse dans un sens tout à fait calviniste. Grâce à ce point d'appui solide dans ce pays voisin, les principes puritains et presbytériens pénétrèrent dès lors en Angleterre et se substituèrent aux vues luthériennes, qui jusqu'alors avaient surtout régné dans la classe des commerçants et des petits propriétaires fonciers. Les idées politiques et démocratiques ne manquèrent pas d'arriver aussi à leur suite.
Les esprits à large portée, les puritains, ces réfugiés . et ces persécutés, avaient apporté de Genève le zèle
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théocratique de T Ancien Testament; leurs souffrances les avaient aigris et en avaient fait des émeutiers. Ennemis des pompes de l'Eglise, ils devinrent également hostiles au faste de la cour; leur antipathie pour la conformité extérieure, que l'État leur imposait, se porta sur ce dernier; leur haine contre le pape romain se dirigea dès lors contre le nouveau pape anglais qui siégeait sur le trône royal. Dans l'État et dans l'Église, ils voulurent remplacer le gouvernement monarchique de l'évêque et du roi par le pouvoir souverain et populaire du synode et du parlement : de monarchistes ils devinrent républicains.
Tant que vécut Elisabeth, les puritains se continrent par égard pour cette princesse, qui avait personnellement partagé avec eux leurs souffrances pendant le règne du catholicisme; qui avait protégé l'État au dehors contre le papisme et le système espagnol, et qui avait maintenu la réformation et la liberté des Pays-Bas en s'unissant étroitement à Henri IV, qui l'appelait « son second moi. » La reine, de son côté, partageait complètement les répugnances instinctives et monarchiques pour celte secte politique et religieuse, répugnances qui remplissaient alors les souverains du continent et que les Stuarts, agrès elle, poussaient jusqu'à la dernière extrémité.
Sous Jacques P"^, la haute Église anglicane se sentit pour la première fois indépendante à l'égard de îa cour de Rome et, rivalisant de zèle avec la royauté, elle fit sentir aux puritains sa prépondérance. Les évêques se miraient dans l'origine divine de l'épiscopat,' comme le roi s'enorgueillissait de Tinstitution divine du pouvoir
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souverain et de ses prérogative^», qui ne le rendaient re&* ponsable que devant Dieu seul. Cette doctrine, qui faisait une moquerie de tous fes contrats et de tous iM serments, était , aux yeux des puritains, une aussi grande abomination que tout le pacte conclu entre le roi et la haute Église, cette « autre déesse d'Éphèse. >
Sous Charles l^^ aussi, Tabsoli^tisme dans l'Église et dans l'État, les violences exercées par les archevêques (Laud) et par les ministres (Strafford), l'inquisition et l'action arbitraire des juges dans les affaires spirituelles et temporelles marchaient absolument de concert. Le roi d'Angleterre laissa tomber le parlement en désuétude, comme l'empereur d'Allemagne l'avait fait à l'égard des diètes; il viola les lois du pays, même celles qu'il avait données lui-même, en se mettant au-dessus d'elles avec la même insolence méthodique que Ferdinand avait montrée en Allemagne. De même que Ferdinand, en laissant de côté les diètes de l'empire, s'adressait aux assemblées particulières des cercles et arrivait ainsi, par un détour, à l'imposition arbitraire des taxes, de même Charles arriva à ce but par l'impôt sur les navires.
Las deux cours voulaient parvenir ainsi h l'entretien d'une armée permanente, destinée à étouffer toute résis-^ tance. Mais on arriva, en Angleterre, au même résultat qu'en Allemagne, lorsque, dans ce dernier pays, l'at-» taqne faite contre la religion par l'Édit de restitution fut le signal delà réaction. Aussitôt que Laud eut fait dispa^ raître les dissenters, on voulut, en Ecosse, abolir la liturgie et attaquer le calvinisme dans son boulevard le plus solide. Ces mesures décidèrent la révolte de l'Ecosse, ainsi que la résistaiice du parlement convoqué par nécessité.
A cette époque, le parti républicain des indépendants occupait complètement T arrière-plan, et le parti presbytérien modéré avait encore le dessus au sein du parlement; si, dans ces temps, la Couronne avait continué à se montrer facile et à faire des concessions comme dans le principe, l'Angleterre aurait obtenu une réforme politique et ecclésiastique sans passer ni par la révolution, ni par la réaction. On abolit les tribunaux d'exception; on assura le maintien de Yhàbeas corpus; on fit dépendre les impôts d'un vote du parlement ; on améliora les lois sur les forêts et on fit cesser d* autres droits de la féodalité normande, qui étaient les marques caractéristiques de la domination et de la conquête étrangères et qui pesaient sur la propriété.
Les modifications dans l'Église répondaient * à ces changements politiques. On rétablit Tancien état de choses en Ecosse, et on introduisit en Angleterre un régime semblable à celui qui existe encore actuellement en Ecosse, c'est-à-dire la constitution synodale à la place de l'épiscopale et la liturgie presbytérienne à la place de celle de la haute Eglise.
Mais les peuples n'obtiennent pas si facilement des changements d'une telle importance. Il se produisit une nouvelle rupture entre le parlement et le roi et,, dès lors, les flots du républicanisme passèrent par-dessus la tête du parti modéré. La réactioiT européenne, catholique et absolutiste fut menacée, en Angleterre,, d'un terrible contre-coup, au moment même (1642) où l'Autriche succomba en Allemagne, et où mourut Richelieu, ce vigoureux fondateur de l'absolutisme royal en France.
Transformation démocratique de VEtat et de VEgliae
en Angleterre.
Le moment semblait venu en Angleterre, où le développement démocratique du protestantisme allait se consolider et où l'idéal des anabaptistes , le règne de la raison dans l'État et dans l'Église, allait se réaliser. Les esprits ardents ne faisaient pas" défaut qui, pleins d'espérance, s'imaginaient alors que, depuis les colonnes d'Herclile jusqu'à l'Océan indien, tous les peuples de la terre se lèveraient pour reconquérir la liberté perdue , plante plus précieuse que celle que Triptplème porta jadis de terre en terre, et que le peuple insulaire irait en répandre la culture dans le mohde entier. Quant au roi, aux yeux de qui aucune loi n'était sacrée, on l'avait traité d'après les principes les plus rigoureux de la responsabilité devant le peuple; un homme tel queMilton, qui était d'une piété sincère et d'une culture intellectuelle des plus pures, osa hautement justifier la manière dont on avait procédé à l'égard du souverain.
La république fut introduite ; mais, par suite de l'attitude monarchique de Cromwell et sous le règne militaire de son armée , elle ne prit pas une forme bien solide. Il est d'un grand intérêt de rechercher ce que les républicainsi qui s'étaient nourris de l'esprit- de l'antiquité; s'efforçaient de faire de cette république, de concert
avec les nîveleurs fanatiques au sein du peuple ; surtout la question de savoir ce quMls en auraient, fait, si elle avait continué à durer, présente un intérêt extraordinaire pour celui qui veut observer les effets instinctifs du génie populaire allemand et le développement graduel des idées politiques chez les nations germaniques.
Parmi ces républicains, Milton avait compté se voir réaliser en Angleterre, le même état de choses qui, plqs tard, fut introduit en Amérique par les émigrés, défenseurs de la liberté, après qu'il était devenu impossible en Angleterre oh il avait cependant subsisté pendant six siècles.
. D'après ses projets, « la Rome de l'Occident » devait donner au monde un exemple plus grandiose des institutions républicaines que ne l'avaient fait les Pays-Bas; elle devait pouvoir le faire d'autant plus facilement que, depuis la mort de Cromwell, aucune maison d'Orange ne semblait plus la menacer d'une rechute dans le sens monarchique.
Dans la nouvelle république, l'égalité, chrétienne de tous les citoyens devait être une réalité ; toute différence entre les diverses classes de la société devait cesser; les privilèges devaient céder le pas au mérite ; la propriété foncière trop grande (cet esclavage normand, qui, disait Milton, avait besoin d'un frein agraire) devait être abolie, en même temps qu'on adoucirait le système rigoureux des fermages. On comptait accomplir tout ce que les ana^Japtistes avaient demandé, c'est-à-dire pourvoir à de meilleurs moyens de subsistance pour le peuple, en prenant soin des manufactures et du commerce, en établissant un régime plus libéral dans l'exploitation des
rivières et des lacs, des forêts et des pâturages. L'autonomie de là-commune et du comté était considérée comme un principe essentiel de la nouvelle liberté, pour que, dans les affaires administratives et juridiques, personne ne dépendit d'autorités trop éloignées. Un Sénat parlementaire, composé de membres à vie ou avec roulement partiel, devait être à la tête de l'État ; les représentants réunis de tous les comtés, en obtenant une majorité, devaient cependant pouvoir mettre opposition aux lois générales du Sénat, sans avoir le droit de s'y soustraire isolément, comme cela se faisait en Hollande. On ne voulait pas former, comme dans les Pays-Bas, une réunion de nombreuses souverainetés en une seule république, mais celles de nombreuses républiques sous une seule souveraineté* Il en serait donc résulté, comme jusqu'alors dans tous les États germaniques, une Constitution fédérale, qui, grâce à l'union particulière de l'indépendance des provinces avec le pouvoir central, aurait été un terme moyen et aurait formé la transition de ce qui existait alors dans les>Pays-6as vers ce qui fut réalisé, plus tard, en Amérique.
Le régime ecclésiastique aurait répondu à ces institutions politiques. On voulait abolir toute prélature el même toute prêtrise ; le ministre de la religion devait être élu et salarié par la commune et n'être ni ordonné par l'Église, ni nommé par l'État. On espérait arriver à u.ie religion placée au-dessus de toutes les confessions de foi et de tous les formulaires. On devait tolérer toi(§ les nonconformistes désirant vivre purement d'après la Parole de Dieu, telle que leur conscience leur ordonnait de l'interpréter. On désirait la division en sectes plus qu'on ne
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la craignait. On comptait avec confiance sur le règne de la vérité innée à Thomme dans le domaine de lareligion, et sur la réalisation de la liberté également innée à riiomme dans celui de la politique.
En effet, à cet égard aussi, Milton, comme d'autres penseurs calvinistes, était l'apôtre précurseur des principes adoptés, plus tard, en Amérique : à ses yeux, la liberté n'était pas un ensemble de droits acquis par différentes classes çt par des corps constitués, mais au contraire un droit inné à tout homme. Il disait que les Salmasius étaient les champions de l'absolutisme et des courtiers de l'esclavage sur lesquels il fallait cracher, s'ils prétendaient que des peuples ou des individus pouvaient aliéner leur droit à la liberté.
U Angleterre retombe dans la monarchie.
Une pareille organisation politique pouvait bien être préconçue alors par un grand esprit; m^is, dès qu'il s'agit d'en faire Une réalité, elle échoua encore ; tout l'ensemble de la culture intellectuelle de l'époque et, en particulier» la grande stabilité des institutions anglaises qui avaient résisté à l'épreuve des temps, s'opposaient à sa réalisation.
Elle échoua à cause de l'état dans lequel se trouvait la culture intellectuelle de l'époque : en effet, même sur le sol complètement vierge de l' Amérique, où l'on n'avait pas à triompher des obstacles que présentaient les vieilles
113 HISTOIKE DU DIX-NEUVIÈME SIÉG]^
traditions, les puritains n'ont pas immédiatement élevé tout leur édifice religieux et politique avec toute la conséquence logique de leurs principes, par la seule raison qu'ils n'avaient ni assez d'expérience politique ni assez de culture intellectuelle.
L'organisation politique, rêvée par Milton, échoua en particulier à cause de la stabilité des institutions politiques en Angleterre. En effet, toute la population était attachée aux vieilles formes; les républicains formaient une petite minorité ; le clergé et la noblesse attendaient, avec raison et à bon droit, leur restauration dans un .pays où les inégalités sociales étaient devenues chères au peuple à cause des institutions salutaires qui s'y rattachaient étroitement; le commerce ne croyait ses intérêts assurés que sous la royauté.
La république n'était donc maintenue que par Tarmée. L'État subsistait, sans ordre solidement établi, grâce & la main vigoureuse de Cromwell, qui le protégeait, au dehors, par les armes et, à l'intérieur, par sa justice. L'ÉgUse resta tout aussi difforme : l'action arbitraire du protecteur y régnait .à côté de celle des paroisses.
Cependant, Cromwell lui-même se sentait mal à l'aise au sein de cette toute-puissance militaire : aucun fait ne caractérise mieux le génie particulier des peuples germaniques. En effet, tandis que la moindre modification politique, chez les peuples latins, produit d'ordinaire d'insolents chefs militaires, au milieu des mouvements les plus importants chez les nations germaniques, on a ou bien empêché de pareils chefs de se produire, ou bien on a dimiiMié et rejeté leur pouvoir. La Suisse, tout État militaire qu'elle est, n'a jamais vu se produire