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INTRODUCTION 15S

semWe et quand toutes ses forces sont dirigées vers un seul et même but.

Jusque-là, l'absolutisme montra encore à cet égard sa supériorité sur Toligarchie du moyen âge. Mais il la perdit aussitôt que Louis tomba dans la même faute qui fait détester toute oligarchie et qui la rend si nuisible, c'està-dire aussitôt qu'il sacrifia l'État à sli personne et que, rempli de sa toute-puissance royale, il ne se fia plus qu'à son pouvoir universel et personnel. '

Dès que, rendu bigot par ses maîtresses, il chassa les protestants de son pays et qu'il replaça ses anciens grands minières et généraux par les créatures insignifiantes de sa faveur et par les instruments dociles de ses volontés arbitraires, l'élan que yenait de prendre la France s'arrêta aussitôt et le pays descendit plus rapidement qu'il n'était monté. L'avenir de la France, enfin, resta exposé à des bouleversements bien pfus redoutables que ceux dans lesquels les Stuarts avaient entraîné l'Angleterre en s' abandonnant à des caprices d'absolutisme de même nature.

Soif d agrandissement de Louis XIV.

Si d'une part l'épuisement intérieur de la France offrait une occasion favorable pour développer de plus en plus l'absolutisme royal, Tétat de prostration dans lequel se trouvaient presque tous les pays voisins ou éloignés,

tentait d'aulre part le souverain français à agrandir sa puissance à l'extérieur et à conduire ainsi la France dans les mêmes voies dans lesquelles l'Espagne et l'Autriche avaient voulu entrer, lorsque la politique française était venue s'opposer à ces desseins.

Vers l'époque de l'avènement de Louis XIV, tous lès pays de l'Europe méridionale étaient de nouveau plongés dans leur ancienne impuissance. Tous les États d'où étaient sortis jusqif alors les mouvements*** pendant le XVI* et le XVII® siècle, étaient successivement retombés dans un état de faiblesse uniforme.

La décadence intérieure de l'Espagne commencées l'époque de sa grandeur extérieure. La puissance^mlitaire des Ottomans s'écroula tout à coup à la mort de Soliman-le-Grand (1566). L'Autriche abandonna, depuis la guerre de Trente Ans, son attitude agressi?e pour retomber dans une position défensive dans laquelle ella> se maintint avec une grande ténacité.

En même temps, du côté des peuples germaniques, l'Allemagne et la Suisse étaient plongées dans une profonde léthargie politique ; il n'y eut donc, au xvir siècle, que la France c#ntre l'Angleterre unie aux Pays-Bas, et au xviii' sculemenJt l'Angleterre en face de la France^ comme les représentants jaloux de l'élément latin et de l'élément germanique, opposition qui pour un longtemps à venir devint funeste à la cause de la liberté.

C'était d'ailleurs par des causes extérieures que la France avait été contrainte de déployer ses forces contre l'Espagne. Cette puissance n'avait jamais cessé d'irriter la France. Charles-Quint essaya de la déx^irer par la force des armes; Philippe 11, en profitant des mouve-

ments de la Ligue, s'efforça d'insinuer un membre de sa famille sur le trône français ; ses successeifrs continuèrent /les mêmes intrigues, bien qu'elles fussent plus faiblement ourdies. En Espagne, tous les mécontents français trouvaient toujours des encouragements, et tous les rebelles des^ljcours. Encore h l'époque de Richelieu, les Orléans et les Bouillons, méditant la rébellion, conclurent des traités réguliers avec l'Espagne ; pendant la guerre de la Fj^nde, l'Espagne s'arma pour les mécontents.

L'Autriche, de son côté, suivit la même politique hostile. Ces deux empires resserraient tellement la France de lo||^>part, qu'elle n'avait guère d'autres issues que par mer et que, dans chaque guerre, elle avait à. défendre des frontières d'une étendue immense. Avant et pendant 1» guerre de Trente Ans, l'Autriche et l'Espagne se tendirent de nouveau la main dans la Valteline et à Mantoue, en manifestant ainsi leurs sentiments hostiles envers la France.

' La nécessité força donc la France de se débarrasser de ces adversaires incommodes ; l'incapacité dont ces derniers firent preuve en calculant leurs ressources, incapacité qu'on pouvait môme reprocher à un Charles- Quint, engagea bientôt le gouvernement français à prendre l'offensive; enfin, leur faiblesse qui augmenta de plus en plus, tenta la France de se charger du rôle que les deux puissances avaient joué jusque-là. Pour leur rendre la pareille, Richelieu porta la rébellion en Esj)agne et aida à détacher le Portugal de cette puissance ; en Allemagne, il traîna la guerre en longueur pour affaiblir tour à tour les protestants et les catholiques et pour faire mûrir, au profil de la France» tous les avantages que

Mazarîn recueillit plus tard, lorsque à la paix de Westphalie, ilsétatent arrivés à pleine maturité.

Ensuite, Louis XIV commença le même jeu en Angloterre où il appuya* tour à tour les rebelles protestants et le gouvernement et où il mit les Sluarts sous sa dépendance. Par un coup de «fortune et d'arrogance vr^ment unique, .Louis XIV poussa ses avanta'ges en Angleterre à un tel point, que les rois de ce pays se laissèrent acheter

par lui et lui permirent d'acheter d'eux une place aussi importante que Dunkerque. En Espagne, il réussît si bien, que, sous une apparence de droit, il lui arracha une partie de la Flandre et la Franche-Comté^ et plus tard même le Luxembourg, sans une telle apparence. Quant à la Hollande, il l'attaqua en 1672 et fut sur le point de la conquérir, sans avoir même indiqué- de prétexte pour cette guerre. Enfin, en ce qui concernait l'Allemagne et la Suède, il poussa les choses si loin, qu'à l'époque de ce qu'on appelait les Réunions (1678-16843, il fit faire des recherches par des tribunaux français, pour • savoir quels étaient les territoires ayant appartenu autrefois à ces parties de l'Allemagne qu'il venait d'acquérir en vertu de la paix de Westphalie, et que, d'après les décisions de ces tribunaux, il dépouilla divers princes et divers territoires de certaines de leurs dépendances.

Longtemps avant que Louis XI V eût obtenu de pareils résultats, la Suède avait, dès la paix de Westphalie, mis l'Autriche sur ses gardes, en lui faisant comprendre que la France semblait avoir hérité de l'Espagne ses projets de domination universelle. D'ailleurs, dès cette époque, Mazarin avait conçu le projet de réunir les Pays Bas espagnols à la France et même de faire une tentative

pour réunir la France et l'Espagne. Troiab différents traités de partage, conclus par Louis XIY, entreU667 et 170Ô, d'abord avec l'Autriche et ensuite fvec TAn- .gleterre, avaient assuré à la France, au moment de la mort de Charles II d'Espagne, un agrandissement cerlain par suite de l'annexion de certaines parties de la monarchie espagnole; orf n'avait faij; de réserves que pour l'Espagne elle-même. .Cependant, Louis préféra» l'extension de sa maison aa delà des Pyrénées et des Alpes à uû^ agrandisseihent dji territoire français, et la puissance de sa famille h celle du pays; contrairement ♦ au traité, conclu en ^dernier lieu avec l'Angleterre, il fit déterminer Charles II,' pendant qu'il se mourait lentement$ à faire le testament qui appela le petit-fils de liouis (d'Anjou) sur le trône d'Espagne.

Par u» seul trait de plume, qu'inspirait la crainte de la puissance de Louis XIV, l'antique lien qui unissait l'Espagne à l'Autriche devait être brisé; par un nouveau lien, l'Espagne devait être rattachée à la France et une autre monarchie universelle être mise à la place de cellg qui jusqu'alors avait gouverné le monde. Il est vrai qu'on n'aurait jamais toléré que les deux couronnes fussent placées sur une seule tête ; mais l'exemple de l'Autriche avait déjà montré toute la gravité que présente l'extension dynastique d'une famille avide d'agrandissement; de plus, comme Napoléon le recommanda plus tard à ses parents, Louis XIV avait énergiquement rappelé au duc d'Anjou de ne jamais oublier qu'il était Français et souverain absolu. i

Or, à cette époque, la France avait commencé à fonder, dans l'Amérique du Nord, des colonies qui, depuis

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le Canadaijusgu'à la Louisiane et en suivant le cours du Mis^sipi, enserraient comnu- un grand arc. les colonies anglaises. Qui aurait pu dîre ce que seraient devenues*; ces possessions pour la France si, à côté d'elles, les cq^* * loiiies espagnoles de TAmérique du Sud avaient élé^ntrc Ids mains des Bourbons et qu'une séute-gensée eût dos mine, dans les doux empires/la politique et la religion? En effet,|j|uant à la religion, la -France si^ait été complètement identifiée à l'Espagne. S'abandonnant au sentiment de sa (oule-puiss£uioe, Louis XIV avjfit osé faire ce que Richelieu même i)'auràît jamais été'tenféde faireet ce que le Saint-Siège lui-mêm^ désapprouvait. I)è% 1672, il avait ordonné aux Ncfcrlandais de rétablir fe catholicisme; en 1685, il révoqua Tédit de Nîmtes, clrassa du pays un demi-million des habitants les plus laborieux et convertit par des dragonnades «.ceux qui avaient été retenus en France. A celte même époque, poussé par un zèle aveugle , il excita Jacques U à reslatirer le catholicisme en Angleterre. Si .celte œuvrO itvait pu réussir, combien Thistoire n'aurait-elle pas été* changée ! En effet, le même revirement se serait infailliblement opéré aussi en Hollande, et, en Amérique, les jésuites français auraient eu l'influence suprême et non pas les puritains anglo-saxons.

Guillaume (P Orange.

Les peuples germaniques, habitant le nord-ouest de l'Europe, étaient encore, une fois appelés à contrecarrer Texécution de cet édifice menaçant de la domination universelle des* Français, comme ils avaient déjà détruit le projet de la monarchie universelle des Espagnols. Ce fut un seul homme, un homme véritablement grand, qui était destiné à traverser les projets de Louis l'Unique, appelé aussi le Grand.

Guillaume d'Orange fit échouer (1672-1678) la conquête presque accomplie de la République néerlandaise, en opposant une résistance désespérée à Louis XIV. Par la Ligue d'Augsbourg (1687), il unit et arma l'Europe contre l'avidité insatiable dont Louis avait fait preuve à l'égard de tous ses voisins après la paix de Nimègue. En 1688, il réussit à dissoudre l'alliance dangereuse entre Louis et les Stuarts, en se faisant appeler, à la place de son beau-père, sur le trône d'Angleterre. Enfin, pendant la guerre de. la succession d'Espagne, il arma l'Angleterre et l'Autriche contre la France.

Toute sa vie est ainsi remplie par la grande lutte pour

le maintien de l'équilibre entre les États de l'Europe

puis, il transmit à l'Angleterre une tâche pour laquelle

l'empire germanique était trop divisé et la Holjande trop

faible, c'est-à-dire de veiller sur la France dans l'intérêt

ai

de l'Europe, tâche que l'Angleterre eut à remplir encore une fois, à l'époque de la Révolution française, en déployant toutes ses forces. Aux empiétements du catholicisme, on opposa encore une fois une nouvelle barrière en donnant sa forme définitive à l'Église protestante en Angleterre; aux excitations de l'absolutisme français et à l'influence qu'il voulait exercer sur tous les gouvernements en Europe, on répondit en consolidant la Constitution anglaise* Sous l'action de cette dernière, il se forma, dans la libre Angleterre! une prospérité d'une tout autre durée que l'éclat passager que venait de jeter la France; en face de la monarchie absolue, il s'éleva Un édifice politique fondé sur des assises toutes différentes, et, en face de la puissance territoriale, une domination universelle d'un caractère tout nouveau.

La politique et V administration changent de caractère depuis V accroissement des colonies.

Vers la fin du xvu^et le commencement du xvm^?icclp< la colonisation du Nouveau-Monde avait si bien nUissi, qu'elle commença à modifier comprétement la condition de lou^ les Etats qui y avaient participé. La navigation avait reçu une extension et un développement complote* ment nouveaux : la culture des mers promettait des profits plus rémunérateurs que la culture des terres*

Des aventurier» l'avaient commencée; des hommes

actifs et bons calculateurs la continuèrent. Les commu-^ nications établies entre les deux hémisphères multiplièrent les besoins et les moyens de les satisfaire; elles augmentèrent le nombre des matières que travaille l'industrie, en même temps qu'elle agrandit l'extension et les succès de cette detnière ; la grande affaire de tout commerce, qui consiste à équilibrer les demandes et les provisions, l'abondance et la disette, prit dès lors des proportions colossales.

L'industrie et le commerce devinrent la source de la richesse au sein des classes moyennes et stimulèrent, par conséquent, l'activité individuelle dans une mesure jusqu'alors inconnue. Ils devinrent également la source de la richesse des États ; c'est pourquoi^ la politique et l'administration y attachèrent une importance capitale» Et cela d'autant plus que, par suite de la modification complète de la situation du monde, par suite de r accroissement des États et des conditions bien plus compliquées de toute vie, l'ancienne source des revenus de l'État, c'est-à-dire les biens de la Couronne et les contributions foncières, ne suffisait pas plus pour défrayer les dépenses de l'État, que le service militaire des temps féodaux ne suffisait pour défendre le pays.

Dans ce nouvel état de choses, il s'agissait de savoir quel État saurait l'exploiter avec le plus d'habileté et d'activité. C'est ce qu'avait compris la France, lorsque, sous Richelieu et sous Louis XIV et la dernière parmi toutes les puissances voisines, elle fit un effort désespéré pour réparer ce qu'elle avait négligé autrefois ; elle releva sa marine, elle donna un grand essor à son indus-

trie et elle fit des tentatives de cglonisation.

Deux exemples, formant un contraste extrême, se présentaient à ses yeux, l'un en l'attirant par ses séductions, l'autre en l'avertissant du danger qu'elle pouvait courir.

La politique coloniale des Espagnols.

La politique des rois d'Espagne îîvait toujours eu pour but l'agrandissement de leur puissance et l'extension de leur territoire. Pour y parvenir, il fallait pouvoir disposer d'une manière presque absolue de toutes les ressources de l'État ; mais ce système de domination intérieure et extérieure étouffait, au sein du peuple, son antique liberté, le mouvement intellectuel et industriel, c'est-àdire précisément les seuls moyens qui donnassent des forces durables aux États placés au milieu des nouvelles conditions qui gouvernaient le monde.

La colonisation espagnole obéissait à l'esprit de cette politique du despotisme. On la dirigeait et on l'organisait dans les hautes sphères du gouvernement. On prenait possession d'immenses étendues de terres, qui devaient servir de preuve éclatante de la puissance espagnole et qu'une immigration continuée pendant mille ans n'a pu remplir d'habitants. On n'y admettait que des indigènes, et la métropole épuisait sa population, qui d'ailleurs était déjà affaiblie par l'expulsion des Maures cl des Juifs. Les immigrârnts cherchaient, dans les colo-

nies, de Ter, des gains rapides, la jouissance sans travail, c'est pourquoi le besoin d'une activité incessante était promptement éto'uffé chez eux. Le travail industriel des Espagnols était négligé de plus en plus, •de mênie que l'agriculture, sous l'influence des servitudes et des privilèges, était depuis longtemps tombée dans une profonde décadence.

Par suite de l'absence de moyens d'échange, le commerce cessa d'exister et passa dans des mains étrangères/ La pauvreté des particuliers eut pour conséquence l'impuissance de l'État. Ce dernier était obligé de faire accompagner de grandes flottes ses galères chargées d'or, et il n'avait pas de vaisseaux pour défendre ses côtes. Le pays à coloniser lui-même, le monde luxuriant des tropiques, qui n'a guère besoin du secours des hommes pour produire, favorisait le penchant à l'indolence qui caractérisait les méridionaux immigrants.

La bigoterie religieuse ne permettait pas le développement de l'indépendance intellectuelle et de l'activité industrielle. Même là où elle avait les apparences de l'humanité, elle favorisait les avantages matériels dès étrangers, sans empêcher les désavantages, au point de vue de la moralité, qui en étaient^a conséquence chez les indigènes. L'Église catholique condamnait comme un scandale le monopole inhumain de l'importation des nègres' dans les colonies espagnoles, quoi que Philippe V aussi bien que la reine Anne, y fût intéressé ; on donna donc ce monopole à des étrangers et, en dernier lieu par VAssiento de 1711 aux Anglais, qui en retirèrent des avantages immenses pour l'extension de leur commerce et de leurs colonies.

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Système de colonisation des Anglais ^

Du' côté «de la 'colonisation germanique et démooratique, on avait suivi des voies absolument opposées. L'ES'^ pagne a découvert le Nouveau-Monde, mais lea Germains l'ont fécondé. Chez ces derniers, tout poussait les nouveaux colons, non à agrandir le territoire de leur État, mais à favoriser la prospérité, l'activité et la culture intellect tuelle de tous les membres de l'État. Ce dernier, commç tel, fit peu de chose pour la colonisation de l'Amérique du Nord. Les colons prirent possession d'une étendue de terre assez restreinte en la cultivant. Ce n'était pas ioj, comme en Espagne, la basse noblesse qui émigrait pour régner sur des prolétaires et des esclaves, mais les colons appartenaient aux clauses moyennes des campagnes et des villes, classes qui faisaient partout défaut dans le6 pays latins.

A côté des Anglais, des immigrants vequ^ de teua les coins du monde, s'établissaient partout avec une liberté entière. Les profits les plus grands étaient pour le travailleur le plus laborieux. Quant à la jouissance, on la cherchait dans le travail. Le climat et le sol, qui ressem^ blaient à ceux de la patrie abandonnée, aiguisaient te besoin du travail, au lieu de i'émousser. Les habitudes des peuples du Nord, la vigueur intellectuelle den proteik tants, l'assiduité persévérante des races germanique.

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tout cela favorisait la grande activité industrielle, qui. se développait dans la métropole comme dans les colonies et qui faisait naître, au sein de la bourgeoisie, une prospérité et une importance politique, dont l'histoire n'avait pas encore jusque-là vu un autre exemple.

Ce phénomène s'était produit, pour la première fois et sur une grande échelle, pendant la lutte des Hollandais pour, leur indépendance. Aussitôt- que ce petit peuple conquit son autonomie et que, pour nous servir Ide la devise de Maurice, la branche d'arbre devint plantard et commença à pousser, sa capitale prit, dans un court espace de temps, la place d'Anvers, en devenant le centre du commerce du monde et en recueillant, grâce à ses transports, des richesses immenses.

Dans une lutte des plus inégales, le peuple hollandais nourrissait la guerre par la guerre. Il fut le premier h unir les diverses parties du monde par l'activité de ses compagnies de commerce, et à maintenir des communications régulières et constantes entre elles. Bientôt, il commanda la marine la plus puissante; il jeta dans l'abîme de la banqueroute l'État qui épuisait les mines du Pérou, et en ébranla les colonies immenses dans l'est et dans l'ouest.

Plus tard, l'Angleterre rivalisa avec la Hollande ; les colons anglais en Amérique, s' appuyant uniquement sur leurs propres ressources, créèrent de nouveaux États et de nouvelles formes politiques ; des compagnies de commerce anglaises dépassèrent les efforts de l'État luimême par leur hardiesse et par leurs succès : ce furent là les temps où la bourgeoisie germanique fit ses croisade^f industrielles avec des résultats plus brillants que

IQi HISTOIRE DU DIX-NEUVIÉMB SIÈCLE

ceax obtenus par la chevalerie dans ses croisades chrétiennes et militaires.

Le monde entier avait sous les yeux, et dans les proportions les plus vastes, un spectacle des plus instructifs; il voyait ce que le travail germanique peut produire en face de l'immobilité des nations latines ; ce que l'industrie des classes bourgeoises peut faire par rapport à la grande propriété foncière dans les colonies; jusqu'à quel point l'esprit du protestantisme fy-it avanceV un peuple, comparé à un autra peuple que. la théocratie opprime; et, enfin, de combien le mouvement libre au sein d'un État remporte sur le régime despotique.

* Tentatives de colonisation faites par les Français,

Ayant sous les yeux ces deux exemples , Louis XIV semblait vouloir suivre les deux voies à la fois ; mais , sans qu'il s'en doutât, il entra exclusivement dans le chemin de la politique espagnole. Il donna une impulsion vigoureuse à l'activité industrielle en France; il fit sortir du néant une grande puissance maritime et s'occupa activement d'émigration et de colonisation qu'on avait commencé à favoriser, dès le règne de Richelieu, par suite d'une jalousie visible à l'égard de l'Angleterre.

lu'activité de l'État semblait devoir rivaliser avec celle des particuliers. En ce qyii regardait la législation, les établissements publics, les subventions, la construction

de canaux et de routes, etc., l'État ne pouvait pas intervenir d'une manière plus grandiose qu'il ne le fit* sous l'administration de Colbert. Mais par suite de la direction centralisée de toutes les affaires et par suite de la munificence princière qu'on déployait partout, l'initiative individuelle, dont l'État tout entier dépend en dernier ressort, ne tarda pas à s'affaiblir. peu à peu.

L'Angleterre aussi avait favorisé sort commerce par des Actes de navigation et par une législation artifici^elle ; mais les meilleurs succès avaient été toujours ceux qui étaient dus au zèle des particuliers. Le gouvernement français fit naître des compagnies de commerce en les créant avec des ressources fournies par l'État, tandis que \es compagnies anglaises devaient leur existence à ellesmêmes et que leur esprit hardi et entreprenant se développait sans avoir besoin d'être stimulé par le gouvernement. L'administration arbitraire des Français épuisait les nouvelles industries en les accablant d'impôts ; les Anglais s'imposaient eux-mêmes. L'école protestante délivrait l'intelligence de ses entraves et faisait de l'activité humaine le but de son éducation ; Louis XIV chassait les habitants les plus laborieux de son pays> sans songer combien il est difficile d'exciter l'instinct de l'activité chez les individus, et combien il est facile de l'étouffer. Dans les colonies, les jésuites français firent, au Canada, des merveilles de conversion et de martyre ; mais les planteurs dans la Louisiane ne firent rien qui, même de loin, pût être comparé'aux merveilles de l'activité anglosaxonne. Jamais les planteurs français n'ont montré le même amour des aventures que les Anglosaxons, quand il s'agissait de pénétrer au fond des forêts de l'inté-

170 HISTOIRE DU DIX-NEnVIËHE SÇÈGLE

rieur et de conquérir les solitudes pour la eulture. Et cependant, ils n'avaient pas la même excuse que les Espagnols dans l'Amérique du Sud qui pouvaient alléguer l'influence énervante du climat des tropiques; la faute^en était, au contraire, aux hommes qui n'étaient pas habitués à penser et à agir pour eux-mêmes parce qu'ils ne connaissaient pas la vie libre de la commune.

Il faut ajouter encore que la colonisation française, entreprise par l'État, prit dès l'abord une position hostile à l'égard de l'Angleterre. Les Français dans l'Amérique du Nord enserraient les colonies angJaises de la côte par derrière et sur les deux côtés ; ils soulevaient les Indiens contre elles; grâce à un accroissement plus considérable, ils pouvaient à l'avenir pousser leurs colonies sans peine jusqu'à la côte. Mais bientôt, par suitç de leur indolence et de leur incapacité comme colons, lei Français perdirent toute chance de dépasser les colonie^ anglaises dans cette voie que la nature semblait leur avoir tracée. Après les premières cinquante années qui suivir rent la fondation des colonies françaises dans la Loui^r siane, on n'y trouva, quant à la population ni quant aux succès, la* dixième partie de ce que la Nouvelle-» Angle^ terre avait obtenu pendant le même espace de temps^

Ces faits ne contribuèrent pas peu à exciter encore davantage la jalousie de la France à l'égard de l'Anglç»terre, jalousie qui ne trouvait déjà que trop d'alimenté dans l'opposition des deux religions, dans la différence de race et dans le contact géographique des deux nations.

Le$ colonies anglaises de V Amérique se détachent de la métropole avec le secours des Français.

Cette jalousie, qui bientôt se manifesta dans de grandes guerres, contribua essentiellement à fonder la liberté de l'Amérique du Nord. Si les colonies françaises y eussent réussi sur une grande échelle, celles des Angtais auraient craint d'être soumises par la France et seraient, à n'importe, quel prix, restées attachées à la j;nétropole. Comme elle ne pouvait pas espérer un pareil résultat, la France conçut l'idée d'affaiblir l'Angleterre en séparant d'elle ses colonies.

Aussitôt que ces dernières virent que la Franee, au lieu d'être Jeur ennemie, voulait les secourir, elles ne tinrent plus aucun compte des liens qui les attachaient à la mère-patrie et se séparèrent violemment d'elle, but qu'elles avaient eu constamment devant les yeux, depuis qu'elles avaient vu se produire, à leur préjudice, les conséquences de la domination du parlement en Angleterre.

Du reste, TAngleterre elle-même, par toute sa politique coloniale intérieure et extérieure, avait fourni les principaux motifs pour cette alliance de ses colonies révoltées avec !a France et même avec l'Espagne. Bien que toute l'Organisation et tout le mouvement du commerce et des colonies de l'Angleterre différassent complètement de ce qui se voyait dans les États latins, la manière de

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procéder du gouvernement anglais concordait néanmoins, dans le point le plus important, avec les agissements des gouvernements latins.

Tous considéraient le commerce comme le monopole exclusif de la métropole; ils soumettaient les colonies à son système commercial et les traitaient comme un moyen dont la mère-patrie devait se servir pour parvenir à ses fins. Toute nation étrangère était exclue diT commerce avec les colonies. Les négociants étrangers étaient traités comme des pirates, ce qui les forçait à jouer ce rôle, de sorte que le prix de la lutte devait nécessairement échoir à celui qui était jissez hardi et assez actif pour risquer le plus gros enjeu.

Les Anglais entreprenants furent encore les premiers à confirmer ce fait. A partir de VAssiento de 1711, il^ anéantirent le commerce de l'Espagne avec l'Amérique, en organisant un honteux système de contrebande pour lequel Timporfation des nègres fournissait les moyens nécessaires. A l'époque où ce traité, conclu ^our trente ans, était près d'çxpirer, les négociants pressèrent le gouvernement anglais de déclarer la guerre à J'Espagne pour mettre fin au système du monopole exclusif qu'ils maintenaient dans leur propre pays. Dans les grandes expéditions maritimes contre Carthagène et contre Panama (1741-1742), dont le but était de séparer le Mexique et le Pérou de la métropole, l'Angleterre entre en scène comme l'adversaire de l'Espagne, de mêine que jadis, à l'époque de la flotte invincible, TEspagne s'était montrée l'antagoniste de l'Angleterre : ce« armements eurent des résultats semblables.

Dès cette époque, la domination de l'Angleterre sur

les mers effraya le monde; la France, s'unissant à l'Espagne, songea dès lors à prendre sa revanche et Ju détacher les colonies anglaises de la métropole, même au risque de perdre les siennes. La grande guerre maritime de 1755 suggéra cette idée à la France avec plus de force encore qu'à l'Espagne; elle fit perdre à la France le Canada et sa marine, tandis que Tinfluençe anglaise prit un grand essor dans les Indes-Orientales* Les Anglais semblaient vouloir aspirer au commerce universel et à la domination universelle sur les mers, comme au^ trefois l'Espagne avait poursuivi* le même but sur terre.

Par suite de l'exécution de ces projets, l'action arbitraire qui, sous le gouvernement parlementaire, se faisait sentir à l'extérieur comme à l'intérieur, semblait produire le même effet que sous le règne des souverains. Du moins, l'Angleterre combattait les aspirations républicaines de ses colonies par des moyens qui siéraient à n'importe quel gouvernement despotique. On augmenta d'une manière démesurée l'importation des nègres, pour diminuer le nombre des travailleurs blancs qui devenaient dangereux.

Depuis longtemps, on avait rejeté toute idée d'acquérir le Canada, parce que le voisinage des Français maintenait dans les colonies l'attachement à la mèrepatrie. Mais, à partir de la guerre de 1755, la crainte des Français ne retenait plus les colonies, et déjà pendant cette guerre les Américains avaient présenté un projet de Constitution fédérative qui montrait clairement que les colons désiraient arriver à la plus grande indépendance possible. Aussitôt le parlement, au lieu de les allacher à la métropole par une politique conciliante,

leur imposa un régime bien plus accablant que celui qui, depuis longtemps, avait provoqué le mécontentement des colonies. Le parlement, au sein duquel les Américains n'étaient pas représentés et où Ton ne connaissait pas bien la condition des colonies» avait, depuis là révolution de 1688, mis ses décisions, avec une conséquence rigoureuse, au-dessus de celles des colonies et au^-dessus de leurs coutumes. Il avait concentré l'action de la justice en dernière instance dans la métropole; il avait traité les colonies comme un simple établissement commercial ; il avait interdît tout commerce des colons entre eux et avec des pays étrangers et, enfin, il avait sup-* primé toute industrie en Amérique.

Ces différentes mesures avaient, dès le milieu du xvii^ siècle, tellement augmenté le mécontentement, que des hommes intelligents prédisaient déjà une défection prochaine. Cependant, jusqu'à cette époque, personne n'aurait encore songé à imposer des taxes régulières aux colonies. Aussitôt qu'en ilGli on essaya d'introduire cette innovation par l'impôt du timbre, les colonies commencèrent la première opposition systématique. L'impôt sur le thé, qui succéda à cette première tentative avortée, amena la rupture.

On ouvrit le premier congrès national de 1774 par un exposé des droits des colonies; on insista sur le maintien du régime existant; on énuméra et on revendiqua les anciennes franchises, commes les Anglais l'avaient fait dans leur Déclaration adressée à Guillaume IIL On évita encore de prononcer le mot de révolte. Mais, en voyant que l'Angleterre continuait à les traiter avec une absence complète de tous égards, les colons sentirent aug-

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menter leui^ penchant pouf l'indépendance, qu'ils proclamèrent en 1776. L'injustice d'arrêts inspirés paf là cupidité les avait irrités; la .foHe de décisions irrésolues les avait encouragés ; les dernières mesures brutales, que Fox avait appelées des actes de sauvages qui scalpent l'ennemi avec le tomahawk, les avaient décidés à rompre pour toujours avec la métropole. L'année 1782 donna l'indépendance aux colonies.

En 1778, la France avait déclaçé la guerre à l'Angleterre; toutes les puissances» maritimife de l'Occident étaient ses adversaires, et celles de l'Est de l'Europe s'Unissaient â elles pour s'opposer aux prétentions exorbitantes du droit maritime des Anglais. Mais la défaite, subie à cette époque par l'Angleterre, différait essentiellement de celles qu'on avait infligées jusqu'alors au Irègne de l'arbitraire et à la domination Universelle chez d'autres nations. En tout temps, les hommes les plus remarquables du parlement anglais avaient été opposés à toute taxe à imposer aux colonies au profit du trésor anglais ; ils avaient été heureux de voir éclater le soulèvement de l'Amérique et ils en avaient prédit la victoire. Le parlement lui-même épousa de bonne heure leurs opinions et ne se chargea pas d'éterniser la guerre, comme l'Espagne avait voulu perpétuer sa guerre contre les Pays-BaSé En outre, l'Angleterre trompa les calculs de la France et ne se laissa pas affaiblir par la perte de ses colonies,» de même que, plus tard, elle ne fut pas entamée par le blocus continental de Napoléon ; au contraire, elle ne commença qu'à ce moment à développer complètement ses ressources intérieures et à soigner ses intérêts d'une manière intelligente.

176 HISTOIRE DU dix-nëuvièmb: siècle

En outre, Tactivité de la imtlon elle-même, qui fut la cause la plus féconde de sa grandeur commerciale et de sa puissance politique qui découlait de cette dernière, celte activité, disons nous, ne put nullement être étouffée par la guerre ; au contraire, elle se trouva fortifiée par la liberté de TÉtat et par la liberté donnée au commerce de TAmérique du Nord.

Ce résultat fut 1* arrêt de mort de Tancien système colonial. La séparation des colonies espagnoles devint la conséquence naturelle de U affranchissement de F Amérique du Nord. On reconnut et on abandonna de plus en plus les erreurs du système commercial qui régnait encore. On fraya à la liberté des relations internationales la première voie large que les peuples ont suivie alors avec autant d'ardeur que celle de là. liberté politique, à laquelle la fondation du nouvel État américain venait d'ouvrir également des routes complètement nouvelles.

La littérature française depuis Louis XIV.

Les secours niatérîels, fournis par la France aux États- Unis, ont aidé ces derniers à conquérir leur indépendance, tournure dans les affaires du monde qu'on n'aurait pu prévoir à l'époque de Louis XIV. De même, le mouvement inteHectuel qui s'était produit en France à partir. du règne de ce roi, fit sentir son influence en Amérique, et contribua à établir le nouveau régime politique

intérieur que se donna la nouvelle confédération. Ces deux faits préparèrent ^'le renversement complet de la Constitution française elle-même : tournure qu'on aurait pu prévoir encore bien moins du temps de Louis XIV.

Dans le domaine des faits matériels, on avait vu avorter l'œuvre que l'absolutisme songeait à exécuter sans déchaîner Içs forces populaires; dans le domaine de l'intelligence, l'absolutisme se détruisit lui-môme, en déchaînant malgré lui ces mêmes forces populaires et en oubliant que, sur ce terrain des choses immatérielles, les instincts de l'intelligence peuvent facilement être réveillés, mais qu'il est fort difficile de les étouffer de nouveau.

Au sein des états protestants, ce furent les écoles qui servirent' d'intermédiaire pour développer la culture intellectuelle du peuple d'une manière complètement nationale et populaire. En suivant cette route, Tinstruction populaire en Allemagne passa lentement de la culture religieuse à celle de la science ; la littérature nationale se développa, sans jeter un grand éclat, parce que tout le peuple y prit une part active. En France, au contraire, Louis XIV attira la littérature à sa cour et la protégea par ses faveurs, comme un moyen de rehausser l'éclat de son règne, et pour ajouter à sa gloire militaire encore l'auréole d'un protecteur des muses. A ses yeux, la littérature ne devait être qu'un luxe intellectuel de la cour, mais elle devint inopinément un instrument pratique entre les mains du peuple.

La grande crise intellectuelle qui agitait le monde, le roi l'avait arrêtée et l'avait fait reculer en France par ses mesures anti-protestantes ; mais par ses caprices d'à • muteur esthétique, il en prépara l'explosion d'autant plus

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violente. L'absolutisme fit, dm& ce pays, sur une vaste échelle, ce que la tyranpie^des Pisistratides avait fait, à Athènes, en donnant tous ses soins à la culture intellectuelle : en effet, ils fondèrent leur pouvoir dans un temps où la crédulité at)surde des Athéniens permettait à leurs maîtres de leur amener une Pallas vivante, mais ils le perdirent h un^ époqup Qi) un homme d*un esprit aussi libéral que celni d'Esçbyle vivait déjà au milieu des Athéniens,

L'absolutisme mina sa propre (Buvre ; il ressemblait en cela au peuple protestant^lorsque, au commencement des réforme^d^ns i'ÉgUse, il s'f^llia aux princes. Il avait cherché, dans les souverains, de^ protecteurs pour sa liberté religieuse, et il tomba dans la suite des (çmps sous l'absglutisme des princes. Si c*était 1^ une faute, l'absolutisme en commit alors une autre semblable et bien plus grave. Dès le principe, lorsque l^s princes, à l'aide de l'absolutisme, voulaient se soustraire à l'in-f fluenc^ de leurs vassaux, le pouvoir absolu avait recher-? çhé l'appui des classes instruites ; il avait mieux aimé accorder la plus grande influence dans l'État aux membres du clergé et au? jurisppnsultes que do la donner à la noblesse; il avait préféré s'en remettre aux forces intellectuelles que (Je s'appuyer sur la grande propriété et sur le pouvoir des f^fvfi^s. Mais à l'époque qui nous occupe ici, il créa nn nouvel Ordre en favorisant d'une manière systématique les belles-lettres, et il fit naître dans lapressç une force nouvelle, élémentsi qui bientôt oublièrent leur prigin.e. On permit aux Coriieille et aux Fénelon de vantçr, dans le drame et flans le rqman, les vertus répul)liçaines ; mais le pe(iple sut bientôt tirer de

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ce bel art les applications u|.iles et trouver la prose dans la poésie, On s'était servi de l'écriture pour travailler l'opinion publique dans un but déterminé; mais bientôt, l'opinJQn pubijqije prit ellermême les écrivains à son service. JLi'esprit d'innovation, qui, sur le terrain de la politique, n.e trouvait aucun levier qu'il pût manier facilement et d'une façon pratique^ s'empara de la littérature où il exerça un poqvpi}' insajsissiable, mais irrésistible.

CeltQ vi^ intellectuelle, qui avait pris naissance dans lesl}au(^.^ GJ^sseSi dégénéra bientôt avec la licence des ipœurs q|ii se produisit au soin de ces dernières ; la frivolité heureuse ou roal|ieureuse de la cour permît à ces 4eux formes (ju libertinage de croître comme des plantes parasites. Une critiqup Jiarcjie s'attaqua à tpus les sujets du douzaine de l'Église et de l'État, et appliqua aux contradictions entre la civilisation et la vie réelle la mesure d'une nature plus simple, de même qu'elle jugea les institutions de l'État d'après le critérium d'une nouvelle liberté.

Comme pouF se venger de la perte de la liberté de conscience, on passa, dans le domaine religieux, tout d'un coup de l'oppression de l'intelligence à la licence die^ esprits fort§, de Iq. superstition au scepticisii^e le plus complet, Sur Je terrain politique, on 3e fit fort; des fttjtâflliGS que la royauté avait dirigées contre l'aristocratie cléricale et temporelle du pipyen âge et l'on s'appiiya $i|r elles. De tout cg que les rois avaient fait, à cet égar4, p3.r égoïsme, ouf. (je ce qui avait été le produit naturel ej; ipstinctif des changements nécessaires dans la vie de l'Iltat, )e peijple fit découler un système de constitution démocratique et les principes â!\xxiQ administra-

tion politique qui, pour la première fois, furent opposés avec des motifs rationnels aux institutions théocratiques et féodales du moyen âge.

Dans ces deux directions, les innovations introduites par les sciences politiques et par la philosophie pratique en France agirent d'une manière différente sur les gouvernements et sur le peuple, et suivant qu'elles se répandaient à l'Est et à l'Ouest. Le peuple était attiré par les nouvelles opinions sur les constitutions politiques ; les gouvernements aimaient à entendre lesnouvellesdoctrines sur l'administration des États ; les premières firent sentir leur action jusqu'en Amérique, les dernières dans presque toutes les cours de l'Europe. Au sein de la France elle-même, les deux courants se rejoignirent et produisirent l'explosion de la terrible Révolution de 1789.

Nouveaux principes de V administration des États.

L'effet le plus facile à expliquer, que le règne brillant de Louis XIV produisit sur lesxours de l'Europe, fut de les engager à imiter son système militaire et de vouloir comme lui agrandir leurs États. Louis possédait, dans les dernières années de son règne, une armée de quatre cent mille hommes, armée permanente, toujours prête à marcher et qui ne dépendait plus du bon vouloir des seigneurs féodaux, ni des moyens de subsistance à voter par les états. Une pareille armée était, d'une part, un moyen

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