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LES FEMMES DE PICARDIE PARTAGENT LA BRAVOURE AVEC LES HOMMES

Nous ne devons pas oublier qu'en plusieurs circonstances les femmes de Picardie ont voulu partager avec les hommes la gloire militaire. On lisait autrefois sur un tableau qui était attaché, le samedi saint , au cierge paschal de l'église d'Amiens : A Victoria vallis mulierum per matronas Ambianenses. Il j a à Amiens, du côté de la porte de Noyon , un lieu qui se nomme encore la Vallée. Cette époque

(1) Cbran.. roi. S, fol. 50, r. (3) Rom* . ebroo. US. de Ponlhieo.

(S) U Serre, Mit. de France.

— Sortait placée entre l'invention du corps de saint Firmin, martyr, et la translation de la Cathédrale de Saint-Achcul dans la cité d'Amiens. Nous ignorons quelle fut la victoire remportée par ces amazones et à quelle occasion ; serait-ce dans la circonstance dont il est parlé dans l'ancien martyrologe d' Amiens au 14 juillet ? In itta école tia veneratur principalit tanctce Dei genitrioit Maria et tancli Firmini *eniorit nostri commemoraiio , pro bello in hujut civitatit tuburbio nobiîiter peracto antui ab incamalione Domini 957.

Au reste les Amiénoises signalèrent leur courage en plus d'une occasion ; car Guibert de Nogeut nous apprend qu'en 1115, pendant le siège de la tour d'Amiens, quatre-vingts femmes environ curent la direction des machines à lancer des pierres et qu'elles défendirent leur poste avec un courage d'Achille : Quater vicenat pene mulicret ad taxa, quœ impotuerat, intorquenda ditponit... Cutnq ue Ackilleit attirait tua propugnacula defenmrent , mulieret, viris asquiparandœ , mittit ex termenio lapidibut utratque (phnlaricat) confregerunt (1). En 1492 ou 1404 elles donnèrent de nouvelles preuves de leur magnanimité ; au rapport de Rumet , les Anglais et les Bourguignons livrèrent un assaut pendant la nuit , les femmes volèrent aux secours de leurs maris , combattirent avec une audace qui étonna les ennemis et leur fit prendre la fuite : Adjunclà mulierum Ambianicarum audaoià et magnanimitate. Des mémoires particuliers nous apprennent de plus que les ennemis y étaient entrés déjà en grand nombre faute de bonne garde, quand une femme nommée Catherine de Lice, qui s'en aperçut, courut par les rues criant aux armes et encourageant les bourgeois à sauver la ville. Les ennemis furent repoussés si vigoureusement que plusieurs ne trouvant le lieu par où ils étaient entres se rompirent le cou en sautant pardessus les murailles.

En 1472, Charles-le-Téméraire , duc de Bourgogne, ayant assiégé la ville de Beauvais, les femmes combattirent avec autant de vigueur que les hommes (2). Au premier assaut, l'évéque Jean de Bar monta à cheval pour prendre la fuite. La femme de M. Jean de Briquigny arrêta le cheval par la bride à la porte de Paris, le fit retourner en disant au prélat qu'il ne quitterait pas la ville, qu'il mourrait ou vivrait avec les habitants (3). Jeanne Laine , depuis femme de Colin Pilon, (André Favin, dans son histoire de Navarre, l'appelle Jeanne Hachette, et M. Simon (4), Jeanne Fourquet,) le jour de l'assaut gênerai, se mit à la tête des femmes qui, à coup de pierres, avec du plomb, de la résine fondue et de l'huile bouillante , repoussèrent les ennemis. Jeanne , combattant sur

(I) Goib. de Norig.. Ut. 3/ de viu «m , cap. 1». (S) Lotmt , hi«l. de Beuiv., loin, u . p. !

(>) Loisel , rotai, de Betwr.. P- «»• (*) Soppl. i l'hul. de BeiUT. , p. 18.

la brèche arec une valeur extraordinaire, arracha l'enseigne qu'un officier bourguignon y voulait planter. Enfin, le duc fut obligé de lever le siège le 22 de juillet. En conséquence Louis XI, en 1473, accorda à la ville, aui bourgeois et aux bourgeoises plusieurs privilèges, à celles-ci qu'à la procession et à l'offrande qui se fait le 14 d'octobre, féte de sainte Angadrcsme, les femmes et filles précéderaient les hommes, que tous les jours de leurs noces et toutes les fois que bon leur semblerait, elles pourraient porter tels atours , joyaux et ornements dont elle voudraient se parer. L'offrande que les dames de Beauvais avaient été dans l'usage de faire à la messe de sainte Angadresme, ayant été interrompue, elle fut renouvelée par ordre du Roi du 20 de février 1763. André Favin ajoute qu'après cet événement notre héroïne marchait ordinairement à ta tète de la milice bourgeoise , avec son étendart, qui, après son décès, fut déposé dans l'église des Dominicains de Beauvais.

Les femmes de Saint-Riquier et de Péronne ne montrèrent pas moins de courage au siècle suivant. La ville de Saint-Riquier est assaillie par les Bourguignons en 1524 (1). Une fille enlève une enseigne aux ennemis. L'année suivante, cinq cent soixante hommes de pied escortés d'un détachement de cavalerie de Flandre et de Hainaut , viennent livrer un nouvel assaut à la ville ; les femmes prennent les armes et les repoussent avec valeur. Quelques mémoires manuscrits rapportent la belle défense de Péronne au 28 de juin 1536. Des mémoires rédigés en 1537 par un avocat de cette ville, rapportent qu'une dame de Larier, voyant un capitaine de l'armée espagnole suivi de sa compagnie qui escaladait les remparts du coté de la porte de Paris, arracha l'enseigne qu'il portait, le renversa en bas des murailles en criant au secours. Ces mémoires ajoutent que le Roi , pour récompenser cette femme, lui fit donner de quoi vivre, c'est-à-dire le droit du mesurage des grains. L'ouvrage de Catherine Lcvéque que nous venons de citer, rapporte ce trait de bravoure avec toutes ses circonstances à Catherine de Poix. Voyez l'article de Péronne.

Un exemple plus récent, c'est celui de Marie de Barbançon, fille de Michel de Barbançon, seigneur de Davenescourt , Canny, etc., lieutenant du Roi en Picardie. Cette dame perdit son mari, Jean de Barres, seigneur de Neuvi-sur-11 Allier en Bourbonnois, pendant les guerres civiles sous Charles IX. Assiégée par les royalistes dans son château de Benegcn en Berri , elle en vit les tours et les murs renversés. Sans perdre courage , Marie, une demi-pique à la main, se porta à la brèche et la défendit vigoureusement à la tôle de ses soldats l'espace de quinze jours; sa résis-

(!) Rumcl, ebron. MS. de Poolbieu.

tance aurait été plus longue si ta faim ne l'eût forcée de se rendre le 6 novembre 1560, mais à condition que l'héroïne et tous ceux qui étaient dans le château auraient la Tic sauve. Le Roi instruit de la bravoure de M.llc de Barbançon, lui remit sa rançon, et ordonna qu'elle fut conduite chex elle avec honneur (1).

Au mois d'août 1537 , les femmes de Péronne, à l'exemple de celles de Saint- Riquicr, se distinguent autant que les hommes, suivant du Bellay, pendant le siège opiniâtre que les impériaux , commandés par le comte de Nassau , tinrent ouvert devant cette place pendant plus d'un mois. On prête à l'impératrice , épouse de Charles-Quint, écrivant au comte, le propos que voici : Je suis bien étonnée de ce que vous este» tant de Unn» devant Péronne sans la prendre , vâ que oc n'est qu'un pigeonnier. Nassau répondit : Madame, il est vrai que Péronne n'est qu'un pigeonnier; mais les pigeons qui sont dedans sont très-difficiles à prendre , de plus les femelles sont aussi courageuses que les mâles. Contraint de lever le siège, on lui fit dire aussi : Allons, quittons cette ville oû les femmes nous Imitent comme les hommes (2). La tradition orale du pays a conservé le nom d'une de ces amazones pèronnaises : elle se nommait , dit-on , Marie Fourè.

ARDEUR DES PICARDS POUR LES ARMES QUE LES ROIS ONT RIEN DE LA PEINE A MODÉRER.

Le génie martial s'est perpétué ainsi de génération en génération dans le sang des Picards ; c'est ce qui a valu sans doute au régiment de Picardie , de nom et d'effet dans l'origine , le pas sur tous les autres régiments de France. Il a remplacé la légion de ce nom instituée en 1534, sur l'idée de l'ancienne milice romaine (3). Elle devait être composée de six mille hommes levés dans la province. M. de Sarcus en fut le premier capitaine général, il avait sous lui Jean de Mailly, seigneur d'Anchy , Jean de Barbançon , seigneur de Canny, le seigneur de Saisseval et le seigneur d'Heilly-Pisseleu. Le roi François I." fit la revue de cette légion l'année suivante dans la plaine entre Amiens et Saint-Fuscien , comme il appert par un compte d'Antoine de Mons du 23 d'août 1535 : Item pour les mises par lui faites pour la maison à Hours ( échafauds ) , faire pour le Roi, près le mont Saint- Denis, pour veoir par h Roi la montre des 6000 légionnaires de Picardie (4).

(I) Hilarion de Costa, des dune* illustres. — Thooni (3) Daniel , de la mil. franc. , loin, i , p. S58.

hist.Miitemp. (t) Registre de la ville d'Amiens, cote S, folio

(S) Les trois fleurs de 1rs spirituelles de It ville de lit, r. reforme , par Laini'nnc Lc^eque. prei. p. y.

Delà , ces obstacles invincibles que nos rois rencontrèrent , tant de la part de la noblesse que de la part du peuple de Picardie , lorsqu'ils voulurent abolir les guerres privées , les tournois , etc. Le roi saint Louis défendit les joutes et les tournois en 1260(1). Philippe-le-Hardi renouvela cette défense par une ordonnance qui fut enregistrée au parlement de la Pentecôte de 1280; Philippe- le- fiel , en 1304 , 1305 et 131 1 ; Philippe-le-Long , le 23 d'octobre 1318 , et par une ordonnance particulière du 8 février suivant , adressée au bailli de Vcrmandois. Saint Louis travailla plus sérieusement à abolir les guerres privées (2) , non-seulement par son ordonnance donnée à Pon toise au mois d'octobre 1245, mais aussi par une autre, citée dans une lettre que ce prince écrivit au mois de janvier 125^ à l'évéque du Puy par laquelle toute espèce de combat singulier avec armes, bâtons, le poingt même, était défendue. Les bourgeois de Saint-Quentin y ayant contrevenu, furent condamnés à une amende de 1000 livres, somme très-considérable pour le temps (3).

Cet exemple et d'autres ne firent qu'irriter ces deux Etats de la province jaloux de leurs anciens privilèges. Philippe-le-Bcl avait renouvelé les défenses , le pénultième de décembre 131 1 , par une ordonnance adressée aux baillis de Vcrmandois, d'Amiens et de Senlis: prohibemus insuper in partibus supra dictis omnes portationes armorum et convocationes hominum artnatorum (4). Il les réitéra en 1314. Les Picards se soulevèrent. Louis-le-Hutin, son successeur, fut contraint d'entrer en composition l'année suivante (5). L'article vi du cahier des plaintes de la noblesse de Picardie porte : Demandent lté nobles qu'il* puissent user des armes quand il leur plaira, comme par le passé , et qu'ils puissent guerroyer et contre-gagner ; accordé par le Roi. Le peuple de son côté, par l'article xv, demande le duel et gage de bataille , pour crimes qui ne pourraient être prouvés par témoins ; accordé de même. Il parait par le livre rouge de la ville de Rue pour le comté de Ponthieu , avint que en l'an de grâce 1 314 les batailles et le veage furent défendus du quemandement du Roi, et convint avoir en toutes eoses 2 tesmoings pour prouver. Et ainsi en use on à Rue, à Abbeville et ailleurs par grant temps. Avint que H senesoaux de Pontieu empêtra , pardevers le Roi de Franche , une lettre que le conté de Pontieu fut tenu en ses anciens usaiges , c'est -à dire de pouvoir prouver par un seul témoin.

Le roi Jean, sur la plainte qui lui fut faite que les habitants d'Amiens, sans avoir égard à l'ordonnance de 1245 , dite la Quarantaine du Roi, qui portait qua-

(I) Du Caoge , bbt. de S.t-Louii , ditiert. 0. p. m . (3) Preov., ptrt. n.

(») Do Cuge , ib„ p. M5.

(t) I».. dwtert. M . p. 33* , sa» , SU. (S) Pwi»., part. i. n-...

rantc jours de trêve, avant que d'entrer dans une guerre particulière, commençaient à attaquer dès les premiers instants de la querelle, et commettaient plusieurs excès, ce prince leur enjoint, sous des peines très-grièves , de l'observer (1). Ses lettres sont du mois d'avril 1353. Par d'autres du 17 de septembre 1367, le roi Charles V défendit les guerres entre ses sujets , nonobstant toutes coutumes et tous privilèges (2). La noblesse de Picardie ne fut pas plus docile à ses ordres , car le monarque fut oblige., quelques années après, c'est-à-dire le 18 mai 1381 , d'enjoindre aux baillis du Verraandois et d'Amiens, de sommer Charles de Longue val, écuyer, seigneur de Maigremont , qui avait donné un défi à Guillaume, châtelain de Bcauvais, grand queu de France, et ses partisans, de se désister; mais comme ils persévéroient en guerre de mal en pis , les baillis arrêtèrent de Longueval et dix-huit tant chevaliers qu'ecuyers, ses parents ou amis. Enfin, cette fureur est tombée peu à peu que l'autorité royale a pris de nouveaux accroissements.

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