‹ Introduction à l'histoire générale de la province de PicardieChapitre 11 sur 294 · LA FIDÉLITÉ DES PICARDS · texte numérisé non relu

LA FIDÉLITÉ DES PICARDS

u'amien>. En Picardie la fidélité a marché toujours d'un pas égal avec la bravoure. La ville

d'Amiens n'oubliera jamais les expressions flatteuses du roi Philippe-Auguste dans ses lettres de confirmation de la commune de l'année 1 190, quoniam ami ci et fidèles nos tri cives Ambianenses fideliter sœpius nobis suum exhibuere servitium ; nos eorumdem dilectionem et fidem erga nos plurimam altendentes (8) , et dans sa ratification de 1 200 (4) , expressions qui se voyent respectées dans les lettres de Louis VIII, données à Hesdin l'an 1225 (5). Amiens n'oubliera pas' non plus la harangue que le chancelier de Louis XI fit, en 146|, à tous les corps de la ville assemblés à l'Hôtel-dc- Ville , qu'il eut avec soy, en parlant dq roi Charles VII, la loyauté de Picardie, ses finanoes de Normandie , et son conseil de Paris, il n'avait jamais garde de nullui qui fussent ses ennemis (6).

d'aibex int.. La ville d'Abbcville conserve précieusement les belles prérogatives que lui accorda le roi Charles V. Ce prince , au mois de mai 1 369 , promet aux habitants d'Abbcville, pour la bonne et vraye amour, loyauté et obéissance, que lui et ses prédécesseurs Rois de France ont toujours trouvés et qu'il trouve de jour en jour en ses très-bons , vrais et loyaux subjets, le Maire, les Echevins et les autres bour-

(I) Du Cange *up., p. 3U. (t) Diirc . hist. dAmlw* . tom. t . p. 517.

Onlonn. d« Roi* , etc., tom. « , p. 55». (5) Ibid.. p. 5».

(3) Baliu. Miwcll., tom. ni, p. 318. (6) Bfgist. de IhoW-de-Tille d'Amiem.

geois et habitants de sa ville d'Abbeville en Ponlieu , de ne les séparer jamais pour quelque cause que ce soit du domaine royal (1). Le 10 juin suivant, le monarque considérant la ferme constance, la vratje obéissance et la loyauté des mûmes bourgeois et habitants , en signe de plus grande union et de parfaite diteotion , octroyé que iceur Mayeur , Echevins, bourgeois et habitants en corps et en commune puissent porter au-dessus des armes de Pontieu un chef des armes de France , c'est à savoir d'azur semé de fleurs de lys d'or , soit en leurs bannières , soit eu autres enseignes et aux sceaux de ladite ville (2). Charles VII écrit aux Maire et Echevins , le 1 3 de mars 1 44* : Vous prions et admonestons en toute douceur et affection, que en la loyauté, amour et fidélité que toujours avez eu à nous et A nos prédèoeseurs Rois de France, vous teniez, etc. Dans celle qu'il leur écrivit de St.-Quentin le I janvier 1 589, M. le duc de Longuevillc s'exprime ainsi : le naturel des François est d'aimer leur Boy, l'honorer et lui estre fidèle; ce qui vous a fait donner Vèpithète de fidèles Picards , pardessus tous. Vous avez emporté ce tiltre à raison de quoy avez mérité d'être recogneus et gratifiés de privilèges particuliers, que ne pouvez conserver se ne rendez pareille obéissance que vos pères ausquels on les a donnés. Enfin les bourgeois d'Abbeville n'effaceront jamais de leur mémoire les expressions flatteuses de la lettre dont le roi Henri III les honora le 22 juin 1588 : Vous faites bien paroi* tre combien vous retenez et suivez la trace des vrays et anciens Picards , lesquels ont été tous jours loués d'une très-grande fidélité et obéissance envers leur Prince naturel et souverain comme je suis.

Jean Juvenal des Ursins, cvèque de Beauvais, écrivant au roi Charles VII qui DE KAlVAis. tenait les Etats à Blois en 1433, s'exprime ainsi : Considérez, qui estes notre Roy, la grande loyauté, fidélité et amour de vos subjets de Beauvais qu'ils ont eu envers vous et vostre service: car depuis la mort de nostre très redouté et souverain seigneur vostre père , vos adversaires ne leurs aliez n'ont eu aucune puissance sur eus en ladite ville , et ne fussent pas entres les plus forts (S).

Le roi Henri 111 adresse, le 16 de janvier 1589, aux maïeur et echevins de la »e saint-ocemix. ville de St.-Quentin , une lettre qui n'est pas moins honorable pour eux : Vous nous avez tellement faict congnoistre la fidélité et affection que vous avez à nostre service que nous en recebvons ung très grand contentement, vous avez faict en cela ce que Dieu vous commande et ressemblez en vostre loyaulté à celle de vos pères. On lit dans une autre du 20 de février suivant : Nous avons receu tant de satisfaction de vos fidels comportement que nous en garderons pour jamais la

(1) Preav.. pari, ii , n-... (3) LootH , iup., loin, n, p. 5S9.

(i) Preav., Ibid., n*...

mémoire, vous priant et adjurant de continuer tout jour» en cette loyaulté,

que jusque» à prêtent vous nous avez gardée et croyez qu'en général et m particulier nous vous gratiffiront de tout ce qui tera éternellement en nottre puis tance. Dans une autre du 8 mars : La fidélité que tout avez gardée en ce temps plein de rébellion , et bon debvoir qu'avez faict pour vous conserver soubt nottre obeittance et

résilier aux entreprintet des ennemis rebelles nous a donné occasion de vous

tetmoigner par la prétente le contentement que nous en recepvont, tout en louer et veut atteurer qu'en continuant de même vout serez recognut de nous, etc. Le roi Henri IV fit l'honneur de leur mander le 24 février 1591 : En tout ce qui tera pour vottre /n'en, nous tiendront toujours la main , tachant combien vout méritez pour la fidélité et affection qu'avez à nottre service.

Plus de deux siècles auparavant, le roi Philippe de Valois, méditant de faire une descente en Angleterre, écrirait, le 23 d'octobre 1340, aux officiers de la même ville : Le* arbalettriert et pavetient que envoyés ntrux avét en ce présent voyage , que nous entendons au plaisir de Dieu faire briefvement en Angleterre à l' encontre de nos ennemis, nous ont servis et encore servent chascun à la garde teureté et défense de nottre navire (1). C'est à cause de cette même fidélité constant* des Saint-Quentinois , consignée dans une foule de lettres de nos Rois depuis Charles V, conservées en original dans les archives de l'Hàtel-de-Ville, que H. de Longueville , gouverneur de la Province , écrivant aux maire et échevius le 1 2 de juin 1589, disait : Je perdrai toute faveur vert Sa Majesté ou bien je la rendrai aussi privilégiée que nulle autre.

er moxst. Si l'on jette un coup d'œil sur les lettres-patentes du roi François I.w, du mois

de février 1 53* , enregistrées dans les Cours souveraines, on y verra et un éloge * magnifique et une récompense distinguée de la valeur des bourgeois de Péronne. A plain informé du bon et loyal debvoir qu'Ut ont fait à la répulsion et victoire que, à l'aide de Dieu , avant eue de notre dit ennemi (Charles-Quint) et tetdiotet forces.... et afin qu'il soit perpétuelle mémoire de la loyauté et fidélité detditt suppliant et de la victoire que avec l'ayde de Dieu, de nos boni et loyaux capitoinet, vantaux, subjett d eulx, nous avant eu et obtenu à l encontre de nottre dit ennemi et tes dictes forces, avant aum dictt suppliant permit et octroyée , per-

uuittons et octroyons qu'Ut et leurs successeur! prêtent et à venir puissent

porter tur eulx chacun en ta faculté , en lieu insigne ou bon leur semblera pour devise un P. couronné.

i>k senus. C'est par les mômes considérations que le roi Henri IV accorda à la ville de

(l) Preu».

Senlis, au mois de juin 1590, ces lettres de privilège dont les termes dans lesquels elles sont conçues nous paraissent honorables autant que la grâce qui en Tait l'objet : Vexemple , dit le meilleur des princes , comme est à prêtent celui

de» habitant de nostre ville de Senlis , la fidélité desquels noue avons si bien

remarquée , que nous les estimons digne sujet d'y exercer nostre libéralité

lorsqu'il est question de reconnoislre les mérites comme sont ceux des habitant

de notre dite ville de Senlis : lesquels ni la terreur qui leur a esté donnée de toutes parts par le» perturbateurs de nostre Royaume ^ ni aucune pmmensr ne allechemens, qui leur ont esté proposés par les mesmes, n'a sceu ébranler de la fidélité que les subjets doivent à leur Prince... et combien que jusqu'à ce point leurs mérites soient grands; si est ce que en comparaison de ce qui s'est ensuivi, on les peult plutost nommer exercice, qui les ont conduits à la louange, que peu après ils acquirent ; lorsque »7# soutinrent le siège que lesditt rebelles mirent devant ladite ville; laquelle aiant été par eulx battue de neuf canons et une ooulevrine, la brèche faite à la longueur de soixante pas, l'assault donné par trois fois repoussé et contraint de se retirer en son camp, etc. Nous nous bornerons à ces exemples. Le corps d'histoire en fournira une infinité d'autres pareils. Nous ajouterons seulement que c'est à ces considérations que , dans la création d'un corps de six mille hommes de troupes , sous le nom de légion , en choque province du Royaume , François I." donna le pas sur tous les autres à la Picardie commandée par des gentilhomme» du pays, savoir le seigneur de Sarcus; Jeun de Mailly, seigneur d'Auchj ; de Barbançon, seigneur de Canny ; de Saisseval et d'Heilly surnommé de Pisseleu. Ces capitaines passèrent la première revue devant le Roi vers le 20 juin 1534, dans une plaine entre Amiens et Saint-Foscien (1). Aujourd'hui le régiment de Picardie conserve le même rang.

Page 1