I.ongior et gladiis
nou permitlebatadiri.
LES HABITANTS DE NOTRE PROVINCE MÉRITENT A JUSTE TITRE LE NOM DE PICARDS PAR LEURS EXPLOITS MILITAIRES.
Les Cretois n'ont pu mériter à plus juste titre la distinction de meilleurs archers de toute l'antiquité : les habitants des îles Baléares, celle d'excellents
(I) Lamb. ard. (S) L. », p. 1709. Mil. d'Aimi.
(*) Pb»»al.. 1. 1. ». 4i3. (4) Pbilipp. . I. Il , v. 606.
frondeurs ; certains solduriers des Gaules, celle d'habiles Gesatcs, à cause de leur adresse à lancer un dard pesant, nommé gœsum , que nos Belges modernes le nom privilégié de Picards. Les armes furent dans tous les temps leur passion favorite. S'ils traversent les mers, s'ils courent de province en province pour combattre dans les tournois, c'est afin de s'y signaler par quelque exploit. Ce qui a fait dire à un célèbre évêque d'Avranches, hobert Senait (1) , Cenalis, que les Picards étaient proprement ceux que les anciens appelaient Belges , l'un des plus vaillants peuples des Gaules : ita quos hodie Picardo» nostra cela* appel l al , tere Belge dicendi #unl qui postmodum in Picardorum nomen tran*migrarunt. Jean Simone! (2) avait dit avant lui dans la vie de François Sforza, sous les années 1440 et 1453, que les Picards étaient du sang des Belges, nation prête à tout entreprendre, cruelle et féroce, etc. , et comme eux, prodigues de leur vie : In quibus merebant sagittarii , ex eo génère Belgarum quos hao tempestale Picardo» appellant , ad facinus omne promtissimi , atque vitœ prodigi. Et dans un autre endroit (3) : Quatuordecim Galliœ ( turmw ) quarum sagittarii quatuor ex ferocissinui atque immanissimâ Belgicà gente quant recentiore vocabulo Picardam dicimus. On peut juger par ce dernier passage que la Picardie produisait également d'excellents archers au xv.* siècle. //* sont généreux , dit Davitj (4), et raillants comme les anciens Belges: leurs prédécesseurs , qui , selon le (émoi gnage de César, étaient continuellement aux mains avec les Germains ou Allemands , ce qui les a rendus puissants et renommés en guerre.
Voici quelques traits de l'ame martiale des anciens Picards, pris au hasard dans l'histoire. A la journée de Bovines, en 1215, la noblesse et les communes de Picardie firent des prodiges de valeur. L'incomparable Gaucher de Chatillon , comte de Saint-Pol , quo nemo alius laudatior armis (5), perce, comme un foudre à la téte de ses vassaux , les bataillons épais des milices flamandes , et les disperse comme on disperserait une troupe de canards :
Quiquc illum sequitor armati militi* agmen , Per média» acies, per confcrtissima Flaftdra» Hillia mililis, trifidi Iransivit ad iuslar Fulminis , imbellesque volut dispergil anales (6).
D'un autre côté , les vassaux de l'abbaye de Saint-Médard de Soissons , aussi
[\] Descrip. Gall. périod. 15.
ï) Muratori , tcripl. Italie , tout, m, col. Sifl.
;3) Itrid. col. 850.
(i) Descrip. des i pari, du monde . tom. o , p. VU. (5; Guill. Bril., I. 10, ver. 483.
(s; Ib. I. Il, V. I0i.
irréprochables qu'excellents guerriers , fondent sur la noblesse de cette même province :
Fulmina» iu Flandres
et qaos Mcdardicus abbas
Miserai , immensa claros probitate clientes, Ter denos decies , quorum cxsultabat in armis , Quilibet altus equo , gladioque borrebat et haslà (1).
L'illustre Thomas de Saint- Valeri que Rigord (2) qualiGe de virum nobilem , virtute oommendabilein, se trouva à la même bataille , à la tête de cinquante chevaux et de deux mille hommes de pied , tous gens d'élite du Vimcux , hardis et courageux :
Quinquaginta parât équités in bella , clientes Mille bis , audaces animis et robore fortes (3).
Rigord (4) remarque aussi, comme une chose extraordinaire, que- Thomas, après avoir sauvé Guillaume des Barres, prêt à céder à une troupe qui l'environnait , quoiqu'il combattît en brave , et après avoir chargé et défait avec ses gens les fiarbançons qui tenaient encore, même après la prise de l'empereur Othon, des comtes de Flandre et de Boulogne, ayant fait la revue de sa troupe , chose remarquable ! ne trouva qu'un homme de moins. Nous ne ferons que nommer les autres vaillants Picards qui se trouvèrent à la bataille de Bovines : le comte de Beaumont , Barthélemi de Roye , Pierre de la Tournelle , Valon de Montigny, miles fortissimus sed non dites (5), qui porta la bannière du roi et qui la défendit courageusement, les frères de Coudun, Jean et Conon, qui eurent la gloire de faire prisonnier le trop fameux comte de Boulogne , Renaud de Damartin.
Ce comte, placé à l'aile gauche, combattit en lion. Cornes verà Boloniœ ab
ipsopugnœ initio nunquam pugnare cessant, nec poterat ab aliquo superari
pugnavit, ut diotum est, diutius et fortiûs, quam aliquis qui eidem prœlio interesset (6). Tel est le récit de Rigord. Vainqueur plus souvent que vaincu, voyant
fl) lb. y. 66. (*) Du Cb«n« ib., p. «3.
(V Du Cbtsne »upr. t. ». p. M. {i) Ib., p. 6J.
(3) Ib. I. 10, T. 490. (6) Ib., p. 6«.
son parti défait , et lui prêt à succomber, il se jette en furieux , arec cinq hommes seulement , au milieu des Français :
Ncc vinci a quoquam se virtos efrona sinebal , El enicumque manum junxisset, Victor abibal {1}... Il le autem , ut tolos tugientibus undique campos Fervore conspexit, vix et superesse deccra ter, Ex equitum peditumque omni legionc suorum (3)... Francigenas rail in medios, quem quinque sequunlur
Vix socii (3)
Tanquam nulla die gessisset praelia toto , Viribus et nisu toto furibundus io illos
Sévit (4)
Malo, inquit, salvo vinci pugnando pudore, Vivcrc quant Cugiens ; viUun postpono pudori. In bcllum redeo (5)
Dans une circonstance moins humiliante pour la patrie, nous aurions pu opposer cet exemple de bravoure au défaut de fermeté reproché aux Picards en général :
Isti Picardi non sunt ad praelia lardi ,
Primo sunt bardi , sed sunt in fine cohardi (6).
Guillaume Breton nous apprend qu'en même temps que la cavalerie de l'abbé de Saint-Médard donnait sur celle du comte Ferrand, l'infanterie soissonnaisc ou les troupes des communes de cette province , impatientes de ne pouvoir partager la gloire du combat , Tinrent fondre sur ces mêmes Flamands , et que le combat fut très- vif :
Impatiens Suessona pbalanx, suadente Garino... Invadont illos , ncc miles it obvius illis
cum sit pudor ultimus alto
Sanguine produclum soperari a plebis alumno ,
Non puduit demum pugnare minoribus ipsis (7).
Tandis que ces choses se passaient, dit Rigord, les bataillons des communes, spécialement de Corbie , d'Amiens , de Beauvais , de Compiègne, d'Arras , voyant
(1) Goll. Bril., I. v , ». 595. (5) Ib., ». 673.
(S) ÎD.. ». 634. (S)GloM.nip.
(3) Ib . ». «38. CO GqH. Brit., I.b. il, ». 77 el srqq.
(*) lb.. ». fttt.
en danger l'étendard chargé de fleure de lys, se font jour à travers les escadrons et se Tiennent placer devant le roi pour le défendre des efforts des Allemands : Inte-
rea adveniunt legiones communiarum superveniente* communiœ , tpecialiter
Corbeii , Ambianensen , Belvaci et Compendii , Altrebatœ , penetraverunt cuneos militum , et posueruni se ante ipsum Iiegem (1).
Si le comte de Boulogne fit en cette journée mémorable le déshonneur des Picards, Philippe, son successeur, lava bien cette tache; car suivant Nicolas de Brai, qui nous a donné en vers les gestes de Louis VIII, il imita si bien les vertus de son père qu'il fit la gloire de ses compatriotes par sa valeur :
Al comes egregius et martins ille Pbilippus Bolonis , patris itnilans pia gesta Philippi , Gloria Picardis. Comitcm sed Flandria luget (t).
Les affaires de France allaient assez mal en Albigeois ; Louis VIII mande les grands du royaume au mois de janvier 122|> pour aviser aux moyens de réparer l'honneur de la nation (3). Les comtes de Boulogne, de Clermont, de Saint-Pol, de Roucy, Réné d'Amiens, Enguerrand de Coucy, Jean de Nesle, Florent de Hangest, etc. , s'empressent d'offrir au prince leurs biens et leur vie. Il est question, en 1226 , de faire la conquête des royaumes de Naples et de Sicile, et d'en mettre en possession Charles de France , frère du roi saint Louis. Les Picards , dit la chronique de Nangis (4), avec les Flamands , forment une armée sous la conduite du comte Robert : Actes jam dicti Robert i ex Flandrensibus et Picardis aggregata. Elle était composée des plus nobles et des plus vaillants hommes : Nobilissimorum et robustissimorum vtrorum Domini Roberti primogeniti Comitis Flandriœ et Domini Johannis primogeniti Comilis Suessionensis, cum Bellomcensibus , Viromendcnsibus et Remensibus tanquam fulgura et coruscationes terribiles reddebant se hostibus tremebundos (5). Ils eurent l'honneur de la victoire. Lors quant la bataille Robert de Flandres, où il y avait Flamens et Piquars a grant plenté, virent leur nnemis fuir dou champ , il lor coururent sus tôt et isnelement, et en firent moult grant occision. Ce sont les termes du traducteur de Guillaume de Nangis , en parlant de la bataille de Benevent(G). L'action fut très-chaude, dit Collcnuccs, dans son histoire de Naples, de la traduction de Stupan (7), surtout du côté des Picards qui faisaient un grand carnage -pugnatur acerrime, et prœsertim quà parti Picardi constituti étant ; ii enim
(I) Du Chesne, ton». ». p. 61. (5) lb.. p. M3.
(i) Du Chwne . ibid. , p. J00.. ». 578. (6) Bitl. de Selnt-Looii , p. iM . édtt. de lift.
(S) Inv. du Thrt». d<* ehari., wl. & de» met (7) Uni. Neapol., I. * , p. m el «». (4) DuCbeue, Ibid., p. 377.
maximum stragem edebant. Ce que voyant Mainfroy, il se porta de ce côté a? ec un courage héroïque ; mais un Picard ayant donné un coup do lance dans l'œil du cheval de Mainfroy , le cheval se cabra, et les Picards fondant aussitôt sur le compétiteur de Charles , le percèrent de coups : In eamque partem se conjecit quà a Picardi*
maxima tirage* cdebatur tandem a Picardo quodam equo oui insidebat aller
oculut lanceâ effosus est et equus ob doloris magnitudinem prioribus pedibus se suttulit, ut in posteriorem partent supra Manfredum coder et. Ac Picardi itidem in eum subità irruentes, illum mullis vulneribus cœsum interetnerunt. Quelques années après , ces mêmes Picards marchent contre Pierre d'Aragon , ils lui livrent bataille le 14 du mois d'août 1286. Mathieu de Roye s'y distingue pardc&sus tous et rend l'armée française victorieuse (1).
Il s'agit, en 1848, de soutenir l'honneur de la chevalerie française dans un pas d'armes devant Calais, Français contre Anglais. Les Picards s'en chargent, ils se comportent vaillamment, entr'autres Eustache de Ribemont : il abbatitt dit Froissart (2), le Roy d'Angleterre à genoux, deux fois: mais il convint en la fin qu'il rendist son épée au Roy. Eustache ayant été conduit à Calais avec les autres prisonniers français, le roi d'Angleterre lui dit dans un souper qu'il leur donna: Messire Eustaee, vous estes le Chevalier au monde, que veisse onques plus vaillamment assaillir ses ennemis , ne son corps de /fendre ; ny ne me trouvé onques en bataille t ou je veisse qui tant me donnast affaire, corps à corps , que vous avez huy fait. Si vous en donne le pris et aussi sur tous les Chevaliers de ma court , par droite sentence. Adoncques print le Roi son chappelet , qu'il portait sur son chef (qui estait bon et riche) et le meit sur le chef de Monseigneur Eustaee: et dit y Monseigneur Eustaee , je vous donne ce chappelet pour le mieux combattant de la journée de ceux de dedans et de dehors: et vous prie que le portez cette année
pour l'amour de moy Si vous quitte vostre prison : et vous en pouvez partir
demain t s'il vous plaist. Renaud de Roye, Jean-le-Maingre dit Boucicaut, le sire de Sempy s'offrent de faire la même chose contre tous étrangers (3) en 1890. Dans un autre pas d'armes entre Boulogne et Calais, les Français remportent lu victoire.
Les Anglais qui occupaient la ville de Creil firent l'épreuve aussi en 1809 de la bravoure des paysans de Picardie. Les habitants de Longueil, de Ribecourt et d'autres villages des environs de Compiègnc (4), avaient promis au régent de défendre Longueil qui n'était qu'un chétif village , jusqu'à la dernière extrémité ;
(I } Grande ehroo. de Franee mm celle innée. (S) Le Laboorear, bld. de Charte VI, Ion. i , p. i n.
(S) Froi*., vol. l, fol. 149, r\ W 8*fcU., loin, xi, p. 857 tt leq.
ce qu'ils firent en effet : car les Anglais étant venus s'en emparer, ils fondirent sur eux et les battirent comme on bat le blé, qui percutienle» in brachiis potentibus super Anglicns, ita se habebani ac si hlada in horreis more suo consueto flagellassent. Ces paysans avaient élu pour leur capitaine un certain Guillaume Alaude ou l'AUouete, qui périt dans la mêlée. Un de ses domestiques, bomme fort et vigoureux, prit sa place et fit bien voir aux Anglais qu'ils n'avaient pas soigné au change. Ceux-ci revinrent en plus grande force. Le Grand-ferré , Ma— gnus Ferralus (c'est le nom qu'on donnait au nouveau chef) les accueillit, avec sa hache d'un poids énorme, de si bonne manière, qu'iU curent bien regret de s'être présentés. Quelques jours après, la garnison de Creil ayant appris que le Grand- Ferré était tombé malade , envoya une escouade de douze hommes pour l'égorger. Il sauta de son lit, prit sa hache, en tua cinq et mit les sept autres en fuite. La chronique de Nangis, ou plutôt son second continuateur, qui était du pays, nous a transmis la connaissance de ces braves paysans du Beauvoisis.
Durant que les Anglais étaient occupés dans le cœur de la France , les nobles et les bourgeois de plusieurs villes de Picardie, enhardis par l'entreprise heureuse qu'ils avaient faite sur Saint- Valéry, secondés d'un certain nombre de Flamands et de Normands , méditent d'aller en Angleterre délivrer le roi Jean de sa prison. Rien n'est difficile aux cœurs brûlant d'amour pour leur souverain. Us s'embarquent le 14 mars 1359, c'est-à-dire 1360 de notre manière de compter. Arrivés aux côtes d'Angleterre, les Picards apprennent que le roi avait été transféré à Berkampstede ; réfléchissant qu'il pourrait y avoir de la témérité à vouloir pénétrer trop avant dans les terres, ils remontent dans leurs vaisseaux après avoir mis à feu et à sang le village de Winchebc: Multi nobiles de Picardia et Burgenses et alii pedites cum magnâ multitudine armatorum et manuum dictas pa-
triœ posuerunt se in mare ut ad Angliam invadendum totis viribus transfre-
tarent , et ut regem Franciœ Johannem in An g HA detentum, si Deus bonam fortunam eis daret cum triumpho reducerent... et ob hoc intraverunt spatia quartà decimâ die martii hujus anni 1359. Qui quidem per mare navigantes terras in Anglid receperunt et villam quœ dicitur Nuinsele sic ceperunt vi armorum, ut eâ dc-prœdatâ et crcmalâ , et populo interfecto , statim post duos dies ad propria redierint (1).
Durant le siège d'Arras par le duc de Bourgogne , en 1414 , les Picards se renferment dans la ville pour la défendre, faisant, dit Le Laboureur (2), une continuelle décharge de grosses baltes de plomb qu'ils tiraient avec des tuyaux de
(l) Croc.de N«ng.cooliii.-Spicil.,u»m«, p.Wi. (t) Hist.de Ourla ?I, p.«M.
fer ; ( cela s' appellent des Canons à main , et j'ay voulu exprès traduire la ma' chine, comme la décrit le manuscrit , parce que c'est icy le temps du premier usage des armes à feu en FanceJ.
Les Picards que la confusion de l'Etat , au commencement du règne de Charles VII, avait entraînés avec presque toute la France dans le parti d'Henri VI, roi d'Angleterre , se comportèrent avec tant de courage dans une action qui se donna près de Scnlis, en 1429, qu'après le combat, dit Monstrelet (I), vint le duc de Bethfort au long de leur bataille les remercier en plusieurs lieux trés-humblemeni, disant: mes amis vous estes très-bonnes gens et avez soustenus grands faits pour nous, dont nous vous mercions très- grandement, et vous prions s'il vous vient aucunes affaires, que vous persévérez en vostre vaillantise et ha r dément (hardiesse).
Les premiers soins de François I.er, après avoir succédé à la couronne, furent de faire valoir les droits de sa maison sur le Milanais. Ce prince jette les jeux sur Adrien de Brimeu, seigneur d'Imbercourt (2), pour être un des principaux officiers de l'armée que le roi devait commander en personne. Il répond parfaitement à l'honneur que le monarque lui avait fait. Il surprend Prospcr Colonne dans Villefranche , et fait un grand butin. Les Suisses viennent attaquer les Français ; un autre gentilhomme picard, nommé d'Hallencourt, se distingue dans la défaite de leur cavalerie; ce qui facilite la victoire de Marignan du 13 septembre 1515. Les aventuriers picards, commandés par les sieurs de Montcavrel et de Chepv, grand maître de l'artillerie , ont la meilleure part à la victoire de Gravai , gagnée le 18 de mai 1519 contre les Vénitiens (3). Entre les Picards qui combattirent vaillamment et furent faits chevaliers, sont Créqui-Canaple , Bernieul, son frère, Hocquincourt , Agincourt surtout qui rapporta de la bataille vingt blessures.