CERCUEILS DE BOIS TROUVÉS
La pierre propre à faire des sarcophages manquant en plusieurs cantons de la Picardie , ceux qui n'avaient pas les facultés d'en faire venir de loin , se contentaient de cercueils de bois. Ceux-ci sont appelés Noff"dam la loi salique (2). Il y est dit que si quelqu'un couche deux corps l'un sur l'autre dans le No/fou dans la pierre, il paiera une amende de deux deniers qui fouttxn sols : si qui* mortuum hominemautinnoffbaut inpetrdtquœ vota ex usutaroofagidiountur^uperalium mxterit, mmd den. qui faciunt toi. lxii oum dimid. culpabilitjudioetur. On appelait proprement Noff un tronc d'arbre creusé. L'industrie suggéra ensuite de former un cercueil de plusieurs planches à la manière de coffre. C'est dans un cercueil pareil que le corps de Childéric I.*r fut déposé (3). Il était garni de bandes de fer. Mais comme cette matière tombe en pourriture en peu de temps, et plutôt
{I ) Rec. d'Mliq., t. iv, pl. citiii. p. 388. (8) Ans**!», p. 81 .
(S) La Mltca, e*p. ira, n.^ 8 B.
même que les ossements du corps humain , il est aisé de comprendre pourquoi l'on rencontre tant de fosses où il ne reste d'entiers que les vases qui avaient été renfermés dans la bière arec le cadavre. C'est ainsi qu'avait été inhumé le corps dont on trouva en 1625, à douze pieds de profondeur, la tète et une partie des ossements, eu bâtissant à Amiens l'abbaye de Saint-Jean , au lieu où était l'hôtel * ahiev*. des Narconnelles (l). Le cadavre avait à côté de lui plusieurs vases de terre couleur d'ardoise , une médaille de Magnencc. On trouva une médaille du même empereur (2) et une autre de Néron avec les squelettes découverts à Paris , dans la rue de la Tissera nderie. Elles étaient ou dans la bouche ou dans la main droite. Cet usage du paganisme a subsisté si longtemps dans les Gaules, que l'abbé Le Bœuf dit avoir connu des personnes qui ont persuadé aux habitants d'un village, près Auxerre , de ne plus le pratiquer , d'autant plus que quelques-uns assuraient que c'était pour payer le passage de la barque à Coron. L'espèce de cuvette ou bassin de fontaine en pierre , qu'on nomme Label lum , conservé dans l'abbaye de Saint-Fuscien-aux-Bois, accompagnait les cendres d'une personne qui avait été inhumée de même. Il a été trouvé du côté de la rue des Rabaissons.
Les cadavres que Jean Louvet, maçon de Marisel, découvrit en 1090 ou 1691 , a mai vais. près le calvaire de ce village, voisin de la ville de Bcauvais, avaient été déposés de même dans des cercueils de bois. Il trouva aux pieds de chacun différents vases de terre. Voici ce que disent les mémoires qui nous ont été communiqués touchant cette découverte : il y avoit plusieurs sortes d'urnes et de vases de terre grise, noirâtre et rouge. Les uns étoient de grands metretes ou cruches fort épaisses , qui tenaient sept ou huit pots. D'autres estaient en manière de jatte de terre rouge, dont le fond était large et plat. On voyait dessus et tout autour des figures de lièvres poursuivis par des lévriers, des pampres de vigne, des oiseaux et d'autres figures qui servoient d'ornement à ces vases. On tira aussi de cet endroit beaucoup d'autres petites cruches de différentes formes et de terre grise, tenant la plupart une pinte de liqueur. On y trouva encore des restes de lacrymatoire de verre doré, avec des médailles des Antonins et de l'empereur Hadrien.
Les découvertes qui ont été laites dans les environs de Roye, en 1761 et le 6 Dass les environ de juillet 1768, sont des preuves certaines que les anciens habitants de ce can- de soie, descupton, au défaut de cercueil de pierre, se faisaient enterrer dans des cercueils de ™* <»« «* ™uboit. M. Gaullière, subdélegué de l'intendance d'Amiens à Roye, fit baisser pour »*"■ rendre le chemin de cette ville à Montdidier plus praticable , un monticule de cran qui est à cinq cents toises du faubourg et près le moulin à vent dit le mou-
(1) flirt, de ta ville d'Am., I. o, p. U0. (S) Le Bout, Diueri. ror l'birt. de Péri», (. i, p. tnt.
lin du Puits. Les travailleurs rencontrèrent, à quatre pieds de profondeur, cinq squelettes presqu'en poudre , savoir quatre grands et un petit , tous cinq rangés sur une même ligne , la tète tournée au nord et les pieds au midi. Chacun avait son cercueil de bois, dont les planches de deux pouces quatre lignes d'épaisseur étaient attachées avec de gros clous , semblables à ceux dont on se sert pour les bandes de roues. Nous en avons rassemblé une douzaine parmi lesquels il y en a deux entiers. Le plus long (n.° I) porte cinq pouces; sa tête a un pouce de diamètre. Le n.*2 n'a que la moitié de sa longueur, mais il fait connaître l'épaisseur d'une des planches que la rouille lui a rendue adhérente. L'un de ces cadavres avait au col une chaîne pendante jusqu'à la ceinture. Elle était formée d'anneaux de brome (n.° 3) de deux pouces de diamètre, autour desquels était tordu un fil de laiton jaune, couvert de la patine ou de la couleur de vert de gris que le cuivre ne prend pas toujours. 11 avait à son côté droit une urne de terre noire vernissée (n.* 4) d'une très-belle forme, de cinq pouces et demi de hauteur et d'un pied trois pouces de circonférence; à son côté gauche, un vase de verre (n.# 5) de deux pouces et demi de hauteur et de trois pouces moins une ligne de largeur; c'est une sorte de lampe. Un autre cadavre avait à la tête une urne de terre fort fine (n.° 6) et de couleur grisâtre , de quatre pouces de hauteur et de trois pouces moins quatre lignes de circonférence. Les deux autres grands corps avaient chacun près la tête une tasse (n." 7) de terre rouge vernissée. Son grain n'est pas, à beaucoup près, aussi fin que celui des vases faits de la terre de Nismes, ni son vernis aussi impénétrable. Hauteur deux pouces trois lignes, diamètre cinq pouces trois lignes. Tous ces monuments nous ont été remis très-gracieusement par M. Gaullière. Ainsi nous lui devons ce témoignage de reconnaissance que nous désirerions pouvoir rendre à toutes les personnes qui sont dépositaires d'antiquités romaines découvertes dans la province .
La seconde découverte a été plus considérable. Elle s'est faite sous nos yeux et a eu pour témoin le même subdélégue, MM. Le Couvreur, lieutenant criminel au bailliage ; Prévôt , avocat du roi , alors maire de la ville ; Torin, receveur des aides, qui nous a secondé avec un cèle et une ardeur peu ordinaires; enfin toute la ville de lloye qui est accourue en foule au bruit de cet événement. Nous avons fait ouvrir en douze endroits différents où nous avons cru apercevoir des indices de sépultures. C'en était en effet , mais toutes les fosses ne renfermaient pas des monuments. Nous n'avons trouvé dans la première que les clous du cercueil , pareils à ceux dont nous avons parlé; dans la seconde, les restes du cadavre d'une fille de dix-huit à dix-neuf ans, au jugement du médecin et du chirurgien de la ville. Elle avait la tète tournée au midi et les pieds au septentrion. Le crâne et les mâchoires
étaient assex entiers. Les mâchoires avaient toutes leurs dents, à l'exception des deux dernières dents de la mâchoire inférieure. L'une ne Taisait que de sortir de son alvéole et l'autre était encore renfermée dans la sienne Toutes ces dents sont trèsblanches et avec tout leur émail. Nous avons trouvé à la place du col plusieurs petits morceaux de verre (n.° I) jaunes, bleus, verts, percés d'outre en outre ; les uns allongés en forme de cylindre, les autres taillés à facettes; le plus grand nombre en petits grains ronds. Les mains étaient croisées sur le ventre, suivant l'usage d'inhumer les femmes chex les païens (I), au lieu que les hommes avaient les bras étendus le long du corps. Chaque poignet était orné d'un bracelet (n.* 2) de brome ciselé. H était composé de trots cercles de deux pouces une ligne de diamètre, dont deux de trois lignes de largeur; le troisième, placé entre les deux, n'a pas tout à fait une ligne. Ils sont couverts de la patine. Elle a communiqué aux os des bras une couleur de vert de gris qui peut avoir contribué à leur conservation ; comme les deux anneaux de même métal (n.° 3) , à celle des osselets des doigts qui les portaient. Ceux-ci ont l'un et l'autre huit lignes de diamètre. On a trouvé la moitié d'un autre anneau plus menu.
Le même cadavre avait entre les cuisses le vase de terre rouge et vernissé du n.° 4. 11 a cinq pouces de hauteur sur un pied de circonférence. Il est fort léger et de la même fabrique que la tasse dont nous avons déjà parlé, et que les autres vases de terre rouge dont noos parlerons ; sur les cotés étaient trois vases (n.* 5) emboîtés l'un dans l'autre. Celui du fond est de terre couleur d'ardoise, auquel il restait quelque vestige, de vernis noir. Sa hauteur est de trois pouces deux lignes , son diamètre, de cinq pouces sept lignes. Il renfermait quelque chose de liquidequi s'est desséché contre le» parois du vase ; dans celui-ci entrait une espèce de plat de terre rouge de trois pouces de hautenr et de cinq pouces et demi de diamètre., avec le rebord de six pouces qui forme l'emboîtement ; dans ce second entrait un troisième tout semblable. Il y avait dans celui-ci nn vase de verre de la même forme et aussi mince que le n.*... de la planche mais plus grand : hauteur, deux pouces trois lignes ; diamètre trois pouces quatre lignes. L'intérieur était tapissé d'une matière noire et grasse. Nous avons trouvé à coté une lasse (n.° 6) de terre rouge moins grande que la précédente, dans laquelle étaient rassemblés les ossements d'un petit oiseau; un autre vase (n.' 7) de terre couleur d'ardoise, dans lequel on avait mis du chenevis qni était encore assez entier: trois pouces une ligne de hauteur , trois pouces huit lignes de diamètre. Nous avons aperçu' au côté gauche du cadavre trois autres vases, savoir : un de terre rouge (n.* 8} de quatre pouces moins deux lignes de hautenr et de huit pouces deux lignes de circonférence ; une
I) Diuerl. sur l'bi*. de Pari»*!, i. p. m.
tas» ou uno espèce de patère (n.° 9) de la même terre et de la même couleur, de deux pouces quatre lignes de hauteur et de cinq pouces trois ligues de diamètre ; enfin, une bouteille de terre commune (n.° 10) de cinq pouces quatre lignes de hauteur et d'un pied deux pouces et neuf lignes de circonférence.
Dans la troisième fosse voisine de celle-ci, nous y avons trouve les clous du cercueil sans aucun vestige d'ossements et plusieurs vases, savoir : une assiette (n.* 1) de terre rouge vernissée : hauteur un pouce neuf lignes, diamètre cinq pouces neuf lignes ; deux patères de la même terre, mais de différentes grandeurs, posées l'une sur l'autre. Nous avons fait présent de la plus petite à défunt M. Caillet; aux pieds du cadavre deux pots d'assez belle forme , et entre deux une urne. Le pot (n." 2) est de terre rouge vernissée de sept pouces quatre lignes de hauteur, d'un pied cinq pouces et quatre lignes de circonférence; l'autre de la même nature que la petite urne ci-dessus (n.* 3) porte huit pouces de haut et un pied six pouces et quatre lignes de circonférence. 11 est orné de figures à traits blanchâtres. L'uruc (n.° A) est de terre noire vernissée, très-fine et très-légère : hauteur quatre pouces cinq ligues, circonférence un pied un pouce et demi. La quatrième fosse ne contenait qu'un grand vase (n* 5) de terre rougeàtre, très-commune, de la hauteur de deux pouces six lignes et de dix pouces et demi de diamètre. Mais cette jatte contenait : 1 les restes d'un coutelas de fer (n.° 8), rongé par la rouille ; ce qui en reste , tant du tranchant que de la poignée , a trois pouces de longueur et un pouce de large ; 2.* une pierre à aiguiser (n.* 7) , d'un grain aussi fin que les pierres à repasser les rasoirs; un barbier de Royc en a fait l'expérience; sa longueur est de cinq pouces; sa largeur, sur chaque face, entre un pouce et un pouce deux lignes ; 3." une boucle de ceinturon (n." 8) avec le vernis antique. Elle a un pouce de large. La jatte était recouverte d'un petit bouclier rond, formé de deux ou trois plaques de fer jointes ensemble par des clous rivés, dont les tètes servaient à orner le dessus. Nous n'avons pu en sauver que quelques petits morceaux que nous donnons ici (n.° 9) pour servir d'échantillon.
Les autres tombeaux ne nous ont donné autre chose que des clous; mais une femme, quelques mois auparavant, s'étant assise près de ces fosses et ajant aperçu le bord d'un vase d'un rouge fort clair, eut la curiosité d'y fouiller. C'était, en effet, une assiette toute pareille au n.* 1 delà planche... Elle y trouva aussi une grande patère de terre rouge vernissée (n° 10) : hauteur trois pouces moins une ligne, diamètre six pouces six lignes, et une urne de terre (n.° 1 1) de couleur d'ardoise : trois pouces sept lignes de hauteur, un pied trois lignes de circonférence. L'abbé Le Bœuf (I) a rendu compte d'une découverte semblable faite au mois
(I) Iwirn. de Verdun, avril I75S, p. S7i.
de janvier 1751 , au village d'Anières, près Paris. Il y avait des patèresde terre rouge et des vases d'un verre très-fin comme les nôtres. Nous conservons toutes ces antiquités. Nous présumons que le lieu où elles ont été trouvées était la sépulture publique d'une habitation plus ancienne que la ville de Roye, et qu'on y découvrirait bien d'autres monuments si l'on fouillait plus avant dans la terre.