BRIQUES ET TUILES ROMAINES. LEURS DIMENSIONS
Ainsi, nous ne pouvons nous dispenser de dire un mot des unes et des autres. 11 parait que les Romains avaient différentes sortes de briques; les unes , plates comme des tuiles (2), avaient ordinairement un pied et demi de longueur, un pied de largeur et un pouce environ d'épaisseur. Ce sont celles qu'on employait à former dans les murs, à certaine distance, des cordons de deux ou trois assises. Celles de la tour d'Ordre (3), de Boulogne, très-rouges et très-fermes, portent, dit-on , un peu plus d'un pied de longueur et un peu plus d'un demi -pied de largeur sur deux doigts d'épaisseur. Nous avons trouvé dans les environs de cette ville deux morceaux assez considérables de briques, dont l'un a deux pouces moins une ligne d'épaisseur et l'autre, deux pouces neuf lignes. Un autre morceau qui vient des débris d'un bâtiment romain existant autrefois au faubourg de Soint- Crépio-le-Grand de Soissons, a un pouce et demi d'épaisseur. Voici le modèle (n." 1) d'une brique de forme différente. Elle provient des débris de l'ancien château romain de Selvesse , près Ardres. Elle n'a que deux pouces une ligne de face , mais sa queue porte neuf pouces une ligne de longueur.
Les tuiles romaines n'étaient guère plus uniformes. Nous nommons ainsi ces grandes pièces de terre rouge ou blanchâtre, parfaitement corroyées, bien cuites, avec un rebord de chaque coté; ce qui faisait que ces tuiles s'enclavaient les unes dans les autres par de petites feuillures entaillées dans leur épaisseur. On en
(1) Ibid., i. r. p. 315. (5) Mém. de IAc«d. de» iotetip., t. m, p. S88.
(!) Plio.. I. m», cb«ji. n».
trouve beaucoup de débris au sud-est de la ville d'Amiens, sur le terroir du fief de Savounières, dans les environs du moulin à vent de Vron , sur la partie méridionale du terroir de Wailly , en Ponthieu ; nous en avons vu une entière dans la cour d'un aubergiste de ce village; à une lieue de Roye, sur la gauche du chemin de Montdidier, dans un champ dit le champ du Château, et surtout dans la remise du Mont-Robin ; à Gury , village entre Reason-sur-ftlaU et Plessier-de- Roye : nos mémoires manuscrits sur le Deauvoisis disent qu'on y a trouvé au siècle dernier beaucoup de vestige* de la domination romaine; dans l'emplacement de l'ancien Vendeuil , sur le mont Ganelon : les morceaux que l'on trouve dans ces deux endroits sont d'une terre plus fine et plus rouge, comme ceux que nous avons rassemblés dans les environs de Boulogac-sur-Mer : ceux-ci sont d'un plus beau rouge encore, lissés et plus pesants. Nous en avons un morceau entr'autres qui est d'une terre glaise, bleuâtre et fort commune dans le Boulonois, recouverte d'une couche de rouge ; dans les environs du lieu où était bâti le château de Sclvessc, dans le Bois-en- Ardrcs; au nord de Noyon , près la Tombèle; parmi ces morceaux de tuiles, les uns sont d'une terre rougeàtre, les autres d'une terre blanchâtre ; au midi de la Chapelle, village sur le chemin de Paris à Sentis ; dans les environs de cette dernière ville , dans une terre en friche, vis-q-vis Noé-Saint-Rcmy , sur la gauche du chemin de Senlis à Verberie ; dans les environs du château d'Albâtre, à Soissons; ces morceaux de tuiles sont d'un beau rouge ; à Ponl-d'Ancy , du côté de Brainc : l'historien du Valois (1) assure qu'on y a trouvé beaucoup de tuiles cannelées et très-épaisses ; à Marcy , en Vermandois, les morceaux sont d'une terre trés-belle et très- rouge.
Nous n'avons parlé jusqu'ici que de fragments de tuiles; en voici deux entières de différentes dimensions. Elles viennent de Réaulieu, près la ville de Saint-Quentin. La moins grande (n.* 2) a treize pouces et demi de longueur , neuf pouces et demi de largeur et un pouce d'épaisseur. Elle est cambrée de quinze lignes; ses deux rebords ont entre dix et onze lignes de hauteur en dedans et d'épaisseur depuis trois jusqu'à neuf lignes, parce qu'ils vont en diminuant d'une entaille ou feuillure à l'autre. Chaque feuillure porte un pouce et demi de long. La plus grande tuile (n.* 3) a seize pouces sept lignes de long, un pied six lignes de large, un pouce d'épaisseur à une extrémité et quelque chose moins à l'autre. Ses rebords , pris en dedans , ont un pouce de hauteur. Leur épaisseur va en diminuant comme à la précédente. La feuillure a un pouce neuf lignes. On a vu à Strasbourg des tuiles d'un pied neuf pouces et demi de
fl) UuLdaVil, l.i. p. 47».
longueur, et d'un pied quatre pouces de largeur, ce qui revient, dit un célèbre académicien (I), aux dimensions que Vitruve donne aux tuiles romaines. Trentecinq de ces tuiles d'un pied quatre pouces deux lignes de longueur, de dix pouces six lignes d* largeur, non compris les rebords, couvraient une toise carrée (2), et toutes fortes qu'elles étaient , leur poids était moindre de beaucoup que celui du nombre de nos tuiles nécessaires pour couvrir le même espace. On a trouvé aussi à Réaulieu (3) des carreaux de terre cuite de la même couleur. Madame de Mont-Guyot en a fait paver une laiterie. Ils ont sept pouces de largeur et deux pouces d'épaisseur. Parmi était un morceau taillé en triangle, d'un pied et demi de long sur un pied de large.
DESTRUCTION DE L'IDOLATRIE ET ÉTABLISSEMENT DU CHRISTIANISME DANS LA SECONDE BELGIQUE.
C'est ainsi que le goût des beaux-arts s'était étendu dans la Belgique; mais tandis que les Romains étaient occupés à l'y faire fleurir, de zélés missionnaires y travaillaient aussi dans le secret à la destruction de l'idolâtrie et à l'établissement du christianisme. Les coups redoublés que la politique romaine n'avait cessé de porter à la religion des Belges , durent servir infiniment à leur faire ouvrir les yeux sur l'absurdité des fables du paganisme en général : car , quand on a pu se défaire des préjugés d'une religion absurde , on n'est guère porté à s'attacher à une religion qui n'est pas plus raisonnable. Alors, pour peu qu'on aperçoive, même de loin , quelque lueur de vérité , l'esprit s'applique avec ardeur à suivre les traces de la lumière qu'il découvre. Quel avantage n'eurent pas les Belges sur la plupart des autres nations pour parvenir au sanctuaire de la vérité! Deux flambeaux les éclairaient au milieu des ténèbres du paganisme, l'idée d'un Dieu, souverain maître de l'univers, et la conviction de l'immortalité de l'âme. Une doctrine qui venait étayer des dogmes pour lesquels les prêtres et les philosophes gaulois avaient le plus de vénération , était donc un moyen infaillible pour les préparer à recevoir, avec empressement, les vérités de l'Evangile. Aussi, Origène (4) cherchant la cause des progrès rapides du christianisme dans la Grande- Bretagne, assure- t-il que cette île se trouvait disposée de loin à la foi, et préparée à la connaissance du vrai Dieu par la doctrine des Druides qui avaient toujours
(I) Mém. de ÏÀcad. des inscrip.. U i. p. «7. (3) Rechercha» sur li France, t. a, p. SM.
(t) Chevalier HW. de Poligny en Franche-ComW , (i) Origen.. 1. 1*. in Eréchiel.
enseigné l'unité d'un dieu : Britanno* in fidem consentisse, et ad Deum per Druidat viam sibi munivisse , qui unum Deum semper inoulcarunt.
S'il nous restait des monuments des deux premiers siècles de l'église , ou, si la plus grande partie de ceux que nous avons n'eussent point été altérés, nous pourrions connaître l'origine et les premiers progrès de la religion chrétienne dans notre province. Ces progrès y furent assez lents, quoiqu'en dise Tacite (I), qui assure que , sous Caligula et Claude, les superstitions étrangères s'avançaient et se multipliaient grandement. C'est ainsi que les auteurs païens parlaient des triomphes du christianisme. C'était assez que les empereurs fissent profession du paganisme pour que les Romains en prissent occasion de représenter la religion chrétienne comme opposée aux lois de l'Etat et aux volontés du prince. S'apercevait-on, dit Tertulien(2), que le christianisme faisait quelques progrès dans une province, il devenait l'objet de la haine du peuple, et il avait pour ennemis tous ceux qui ne le proressaient pas. L'aurore de l'Evangile semble avoir duré dans la Belgique jusque vers le milieu du m.' siècle. On vit alors, par une heureuse révolution, des prédicateurs évangéliques, dans toutes les parties de la province, en changer tellement la face , que Maximien , collègue de Dioctétien , ou plutôt Rictius-Varus, ministre de leur cruauté, fit des martyrs partout, à Amiens, à Beauvais, à Saint-Quentin, à Soissons, à Bazoches et en d'autres lieux : hac ita-
que tempestate Bictiovarus in Galliit prœfecturam gerebat gravittimam in
christianos persecutionem cœpit agitare (3).
ex.