‹ Introduction à l'histoire générale de la province de PicardieChapitre 12 sur 294 · DÉFAUTS DES PICARDS COMPARÉS AVEC CEUX DES GAULOIS LEURS ANCÊTRES · texte numérisé non relu

DÉFAUTS DES PICARDS COMPARÉS AVEC CEUX DES GAULOIS LEURS ANCÊTRES

Nous ne prétendons pas néanmoins dire que les Picards soient à l'abri de toute critique ; quoi qu'un auteur ait avancé qu'ils fussent parfaits, si on leur pardonnait un seul défaut qui est d'avoir la tête chaude et un peu trop près du bonnet (2), ils ont leurs vertus et leurs vices ; ces vices et ces vertus sont ceux des Gaulois , et cette identité décèle une origine commune. Les Picards, dit-on, sont braves, hardis aux armes , quelquefois même jusqu'à la témérité ; mais le moindre revers

(t) Mcni. de M. du BeUiy.. L tr p. SU, Mit. de 15»*. (S) Le* délices de U FrtDce.

leur abat le courage, les consterne. Ecoutons Strabon, parlant des Gaulois en général : Universa hœc natio quœ GaUica sou Galalica nunc murpalursbellioosa est H ferox, et ad pugnam prompta ( I ). Jamais peuple ne fut plus téméraire dans les combats; la témérité du soldat gaulois, dit Scaliger, avait passé en proverbe: Gallicus miles proverbial iter Usmerarius dicebatur (2). Consultons ensuite Silius Italiens (3) : Vaniloquum, Celtœ , genus ne mutabile mentis. D'après Justin (4), leur choc serait insupportable, si leur ardeur était soutenue : Intolerandi forent si quantus impetus est , vis tanta et perseverentia esset. Consultons César (5), il nous assure qu'autant les Gaulois sont ardents et prompts à faire la guerre, autant ils sont moux et faibles dans la déroute : nam ut ad bella suscipienda Galhrum alacer ac promtusert animus , sic mollis ac minime resistens ad calamitates perferendas. La déroute de Bibras , qui causa la ruine de la liberté gauloise , en est une preuve évidente.

Les Picards sont francs et unis. On dit communément des femmes : les simples de Picardie, comme l'on dit: les coquettes de Paris et de Touraine t les vertueuses de Champagne, les grivoises de Flandre , les enjouées de Languedoc. Strabon (6) reconnaît encore ces qualités dans les Gaulois : ingénia simplici ac nulla malignitote devincto. Hirtius Pansa (7) les dépeint comme des gens qui faisaient la guerre avec honneur, sans feinte et sans artiûce : Contra Gallos homines apertos minime que insidiosos; qui per virtutem , non per dolum , dimicare oonsuevsrunt. Mais les Picards sont brusques et acariâtres, ce qui a porté quelques-uns à croire que le nom de Picardie venait du grec »««<« •^tt: Cette épithéte vaut-elle celle de ferox que Strabon donne aux Gaulois? La Morlicre (8) et d'après lui l'auteur d'un ouvrage (9) donné mal à propos au célèbre Duchesne , interprète ces deux mots grecs de la magnanimité et de la grandeur d'âme qui ont mérité aux Picards un rang honorable parmi les peuples les plus braves et les plus belliqueux.

Le Picard est sincère , mais querelleur , violent même, lorsqu'il a une pointe de vin dans la tète ; d'où vient le proverbe Tête et fête de Picard (10), voulant dire qu'il se passait peu de fêtes en Picardie sans effusion de sang. C'est précisément ce qu'Aramicn Marcellin(l 1) censurait le plus dans les Gaulois: Avidi jurgiorum , et ttublaliusiwolesoentes. Athenée(12) avait dit avant lui que les Gaulois avaient cette

(I) Liy.*. (7) De Bell, c. «.

(S) Sc*ll«er in prop., p. 1W. (8) Mations illosl. de Pic. . p. 1.

(3) LW. S , ». 17. (9) Anl'quilé* de* vill. de Fr. , p. 415.

(*) Lit. il , p. SM. (10) fléogr. de Hirlineau du Pleui».

(5) Lin. 3, e. 4. (H) Lin. 15, cil.

(•) Supra. (IS) DelpBflosopb., 1. 4 , e. 13.

coutume barbare de s'entrebattre pendant les repas jusqu'à effusion de sang et jusqu'à mort, à propos de rien , ou pour un mets dont le plus fort se saisissait pour pour avoir le plaisir d'en venir aux mains. Mais ce que ces deux auteurs rapportent des Gaulois en général, Strabon (1), qui écrivait sous Auguste, plus ancien pr conséquent, l'attribue aux Belges en particulier, disant qu'ils avaient la réputation d'aimer la dispute : Id quoque vulgi sermonibus tritutn est,omnes Belgas contentiosos et$e. C'était un vice d'origine; car Tacite (2) nous apprend que les Germains passaient les nuits à boire dans les festins, ce qui était l'occasion d'une infinité de querelles où l'on s'en tenait rarement aux paroles et qui finissaient d'ordinaire par des scènes tragiques et sanglantes : Die m noctemque continuare potando nulli probrum. Crebrœ, ut inter vinolentos , rixœ , raro conviciis, sœpius cœde et vulneribu» transiguntur.

Voici le portrait au vrai de Picards de la fin du siècle dernier , ou plutôt du notre, tel que M. Oignon, intendant de Picardie, nous l'a laissé dans ses mémoires de la généralité d'Amiens : Une grande partie de» lialnlans de la campagne et le petit peuple dan* les trille» , ne travaillent que par In nécessité d'avoir leur subsistance. Ils vivent de peu... ils préférera une vie oisive à des commodités qui leur coâtennent de l'action et de la peine. Très laborieux néanmoins lorsque les besoins ou les contraintes... les y obligent ; la nécessité réveille leur industrie. Ils ne sont ni assez patiens ni assez souples, nullement susceptibles des inquiétudes qui mettent en mouvement pour augmenter de* biens acquis , qu'ils ne risquent aussi jamais. Une possession tranquille et sûre les touche plus qu'un gain incertain. Il arrive rarement que l'activité et le désir de s'avancer les déterminent à sortir de leur pays. Quoique les esprits ne soient ni vifs ni raffinés, ils vont aussi sûrement et aussi droit à leurs fins et à leurs intérêts que les plus subtils , qui seraient assez embarrassés d'en avoir à démêler avec eux. Ils sont sincères , fidèles, libres, brusques , attachés à leurs opinions , fermes dans leurs résolutions , les insinuations trouvent peu d'accès auprès d'eux, etc. En un mot, le caractère et les mœurs des Picards sont rendus parfaitement dans ce dvstiquc de la façon d'un habitant du pays :

Cui domus esl viclusque decens et patria dulcis. iloc tria sont rit&, estera, cura, labor.

Nous ajouterons à ce portrait que ceux qui ont avancé (3) que la Picardie n'avait

(1} L. t. (3) Diction. ht*t.

(S) De Mot. germ. , cap. 23.

pas la réputation de produire de« esprits fins et délicats, se sont trompés ; elle a donné naissance à des savants dans tous les genres , comme l'on verra dans ld notice des lieux.

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