‹ Introduction à l'histoire générale de la province de PicardieChapitre 118 sur 294 · A TÉROUANNE · texte numérisé non relu

A TÉROUANNE

L'église des Horina ne paraît ni si ancienne, ni avoir été fondée de même. Boulogne et Térouanne, si l'on en croit les annales de ces peuples (3), avaient chacun une église dédiée à saint Martin , du temps même que saint Victrice alla prêcher l'Evangile dans ces contrées maritimes. Il est certain qu'il y en avait une à Térouanne en 481 , car saint Maxime , le même que saint Maxime , évèque de Ries (4), mort et enterré à Vismes, arrivant à Térouanne pour de là aller en Angleterre, passa la nuit en prière avec deux de ses compagnons dans l'église de Saint-Martin : transierunt Germaniam , et usque ad urbem Morinorum teu Therrnnam pervenerunt, ibique eccletiam sancli Martini ingressi diem illam noctemque sequentem in dei laudibus peregerunt. Mais cette église n'était point

(I) CoUielte, Méro. hltt. do Verni., U t, p. U», col. I, (3) M»U»r., de Mot., 1. 1, p. (S) Hem., Ang.. Verom., reg., p. ». (i) Pranw, ptrt. 1, p

pour lors siège épiscopal , ou, si c'en fut un, il était joint à celui d'Amiens. Il parait, en effet, par les actes de saint Firmin, confesseur, évèque d'Amiens (I), que tout le pays des Morins avait été conquis à Jésus-Christ par les travaux du saint prélat , ainsi que le Ponlhieu et le Vimeux , qui ont toujours été de l'évéché d'Amiens : pattorix curà sol liai lui lustrabat urbet et mu* ici pi a quem Morinennet, Pontivenses , Fimmacentes. . . . primum cutn hottili animo et percertà mente susceperunt . comme nous le ferons voir bientôt. Nous pensons que Térouanne et Boulogne sont demeurés sous la juridiction de l'évèque d'Amiens jusqu'au temps de saint Remi , ou même jusqu'à l'épiscopat de saint Orner.

ON GRAVE DES ÉPITAPHES SUR LES TOMBEAUX DES CHRÉTIENS APRÈS LA PERSÉCUTION. LEUR FORMULE.

Quoique nos premiers apôtres eussent été inhumés indistinctement avec le* païens dans les cimetières publics, et avec moins d'appareil certainement que ceux-ci , parce que les persécuteurs eussent été bien au regret que leur mémoire passât à la postérité, cependant leur sépulture, sans mausolée, sans épitaphe, est devenue dans la suite plus célèbre que les plus superbes monuments de l'orgueil du paganisme. Lorsque la persécution eut cessée absolument, on commença à graver des épitaphes sur le tombeau de ceux qui étaient morts dans la foi. Il est aisé de les distinguer non-seulement par les formules, Aie requiescit in pace ,pax tecum rit, in pace quicteit , in pace precetrit , mais aussi par la croix pâtée ou par le Chrérimon, c'est-à-dire par le monogramme de Jésus-Christ, qui était accompagné ordinairement de deux colombes ou de deux paons. Le cimetière public de la ville d'Amiens a donné plusieurs épitaphes de cette espèce. La première (n.* I) était gravée sur le couvercle du tombeau que l'on croit être celui de Faustinien, converti par saint Firmin, martyr : Fauttinianu* hic requiescit in pace. Vixitannus xxxxx. Pax tecum riit. Cette pierre formait un des six tombeaux qui furent découverts le 10 de janvier 1697, en travaillant aux fou déments du grand-autel de l'église de Saint- Acbeul. Cependant La Morlière (2) assure que dès l'année 1632 on avait découvert dans le préau du cloître de cette abbaye, à dix-huit pieds environ en terre, le tombeau de Faustinien ctd'Atilia, son épouse, fait d'une pierre seule avec son couvercle, en dos d'ànc. En effet, l'inscription que nous venons de rapporter donnerait plutôt Flariui-Titus-Janvt

fl ) BolUnd., «I. SS., wptuob., p fi) A»tlq. d Aniiew. p. M.

que Faustinianus , comme a lu Dom Mabillon (1), et celle qui est placée dans l'intérieur du même couvercle (n.° 2) Titus Huribius que Thoribius : hic Thoribius in pace quiiscit; de plus le monogramme de Christ us y est accosté de l'alpha et de l'oméga, qui ne commencèrent à être placés à côté du monogramme de Jésus-Christ, du moins sur les médailles, que sous l'empire de Magnencc, mort en 853 (2). Néanmoins . Dom Mabillon pense que cette épitaphe pourrait être plus ancienne que celle qu'il donne à Faustinicn. Celle du n.° 3 était placée dans l'église de Saint-Firmin , confesseur (3), dans le passage du chœur à la sacristie : Ebrebaldus htc requiescit in pace. Vixit annus \\\\\. Defunctus est ubi fuitnovember dies xv. La pierre «avait neuf pouces de long sur six à sept de large. Celle du n.° 4, qui fut déterrée en 1682 (4), près du jardin de Saint- Açheul , avait un pied sept pouces en carré. Ou y lisait : reginus qui in pace processif. L'alpha et Y oméga sont places dans les jambages du monogramme de Jésus-Christ. L'cpitaphe du n.* 5 porte : Nonnite conjugi mœrens posuit. Le nom du mari qui la fit faire ne s'y trouve pas. On a découvert à Rome et à Autun (5) des epitaphes du v.' siècle où le nom de la personne pour laquelle l 'épitaphe avait été faite ne s'y trouvait pas non plus. Le Père Daire (6) a fait graver exactement le monogramme ci-dessus, accompagné de deux paons; mais X alpha et Y oméga y ont été oubliés. Il y a lieu de croire qu'on a fait la même omission au n.* 6, car la pierre carrée et posée dans un encadrement n'offre que le chresimon. Elle fut trouvée en 1660 en creusant un fossé derrière le jardin de Saint-Acheul. On y découvrit aussi les deux épitaphes que voici : Leudelinus hic requiscit in pace. Vixit annus L. defunctus eit ubi ficit genarius (januariu*) dies xv; celle de son épouse est conçue en ces termes: Valdolina hic requiiscit in pace. Vixit annu4 xxx. Defuncta est ubi ficit Juliux dies xxm. Le style en est, selon M. Du Cange (7), du v.e au vi.' siècle, du vu.' selon Bouteroue (8) et les auteurs du nouveau traité de diplomatique (9).

DEUX TOMBEAUX DANS L'ÉGLISE DE N.-D. DE SOISSONS. MARQUE DU PROGRÈS DU CHRISTIANISME EN PICARDIE.

La ville de Soissons nous offre deux monuments beaucoup plus curieux du progrès du christianisme en Picardie. Outre qu'ils en paraissent être des pre-

(I) De coll. SS. Ignot,. p. i*.

(S) Le Bœuf. Dlwert. sur l'établi», de la relig. cbr. dioi le Soisson.. p. 75.

(>) Daire. Hiit. dAmien», t. n. b. lOi et *6i. (4} lbid.. p. Ï67.

(5) Dissert, sur les tomb. anliq. d'Aolun, p. 17-îi. (S) QUI. d'Amiens, tup., p. M7-S68.

(7) Glosi., au mot faeere.

(8) iDKript. 173-378.

(9) Non», mil. de diplon., I. u, p. 63».

miers temps, au jugement de Dom Mabillon (1), qui t'umuli videntur cite primorum illius urbis chrislianorum , c'est qu'ils sont très-bien conserves. Nous voulons parler des deux tombeaux qui se voient dans l'église de l'abbaye des Bénédictines de Notre-Dame. L'un est attribué à saint Drausin, évèque de Soissons; l'autre à saint Voué, confesseur. Il peut bien être que ces deux saints y aient été déposés après leur mort, mais il est sûr qu'ils n'ont point été faits pour eux. 11 n'est pas rare de voir que des tombeaux faits pour des païens aient servi ensuite à renfermer des corps saints. C'est ainsi que le magnifique et immense tombeau païen , en marbre blanc , de Saulieu , en Bourgogne (2) , a servi à déposer les corps des SS. martyrs Andochc, Thvrsc et Félix. Les tombeaux de Soissons ont entre cinq et six pieds de long et trois de haut. La matière en est peu connue. Elle ressemble assez à l'ardoise, mais clic est plus dure. Nous pourrions la comparera celle du tombeau de l'église collégiale de Saint-Hilaire , de Poitiers , dont Dreux du Radier a donné la description (3). Il dit que l'odeur qui sort de la pierre , lorsqu'on la frotte , est si forte et si désagréable , qu'on l'appelle dans le pays la Pierre puante. Nos deux tombeaux produisent la même sensation. Ils sont chargés de bas-reliefs comme celui de Poitiers ; mais le travail de ceux-ci est sans dessin, sans proportion, sans goût, c'est à-dire tel qu'il était dans le déclin de l'Empire et en particulier sous les enfants de Constantin, premier indice de leur âge. Seconde indication : l'un et l'autre portent le monogramme de Christu», avec cette seule diirérencc que le monogramme du prétendu tombeau de saint Drausin est accompagné de l'alpha et de Vmnega : or , la forme de l'H et de l'Ci) à jambages droits et non arrondis se trouve ainsi sur les médailles de Constance , de Magncnce et de Décence (£). C'est donc au règne de ce prince qu'on doit fixer l'époque de ces tombeaux, qui, relativement à la matière et au travail , n'ont pu être faits que pour des personnes du premier rang. L'abbé Le Bœuf (5) observe que Dom Mabillon les a fait dessiner dans ses Annales bénédictines mieux que n'a fait le Père Poupart, dans sa dissertation sur les deux tombeaux antiques de N.-D. de Soissons imprimée à Paris en 1710.

Celui qui est donné à saint Drausin (n.° I) peut avoir été destiné pour un chré- , lien riche et illustre, comme pour un évèque. Le devant du tombeau est chargé dsaoscv et l'ai un d'un cartouche au milieu duquel est le Christ grec (XP), avec l'alpha et Y oméga. * saint voi k. Il est accompagné de droite et de gauche d'une vigne chargée de feuilles et de fruits. Le même cartouche est sur un des côtés environné de deux branches de

(I) Annal. Bened.. 1. 1, p. 6JS, n.» 7a.

(S) Le Bœuf. Dissert, nr l'hist. de Paris, l. », p. SS3.

(3) Jonrn. do Verdun, mai 17M, p. 3ii.

(*) Spirid. Poupart. Dissert, sur deux tomtt. de Pi.- D. de Sois»., p. *-7.

(5) Dissert., tup., p. U, not.

vigne qui parlent du même cep. L'autre côté qui répond à l'autel porte aussi un cartouche au milieu duquel est placée une espèce de rose. Le rond est posé entre deux plantes que l'on dit être des tiges de froment (l), ce qui ne paraît guère par le dessin que nous donnons. Le devant du tombeau, dit de saint Voué (n.* 2), est partagé en cinq bas-reliefs différents, qui forment autant de tableanx. Trois paraissent avoir été pris de l'histoire de Joseph. Le Père Pou part (2) prétend que le premier représente le baptême de Jésus-Christ; le second, laCananée; le quatrième, le Centurion. Le cinquième me semble représenter Moïse dans le désert, frappant le rocher pour en faire sortir une source d'eau et désaltérer les Israélites. Ce tableau a été mieux rendu par le Père Poupart (3) que par Dom Mabillon (4). Celui du milieu est remarquable par une croix garnie de diamants et de pierres précieuses. L'abbé Le Bœuf (5) infère de là et d'un passage de Paschas Radbert , écrivain du ix." siècle, qui dit que l'église cimétérialc de N--D. de Soissons portait le titre de Sainte-Croix, qu'on j possédait du bois de la vraie croix dès le iv.« siècle. On voit deux colombes posées sur les bras de la croix, et deux soldats ou deux champions assis au-dessous. Ces deux hommes, armés de pied en cap, marquent, dit l'abbé Le Bœuf (6), la confiance que l'on avait en ce signe, fondée sur l'apparition faite à Constantin. Au contraire le Père Poupart (7) pense que ce sont deux légionnaires affliges de la perte de leur commandant, qui était déposé dans le tombeau. La croix est surmontée du monogramme de Christus , renfermé dans une couronne triomphale et surmonté d'une colombe, les ailes étendues. Elle parait porter en son bec une petite croix. Sur le côté de ce tombeau qui regarde l'autel, sont deux enfants dans une fournaise. L'autre côté présente un homme nu et un lion à ses côtés. Nous aimons mieux avouer que ces deux tableaux emblématiques nous sont inconnus, que de dire, comme le Père Poupart (8) , qu'ils appartiennent uniquement à la gentilité, et qu'ainsi Ut n'ont jamais été travaillés pour un chrétien. Une réflexion que présente naturellement ce tombeau, c'est que le culte des images était établi dans le Soissonnois au iv.* siècle.

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