LE MILIEU DU VI.' SIÈCLE
Ces deux tombeaux se trouvaient originairement dans le lieu où avait été bâtie
(l) Diisert.. sopri. p. 9. (3) Eublia*. de It tel. cbr. d«ns le 9©i«.. p. T7-T8.
(ï> Ibid.. p. «-». (6) Ibid.. p. 81.
(3) Ibid., p. 16. (T) Dwserl.. »upr«. p. 18-1».
(»> Annal. Btned., 1. 1, p. «n. (S) Ibid.. p. »l et lui».
la première église de l'abbaye. Ils ont été renfermés dans celle qui existe aujourd'hui, parce que l'usage d'inhumer dans les églises était permis alors. Mais il ne l'était pas en 563, selon le Concile de Brague en Espagne (1), qui dit que les cités de la Gaule avaient conservé constamment jusqu'alors le privilège de n'enterrer qui que ce soit dans l'enceinte des villes : firmittimum hoc priviletfium usque nunc amplius retinent Galliat civitaies, ut nullo modo intra ambitus murorum oujut libet defunoli corpus humetur. Dans la suite la sépulture, non seulement dans les villes, mais aussi dans les églises, fut accordée aux cvêques, aux abbés et aux personnes d'une piété éminente, comme nous l'apprend le Concile de Majence de l'an 813 (2) : nullus mortuus infra ecclesiam sepeliatur, nisi episcopi , aut abbates, aut digni presbiteri , tel fidèles laici. Ainsi, quoiqu'on en dise (3) , l'infraction de l'ancienne règle avait commencé à devenir commune avant le x.' siècle. On ne songeait point alors à coucher les évoques et les prêtres dans la fosse autrement que les simples fidèles. L'usage général et immémorial était que les corps eussent la face tournée à l'Orient et les pieds à l'Occident (A): ponatur prœterea capite vertus Ocoidentem et pedibut versus Orientent. Rien, dit l'abbé Le Bœuf (5), n'était plus démonstratif que cet usage en faveur du christianisme. S'il y eut parmi les païens quelques tombeaux tournés dans le sens contraire, c'était par hasard. Dom Mabillon (6) assure aussi qu'il n'y avait pas deux cents ans qu'on a vu naître la différence de la position d'un évéque , d'un prêtre, de celle d'un laïc dans la fosse, ante noslrum, aut forte patrum nostrorum tœculum. Aussi Maurice Le Tellicr , archevêque de Reims, fondé sur l'antiquité d'un usage qui était né avec l'église et qui était général avant le xvn* siècle, n'a pas jugé à propos de B'y conformer dans le Rituel qu'il a fait imprimer pour cette province ecclésiastique : ut non alio modo, quam laici, in tepulcrit componantur Sacerdotet (7).
LES CHRÉTIENS PLACENT DANS LE TOMBEAU UN VASE D'EAU BENITE ET UN AUTRE REMPLI DE CHARBONS ET D'ENCENS.
Nous avons vu que les païens enterraient avec les morts toute sorte d'ustensiles. Les chrétiens, au contraire (8), ne placèrent dans les tombeaux qu'un vase plein
(I) Conciliant Libb.. i. ▼ , col. 843, cta. 18. (5) WfMrt. rar l hi*t. de P«ri«. 1. 1, p. S«t.
(11 IMrf.. t. »n . col. litt, cm. Si. (6; De calta. SS. IgMt.. appert., p. *6.
(3) H ut. de l'Aeid. de* tnxript.. t. n, p. m. (7) Ibtd., p. 87 .
(*) Brtrtb., diriD. oOc. «plie. (8) Beletn., tupri. c»p. toi, p. 5fi:i.
d'eau bénite et an autre rempli de charbons et d'encens : isiic aqua apponitur benedicta, ac prunœ cum thure. C'était l'usage de l'église d'Amiens, comme nous l'apprend le docteur ficleth qui en était chanoine. Belotte, chanoine de Laon(l), assure que la coutume de déposer dans la fosse des vases de terre qui contenaient des charbons et de l'encens n'avait cessé que de son temps dans la ville], mais qu'il n'était plus observe alors que pour les pauvres gens: vidimus ipsi textes oculuti in omnibus hujus cititatis ta m collegiatis quam parochialibus eccletiis, nedum frequentiori sed quotidiano cul tu, religiosè observatum. Tune enim mendicantibus tam viris quam mulieribus rasa fictilia cum thure et carbonibus in cxequiis de fer end a exibebantur quœ corporï statim tepeliendo ac jam sepultura composilœ emissa relinquebant. Ces deux auteurs qui vivaient, le premier au xii' siècle, le second au xvii.% nous expliquent les découvertes qui ont été faites en 1 692 dans le Laonnois et quelques années auparavant dans le Valois. Les deux anonymes qui ont voulu nous donner l'explication de la découverte de 1602 n'ont rien dit de satisfaisant (2). M. Bottée, lieutenant des eaux et forêts de Laon (3), a informe M. Bosquillon de l'Académie des Sciences de Paris qu'on avait trouvé dans le cimetière de La Fère, fort avant dans la terre, plusieurs tètes de morts, à chacune desquelles tètes étaient d'un côté une cruche de terre pleine de charbons , et de l'autre deux petites tasses placées l'une sur l'autre. Il ajoute qu'il ne se ressouvenait pas d'avoir rien vu de semblable dans les funérailles des anciens, toit avant, soit après le christianisme. Cela peut être; mais il n'en est pas moins ?rai que l'usage de déposer du charbon et de l'encens dans le tombeau, a existé dans le Laonnois jusqu'au xvit.* siècle. La coutume d'y placer aussi un vase d'eau bénite peut avoir fini plus tôt. Nous ignorons à quoi peut avoir servi la seconde tasse. L'ancien chanoine de Laon que M. Bottée avait consulté (4) aurait eu beau feuilleter et refeuillcter les anciens rituels de cette église avant d'y trouver que les deux tasses en question eussent servi à mettre les saintes huiles et les charbons à brûler les étoupes qui avaient été employées à essuyer les onctions.
M. Chassebras de Crameilles (5), à qui nous sommes redevables d'une découverte pareille, qui avait été faite en remuant des terres dans sa seigneurie de Grand-Maison, en Valois, a pensé plus juste. 11 avait trouvé à sept à huit pieds de profondeur, près la chapelle de Saint-Nicolas, qui était l'ancienne chapelle du château , parmi des tètes et d'autres ossements de morts, plusieurs petits pots remplis de charbons. Ces vases étaient de terre cuite, fort minces, de la grosseur
(I) Bclottc, obternl. ad rit. Laod., p.TSI.cot. S. (3) Jours, de* Sar., I6M, p. 37*.
(S) Merc. Gall.. oetob. 1691, p. 87 ci lui?. - Janr. (4) Ibid., p. Ut.
1093 , p. ICI. (S) Ibid.
du poing, de la figure des pots de gelée, mais plus hauts, avec un couvercle qui était percé d'un trou au milieu du bouton, et sur les côtes de six à sept trous plus petits. Comme les ancien* payent, dit- il, metloient det lampe» inextinguible* dam les sèpulchre*, les chrétien* ont pu mettre dans les cercueils de ces petits pot* rempli* de charbon* allumés arec de* parfum*, en forme de catsolette*. M. l'abbé Carlier (1) assure que cet usage a existé dans le Valois jusqu'au eommeneement du siècle dernier, qu'il a vu rouvrir des fosses où l'on trouvait des vases de terre vernissés. Ceux qui avaient contenu l'eau bénite étaient vides, les autres étaient pleins de charbons sur lesquels on avait brûlé de l'encens. On a découvert depuis une quinzaine d'années au terroir de Cugny, en Vcrmandois, dans une terre dépendante de la Terme de Maurcpas, un nombre considérable de tombeaux , les uns en pierre , les autres en plomb , dans chacun desquels étaient renfermés, avec des ossements, des petits vases de terre remplis de charbons. Ils furent envoyés à l'abbaye d'Momblicrcs, d'où dépend le champ qui porte le nom de Jardin-Dieu, c'est-à-dire cimetière. Au lieu de ces petits vases de terre, on trouva, le 18 de mai 1686 (2), dans l'église de Saint-Lucicn-lc* Bcauvais , en travaillant à la chapelle de saint Benoit, deux bouteilles antiques à côté d'un tombeau de pierre , qui était accompagné de deux autres moins distingues et de neuf ou dix tètes placées dans un enfoncement pratiqué dans le mur.