ANTIQUITÉ DU NOM DE PICARD
Il s'en suit de ce que nous avons dit que la Picardie tient son nom de ses propres habitants, et nom du château de Picquignv, comme l'on crojait au xin.* siècle. C'était le sentiment de Barthélemi l'Anglois(l), qui l'avait pris d'un certain Erodoc, auteur d'une description des pajs : ut dicit idem de regionum descriptione videlicet Erodocu». Jacques de Guise (2) a adopté ce sentiment au siècle suivant, avec cette différence qu'il attribue à un certain Pignon ou Picgnon, un des généraux d'Aleiandre-le-Grand, qui débarqua sur la rive gauche de la Somme , la fondation du château de Picquignv , qui est venu par la suite le chef-lieu de la Picardie par la valeur et les conquêtes de son fondateur. Peuton produire au jour de pareilles rêveries et de sang froid ?
Une autre conséquence, c'est que le nom de Picardie doit être moins ancien que celui de Picard. Si la lettre de Pierre de Blois, qui vivait vers l'an 1200, citée par Fauchet (3) est vraie, c'est le premier monument qui en fasse mention. Vient ensuite Barthélemi l'Anglois qui a donné la description de la Picardie. Nous retrouvons ce nom en 1256 dans les annales des Frères mineurs. Wadding (4) cite un bref du pape Alexandre IV en faveur de cet ordre, en date du 12 des calendes de novembre dont l'inscription est conçue en ces termes: Venerabilibut fratribus ArchiepùcopUet Episcopù ao dilecti* filii» Abbatibu* Prioribu» etper Franciam, Burgundiam, Pioardiam , Britanniam et Normatmiam constitutif. La chronique de Nangis (5) nomme la Picardie et la Flandre à l'occasion de certains imposteurs qui parcoururent ces deux provinces en 1251 pour faire des dupes ; mais l'auteur n'écrivait qu'à la fin du xin.' siècle. En 1281 , Gaucher, châtelain de Noyon et de Thorote, chevalier, nomme pour ses exécuteurs testamentaires es partie» de Noionoi* et de Picardie, Anson d'Offemont, son cousin, Perron d'Athechi ou Attichi, chevalier, Jacques Tricot , son bailli et Philippe d'Acci son secrétaire, suivant ses lettres données en faveur de l'abbaye d'Ourcamp. Plus l'on approche du xiv.' siècle, plus cette dénomination devient commune. Les annales d'Eber-
(l) De propriet. rer. . lib. 1». (4) Anna]., loin n , p. us.
tt) Annal, de Hainaat , vol. t . fol. 7», r. (S) Spieil., lom. n , p. S3S.
(S) DeUMilkM.fd.SJO.r.
hard (I) rédigées au commencement de ce siècle, font mention des troupes de Picardie au service du comte de Bourgogne en 1287 : Rudolf u* romanorum Rer comitis Burgundias rebellantis tibi terram ingreditur... et licet cornes idem multorum de Picardiâ et Flandriâ juvaretur auxilii» ; tamen oum prœdicto rege oongredi non audebat, La chronique d'Iperius abbé de Saint-Berlin à Soint-Omer, mort en 138j, parle d'un ravage fait par les Normands du temps d'Arnoul,
comte de Flandre, sur les côtes de Picardie: Normanni hœcnottra Picardia-
UUora detattaverunt (2). La Picardie est exprimée en latin par Picurdino
patria , dans les lettres de rémission de 1 362 , citées par dom Carpcntier (3).