PASTS FONDÉS DANS LES ÉGLISES TIENNENT LIEU DE CET ANCIEN USAGE
Les plus anciens que nous connaissions sont : celui que le prévôt du pays Ternois devait donner aux religieux de Corbie le trois des nones de janvier pour l'abbé St.-Adhalard (2); celui d'Hucbaud (3), moine de Saint -Amand, qu'il fonda au mois d'octobre 890, pour être célébré le jour de saint Amand dans l'abbaye de Sîthiu, aujourd'hui saint fiertin, dans la ville de Saint-Omer; celui d'Angilbert et d'Hildebert, abbés de Corbie (4), au mois de février-, celui des abbés F rançon et Herrard, le 8 des calendes de mars; celui de l'abbé Bodon, au G des calendes d'avril; aux ides de Mars, celui de Hatold, fondé en f)86, sur les revenus de la terre de Tormont, en Marquenterre; et plusieurs autres que l'on peut voir dans l'ancien livre des pasts de l'abbaye de Corbie. Ce ne fut que le 24 avril 1633, que l'usage de faire les repas funéraires aux obsèques des religieux de Saint-Lucien de Beau vais fut défendu par l'évèque , et cela à la mort de frère Simon de Bray, comme porte le nécrologe : VIII. Kal. tnaii frôler Simon de Bray qui obiit an. 1603: hodie episcnpus Belvacenti* tetuit ne in poster um fieret solitum cmvivium pott exequias religiosi defuncli. Une charte de la collégiale de Saint-Quentin en Vermandois, de l'an 1094, fait mention des pasts fondés dans cette église pour différents anniversaires. Guibert , abbé de * Nogcnt(5^, assigne, en 1 121 , une certaine somme pour faire un repas le jour de son anniversaire. On voit (6) deux pasts fondés en 1 177 pour un vicomte d'Oucby-la-Ville , en Valois, et pour son épouse, auxquels devaient être admis sans distinction tous les clercs qui se présenteraient. Le premier devait être servi à l'issue des vigiles; le second, le lendemain. Vers le même temps, Hugues, chancelier de France, laissa des biens aux religieux qui desservaient l'église de Saint-
(1) BHotlt, obfcrr. ad ril. Lâudcui., p, 83, col. 1 . (4) Ibid., pari. I. p
(3) Preuv., pari. t. p (S) Ibid., pari. *, p
(3; Ibid.. part. S, p (S) Hlit. du Val., U i , p. 5*7 -588.
Adrien de Béthisy, pour faire chaque année, à son anniversaire , un repas funèbre auquel seraient invites tous les ecclésiastiques qui y auraient assisté. Manasserus de Bules lègue, en 1218, à l'abbaje de Saint-Lucien de Bcauvais, cent sols à prendre sur la seigneurie de Bules : ut in die obitus mei de cenlum solidit conventui refeotio preparetur (1). Le même seigneur de Blanc-Fossé laisse par testament à l'Hôtcl-Dicu de Beauvais quatre muids d'avoine et le produit de l'herbage de Blanc-Fossé: eependentur annirersarii mei in refectione pauperum fratrum et sororum (2). Jean, seigneur de Ncsle, ordonne par son testament qu'il fit au mois de mai 1226, que les chanoines et les chapelains de l'église de Nesle feraient un repas le jour de son anniversaire (3). La même année, Arnicie, dame de Rreteuil , fait un don de vingt muids de grain à l'abbaye de Beaupré : in conventiiK pittantiam die anniversarii dixtribuendox (4). H est parlé dans les statuts de réformation (5) faits en 1256 par Vermond, évèque de Noyon, des pasts que les chanoines de la collégiale de Saint Furcy de Péronnc devaient faire à certains anniversaires. Le testament de Nicolas d'Agencourt , curé de Saint-Ladre de la ville d'Amiens (6). de l'an 1450, porte: je Inis une Couronne d'or à mes Voisins et Voisines, pour diiu r cnsctkffto'-tê foit~r- de mon oljscétpfe^Ê'te Paroisse dv Saint- Pierre. Une délibération rapitulairo <ie l'église de 'Bwuvais, du 11 septembre 1368, porte qu'Kticnnc IJej^rdet^hanoiiie de llcauvais , a donné nu Chapitre sa maison sise à Oroucr et quelques pièces de terre à la Neuville-Saint-Picrre , sur lesquelles sera prise la somme de 100 sols à perpétuité : ad augmentandum prandium jamdudum ordinalum in ecclesia per quemdam dominum Deodatum cancellarium, ita quod die prandii fiet unum servilium seu ferculum de capitibus porcorum. Nous ferions un gros volume de tous ces pasts. Nous nous contenterons de dire que la dépense des repas funéraires dans la ville d'Amiens était si grande, que l'échevinagc fut obligé de régler (7) le 13 de février 1043 (1544), que la table ne serait servie que de dix plats, savoir : deux plats de bouilli, quatre de rôti, et quatre d'issue avec une pièce de four; qu'on n'y inviterait que le mayeur et les échevins qui feraient apporter huit quènea de vin.
Il est vrai que ce qui s'était pratiqué saintement du temps même des Israé- ca mAS pc(,éiiailitca, comme il parait par le conseil que Tobie donna à son fds, et depuis le ta- tts déobhèient eu blissement de l'église parmi les chrétiens , qui préparaient ces sortes de banquets ases sur les tombeaux des martyrs ; que cette pratique, qui n'avait eu que la piété pour
(i) Preu*.. pari. t. n.- .... (S) Ibid.. p
M Ibid., n.* .... Dairt , bi*L d'Amiens, t. n, p. 415. prw.
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principe, dégénéra bientôt en des dissolutions et en des débauches. Gardez- vous bien, disait le même Tobie à son fils (l), d'en manger et d'en boire avec les pécheurs: noli ex eo manducare et bibere cum pecoaioribus, c'est-à-dire avec les infidèles ou avec des hommes abandonnés aux désordres. C'est à raison de désordres pareils que l'abbé de Saint-Lucien de Beauvais sollicita , en 1130, la suppression des pasts que l'évéque et les chanoines de Beauvais venaient prendre dans cette abbaye, ce qui ne lui fut accordé qu'à la charge d'une prestation annuelle de 30 sols beauvoisins. Cette suppression fut ratifiée en 1 148 par l'évéque Odon (2), et confirmée la même année par Samson, archevêque de Reims (3). Louvet dit avoir vu des lettres du même prélat qui suppriment , par les mêmes motifs , un past que l'abbaye de Saint-Simphoricn était obligée de donner, tous les ans, aux mêmes chanoines, le jour de son patron (4). Quelle débauche, en 1200, à l'enterrement de Baudouin , comte de Guînes , il se fit dans l'abbaye d'Ardres (5). Un nombre infini de personnes de tout sexe et de tout état y accourut. Le past dura depuis la fin du jour jusqu'à minuit ; l'on y mangea et l'on y but à l'excès jusqu'à l'heure de l'inhumation : ab horâ vespertind usque ad mediam noctem sub omni teetc à militibus^^matronis , à Burgensibus et aliis personis camatur , et usque ad horam sepulturœ. conviviis et petationibus vocatur. Des abus semblables avaient obligé saint Ambroise d'interdit dans^on. église de Milan cette pratique, qui, par elle-même, était toute de charité (ffT.