DES PERSONNES DISTINGUEES
Nous ne devons pas oublier quelques autres honneurs que Ton rendait aux tombeaux des personnes distinguées par leurs vertus ou par leur rang ; la coutume en existe encore à Beau vais. Il est d'usage aux jours solennels de dresser danslesanc tuaire de l'église cathédrale des parterres de fleurs et de verdure sur les tombes des évêques (3). Louvet (4) rapporte que la même cérémonie se pratiquait dans l'église de l'abbaye de Saint-Lucien sur les tombeaux de quelques évêques réputés
(I) Grtg. Mag. Bpiii. Leq. EpM. Tl. Append. (3) Mère, de Fran., J»dt. itSJ, p. 48.
(S) Prctm, part. 1, n.'.... (4) But. du Béant., 1. i, p. 591.
de sainte vie^avant qu'un grand-vicaire du cardinal de Chàtillon les eût fait enlerer pour en parer les cuisines de son Eminence ; qu'entr'autres, il y en avait un d'airain percé de plusieurs trous dans lesquels on plaçait des bouquets de fleurs. Cet usage qui se pratique encore en plusieurs lieux de la prorince de Picardie , est plus ancien que le christianisme. Kcckerman (1) nous apprend qu'on voyait écrit sur les anciens tombeaux :
Sparge rosas, leclor, vel candida lilia poue.
Les païens allaient tous les ans répandre des roses et des fleurs sur les tombeaui de leurs parents et de leurs amis , suivant ces rers de Tibulle (2) :
Àlqua aliquis senior, veteres
serta dabil tumulo.
On lit dans Suétone (3) qu'Auguste répandit des fleurs sur le tombeau du Grand Alexandre pour honorer sa mémoire, fleribut êparsis veneralus est ; que pendant longtemps quelques personnes ne manquaient pas deux fois l'année, au printemps et à l'été, d'orner de fleurs le tombeau de Néron (4). Entr'autres reproches que Caecilius (5) fait aux chrétiens de son temps, c'est de ne point mettre des ronronnes de fleurs sur les sépulcres, coroni* etiam tepulcris denegati*. Mais cette coutume ne tarda pas à prendre parmi les chrétiens; car le poète Prudence (6) en parle dans son hjmne des funérailles:
Nos tecta forebimos ossa , Violis et fronde frequenli, Titalumque , et figida saxa Liqnido spargemos odore.
Ainsi l'usage de répandre des fleure sur les tombeaux des chrétiens vient aussi du paganisme.