SAINT MARTIN PRÉDICATEUR DE LA FOI DANS LA PICARDIE
Un autre moyen efficace que la Providence divine a employé, ce sont les cinq années de service militaire que saint Martin a faites dans la Belgique et peut-être aussi les années qui ont suivi immédiatement sa retraite. Il n'était encore que catéchumène , lorsqu'il rencontra à la porte d'Amiens un pauvre tout nud, au plus fort de l'hiver, qui était si rude cette année que plusieurs mouraient de froid (4). Il avait donné déjà à d'autres pauvres ce qu'il pouvait donner. Il ne lu restait que ses armes et son habit militaire. Il coupa en deux sa casaque , en donna la moitié au pauvre et se couvrit de l'autre comme il put. La nuit suivante, il crut entendre de la bouche de Jésus Christ : c'eut Martin qui m'a revêtu de cet habit quoiqu'il ne soit encore que catéchumène. Cette vision le porta à ne plus différer son baptême. 11 le reçut en 832 ou 384, à l'âge de dix-huit
(l) ThMdor., but. eccl*., I. ». e. si. (5) 8. Léo., mmd. 1. in Nil. Apottol. Petr. et Paoli.
fi) Buteb., de vil. Connut., 1. ». c. U 45. (i) Salp. Serer., vil. 8. Martin), ch. t.
ans. Soit que saint Martin (l) eût quitté le service deux ans après , soit qu'il eût servi plusieurs années après comme semble l'insinuer Sulpice Sévère , il est certain qu'il n'était plus soldat que de nom, et qu'il était plus occupé des triomphes de Jésus-Christ que des victoires de l'empire. Comme l'idolâtrie proscrite des villes s'était réfugiée dans les villages, d'où vient le mot de païen, paganut, employé pour la première fois , dans une loi de 305 , saint Martin s'attacha particulièrement à prêcher dans les campagnes, dont il peut être appelé proprement, dit M. de Tillemont, le prédicateur et l'apôtre. La force de ses discours, soutenue de la renommée de ses miracles , portait presque toujours les persans à détruire de leurs propres mains leurs temples et leurs idoles. Si l'on juge du succès des prédications de saint Martin dans la seconde Belgique , par les monuments ecclésiastiques qui y ont été érigés en son honneur , cette province se trouvera avoir été une des plus distinguées, comme elle fut la première où il ait travaillé à détruire l'idolâtrie. C'est une chose étonnante que le temps de sa mort, qui a fait une époque célèbre en France, soit encore incertain; les uns (2) la plaçant en 397, les autres (3) en 399, d'autres (4) enfin en 402. •
SAINT VICTRIŒ PRÉDICATEUR DE L'ÉVANGILE DANS LE PAYS DES MOftlNS.
Vers le même temps saint Victrice , évêque de Rouen , alla dissiper les ténèbres de l'idolâtrie qui couvraient encore le vaste pays des Morins et des Nerviens. Saint Fuscicn et saint Victoric avaient prêché déjà la foi dans ces deux contrées, mais saint Paulin, évêque de Noie (5), nous apprend qu'elle y avait soufflé bien faiblement : afltatam levi tpirituinNerticano littore terrâque Morinerum. A peine ces nations indociles et intraitables eurent-elles été instruites par saint Victrice des vérités de l'Evangile, que leurs désertscouverts de bois et leurs côtes habitées par des brigands et des barbares, furent remplis d'églises et de monastères, qui retentissaient des louanges de la Divinité : ità et nunc in terra Morinorum situ
orbis extremà gentium populi remotarum , qui sedebant in tenebris orià
sibi per tuam somotitatem à Domino luce gaudentes, corda aspera Christointranle
posuerunt Ubi quondam déserta tylvarum ac littorum pariter intuta advenœ
barbari aut latrones incolœ frequentabant , nunc venerabilet et Angilùji sanotorum chori urbei, oppida, intulas, tilta* ecclesiis et monasteriis plèbe numerosis,
(t) B*ilkt,TlMd«»8S., tm, p. Ut, in-fol. (4) Snlp. Scter., lop.. p. 4H, nol. S. «dit. IW5.
(«) Ibid., p. iM. (5) p.ulin4 Mol., epitl. 18. p. m, édiL oot.
(3) Sigeb. chron..
pace confond célébrant. On croit que saint Augustin (I) a roulu parler de cet heureux événement, en écrivant à Hesychius qu'il avait appris que l'église s'était déjà étendue dans l'Occident même jusqu'aux bords de l'Océan : ad Ocrant etiam littora in occidentalibu* partibu* eccletiam perrenitte jam norimus. Marlot (2) dit avoir lu dans les annales des Morins que saint Victrice, leur apôtre, avait détruit deux temples, entr'autres, dédiés au dieu Mars, l'un à Boulogne, l'autre à Térouanne, ou plutôt qu'il les avait fait servir au culte de la vraie religion en les consacrant à Dieu sous l'invocation du grand saint Martin. Saint Augustin (3), en effet, témoigne dans son premier livre contre Parmenion, qu'il a écrit vers l'an 400, qu'alors presque par toute h terre on renversait les temples, on brûlait les idoles , et qu'il était défendu par les lois impériales (4), sous peine de la vie, de sacrifier sur les autels des faux dieux.