ZÈLE DE L-ÉVÊQUE SAINT BANDRID POUR LA CONVERSION DES SOISSONNOIS
Saint Bandrid, évèquc de Soissons, contemporain de saint Médard, ne parut pas moins ennemi des vieilles superstitions. Depuis l'année 538 environ qu'il était parvenu à l'épiscopat , le saint n'avait cessé d'instruire son peuple , autant par ses exemples que par ses paroles : cœpit populum sibi commissum instruire tic ut quod docebat ver bit, ipseprius in suis ostenderet exemplis (4). Quelques mauvais chrétiens (5) , offensés de ses succès et de ses libéralités envers les pauvres , le dépeignirent au roi Clotaire comme un dissipateur des biens de son église et portèrent le prince à l'exiler. Il passa sept ans en Angleterre, d'où il fut rappelé à ln demande de son peuple (6) qui regardait les fléaux dont le ciel l'affligeait comme une marque sensible de larcngeance divine. Partout où il passa, le peuple courait en foule admirer ses vertus, l'entendre et se convertir : sicque paulatim
il Boll., «et. 88. | Jmmt., p. I, col. t, n.*«. (i) Ibld., I. «ugwt.. col. a, n.» l.
(S) Ibid., n.« S. (S) Ibéd.. eoL «S. u.« 4, S, », 7, 8.
(3) IbW., a.' «. (S) Ibld., col. (57, d.« 17.
crescente numéro fidelium , tam per divina tnonita toripturarum , quant etiatn per tanctarum incitamenta virtutum. 11 est bien surprenant que ce saint, avec tout son zèle contre l'idolâtrie, ait laissé exister au lieu où est bâtie aujourd'hui l'abbaye de Saint-Médard , un reste de paganisme tel que cette tête monstrueuse, à double face dont parlent les actes de saint Médard (1). Il est plus surprenant encore que ses successeurs aient souflert qu'elle fût placée à la porte de l'église où elle est demeurée jusqu'aux incursions des Normands.
ZÈLE DE SAINT BERCHOND POUR LÀ CONVERSION DES AMIÉNOIS. FRUIT DE SES RETRAITES DANS LE VIMEUX.
L'idolâtrie, fille de l'ignorance et de la barbarie, régnait encore en plusieurs lieux du diocèse d'Amiens au commencement du vu.* siècle. Le culte rendu aux arbres y avait été ramené par les Francs. L'évêque saint fierebond crut que le meilleur moyen de le détruire était d'en sanctifier l'objet en y attachant des reliques. Il y avait un de ces arbres sur la montagne de Leuconay , aujourd'hui Saint- Valéry (2). Le saiut choisit ce lieu écarté et solitaire pour y faire une retraite tous les ans pendant le carême. Il attacha à ce gros arbre des reliques des saiuts pour changer l'objet du culte idolâtrique : in quâ B. Berohundu» epùoopu* Sanctorum reliquiat tohbat tutpendere. Saiut Valéry demanda d'être enterré au pied de cet arbre comme en un lieu consacré à la religion des apôtres : justa illam itaque quant diximut arborent.... in ipso eodemqu* loco , quaïiter ipte prœdixerat ac designaverat, tummo cum honore sancta ac felicia ibidem reconduntur membra.... locu» qui jam erat reliquiit apœtoliois consecratus. Nous verrons dans la suite que saint Riquier suivit l'exemple de l'évêque d'Amiens. En quelques endroits on se contentait de marquer des croix sur les chênes antiques , comme nous voyons par ceux de la forêt de Noir vaux en Beauvoisis, dont il est mention dans une sentence prouoncée vers l'an 1160 par Gautier, évêque de Laon (3).
ÉTABLISSEMENT DES MONASTÈRES DANS LA SECONDE BELGIQUE. MOYEN EFFICACE POUR ACHEVER D Y DÉTRUIRE L'IDOLATRIE.
A ces pasteurs zélés en succédèrent d'autres formés presque tous dans les cloîtres.
(I) D. Dachary, Spidleg., t. toi, p. 103. (3) Preuv., part, i, a.* ...
(S) Aet. 88. Beaed., taxai, m p. S8. n.- tt.
Les petits fils de Clovis et leurs successeurs animés du même zèle que leur père pour achever la ruine de l'Empire du prince des ténèbres dans leurs Etats, avaient employé un moyen qui leur réussit parfaitement, ce fut d'y multiplier les monastères pour servir d'asile à la piété et aux scienees (1) qui, en même temps qu'elles éclairent l'esprit, reforment le cœur et perfectionnent les mœurs. Saint Martin , l'apôtre des Gaules, avait bâti des monastères partout où il avait porté la lumière de l'Evangile. Il y avait été imité par saint Viclrice et plusieurs autres évêques. Mais les invasions des Barbares, les guerres continuelles dont les Gaules furent le théâtre pendant plus d'un siècle, les avaient ruinés pour la plupart. Clovis et ses fils en avaient rétabli plusieurs et fondé de nouveaux. Sous ces petitsfils, toute la France fut pleine de ces asiles consacrés à la religion. Ce fut autant de séminaires dont on tira des prélats pieux et éclairés , autant de pépinières de missionnaires qui portèrent avec un zèle à toute épreuve les flambeaux de la vérité dans les lieux les plus incultes et les plus sauvages. Les moines qui n'étaient point employés au loin à des missions, instruisaient le peuple grossier voisin de leur monastère , ce que n'avaient pu faire que fort peu les prélats des siècles pré' cédents, qui ne pouvaient quitter la ville épiscopale pour aller établir aux extrémités de leur diocèse, dans des solitudes peu fréquentées, l'Empire de Jésus- Christ parmi des opiniâtres dont l'obstination invétérée aurait rendu leurs travaux infructueux. Les moines avaient la liberté entière de consacrer tous les instants de leur vie et jusqu'à la dernière goutte de leur sang pour ramener au bercail la moindre des brebis égarées. Les lois vinrent à leur secours; car le roi Thierry (2), ayant changé dans le code légal des Francs, des Allemands, des Bavarois tout ce qui tenait encore des coutumes du paganisme et reformé ces lois par celles de l'Evangile, et quœ erant seaundum contuetudïnem paganorum mutavit tecundum letjem christianorum, Childebert , Clothaire et Dagobert , ce dernier principalement, tinrent la main à l'exécution : hœo omnia Dagobertus.... renovacit.
CELUI DE LUXEU FOURNIT LE PLUS GRAND NOMBRE DE MISSIONNAIRES. PRÉDICATION A CENTULE OU SAINT RIQU1ER.
Les moines qui travaillaient le plus efficacement à la destruction des restes du paganisme sont ceux qui sortirent de la célèbre abbaye de Luxeu. Son fondateur, saint Colomban (3), ayant passé, vers l'an 590, de l'Irlande dans notre province
(1) Fleory, <««. «*M«., «.-Hirt. WMr., I. m, p. ». (S) Art. SS. Beiwd., mkoL b, p. 0, n.« 1t. (S) Optra Greg. Toroo., append., col. mi.
avec doute disciples, y trouva la religion dans un état si triste, soit par les in* eursions des Barbares, soit par la négligence des prélats, ubi tune vel eb frequentiam hotlium extemorum , vel ob negligentiam prœtulum, religionis virtut penè abolila kabebatur, qu'il résolut d'y annoncer, chemin faisant, la doctrine évangélique. On met du nombre de ses compagnons deux prêtres, l'un nommé Chaydoc et l'autre Frichor, surnommé Adrien, fertur rerà, quod eu m ipto »'//»' quoque maria hue properando trantmearunt (1). Ceux-ci s'arrêtèrent au village de Centule aujourd'hui Saint-Riquier, pour j prêcher la parole de Dieu, taneti igifur domini, tacerdotet in Centulo vioo verbum Dei prœdicare aggrati (2). Ils furent si mal reçus des habitants qu'ils auraient été obligés de passer outre, si un nommé Riquier , plus disposé que ses compatriotes à recevoir la semence évangélique, ne les eût arrêtés chez lui. Ce bon office fut récompensé. Ils instruisirent des principales maximes de la religion chrétienne leur hôte qui devint ensuite un prédicateur zélé, non seulement dans le Ponthieu et le pays des Morins, mais aussi en Angleterre. Hariulfe (3) nous assure que ces deux saints missionnaires se fixèrent à Centule. 11 est probable qu'ils y finirent leurs jours, puisque l'église de ce lieu se glorifie de posséder leur* cendres, notent leotor eot utquedum lenetoerent in divinù operibu» deguisse. L'abbé Angilbert fit leur épitaphe (4).
SAINT WLGAIN ET SES COMPAGNONS AVAIENT DÉJÀ RÉPANDU LES LUMIÈRES DE L'ÉVANGILE DANS LE PAYS DES MORINS.
Il parait par les actes de saint Wlgain que cette troupe de missionnaires Ecossais avait été précédée par trois autres Anglais , savoir Wlgain , Tauric et Quilien (5). Ils avaient laissé Colorabau à Cantorbéry. Abordés à Wissant qui est l'entrée du pays des Morins, Wlgain et ses compagnons s'étant aperçus que le peuple de la campagne, quoique converti à la foi , n'avait point uue idée parfaite du culte de la divinité, prirent le parti de faire quelque séjour dans le pays pour instruire ce peuple ignorant. Après y avoir passé sept années à le purger des restes de la superstition et à répandre dans les villes et dans les villages la semence évangélique, ils passèrent dans l'Artois. Wlgain resta quelque temps enfermé dans une cellule tenant au monastère de Saint- Vast de la ville d'Arras et alla ensuite mourir dans un village de cette province qui a été nommé par cette
(I) SpicU. Aeher.. t. rf, citron. Centol.. c 6. |>. 4». (t) Art. SS. Beocd. »upr„ p. MO.
(S) Ibid., p. «30. (5) Prwv.. part, l , p. ...
(S) Ibid.. p. 431.
raison le terme des bons hommes : bonoritm virorum terminus (1). Saint W lgain a donné lien aussi à ce proverbe du canton: hé les Aublelt de saint Wlgain! c'est-à-dire oh! les beaux bled* de saint Wlgain! ou bien, que saint Wlgain a été propice à nos moissons !
SAINT VALDOLEN ET SAJNT VALERY, MOINES DE LUXEU. VONT CATÉCHISER DANS LE VIMEUX. CONVERSIONS FAITES DANS CE PAYS , QUELQUES ANNÉES AUPARAVANT, PAR SAINT LOUP, ÉVEQUE DE SENS-
Peu d'années après la fondation de Luxeu, on vit sortir de cette abbaye, c'està-dire vers Tan 014, Valdolen et Valéry pour aller faire une mission dans la Neustrie (2). Ils s'arrêtèrent dans le Vimeux (3) avec la permission du roi Clothaire qui leur donna la terre de Leuconaus ou Leuconay à l'embouchure de la Somme. Saint Valéry travailla avec succès, par ses prédications et par ses miracles, à détruire les restes de l'idolâtrie dans le Vimeux. Passant à Aouste (4), village situé sur la rivière d'Auve, aujourd'hui la Brcsle, et se reposant sur le bord d'une fontaine , il s'aperçut que des paysans rendaient un culte superstitieux à un gros tronc d'arbre qui était chargé de différentes figures. Saint Valéry , par miracle, réduisit en poussière ce monument de l'idolâtrie : ju&ta ripant ipsius fluminis stips erat magnus, divertis imaginibus figuratus. . . qui nitnio cultu more gentil ium • a rustiois colebatur... subito ad terram cecidit. Les paysans accoururent avec des armes pour venger l'objet de leur culte favori. Mais saint Valéry fît un discours si pathétique sur la vanité des idoles et sur la nécessité de n'adorer qu'un seul Dieu , qu'il eut la satisfaction de toucher le cœur de ces idolâtres et de les convertir. Le lieu où était l'arbre superstitieux a été converti en une église bâtie en l'honneur de saint Valéry. M. Caperon (5) est persuadé que c'est celle du village de Pont , près la ville d'Eu. Peu de temps avant l'arrivée de nos deux missionnaires, saint Loup ou saint Leu, évéque de Sens, accusé auprès du roi Clothaire , avait été relégué dans le Vimeux sous la garde du duc Boson-Landegisil, qui était païen. Il fut envoyé au village d'Ansène oh il guérit un aveugle : rex Clotarius felle commotus virum Dei Lupum episoopum retrusit in exilium in pago quodam Neustriœ nuncupato Vinimaco traditum duci pagano nomine Bosoni Landegisilo , quem il le direxit in villam quœ dicitur Andesagina super
(1) Malbran., d* Mon».. 1. 1, p. S70. (4) Ibid.. p. M, n.' 95.
(î) Art. S8. Bem-d., «cul. n . p. M, n.' U. (5) Merc. de Franc*, ao«t 1730, p. I74S.
• fl) Ibid.,p.W,n.'l7.
fluvium Auriam , ubi erant templa pkanatica à decurionibut oulta (I). Ce miracle coiiTcrtit le duc et plusieurs autres seigneurs français du canton : prœdictum ducem tuperbum »ub sanctœ crucit humiliavil tignaculo, atque vitali tinrit in lavaoro: plurimumque Francorum exercitum, qui adhuo errorit detinebatur laqueo, tanctut illuminant per baptismum (2).
MIRACLES DE SAINT VALERY. DESTRUCTION DES IDOLES DU VIMEUX PAR SAINT BLIMOND , SON ÉLÈVE.
Comme le miracle de saint Leu n'avait pas produit sur tous les cœurs le même effet que sur ceux de ces seigneurs , de même saint Valéry, malgré tout son zèle, n'eut pas la satisfaction de voir le Vimeux délivre absolument de ses anciens préjugés; car étant entré un jour dans la maison d'un ecclésiastique de Cayeux (S), il y fut insulté par le maître de la maison et par le juge du lieu qui se trouvait chez lui. L'un et l'autre furent punis de leur insolence. Quelques années (4) après la mort du saint, des femmes passant aux environs du village d'Aouste , sur la Breslc, une d'cntr'elles surprise de voir une église à Pontet surtout d'apprendre qu'elle eût été bâtie en l'houncur de saint Valerj, se moqua des paysans qui, dit-elle , avaient été assez simples de prendre pour un saint celui qu'elle avait vu passer si souvent monté sur un âne. La raillerie lui coûta cher. Enfin la preuve la plus complète que saint Valéry n'avait pu venir à bout de détruire entièrement la pente naturelle que le peuple du Vimeux avait à l'idolâtrie, c'est que saint filimond , son élève , étant venu cinq ans environ après la mort du saint visiter son tombeau, fut fort surpris de trouver Leuconay et les environs replongés dans le paganisme. Il demanda la permission au roi Clothairc et à l'évèquc d'Amiens d'y reconstruire le monastère et d'y bâtir une église en l'honneur de saint Valéry : tune , dettructis idolit et ritibus gentil i um , t ir dûmini Blitmundus... construire ibi curaverat tam monasterium quant ecolesiam mirœ magnitudinis et cul tu nimio décor atam (5). Il travailla ensuite avec ses religieux (6) à extirper dans le voisinage les restes de l'ancienne superstition, et surtout à y détruire quelques idoles qui y avaient été conservées : oirctt eumdem locum erant quœdam antiquœ tuperstitionit reliquiœ, quat tanotut Blithmundus
(I) BolUnd., tcU SS. t Mptcmb», p. 4S9, n.* 13. (4) Ibid., p. 88 o." 38.
(1) Ibid., col. I. o." 1J, (S) Ibid., p. 00, n.« 41.
{») Ael. SS. Beocd.Mip., p. »S, D.« as. (S) BolUnd., tel. SS. S Iuuut., p. 154, col. «, n.« 5.
cum suit monaohit extirpant, prottratit etiam quibutdam timulachrit, quœ ibi retidua erant.