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DES CHRÉTIENS

Cependant il ne faut pas entendre par destruction du paganisme, que le paganisme ait élé tellement anéanti qu'il n'en soit resté aucune trace. Le christianisme en a adopté plusieurs pratiques en changeant, il est vrai, leur objet : comme d'orner les portes des églises de branches d'arbres , d'allumer en plein jour des flambeaux en l'honneur de Dieu et des saints; ce que les premiers chrétiens refusaient de faire aux fétes des divinités païennes et des César, au rapport de Tertullien : O nos merito damnandos! Cur enim vota et gaudia Cœsarum casti et so- 6m" et probi erpungimus? Cur die lœto non laureis postes obumbramus? nec lucer-

(I) Conell. Labb.. t. ti, col. ISSS. an, ri. (S) Greg. Naxi»o. Onrt. tu, p. SI. Or ni. iv. p. 13*.

(i) Baron., annal, cecléi.. 1. n. p. IM. (4) Cic. de ditin. 1. 1.

nis diem infringimut? L'église (1) ne fit pas plus de difficulté d'employer dans la célébration des SS. mystères des dyptiques dont les couvertures étaient chargées de figures du paganisme, comme ceux que l'on conserve dans plusieurs églises de notre province, savoir, dans la cathédrale de Beau vais, dans l'abbaye de Saint- Corneille de Compiègne, et d'employer, dans l'usage de ses cérémonies, les vases mûmes dont les païens s'étaient servis dans l'usage de leurs cérémonies profanes. Saint Augustin , bien loin de blâmer cet usage, dit , au contraire, qu'on fait alors des vases et des images profanes, ce que les hommes font d'eux-mêmes, quand de sacrilèges et d'impies qu'ils étaient auparavant , ils embrassent la piété et se consacrent à la vraie religion : hoc de il lit fit , quod de iptit kominibu» cum ex sacrilegit et impixs in veram religionem tnutantur (2). Ils te terraient (les chrétiens), dit l'abbé Le Bœuf (8) , de cet rates tels qu'Ut let avoient trouvé, en les faitant auparavant purifier par let prièret de l'èglite. Il rapporte l'oraison propre à cette cérémonie, qu'il avait tirée d'un MS. de l'abbaye de Jumièges. C'est la même qui se trouve dans un missel romain à l'usage de l'église de Reims, aujourd'hui dans la bibliothèque royale à Paris (4), èt dans le missel de Jean de Dormans , cvèque de Beauvais, rédigé en 1370 et conservé dans la bibliothèque du chapitre de cette ville. Les noms des trois premiers mois de notre année, ainsi que des jours de la semaine , excepté le dimanche et le samedi , encore les Francs du temps de Grégoire de Tours (5), appelaient-ils jour du toleil le jour que nous avons nommé dimanche : ecce enim diet tolit adett , et l'ancien livre des pasts de l'abbaye de Corbie de la fin du s.* siècle , en parlant de celui que le portier devait donner à la communauté le samedi avant le premier dimanche de carême , nous fait connaître que ce jour de la semaine n'avait pas encore perdu absolument son ancien nom de jour de Saturne , die Saturni; ecs noms des mois et des jours ont passé aussi du calendrier des païens dans celui des chrétiens. Toutes ces choses et plusieurs autres avaient été sanctifiées en dirigeant l'intention vers un objet plus digne du culte que les chimères du paganisme.

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