DIVINATION PAR LE SERMENT SUR LES CHOSES SAINTES
sm l'actel. Jurer sur un autel, sur une croii, sur le canon de la messe et plus communément sur les tombeaux, sur les reliques des saints, pour connaître la vérité d'un fait lorsqu'on manquait de témoins, ou pour s'assurer de la fidélité de quelqu'un, était un autre usage superstitieux fort connu dans la Picardie. Nous doutons même qu'il en ait été banni jamais entièrement, car il est ordonné par le capitulaire de Charlemagne de l'an 803 , qui concerne les Ripuaircs : omne sacramenlum in ecclesià aut supra reliquias juretur (1). Grégoire de Tours étant, en 580, au palais de Breny, dans le Soissonnois, se purgea d'un crime dont il était soupçonné en jurant sur trois autels différents, après avoir célébré la messe sur chacun : ad hoc rettitit caum , ut dictit misait in tribus altaribus, me de kis cerbis
m ■ les reliques, exucrem saoramento (2). L'usage de jurer sur les reliques était plus ordinaire. Le roi Clotaire H voulant attacher saint Eloi à son service par des liens qu'il ne pût rompre, lui proposa de jurer sur les saintes reliques. Mais Eloi ne put jamais se résoudre à mettre la main sur la châsse, moins encore à jurer: rex Eligio coram reliquiis sanctorum prœcipiebat ci ut impositions manuum sacris pignoribus donaret sacramenlum, sed ille divinum intuitum terens , recusare humiliter omni nisu lcntabat(S). Si Egilbcrtet Rcol de Reims eussent suivi l'exemple de saint Eloi , ils se fussent mis à l'abri du reproche d'avoir usé de supercherie en jurant, dans la ville de Laon, sur des châsses d'où l'on avait tiré les reliques, prétendant qu'ils ne seraient point tenus à leurs serments , parce que les châsses étaient vides. Voici le fait : Egilbcrt et Réol ayant été envoyés à Laon par Ebroin pour engager le duc Martin à sortir de la ville, lui jurèrent sur des châsses qu'il ne lui arriverait aucun mal. Le duc ne se défiant pas que les châsses fussent sans reliques, sortit de Laon pour se retirer à Lérj où il fut massacré avec toute sa suite: Ebruinus... nuntios dirigit, Aegilbertum ao Reulum Remenéis urbis episcopum , ut fide promissa in incertum super vacuas capsas sacramenta falsa dederenl. Qua in ro ille (Marlinus) oredens eos, à Lugduno- Clavato egressus cum sodalibus ac sociis ad Erchrecum venions, illuc cum suis omnibus interfectus est (4).
mih les tohbvaox Le» miracles qui s'opérèrent à Noyon, au tombeau de saint Eloi, rendirent des sawts. ce tombeau si célèbre , qu'on y accourait de toute part pour terminer les diffé-
(I) faim, capital.. 1. 1. p. 39*. (S) Spleil. Acber., rit. 8 Eli«U. I. p. 159.
(1) Greg. Tur., I. ». cap. 50. (4) Bouquet. Rer. franc, teript. «. n. p. 4SI.
rents et découvrir la vérité des choses secrètes. Saint Ouen, son panégyriste, nous apprend qu'un jeune homme qui avait fait un vol , voulut en accuser son père. Comme les juges étaient embarrasses d'en découvrir le véritable auteur, ils condamnèrent le père et le fils à jurer sur le tombeau de saint Eloi: judioio eos eommittunt bealissimo confessori.... tune statuentes utrumque cor a m sanoti se' pulehro erpeetnbant per sacramentum dei fore judicium (1). Un particulier s'était emparé d'une terre de l'église de saint Eloi prétendant qu'elle lui appartenait. L'affaire ayant été portée au conseil du Roi , il fut décidé que l'accusé prouverait son dire par serment , selon la loi des Francs : tecundum Francorum loge m (2). Il se rendit au tombeau ; à peine y eut-il porté la main et prononcé la moitié de la formule du serment, qu'il fut frappé de mort: cum import un A audaciâ potuisset juraturut manum super tnnotum looum , in medio ferè sacramenti verbo contremiscens . . . mortem quam non timuit fortuitù prœventut miser incurrit. Le lit où couchait saint Eloi, lorsqu'il allait au palais de Conipiègne, « était devenu presqu' aussi fameux que son tombeau. Une jeune femme soupçonnée par son mari de lui avoir été infidèle, et coupable en effet, consentit de se purger sur le lit du saint. Son effronterie fut punie, elle expira au lieu même: constituit ergo eidem ejus spontus, ut ad lectum beati Eligii hano fidem sola persolveret... illa proterva et insolent sine ullo metu nd sancli lectum accurens, cœpit absqu* lerrore id quod erigebatur jurare : sed mox ut manum lecto impôt uit illico lugubriter expirarit (8). Les actes de saint Hubert nous apprennent que ceux du Laonnois, du Noyonnois et du Soissonnois, n'avaient pas moins do confiance au tombeau de saint Hubert : quam ob cautam olim majorum contuetudine reeeptum fuit , ut Laud unenses, Novioduni , Suessioties , per sanotum Hubertum jurare consueverint (4). Les Morins allaient jurer sur le tombeau de saint Omer, comme il paraît par ses actes, au sujet d'un parjure qui fut puni pour avoir affirmé par serment qu'il n'avait pas reçu une pièce d'argent qui lui avait été prêtée réellement: Pergamus simul usque ad beati confessoris Chrisli Audomari venerabile sepulorum, ut tu mihi ibidem per glo~ ri os a ejusdem pontificis mérita jurando confirmas , quod hic negare conarit (5).
Nous voyons par une charte du roi Childebcrt du 14 décembre 710(6), que ses l'outoiie i>k six hommes de Ver et six de Lagny-lc-Scc sont obligés de venir témoigner sur mist hastis tr l'oratoire de saint Martin, qui était celui du Roi, qu'un moulin situé à Chalis *c« lis «lliuhs n'avait jamais dépendu de Ver, mais de Lagny-lc-Scc , qui appartenait à l'ab- DES SAlNT!i-
(1) Spicil., «npr.. p. m, c 59, (4) Bollaod.. acl. SS., m*il, t tu, p. «76. a.' li.
(S) IWd., p. SS4, c. 55. (4) Art. 88. Bened.. U h, p. SM. ».• 14.
(S) Ibid., p. *»T, c. 75. (6) Prtuv., part, u, p. ... n.* ...
baye de Saint-Denis. Par une autre de Raoul, comte de Clermont, de l'année 1161 , qu'il jura sur l'autel et sur les reliques des saints : super ipsum sacrotanctum al tare et sanctas reliquias... juravi (Voyez aussi trois chartes de 1178, une de 1180, une de 1180, deux de 1104, une de 1108, une de 1200, deux de 1206, une de 1214) (1). Par une autre de la collégiale de Saint-Fursy de Péronnc, du mois d'octobre 1178, qu'on allait jurer dans cette église sur une côte de saint Laurent : manibu* extensi* versus costam sancii Laurentiiin menasterio sancti Fursei. Par une autre de Hugues I", évèque dcSoissons, qu'on devait faire des offrandes dans l'église de Nogent-P Artaud, avant que de jurer sur les choses saintes , juraluri ad sancla. Par une autre de saint Frambourd , de Senlis, de l'an 1188, qu'on jurait dans cette église sur les saints Evangiles . super sacrosaneta juraverunt . En novembre 1223, Raoul, de Clermont, jure super sacrosaneta de garder à toujours l'abandon qu'il a fait à Philippe, comte de Boulogne et à ses hoirs, ou à défaut d'hoirs de son corps, à Louis VIII, roi de France. Gautier, seigneur d'IIallcncourt, en Yimcux , au mois de juin 1 100, jura dans l'église collégiale de Saint- Vulfran d'Abbcvillc sur le bois de la vraie croix, sur les chefs de saint Vulfran, de saint Firmin, martyr, et de saint Maxime, confesseur : juravi super reliquias, videlicet super lignum sanctœ crucis et super caput beati Vulfranni et aliorum sanctorum, videlicet beati Firmini martirùy et beati Maximi confessons (2). Plusieurs personnes, hommes et femmes, du village de Commincs, au diocèse de Térouaime, jurèrent dans l'église de Saint-Pierre, eu 1 21 3 , sur le corps de Jésus-Christ et sur l'autel : prœdicti riri et uxores eorum in ecclesia sancti Pétri de Comines exis tentes ubi, hœc acta sunt, elevatis manibus versus sanctum corpus Domini, et sanctumaltare , juraverunt (3). Robert de Milly offre à l'évéque de Reauvais, en 1200, quatre seigneurs pour pièges: qui supra sacrosanotas reliquias juraverunt (4). Le roi Philippe Auguste, en 1215, donne commission à Gilon de Versailles et à Renaud de Rétizy pour faire jurer les maire et jurés de Beau vais super sacrosaneta qu'ils seront fidèles à l'évcquc (S). Marie, comtesse de Ponthieu, jure super sacrosaneta , au mois de juillet 1225, qu'elle observera ce qu'elle a promis au Roi (6). Raoul de Coud un et Clémence, son épouse, amortissent, au mois de mars 1236, tout ce que l'abbaye de Chalis avait à Charlc-Pont en leur censive, super sacrosaneta jurantes (7). Landry du Maisni), homme de fief de Bernard de Morcuil , seigneur de Villers-sur-Authic, promet
(I) PrctiY., pari. i. d.* ...
(S) Preov., p»rl. a, p. ... n.* ...
(3) Du Cangc , GloMtr., edit. no?., t. m, col. 1011.
(*) Preov.. pari. n. n.-...
(3) Loi*d . ném. do BeanTois» , p. 387. («) PreuT.,part. »,p. ... n.*.., (7) IbW., n.' ...
par serment, fait au mois de juin 1237, sur la châsse de saint Josse , juravit super cenfessorem predictum, qu'il ne réclamerait rien dans la suite sur la dîme de Villers.
La coutume de jurer sur les reliques des saints avait encore lieu dans la ville d'Abbeville vers la fin du même siècle, comme il parait par deux délibérations de l'Hôtel-de-Ville de l'an 1274. La première concerne un particulier qui avait donné un coup de couteau à un autre: à la vue de ffemun nous le mesimes hors de nos prisons et le fesimes jurer sur sains que il irideroit le rile et mouveroit dedens quinze jours à aler outremer, sans jamais revenir à tous. Il est dit dans la seconde , qu'un autre particulier ayant donné un coup à la tétc d'un de ses amis qui allait se baigner : nous le fesimes venir en pleine Esquevinage devant nous, et li fesimes jurer seur sains que le plutost h' il porroit, que il feroit pais à l'omis comme de mellée. On conserve dans les archives de l'Hôtcl-de-Ville le reliquaire qui servait à cet effet. Le même usage se trouve dans les anciennes coutumes de la ville d'Amiens , mises au jour par M. Du Cange : et devera li tesmoins tendre sa main as Sains pour jurer. Et si tost corne li tesmoins sera agenouilliés pour jurer, et ara sa main seur les Sains ..si lejugemens est, et que le bataille soit, et qu'il y est wages.... et fera li Prevos aporter les Sains, et seront mis pardevant li, où il les tenra ense main, sil veut.... et fera jurer à cheli qui demande, seur Sains (l). Nous finirons cet article par rapporter ce que nous avons lu dans une transaction du mois d'octobre 1 345 , entre les abbayes de Saint-Lucien de Bcauvais et de Lannoy : mettre le main au pis, s'il est prettres et jurer en parole de prestres en l'aine de nous; et se il est autres, seur saintes Evangiles en nom comme dessus. Ainsi les prêtres ne juraient pas de la même manière que les séculiers.