‹ Introduction à l'histoire générale de la province de PicardieChapitre 162 sur 294 · VESTIGES DES MYSTÈRES DU DIEU MYTRAS A SAINT-GEORGE-LES-ROYE · texte numérisé non relu

VESTIGES DES MYSTÈRES DU DIEU MYTRAS A SAINT-GEORGE-LES-ROYE

En voici d'une autre espèce. Le mois de janvier était consacré aux mystères du Dieu Mytras. L'idée en subsistait encore au xu .* siècle en Picardie. Elle s'y conservera tant que l'église de Saint-George, bâtie au Sud-Est de la ville de Roye, existera. H est surprenant de voir en dedans et en dehors de cette paroisse, qui était autrefois beaucoup plus considérable qu'aujourd'hui, tant de vestiges du paganisme. Dans l'intérieur tous les chapiteaux des colonnes de la nef , qui formaient des arcades ouvertes, et ceux des pilastres qui s'élèvent contre les murs du chœur sont chargés de sculptures fort grossières représentant les différents signes du zodiaque ; c'est d'un côté les gémeaux ; d'un autre l'écréviase : ici le scorpion; là les poissons; et partout le serpent entortillé. On sait que les anciens (I) roulaient exprimer par cette figure le cours oblique du soleil dans le zodiaque. Au chapiteau d'un pilier de la nef, du côté du midi, c'est le signe de la vierge représentée dans une attitude très indécente. Le» autres chapiteaux sont masqués par de la maçonnerie faites après coup. On voit sur le linteau de la porte de l'église, en bas-relief, un centaure ou l'arei-tenent et une syrène qui est peut-être le signe de la vierge répété; sur le chapiteau d'une des deux petites colonnes accolées, qui supportent le cintre d'une fenêtre placée au rond -point du chœur et bouchée aujourd'hui , Mytras ou le soleil. Il y est représenté sous la figure d'un homme Têtu à la gauloise, et monté sur un cerf dont il tient les boiB. Le cerf passe sur un scorpion qui semble vouloir, avec ses pinces, lui serrer les pieds; c'est le soleil au signe du scorpion. Une chose remarquable dans la manière que celte église est orientée , c'est qu'au temps des équinoxes , avant que cette fenêtre fût bouchée , le soleil , à son lever , la traversait d'un bout à l'autre en ligne droite ; ce qu'il fait encore à son coucher lorsque la grande porte de l'église est ouverte. Toutes les figures monstrueuses qui faisaient partie des mystères de Mytras ont été employées à orner l'entablement qui règne autour de cet édifice. (1 est formé de petits cintres posés sur des tètes d'animaux , comme cochons ,

(1) ftiterob., 1. 1, dit p. ».

iers, etc. On sait que les dérots au Dieu Mytrus se transformaient en ces sortes d'animaux pendant les fêtes qui étaient célébrées en son honneur ; voilà peut-être l'origine des mascarades du mois de janvier. Du côté du Midi, ces cintres renferment des masques. On remarque dans l'un de ces cintres le Lituus ou le bâton augurai. Il y est double. Dans un autre tout près du clocher, on a enchâssé après coup une pierre sur laquelle est sculptée une croix à la grecque. C'est le seul monument religieux qui paraisse dans tout l'édifice; de sorte qu'on dirait qu'il eût été bâti au milieu du paganisme. Cependant l'abbé Le Bœuf, qui l'avait bien examiné, a écrit au Père Dairc, célestin, le 15 de mars 1755, que c'était un édifice du xn.* siècle et rien de plus. Il avait déjà dit dans un autre ouvrage (1) que l'on vit bien longtemps après l'établissement du christianisme les douze signes du zodiaque représentés aux portes et sur le pavé des églises.

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