COURONNES DE FEUILLES D'ARBRES ET DE FLEURS
Les couronnes nous viennent de la même source. Pline nous apprend que les Druides avaient une si haute idée du chêne , qu'ils ne faisaient la moindre cérémonie sans avoir une couronne faite de feuilles de cet arbre: jam perseroborum eligunt lucos, nec ulla sacra sine eà fronde cmfioiunt{i). On lit dans une épitaphe, rapportée par Dom Toussaint du Plessis , qu'on couronnait en certain temps les statues de fleurs de roses : et rosas suo tempore deducerent et statuam décernèrent et
(t) Reg.des6cfsl«nusdueb>leaodePéronne,rol.S«, (3; Preuv.. part. 1, p.... n.» ...
mtmi.du bureau de» Onaacea d'Amifo*. (t) Plln., I. m, cap. ti.
(i) Journ. d« Verdun, aoiU 1775, p. 1».
coronarent (1). C'est donc à l'instar des païens que l'on a mis des couronnes sur la tête des saints et que les ministres du vrai Dieu en ont porté dans les cérémonies. Aussi de crainte d'en manquer, a-t-on chargé certains fiefs et certaines rotures d'une ou de plusieurs couronnes envers l'église. A Amiens , le fief de la Vallée est tenu de présenter, le jour de l'Ascension, un chapeau de rote» vermeille» pour placer sur la châsse de saint Firmiu (2). On voit par un titre de l'an 1464 que les bourgeois d'Amiens portaient la châsse de saint Firmin honnêtement et joyeusement , vêtus de soie , avec de beaux chapeaux sur la tète , chantant des chansons plaisantes et gracieuses (3). Le fief de Saint-Léger, près Domart-en-Ponthieu, doit un chapeau de fleurs au prieuré de ce lieu , le jour de saiut Léger. Il faut qu'il soit rendu au chef-lieu à onze heures avant midi, sous peine de sept sols six deniers d'amende , suivant l'aveu de ce fief, du 20 décembre 1603. Le roi Louis VIII exempte l'abbaye d'Homblières de la prestation d'une couronne de rameaux, coronam unam de raoemi» (4), par ses lettres de l'an 1223. On dit que la rue du Chapcau-de-Violcttes, à Amiens, est ainsi nommée parce que les pâtissiers devaient rendre un chapeau de violettes aux chanoines de Saint-Firmin-le- Con fesse tir (5). Nous connaissons dans la ville de Corbie quelques maisons chargées envers l'abbaye d'une couronne de roses au jour du Saint-Sacrement. Dans l'église de Laon, du temps du chanoine Bélotte (6), on faisait, le jour de l'Epiphanie, pendant l'hymne des primes, une distribution générale de couronnes de rameaux et de fleurs, qu'un acte capitulai rc du 6 mars lfifti, appelle chapeau de fleur de» Roi» (7). Les chanoines de la cathédrale de Soissons portaient des chapeaux de roses le jour de la Pentecôte. Engucrrand de Mery, îeur Prévôt, qui mourut en 1271 , laissa par son testament une vigne pour distribuer à tous ceux qui serviraient à la grande messe le jour de saint Gervais , des chapeaux de roses, comme ils en portaient le jour de la Pentecôte (8). Les arbalétriers de la ville de Montreuil-sur-Mer distribuent des couronnes aux religieux de Saint-Sauve le dimanche dans l'octave de l'Ascension , jour auquel il font leur fête. On l'appelle par cette raison la fête de* couronne». Les couronnes des confréries sont trop communes pour en parler. Aux processions blanches qui se firent dans le Valois , eu 1 583 , les femmes et les filles portaient des couronnes : celles-ci étaient distinguées par la couronne de romarin (9). La couronne de la rosière de Salency est devenue trop célèbre par l'arrêt du Parlement de Paris, du 20 dé-
(4) Rflig. det Giul.. t. il . p. WJ-S51. {S} Daire, hfst. d'Amiens . I. i. p. 503.
(5) Ibtd.. I. h. p, 133.
(4) ttemcr.. Aug. V'irom., régi*!., p. 5*. (3) UUl. d Amien». 1. i. p. 4SI.
(S) Otxmal. ad ril. Laudon. p. SIS. col. t. (7; (5/ Reg. cap. fol. 4SI, vero.
(S) Dormay, hial. de Soin., I. ■■ , p, SSS. (9) Carlicr. bût. do Val., t. h. p. 6*3.
cembre 1774 pour en parier ici. D'ailleurs nous y reviendrons à l'article de Salency. Mais dos couronnes rraiment superstitieuses sont celles qu'on bénit dans certaines églises, comme à Saint-Etienne deCorbie, le jour de sainte Brigide, pour préserver les bestiaux de maladies ou de maléfices. Quand nous reflehissons sur cet usage superstitieux, il nous semble être à Lystre, ville de Lycaorrïe, et voir le prêtre du temple de Jupiter, dont parlent les actes des apôtres, amener des taureaux et apporter des couronnes pour sacrifier aux dieux , non à la porte du temple, comme les Lycaoniens, mais dans l'intérieur même du sanctuaire -. sacerdos quoque Jovi*.... taurot et eoronat ante januat affereni, cum populit rolebat saoriftenre (I).
CLXXXVJI.