‹ Introduction à l'histoire générale de la province de PicardieChapitre 166 sur 294 · FÊTE DES DIACRES , LE JOUR DE SAINT ETIENNE · texte numérisé non relu

FÊTE DES DIACRES , LE JOUR DE SAINT ETIENNE

Ainsi dans l'église d'Amiens, nous suivons Belcth, qui en était chanoine (1) dans l'église dV et par conséquent en devait connaître les usages , le jour de Noël , après les vé- «mm près de la fête, les diacres formaient une espèce de branle en chantant le Magnificat et l'antienne de saint Etienne : dehent ergo vesperœ Natalis primo intégré celebrari, ao postea concernant diaconi quasi in tripudio, cantanlque Magnificat cum antiphonâ de S. Stéphane Le lendemain, ils célébraient les matines et l'office du jour. La messe était très-solennelle. On y chantait le Kyrie (2) avec le trope ou la broderie font bonitatis, ce qu'on appelait Kyrie farci. Le Gloria in excelsis avait aussi son assaisonnement : cum came et mente. L'épitrc était dans le môme goût , c'est-à-dire qu'après chaque période latine , deux ou trois diacres revêtus en chape, chantaient en rhythme picard et sur le ton que nous avons donné (3) : entendez tuit à cest sarmon, etc. {4,) Mais ce n'est pas là l'article le plus scandaleux de la fête. Comme dans les saturnales , les valets prenaient la place du maître, en faisaient les fonctions et se créaient un chef imaginaire; de même les diacres s'emparaient du choeur, en devenaient les maîtres pour y jouer mille farces ridicules. Au surplus de la cérémonie , Y ancien ordinaire renvoie au livre des usages : si fetta (S. Stephani) fiant, ut consuetum est, a diaconis in cappis

sericis fit statio in medio choro, et ab ipti* regitur chorus et fiunt

fetta «s'eut docent libri.

La même cérémonie se pratiquait dans l'église de Sentis , comme nous le dans l'église de voyons par le règlement du 27 décembre 1423 (5). Dans celle de Soissons, la fête sinus. des diacres et les jeux qui l'accompagnaient étaient déjà anciens à la fin du xn.* siècle, comme il paraît par le rituel de l'évèquc Nivelon, que nous aurons bientôt occasion de citer. Il y est dit aussi que l'épitre farcie sera chantée par trois sous-diacres revêtus comme aux jours solennels: epistolam debent cantar êtres subdiaconi induti solennibus indumentis : entendez tuit à c'est sermon. D'autre dans l'église dk part, les curés de Soissons (6), au nombre de dix, qui conservent encore la boissons. qualité de prêtres cardinaux, installaient au choeur, le jour de saint Etienne, un pape qu'ils étaient dans l'usage d'élire parmi eux le jour de saint Thomas. Ce pape présidait aux assemblées qui se tenaient quatre fois l'an dans l'une de

fl) Cap. 70. (y u Bcuf, Trait, hbu do chani «clé*., p. ttl . (») Preu»., part. 1, m» ... (j) Pag n.- ...

(S) U*>-> P ■>•* - (S) Le Grii., ebroo. S. Joao. da Via**. Saaas.. p. 7».

leurs églises : qui cardinale* in festo tancti Thomas apostoli, mente decembri , aliquem ex tuo gremio tuperiorem sibi creare , eumque in die tancti Stephani inttalare solebant , ut per annum integrum eorum congregaticnibut prœestet , taltem quatert per quatuor anni tempera, fieritolilii inaliquibut eorum Eocleêiit , in quibut tolemne defunctorum officium decantaretur. Les monastères ne furent pas à l'abri de ce ridicule. La fête des diacres se faisait dans l'abbaje de Corbie, comme il paraît par les comptes de 1449, 1476, 1401, 1511 (pour bled délivré aux diacres de Véglite de Corbie pour faire leur fête de taint Etienne, un teptier. — Chapitre des mises en blé.^

FÊTE DES PRÊTRES LE JOUR DE SAINT JEAN LlVANGÉLISTE.

dans l'bblise p'a- Aux secondes vêpres de saint Etienne (1), les prêtres chapelains de 1 église d'Amiens faisaient en l'honneur de saint Jean l'Evangéliste , ce que les diacres avaient fait en l'honneur du premier martyr : sic eodem modo omne officium per- ' ficient sacerdotet ipso die beati Joannis, quod hic sacerdos fuerit. L'ordinaire de l'an 1291 porte qu'ils feront la procession en chape de soie, que deux chapelains régleront le chœur, que l'office se fera comme il est marqué dans les livres , qu'on dira le Kyrie et le Gloria avec leurs farces : sic vero hoc fettum fiât a tacerdotibut , ab ipsit fit processio ante chorum in cappi* sériais, duobus capellanis chorum regentibu*.... ut in librit festorum continetur... Kyrie font bonitatis, Gloria cum came et mente. L'épître farcie commençait par ce vers : Bu en chrestien qui Diex conquist (2). On voit par une délibération du même chapitre du 19 décembre 1561 , qu'il «vait été arrêté que la fête des prêtres serait célébrée à l'ordinaire le jour de saint Jean l'Erangéliste, par les quatre plus anciens des six chanoines-prêtres nouvellement reçus et qui n'avaient pas encore fait la fête ; que ces quatre ordonneraient le service divin et prépareraient un régal sans trop d'appareil, auquel l'évêque serait invité, et que les deux autres se réserveraient pour l'année suivante. Cette délibération ayant été prise , sans doute un peu trop à la lettre, une autre du 27 février suivant, en laissant la liberté aux nouveaux chanoines prêtres qui avaient été reçus avant Noël , de prendre jour pour traiter les messieurs, a soin d'ajouter qu'on leur fera faire grande chère : Domini reliquerunt arbitrio dominorum canonicorum prexbytcrorum novissime receptorum , et qui pretbyterierant ante fettum Nativitatit Domini, ad

(I) Brlet., snp., cap. 10. (S) Prcuv., pari, i, p n.« ...

diem sumendum et elirjendum quo , more solito , lautit epulis tint esoepturi dominât. La fête des prêtres existait encore dans la ville d'Amiens au commencement du dernier siècle, comme il paraît par l'acte capitulaire du 23 décembre 1609 (1); mais il est vraisemblable par un autre acte du 8 janvier 1616, que cette fête avait été abolie l'année précédente.

C'était dans l'église de Laon la fête du Patriarche. Sur la demande faite au DAN8 l>église ,„ chapitre par le patriarche le 15 décembre i486, de pouvoir faire fête, lui et ses laon. associés, et d'être aidé dans la dépense, fut répondu que le spectacle serait vu et examiné par le doyen , le butillier et l'official , afin que tout se fit avec décence convenable , qu'on lui permettait de faire son jeu dans l'église de Saint-Martinau-Parvis (2). Le 15 décembre 1490, le patriarche et l'évêque des Innocente qui venaient d'être élus , ayant présenté requête pour avoir permission de faire leur fête et le don gratuit ordinaire, on déclara à celui-ci qu'il pouvait célébrer sa fête en habit long , à condition néanmoins qu'elle ne nuirait point à l'office divin ; quant au patriarche , le chapitre lui défend , pour des raisons à lui connues, de faire les jeux et la cavalcade, lui accordant seulement le repas, pourvu toutefois qu'on n'y invite personne; et si quelqu'un a la témérité d'enfreindre l'ordre, l'officier du chapitre le fera emprisonner sur-le-champ; quant au présent ordinaire, accordé (3).

Les chanoines prêtres de l'église de Scnlis faisaient la fête de saint Jean (4), DAjS l'église i>k en 1523, avec la même extravagance. Us changeaient, non seulement de place sejlis. au chœur, mais aussi d'habillement, dont la bigarrure donnait lieu à la risée et à la raillerie.

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