‹ Introduction à l'histoire générale de la province de PicardieChapitre 167 sur 294 · FÊTES DES JEUNES CLERCS , LE JOUR DES INNOCENTS · texte numérisé non relu

FÊTES DES JEUNES CLERCS , LE JOUR DES INNOCENTS

La fête des Innocents dans l'église d'Amiens commençait comme celle de saint DAlljt L-E6ugE „<A Etienne et de saint Jean , c'est-à-dire au verset du Magnificat : depotuit patentes de tede, etc. Alors les jeunes clercs ou enfants de chœur s'emparaient des hautes stalles ; ceux du haut chœur prenaient la place des enfants et en faisaient les fonctions (5) : et pueri in ipto fetto Jnnocentium (omne officium perficient) quia Innocentes pro Chritto ocoiti tunt. Ils avaient en outre le privilège d'élire, ou parmi eux , ou parmi les chanoines, un évêque qui faisait tout l'office du jour en

. Pirt 1, ... (4) Pu...., i.» ...

(i) ReRiu. cpiujl., coW ii, CM. ». ».• (s) Bd.L, dhio. oal es». TO.

(»IUd.,M.I»,v.»

ornements pontificaux, savoir, en mitre, en chape, avec les gants, l'anneau, la crosse , et donnant la bénédiction au peuple durant la procession. Tel était, dans l'église d'Amiens, l'usage déjà ancien en 1291. Le cérémonial de la fè te était consigné, dit l'ordinaire (I), dans les livres liturgiques : *» hoc fettum fiât, ut oonsuetum est, a parti», ab iptis fiât officiant sicut libri docent Item si hoc fettum fiât , ut consuetum est, a parvis, omnia fient de festo , ut in libri* festorum coniinetur. Or, suivant l'ancien rit de l'église d'Amiens (2), la farce du Kyrie était Puerorum caterva , la même que pour la fête de la Toussaint (3). L'épltre farcie commençait par ce vers : Oyez le gens et la raison.

dans L'tctise de Louvet nous apprend (4) qu'à Beauvais les enfants tendent durant le divin bk au vais. service, les hautes chaires et les chanoines les basses , qu'ils allaient en procession

après lesdits chanoines; qu'ils étoient mis au lablet (tableau) pour conférer les bénéfices dépendons du chapitre qui viendraient à toquer ce jour là; qu'au sortir des matines on allait esveiller avec torches allumées les chanoine» et chapellains et autres habituez qui n'avoient asistè ès matines.

iiaxs l'église de La fôte de» Innocents n'était pas moins solennelle dans l'église de Laon. On laov voit par un procès que le chapitre intenta, en 1284, à Pierre, cardinal du titre

de Saint-Georges au voile d'or, trésorier de cette église, que les chanoines étaient dans l'usage de laisser aux petits clercs la prééminence dans le chœur le jour des Innocents et de les servir (0), et, par le registre capitulaire de l'année 1807 (6), que le même jour les enfants de chœur avaient coutume de sortir dans la ville, ce qui s'est pratiqué jusqu'au commencement de ce siècle. En effet il fut délibéré au chapitre du 15 décembre 1454 qu'on accorderait aux enfants de chœur pour solenniscr la fétc , la somme de quatre livres parisis (7) , dans celui du 1 1 décembre 1458, que chacun des chanoines qui assisterait au souper des Innocents donnerait douze deniers parisis (8) ; dans celui du 3 décembre 1 460 , qu'il serait délivré à l'évêque des Innocents, pour célébrer la fête, la somme de soixante livres (9). Au siècle suivant l'on pense à diminuer peu à peu les abus. L'évêque dee Innocents présente requête au chapitre pour qu'il lui soit permis de faire sa fête, suirant la coutume. Le chapitre, par délibération du 23 décembre 1521 , permet seulement au chanoine économe de donner aux enfants de chœur la pitance un peu plus forte , et lui recommande expressément de ne les pas laisser sortir du

(1) Ordiur. Amb. 118. (t) tbid., n.« ...

(S) Preov.. ptrl. 1. p n.' ... çi) R*g. capital., fol. 86. ».•

W IbM" P ■•" - (8) Ibld.. M. IM, t.*

(4) Aotiq.d» U«,p.»8 (>) , . Rejj fe, „ t.*

(5) Preov., put. l,n.«...

cloître (l). Ils faisaient encore le service au chœur ce jour là, vers la fin de ce siècle, comme il parait par une permission qui leur est accordée le 17 décembre 1 578 (2). Les enfants de chœur de cette église faisaient l'élection de leur évèque la Teille de saint Nicolas d'hiver. Elle était suivie par un grand souper, comme il est marqué dans le registre capitulaire de l'année 1 307 (3). Jacques Cannet, chanoine-prètre, leur lègue par son testament du 14 août 1527, quarante sols tournois pour subvenir aui dépenses et aux frais du nouvel évèquc, à la charge qu'ils diront, après le souper de la féte, l'antienne : Sub tuum prœsidium, le psaume De profundii, etc., avec les oraisons (4). Enfin, si le chapitre, assemblé le 20 décembre 1580, leur accorde la permisssion de faire le service la veille et le jour des Innocents, et leur donne trente sols pour se récréer ce jour là , c'est à condition qu'ils se conduiraient avec toute la modestie convenable (5). Il ne faut pas confondre l'évèque élu par les enfants de chœur de la cathédrale avec celui qui était fait par les écoliers de la ville, le I." décembre , jour de saiut Eloi. Ceux-ci avaient coutume de jouer une comédie pendant la messe. L'usage en avait cessé des l'année 1546, comme il est évident par l'acte capitulaire du 80 novembre de la même année (6).

Jacques Le Vasscur, doyen de l'église de Noyon, en 1022, nous apprend (7) 0A<«$ l'îwlisf: i» aussi que l'office des Innocents y était solennel , qu'il était fait tout entier par aoro*. les enfants et par les jeunes clercs, que cet usage avait plus de quatre cents ans d'antiquité, que les dignités mêmes cédaient leurs places à la jeunesse. Jean Oudun (8), chanoine , ayant été élu évèque des Innocents en 1416, on lui donna un coadjutcur. En 1419 , le chapitre assigna à l'évèque des Innocents, pour soutenir sa dignité , quatre setiers de bled et quarante sols parisis d'argent ; ce qui ferait environ quinze livres de notre monnaie. Vers l'année I430j parurent en même temps deux évéques des Innocents ; l'un élu légitimement dans l'église cathédrale de Noyon; l'autre intrus, dans celle de Saint-Martin. Le premier porta plainte contre l'intrus au chapitre assemblé, à l'effet que l'écolatre prenne connaissance de l'affaire comme étant de sa compétence (9). Le chapitre, assemblé le 22 décembre 1466 (10), délibère que non seulement les chanoines, mais aussi tous autres ne puissent entrer dans le chœur les jours des Innocents qu'en habits longs et ecclésiastiques. En 1497, le prétendu évèque vient au chapitre et fjit

(I) M.>Hcf.,M.U.v.«.

(S) 30.' Beg.,M.M,v.« (S) Prcwr., iapr (4) tS.' He*.. foi SU, r.' (») R*g. Si, M. s f, .•

(<) U.'Rjg., Toi. 23S, l.'

(7) J. Vhmh, epùl.cemor. ». Epkl. es, p. «97.

(8) Reg. rapitul. Novîoin.

(9) PreBT., pârt, I, n.* ...

(to) IW., n.' ...

sommer, par son vice-gérant, le doyen de faire servir à lui et à son cortège, pain blanc, rin, dragées, pommes, oublies, etc. (I) Le 11 décembre 1566, le chapitre restreignit les droits du soi-disant prélat et fit défense aux enfants de chœur de donner la mitre et la crosse à l'évéque des Innocents. Il lui permit seulement d'officier aux matines et aux vêpres, mais sans donner la bénédiction épiscopale; d'assister au chœur en surplis et en aumusse et d'avoir une place dans les hautes stalles près du trésorier. En 1 527 , les chanoines consentent que l'élection de l'évéque des Innocents ait lieu cette année, mais à condition que les cérémonies épiscepales ne seraient point renouvelées : demptis oeremonii» more pontifioio.

mvision dan* lb Croirait-on que cette cérémonie extravagante causa, en 1622, une espèce de chapitre a ciTTB schisme dans le chapitre de Noyou; que le doyen Jacques Le Vasscur voulut occasion. soutenir cette coutume pro art» et focis (2). Une des principales preuves dont il

se sert pour l'appuyer est les deux vers de la seconde strophe de l'hymne des

laudes des Innocents :

Aram ante ipsam simplices Palm» et coronis luditis.

Les enfants, dit-il, jouent de même devant l'autel. Nous révérons leur jeu, mais nous détestons leur mort et nous avons en exécration le bourreau. Ils jouent, et ce jeu plaît à l'église: ecce ludunt etiam ante ipta» ara»] internecionem detetiamur , execramur camificem. Ludunt et p lacet i»te ludu» eeoletiœ. Voilà les armes victorieuses que le doyen mettait entre les mains des partisans de la fête des Innocents, tel que François Genffrin, son confrère. Le Vasseur lui écrit en ces termes le jour des Innocents, 1622 : eccietia non uni eathedratioœ tolemne eut totum in eà peragi divinum ofjioium , quod à taori* ordinibut non pendent , per puero» et olerioo» junior e» ejutdem chori: quibut decedunt ad hune tantutn diem viri ipti , qui dignitatibu» fulgent et in primi» lummitque tubtellii» tedent. Velerum capituli nottri diptycorum quant vetu» nota vetu»ti»*ima est. Tarn grandi» e»t natu rit tu itte, quern viguiste deprekendo jam ante quadringento» anno» in hac cerfs, mayno totiut orbi» ordinum et atatum app/autu fructuque (3) ; pour terrasser tous ceux du Chapitre qui demandaient l'abolition de cette respectable cérémonie, tandis qu'il devait tirer sur eux à boulet rouge. Siècle pervers! disait-il, respectables par l'extérieur, philosophes par le manteau et la barbe, du reste, vous êtes, mes chers confrères, des pécores: 6 tniterum xœculutn t.... toiogettu, externoque habitu tpecUtbile» , toid barbé et pallio pki-

(I) Prrav., part, i, n.« ... (S) IMd., p. 487.

(S) J. Vaweur, Kplft., c«ctur. 1, «pifL SB, p. 4V! Ml.

(«wr»^!». C'est ainsi qu'écrivait, le 28 décembre 1622, un docteur en théologie , un ancien recteur de l'Université de Paris.

La cérémonie de la fête des Innocents a duré plus longtemps dans la collé- dans l'église nr giale de SaintrFursj de Peronne. Nous avons tiré des registres capitulai rc s une liste des évèques des Innocents, depuis l'année 1520 jusqu'en 1638. La formule de l'élection était conçue en ces termes : N.... Jnnocentium electut est episcopus. Il parait par une délibération capitulai™ du 29 juillet 1529 (1) que le chapitre faisait les frais du souper de la veille et du dîner du jour des Innocents; par une autre du 3 décembre 1563, que le censier devait fournir à la dépense, tant pour le souper que pour le dîner, et même pour le souper du jour de la fête; par une autre, du 16 novembre 1592, que le chapitre donnait aux enfants de un septierde bled et vingt -cinq sols d'argent, et l'évêque selon sa généepiteoput veto dahit prout toluerit. Il est dit dans une autre du 29 décembre 1603 (2), que le public avait été fort scandalisé de ce que le jour des Innocents plusieurs ecclésiastiques avaient été souper à l'Hôtcl-Dicu. Une sentence du même chapitre, du 15 février 1604 (3), condamne plusieurs chanoines à une amende et l'un d'eux à huit jours de prison, pour être entrés , avoir bu et mange le lendemain du jour des Innocents dans l'IIôtel-Dieu, au mépris de la sentence du 8 mars 1601. Le 27 décembre de la même année 1604, la somme de trente livres qui était donnée pour l'évêque des Innocents est réduite à dix livres dix sols par acte capitulaire. Enfin le dernier évêque des Innocents élu au chapitre , le 6 novembre 1638, se nommait Desjardin. Nous avons lu dans un compte de l'Hotel-de-Ville dePéronne, de l'an 1536, au chapitre des mises, article huit des vins de présent : payé à Jehan Davesne, tavernier, quatorze sols huit deniers pour deux kaisne» de vin d'Orléans à trois sols huit deniers chacun lot, présentées à l'évêque de Saint-Foursi.

Le même usage était pratiqué dans l'église collégiale de Saint-Florent de Rove. Il fut interrompu en 1523, selon l'acte capitulaire do 13 décembre de la même année. L'élection de l'évêque des Innocents n'eut pas lieu , suivant la coutume, à cause de la guerre qui était dans le canton. Le chapitre permet seulement aux enfants de chœur de présider à l'office du jour (4). Interruption trois années de suite pour la même raison; mais en 1527, l'élection d'un évêque des Innocents fut ordonnée par le chapitre et faite par le vicaire de l'église. L'évoque élu célébra, le jour des Innocents, la messe au grand autel, comme d'usage, et un enfant de chœur, son suffragant, officia aux autres parties de l'office (5).

DANS L'ÉCUSE Dt SAUfT-UOSENT Ut 10TB.

(1} Hcgttt. capital. 8. Fur»ei.

(S) PreaT., part, i, p.... n.* ...

(S) IMd., p....n.*...

(i) IMd., p.... n.» ...

(5) IMd., p.... n.* ...

da*s le ■05ASTE» L'histoire de Saint-Quentin-en-l'Ile , dam la Tille de Saint-Quentin (I), at- UK *Ai5T-QCE!rri!»- teste que le même usage avait été introduit dans les monastères ; qu'en 1492, les en-i'ile. novices de cette maison, les jours des Innocents et de saint Nicolas, élisaient en-

tr'cux un évèque qui y tenait la place de l'abbé, durant les deux jours, ayant

son chapelain auquel était due une paire de gants.

i.ANs l'église de La ®lc des Innocents 8e faisail dc meme dan* cathédrale et dans la collésf.m.1*. gialc de Saint-Rieul de Senlis. Nous avons pour l'usage établi dans la cathé-

drale le règlement du chapitre du 27 décembre 1523 (2), dont nous parlerons ailleurs , et pour ce qui se pratiquait à Saint-Rieul le compte de la recette de l'an 1 537. 11 porte en mise la tomme de huit sol» donnée aux vicaire* pour avoir tenu lieu du petit èvèque le jour de» Innocent , comme il étoit rfe coutume. 11 ne reste plus rien de cette ridicule cérémonie dans les églises de notre province , excepte que le jour des Innocents, les enfants de chœur entonnent l'office ou chantent seuls l'antienne A» »unt, etc., et que l'un d'eux bat la mesure. A Amiens, c'est le plus jeune.

A Reauvais , les trois fêles dont nous venons de parler n'étaient pas moins solennelles, à juger seulement par ce que nous en apprend l'ancien livre des rubriques de l'église cathédrale, rédigé à la fin du xv.' siècle, à l'article du luminaire. Le jour de Noè'l, aux vêpres, on distribuait à chacun des chanoines diacres un cierge d'une livre et aux diacres subalternes un cierge d'une demi-livre que chacun déposait à saint-Etienne, où l'on allait en procession. La même cérémonie se faisait le jour de saint Etienne aux secondes vêpres , au regard des chanoinesprêtres et de tous les prêtres séculiers de la ville. Ceux-ci payaient leur cierge. La procession allait à saint Jean, et chacun y déposait son cierge (3). Les rubriques du luminaire ne font pas mention des Innocents , mais bien les rubriques de la fête. Il y est dit qu'aux secondes vêpres de saint Jean on donnerait un cierge à chaque enfant de chœur, moyennant un denier et que la procession irait à saint Michel.

Page 1