‹ Introduction à l'histoire générale de la province de PicardieChapitre 168 sur 294 · DES FOUS · texte numérisé non relu

DES FOUS

La fête du premier de janvier réunissait toutes les sottises et toutes les absurdités du paganisme ; c'est pourquoi les Conciles, les Pères et nos Rois très chrétiens ont

(I) eut. MS. iaMileMù 8. QwaUoi ccetobii, p. 9M. (I) Itrid.. put.... p.... a.' ...

si fort élevé la voix contre les abominations de ce jour et des suivants. Nous avons tu les efforts que fit saint Eloj pour en détourner son peuple. L'église voyant que ni les prières, ni le jeûne, ni les anathèmes ne pouvaient les abolir, souffrit qu'on leur substituât quelques cérémonies qui pouvaient être tolérées, comme la représentation des mystères et quelques autres spectacles de cette espère. Mais ces pratiques qui se firent d'abord avec assez de simplicité et de décence, passèrent insensiblement les bornes de la modestie et dégénérèrent en désordres affreux , non seulement parmi les gens du monde , mais aussi parmi les ecclésiastiques. Ceux-ci avaient au premier de janvier la fête des sous-diacres, autrement dite la fête des Fous, fatum Hypodiaoonorum, quod tocatnus slultorum (I); ceux-là, la fête des Calendes. Aux xv.* et xvi.* siècles, ces deux fêtes n'en faisaient plus qu'une , à en juger par le concile de Bâlc et par d'autres monuments dont nous parlerons bientôt.

Dans l'église d' Amiens, les sous-diacres faisaient la fête des Fous, dit l'Ordi- dans l'éomsb d'anairc de 1291 , conformément au cérémonial : ri A oc dioitur fettum rtultorum a ",B!W 0N » subdiaconit fiât, et dominied eveniat, ab ipris fiât fettum in cappis tericis, sicut v* ,A" in libris festorum continetur , c'est-à-dire que la messe était du rit solennel , qu'on y chantait le Kyrie farci : euncti poten» genitor (2) ». etc. , le Gloria in excelsi* avec la sauce : sedentem in tuperne (8) , etc. , et l'épitre farcie qui commençait ainsi : Boine gens pour qui tauvement, etc. (4). Ainsi les sous-diacres jusque là n'avaient rien de plus que les prêtres et les diacres. Mais voici ce qui leur était propre. Ils élisaient parmi eux un pape , avec les mêmes cérémonies qui étaient observées à l'exaltation du pontife romain. Le jour de la fête, il officiait solennellement, comme aurait fait le Saint-Père, la thiare en tête et l'anneau d'or au doigt. Sa cour était composée de cardinaux et d'officiers de son espèce. On scellait du sceau du soi-disant pape. Plusieurs bénéficiera de la cathédrale d'Amiens (5), qui avaient passé successivement par cette dignité imaginaire, présentèrent au chapitre, le 3 décembre 1438, une supplique à l'effet d'obtenir la permission de procéder à l'élection , création et ordination d'un pape ; en un mot, de relever la papauté, dignité qui durait l'année entière. Ce qui leur fut accordé, ainsi qu'aux années suivantes jusqu'en 1548, comme il parait par plusieurs délibérations capitulaires. Celle du 12 décembre 1520 (6) permet aux vicaires de faire, le jour de la Grconcision prochaine, l'office divin solennelle-

(!) BeWh, »prè,ctp.T».

(1) Preur., pari. I, p.... n.*.... (I) IN I., p.... n.'....

(4) Idid.. p.... d.\...

(8) IMd., p.... n.*....

(5) IbhL, p.... n.*....

ment dans le chœur de la cathédrale , mais sans bouffonnerie, sans iusuicuw, et sans dépendre les cloches, ajoutant que s'ils veulent se régaler, ce sera à leurs dépens et non aux dépens du chapitre. Par une autre du 16 janvier 1538 (1539) (1), le même chapitre sur la requête verbale du pape et des cardinaux des fous, leur accorde quarante-cinq livres pour les dédommager des frais du repas qu'ils avaient fait. Par une aulrc du 2 d'août de Tannée précédente (2) , les grands et les petits vicaires avaient obtenu des chanoines la permission d'élire un pape , à la charge d'apporter au chapitre les ornements pontificaux, et l'on voit par l'inventaire (3) délivre le 5 suivant à Adrien Josselin, que ces jojaux consistaient en un anneau d'or , une thiarc d'argent et un sceau. Par une autre délibération (4) capitulairc du 9 juillet 1540, il est accorde au pape des fous de jouer le dimanche suivant. Par une autre du 26 du même mois (5), le chapitre fait délivrer cinquante livres tournois pour aider le pape et les cardinaux à supporter les frais qu'ils étaient obliges de faire pour la tradition des barres; nous ignorons qu'elle était cette cérémonie. Il y est dit que ces barres seraient rendues le dimanche suivant.

tvÊytE des rots De même que l'on faisait un pape* dans les églises cathédrales, de même on tans l'hôpital de élisait un cvèque dans les églises subalternes. Il j avait dans l'hôpital de Rue (6), capitale du Marquenterre, une confrérie de vingt-cinq personnes dont le chef avait le titre de souverain évèque de Rue.

n vns l'kolisb de Nous ne savons si dans l'église de Bcauvais les sous-diacres étaient dans l'usage mauvais la fête d'élire un pape, car on y faisait la fête des fous comme ailleurs, puisqu'on trouve fit l'ane. son ce- Jung un ancien livre en parchemin servant de modèle pour les comptes de l'évèhemonial. chc, du mois de janvier : in die Circumcisioni* si fiât fettum ttultorum. Les ru-

briques du luminaire pour les fêtes de Noël (7) nous apprennent seulement qu'aux premières vêpres de la Circoncision, le trésorier faisait distribuer à chacun des chanoines sous-diacres un cierge d'une livre, et aux autres du bas-chœur un cierge d'une demi-livre ; que tous ces cierges étaient déposés ensuite devant le crucifix ; que cette fête était aussi solennelle que les trois fêtes des Prêtres , des Diacres et des Innocents. Au reste la fête de l'Ane qu'on célébrait dans cette église , valait bien celle du pape que l'on faisait dans les autres églises de la province. Voici le cérémonial de celle là avec tout l'office de cette fête singulière, tiré d'un MS. de la cathédrale de Beauvais (8). Tout est noté, jusqu'aux capitules.

(1) Preu»., pari. 1, p.... a.:... (5) Ibid.. p.... n."....

(S) Ibid., p.... n/.... (6) Rumït, Chr. MS. du comté de Pooth., ton. 1*10.

(3) Ibid., p.... n.*.... (7) Preur., part. I, n.\...

(4) Ibid., p.... n.".... (8) Ibid., n.*....

Aux premières vêpres, le chantre commençait par entonner au milieu de la nef :Lux hodie, lux lœtitie, etc. On faisait lecture du tablet, c'est-à-dire du cérémonial de la fête; après quoi le célébrant entonnait le Deus in adjutorium , qui était suivi du Veni sancte spiritus , ou du Veni doctor pervie , que l'orgue accompagnait de la strophe Hœc est clara dies, et de la prose Letemur gaudiis. Venaient ensuite les antiennes Cum salcto , les psaumes, une prose , un hymne , le Magnificat farci, à chaque verset de l'antienne qui précède et que Ton décomposait; enfin, le Benedicamus et son répons farcis aussi. Les vêpres finies, on faisait une station au crucifix, où Ton chantait des répons, des antiennes, des proses à ne pas finir. A complies , rien de remarquable que le Kyrie , le Pater et le Credo farcis, qui se chantaient accompagnes de l'orgue. Les matines étaient composées de trois nocturnes qui avaient chacun leur invitatoirc propre, trois psaumes précédés et suivis d'une prose, trois leçons, chacune des leçons ayant son répons et une prose, excepté le troisième qui était prolixe; et excepté encore la dernière leçon du troisième nocturne, laquelle n'avait point des répons prolixe, mais une prose suivait l'Evangile Liber generationis , une antienne et le Te Deum. A laudes rien de particulier que le Benedictut et sou répons farcis.

Les laudes finies, on sortait de l'église pour aller trouver l'âne qui attendait à la grande porte. Elle était fermée. Là, chacun des chanoines s'y trouvant la bouteille et le verre à la main, le chantre entonnait la prose : Kalendas januariat tolemne Christe fa ci a* (1 ). Voici ce que porte l'ancien cérémonial : dominus cantor et enntmici ante januas ecclesiw clausas stent foris tenantes tinguli urnas vini plenas cum oyfis vitreis, quorum ûnut canonicus incipiat : Kalendas januarias , etc. Les battants de la porte ouverte, on introduisait l'âne dans l'église, en chantant la prose : Orienlis partibus. Ici est une lacune dans le manuscrit jusque vers le milieu du Gloria in exechis. Il est farci ainsi que l'épi tre, le Credo, le Sanctus et YAgnus. Immédiatement après l'oraison, on chantait la litanie : Chrittus tincit, Christ us régnât y etc., dans laquelle on prie pour le pape Alexaudre III, pour Henri de France, évéque de Beauvais , pour le roi Louis VU et pour Alixc ou Adèle de Champagne qui était devenue reine en 1 160 -, par quoi on peut juger de l'antiquité de ce cérémonial. L'Evangile était précédé d'une prose et suivi d'une autre. 11 est marqué dans le cérémonial de cinq cents ans que les encensements du jour de cette fête se feront avec le boudin et la saucisse : hac die incetualritur cum boudino et xauoita (2).

Il ne faut pas confondre cette cérémonie grotesque avec une autre de même lA P0)TB 1W égtptk

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