FÊTE DES SOUS-DIACRES DANS L'ÉGLISE DE NOYON, LA VEILLE DES BOIS
Dans l'église de Noyon, la fête des fous ne se faisait que la veille des Rois. Uelclh dit, en effet , que quelques-uns la célébraient le jour de la Circoncision , quelques autres le jour de l'Epiphanie ou dans leurs octaves : à quibutdam perficitur in Circumcisione , à quibutdam verà in EpiphaniA tel inejut octant (1). Les vicaires élisaient, non un pape, non un évèque, mais un roi des fous. 11 est porté dans une délibération du chapitre, du 3 juin 1497 (2), que l'assemblée permet au roi des vicaires et à ses compagnons de faire leurs divertissements et leurs bouffonneries la veille de l'Epiphanie, pourvu qu'ils ne chantent point de chansons profanes et que l'office n'en souffre aucun préjudice. 11 est dit dans une autre du 1 1 du même mois 1506, que le roi ne paraîtra point au choeur, pendant l'office, en habits royaux, que s'il veut y assUtcr, ce serc en habit d'église. Par une autre du 4 janvier 1320 (1521), le chapitre lui permet déporter la couronne suivant l'ancien usage, more antique Enfin ce ne fut qu'en 1721 que cette mascarade fut supprimée totalement, et cela, dit-on, à cause de la cherté des vivres. Le même jour veille des Rois (3), les Picards du collège du cardinal Le Moine, à Paris, c'est-à-dire, ceux qu'on appelait les anciens, élisaient un d'entr'cut pour représenter le cardinal. Celui qui était élu assistait aux premières vêpres de l'Epiphanie en habit de cardinal ; son aumônier portait son chapeau rouge! 11 régalait ses confrères à souper et leur distribuait des dragées. La fête continuait le lendemain. Elle a cesse depuis quelques années. Il en est fait mention dans la concordance des bréviaires de Rome et de Paris, aux 12 et 15 de février.
riïs des vicaires La folie des vicaires et des chapelains de l'église de Laon était de faire un kt des ciuPEiAws patriarche. Ils avaient élu en 1301 Pierre Caput (4). Ils s'assemblaient à cet nAJts t'ÉoiwE de effet le même jour, veille des Rois, après primes, et faisaient l'élection, après Lh0y- quoi ce n'était que jeux et que farces. Cette solennité avait son rit et ses habits par-
ticuliers. Le patriarche et ses consors, c'était le nom que Ton donnait à ceux qui formaient sa cour , assignaient un jour pour leurs jeux et pour la cavalcade ; cela est consigné dans un règlement du chapitre du 20 décembre 1454 (5). Le 31 du même mois, il est accordé au patriarche et à ses consors de faire leur» jeux
(I) Belelh, ch. 73. (I) Prenv., part. I, n.*
(X) Pffuv.. part. I, n."... (ï) i.« Heg. upiU. M. »,
(3) VarWé hitfor., Lw.p. 33* 33».
et leur cavalcade suivant la coutume (1). Le 5 janvier suivant, l'évéquc de Laon se rend au chapitre à l'effet de lever les oppositions que le doyen voulait mettre à la féte du patriarche. Il est conclu , à la pluralité des voix , qu'elle serait célébrée en la manière accoutumée , hors de l'église , avec jeu* et cavalcade (2). Même permission donnée au chapitre du 2 janvier 14Ï. La délibération porte qu'il serait présenté nu patriarche pain et vin et toutes les autres choses dont il avait été gratifié l'année précédente (8). On lui accorde la môme grâce le 3 de janvier I46|, mais à condition que le service divin se ferait d une manière honnête, comme il était de coutume depuis trois ans, et que le jeu serait examiné (4). Même faveur de la part du chapitre du 3 janvier 142ïque de la part de celui de l'année précédente (5). De même au chapitre du 2 janvier 1 47^ , à condition qu'il n'y aurait pas de scandale (6). Il est conclu, le 10 décembre 1473, qu'à cause de la guerre, la séquelle patriarcale ne ferait ni le jeu ni la cavalcade, à la féte des rois prochaine (7). On lui accorde , par délibération du 23 décembre 1476, les mêmes choses que l'année précédente, pourvu que le jour des Rois les vicaires et les chapelains assistent aux offices arec leurs habits d'église (8). La même chose est arrêtée au chapitre du 24 décembre 1477 (9).
Le patriarche demande à rassemblée capitulaire du 15 décembre 1486. qu'il lui soit permis de faire la fête et qu'on veuille l'aider dans la dépense qu'il avait à faire. On lui répond que son jeu, après avoir été revu par le doyen, le boutiller et l'official, pourrait être donné devant l'église de Saint-Martin -au-Paf vis (10). Ce patriarche des Fous et l'évéquc des Innocents présentent supplique au chapitre du 1 5 décembre 1 490 pour avoir permission , l'un et l'autre , de faire leur féte et pour obtenir le don gratuit accoutumé. On permet à l'évéquc des Innocents de célébrer sa fête en habit long seulement. On refuse au patriarche, pour raisons connues, de faire la sienne, c'est-à-dire les jeux et la cavalcade. On lui accorde cependant de pouvoir faire le repas-, il est menacé de prison, s'il y invite quelqu'un qui vienne à troubler le bon ordre (1 1). Jean Hubreland, chapelain, est mulctc au chapitre du 27 janvier 150.2 pour n'avoir pas assisté à la cérémonie de l'élection du patriarche (12). Albert Goffuin, chapelain, est condamné par sentence du 7 janvier 151i, sur la réquisition du promoteur du chapitre, à huit jours de prison, pour avoir jeté du feu, du haut du portail où il était placé, sur le pa-
(!) S.« Reg. cepit, fol. ST. t.» (7) Ibid., fol. 193,
W ibM., rot. J7. (s) ibid., foi. rt; ».•
(J) «.• Reg., fol. Il, (») 8.' Reg., fol. 30, ».•
(4) Ibid., fol. tt, ?»• (10) Reg.. fol. t».
(5) 7.* Reg., fol. 71. t.* (Il) 10.' Reg., fol. Il», r.
(6) Ibid., fol. U. (U) ML* Reg., fol. SOI.
triarchc et ses eonsors, dans le temps qu'ils célébraient leur féte, la veille de l'Epiphanie (1). La fabrique est déchargée le 28 novembre 1521 de payer dorénavant au patriarche des Fous et à l'évéque des Innocents, huit livres huit sous parisis, cet argent devant être employé à l'avenir aux appointements de l'organiste (2). Il est ordonné par une délibération capitulaire du 23 décembre de là même année, que les curés de la ville feraient le service dans l'église cathédrale, suivant l'usage, mais d'une façon honnête et décente, sans employer des manières ridicules, en prenant et portant la croix et les chandeliers, comme feraient les enfants de chœur ; que les vicaires et les enfants de chœur y assisteraient, mais aux dépens des curés (3). Le chapitre du 2 janvier 1523 et celui du 2 mai 1525 mettent à néant les requêtes du patriarche, tendantes à demander le don gratuit que la bourse commune avait coutume de faire autrefois, ainsi que la marance des absents le jour de l'élection. Le chapitre du 2 janvier lui défend en outre de faire porter dorénavant devant lui dans le chœur des torches et des flambeaux (4). Laurent Brayart, chapelain, patriarche des Fous en l'année 1 527 , demande au chapitre du 13 décembre d'être dispensé de se trouver à l'élection d'un nouveau patriarche , ou bien qu'on lui permette de célébrer sa fête, suivant l'ancien usage. L'affaire est renvoyée aux anciens patriarches (5). Le chapitre du 15 décembre 1531 donne la permission au chapelain Théobald Ducquet , patriarche , de célébrer la fête des Fous, de faire ses jeux et ses comédies, et lui fait délivrer les marances des absents (6). Mais l'assemblée du 8 de mai 1541 ou 1549 refuse au patriarche Absalon Bourgeois le maître des enfants de chœur et l'un d'eux, pour faire semblant, dit l'acte capitulaire, de dire la messe à liesse (7). Le chapitre du 4 janvier 155?, c'est le dernier que nous citerons, autorise l'élection du patriarche la veille de l'Epiphanie , immédiatement après primes , autorise le receveur à lui délivrer seixe sols parisis pour le repas, mais défend absolument, d'y rien faire qui soit contraire à la religion , au roi et à l'Etat (8).
excv.