LE ROI DE LA FÈVE OU LE ROI BOIT
Ainsi le roi de la Fève était la partie la moins honteuse de ces fêtes , quoique
cette cérémonie rappelât plus particulièrement le siècle d'or de Saturne : futi$
(1) 15.' Reg., fol. 338, T.* (S) 18.' Rcg . fol. 35», T.*
(S) Beg. 10, fol. 835. v.* (6) M." Rcg., fol. 77, T.*
(S) lbid., fol. 344. T.* (7) «•* Reg- fol. 138, t.*
(4) 17/ Reg., fol. 77, r.*; »4, t." (») Sfi.' Rcg., fol. t54, v.*
Saturno diebut, inter alia œqualium ludicray regnum lusu sorti entium (1). En effet, le valet et la servante avaient au gâteau que l'on tirait au sort, la même part que le maître et la maîtresse, par conséquent le même droit qu'eut à la royauté de la fève, c'est-à-dire les honneurs et l'empire de la table. Voici la cérémonie telle qu'elle se pratiquait au xvi ' siècle : « Nous commençons, dit Pasquicr (2), » dès la veille, non de prier Dieu, mais de faire bonne chère. Celuy qui est le » maistre du banquet a un grand gastcau , dam lequel y a une fcbvc cachée , » gastcau, dis-jc, que l'on coupe en autant de parts qu'il y a de gens conviez au » festin. Cela fait, on met un petit enfant sous la table, lequel le moistre interroge » sous ce nom de Phebe , comme si ce fust un qui, en l'innocence de son aage, » représentas! une forme d'oracle d'Apollon. A cet interrogatoire l'enfant respond » d'un mot latin Domine. Sur cela, le maistre l'adjure de dire à qui il distribuera » la portion du gastcau qu'il tient en sa main, l'enfant le nomme ainsi qu'il lui » tombe en la pensée, sans acception de la dignité des personnes, jusques à ce » que la part est donnée à celui où est la fcbve ; et par ee moyen il est réputé » Roy de la compagnie , encores qu'il fust réputé le moindre en autorité. Et ce » fait, chascun se desborde à boire, manger et danser. 11 n'y a respect de per- » sonnes, la festivité de la journée le veut ainsi. Qu'il n'y ait en cecy beaucoup » de l'ancien paganisme , je n'eu fais doute. »
Ce qui se pratiquait du temps de Pasquier, se fait encore dans toute la Picardie , avec la différence que les excès qui accompagnent celte cérémonie ne sont plus aussi grands, et que les rois de la fève ne sont plus que des rois du moment , au lieu qu'autrefois la royauté durait l'année entière , comme la papauté , le cardinalat , le patriarchat et l'épiscopat ridicules des ecclésiastiques. Chaque corps s'assemblait la veille de l'Epiphanie et tirait au Roi. De là vient que nous voyous des rois de tous les états et dans toutes les professions (3) : roi des barbiers , roi des poètes , roi des arbalétriers, roi d'armes, roi de la Basoche , roi des ménestriers, roi des ribaux, etc. La confrérie même de Saint-Nicolas de la ville d'Amiens élisait pour son roi le pèlerin qui, le dernier, avait fait le voyage de Myre (4). On lui mettait sur la tête une couronne d'argent doré. La cérémonie se faisait dans l'église. 11 est évident , en effet, par un compte de la ville de Péronne de l'an 1536, que chaque corps de la ville avait son roi. Cet usage est confirmé par la délibération du chapitre de Saint-Fursy du 10 septembre 1610. Elle porte en substance, que le doyen a remontré qu'il était bon d'infirmer une
(I) Cornet. Taelt. mil., lib. 13, cap. i».
(I) Fajquker, Rccb. de la Fr., X. i, col. 5W, éd. 17».
(S) D. Carpenlier, aappl. ad. Gloat. de Du Caogc. t. m. col. «I*.
(4) Daire, Il M. d'Amiens, L o, p. ttt.
ancienne coutume préjudiciable à l'état ecclésiastique , par laquelle les rois laïcs plus anciens que les rois ecclésiastiques précédaient ceux-ci à l'oflrande , qui se faisait daus le chœur de cette église le jour de la translation de saint Fursv. Messieurs remettent au premier chapitre à examiner la bulle du pape relative à cette cérémonie. Mais alon? et même longtemps auparavant , ces rois imaginaires avaient perdu la trace de leur origine. tu.i.Nt du soi iies* Toutes ces sottises et plusieurs autres de la fin de décembre et du commenroNFBÉiiEs et des cernent de janvier avaient été apportées de Rome par les Francs. En efiet , lorscosrs et MÉntis. que saint Boni face leur reprochait d'imiter alors les païens, en damant dans les places publiques, en poussant des cris dans les rues, en chantant des chansons profanes, en tenant les tables chargées de mets et le jour et la nuit, en ne voulant laisser sortir de la maison quoique ce soit , dont le voisin pourrait avoir besoin; lorsque le prélat faisait un crime aux femmes de porter aux bras et aux jambes dés philactères et des ligatures, d'en faire un commerce public, ils lui répondirent qu'ils avaient vu pratiquer tout cela dans la ville de Rome et près l'église de Saint-Pierre , chaque année , le jour et la nuit que les calendes de janvier commençaient. 11 s'en plaint au pape Zacharie : sicut affirmant se vidisse annis singulis in Romand urbe, et juxta ecclesiam S. Pétri , in die vel noote , quando calandœ januarii mirant , paganorum consuctudine choros ducereper pl aléas et acclamationcs , ritu genlilium, et oantationes sacrilegat eclebrarc; et mensas , il/a die vel nocte dapibus oncrare ; nullum de domo sud , tel ignem , vel ferramentum, vel aliquid commodi vicino tuo prestare telle dicunt : quoque se vidisse mulieres, paganorum ritu, philacteria et ligaturas in brackiiset cruribus ligotas habere , et publiée ad tendendum, vénales ad comparandum aliis offerre (I).