ET DES LU PERCALES
Après les désordres dont nous avons parlé, les plus grands étaient ceux qui représentaient les orgies, les bacchanales et les lupercales. On connaît ces fêtes du paganisme pleines de turpitude et d'infamie. Ce qui se pratiquait encore aux siècles derniers dans notre province pendant le carnaval tie s'en éloignait guère. Si Bacchus n'y paraissait plus placé sur un char traîné par des satyres et des
(i) Capitol. 1.b,».TS6.
faunes , on voyait à la place à Amiens et à Boulogne, des bouffons qui se faisaient traîner dans un tombereau, dèbitaut par toutes les rues des libelles qu'on appelait Rébus de Picardie (1). C'était des espèces d'énigmes figurées qu'on donnait à deviner. Nous en avons déjà touché quelque chose dans cet ouvrage. Nous ne connaissions pas alors un livre imprimé à Houen en 1648, où est un chapitre exprès de» Rébus de Picardie (2). Il n'y a pas plus de quarante ans, dit Ménage i que cela se pratiquait encore à Boulogne. Nous avons vu que la même chose à peu près se faisait à Ham. M. Brochant du Breuil nous a marque qu'on y avait vu en 1715, pendant les jours gras, un reste de la Sottise de Ham, c'està-dire le représentant de l'ancien prince monté sur un cheval d'osier, tel que celui qui parait tous les ans à la procession de Cambrai, le jour de l'Assomption de la Vierge.
Le Charivari cl ce qu'on appelle en Picardie la fête de M. l'Arrière, sont des le ciumvahi tN î>\ vestiges aussi de l'ancien désordre du carnaval. Les Picards donnent le nom de " iesti:. Charivari ou plutôt de Carivari , à un bruit confus que font les gens du peuple avec des poêles, poêlons, chaudrons, etc. , lorsqu'une personne âgée se remarie avec une jeune. M. Du Cange (3) pense que Charivari vient d'un mot grec qui signifie une noix , parce que c'était une coutume chez les Romains de jeter des noix dans la rue , le jour des noces , afin que le bruit qu'elles faisaient en tombant , et les cris que jetaient les enfants qui les ramassaient , empêchassent qu'on entendit ce qui se passait dans la chambre des nouveaux mariés; il ajoute que les Boulonnois et en général tous les habitants du pays occupé autrefois par les Morins, criaient encore de son temps Cari, cari, comme pour l'ameuter contre les commis à la perception des nouveaux impôts. Scaliger le fait venir du mot Chalybarium , à cause que le charivari se fait en frappant des vaisseaux d'airain. Il est mention du charivary , calivali , calivari , des villages de Ver, près Corbic, et de Bussy-lc-Long , près Soissons, dans des lettres de grâce (4), l'une de l'an 1 380, comme naguère» pour occasion dé la tomme de douze sol» pardonnée pour un chalivali de la ville de Fer (5); l'autre donnée en 1409, eux estant à table fut parlé d'un chalivari qui »e devoit faire contre aulcun» nouveaux mariez dudict lieu de Ruci (6). Nous verrons par les lettres de Charles VI du 28 janvier 1412(1413), que le charivari était en usage à Péronne , et à Amiens, par les statuts synodaux du chapitre de la cathédrale de l'année 1 464. La cérémonie
(1) Ménage, Diction, éljfm. «a mot Htbui. (4) Tbra. enwt.
(S) Les Bigarrures ci tombe* da Seigneur de* Ac- (i) Beg. 118, earUMI.
cordt, etc.. p. S-SS. (6) Ibid., Beg. 16*, c»rt. M. (S) GloiMr.au mot Caria.
M\>CUE DE LA SEP- Tt AflÉSJKE.
grotesque de M. l'Ancre consiste à conduire au milieu des instruments, à chaque porte du village dont on, fait la fête, un homme monté sur un âne, comme un autre Silène, la tète tournée du côté de la queue de l'animal. Malheur aux voyageurs qui se rencontrent sur la marche de ce cortège insolent ; il faut payer aut in asrc , aut in cute. Nous avons été témoin en 1773 du charivari qui se faisait au village du Mont-Saint-Qucntin, prés Péronne, à la fètede saint Michel, patron du lieu. Mais le bailliage de Péronne, par une sentence du 22 juillet 1775, a abrogé cette fete populaire qui avait lieu dans presque tous les villages de son ressort le surlendemain de la fête du lieu. La même chose se pratique dans la plupart des villages de la Picardie.
oivtRi ksemekts des Voici quelques autres divertissements qui faisaient partie de l'ancien carnaval : cF.uciBi.sBs de >.d. £ç dimanche de Circumdederunt . dit le cérémonial de la collégiale de Saintw soBsoxsie m- Pierre-au-Parvis de Soissons, de l'année 1350, c'est-à-dire le dimanche de la Septuagésiinc , le soudiacre qui est septnainier doit donner detix esleufs blancs aux josnes dames (de l'abbaye de 1N.-D.) pour aler jouer à minet George et à sainct Nicolas emmy le pré du cloistre, et pareillement le dimanche cras (1).
CXCVH.