LA JOUTE AUX COQS, LE JEUDI -GRAS
< amjens, a cobhb, La j°utc auï cocls ' autn?menl dit Ie combat des coqs, était le spectacle de la ,.(C> jeunesse qui fréquentait les écoles. Elle se fait encore tous les ans, le jeudi gras,
à Amiens, à Corbic, etc. Chacun des écoliers apporte son coq bien abreuvé de vin ou d'eau-de-vie. Chacun des coqs entre à son tour dans le champ de bataille. Celui qui a tenu plus longtemps est le coq victorieux. Les honneurs sont déférés à l'écolier à qui il appartient (2). C'est pourquoi Edme Fanay est dit Roy des pôles (poules) dans un extrait baptistaire de la paroisse de Saint-Leu d'Amiens , du 10 février 1575, parce que son coq avait été roi le jeudi gras, jour même qu'il fut premier parrain d'un garçon.
A Péronne, l'écolier, dont le coq avait été déclaré roi, jouissait durant toute l'année, à la mi-carème particulièrement, de certains honneurs parmi ses condisciples. Ils lui formaient une sorte de cour, composée de gardes armés de bâtons ferrés qui l'accompagnaient dans sa marche. Le chapitre de Péronne (3) fait défense le 10 de juillet 1529, au maître de la grande école de souffrir que ses
(t) Cerem. Yulgà D»g»rd . fol. 74, v.* (3} Prêt»., part. I, p .. n.>...
(S) Mm de Fr.. ITSS. p. Mi.
écoliers se servent de ces sortes de bâtons, laissant cependant la permission ai» plus petits d'avoir des lances de bois peint, Actuellement que le combat des coqs n'a plus lieu, ni à Péronne, ni dans les villages des environs, la royauté de l'école tombe , surtout dans les campagnes , à celui qui a le mieux appris à lire. Le jour du jeudi-gras et quelquefois dès le mardi ou le mercredi précédent , le roi de l'école revêtu d'un surplis d'enfant de chœur, orne de rubans, tenant à la main une épée nue, surmontée d'une pomme, garnie d'une infinité d'épingles, va au milieu d'un nombreux cortège armé d'épées, de sabres, de bâtons, à toutes les portes du village chanter l'hymne Vexilla régit. Autrefois la cour enfantine chantait des couplets en l'honneur du roi. On leur donne de l'argent , de la viande ou des œufs , et le jeudi au soir toute la troupe se régale du produit de la libéralité. H est à remarquer que ce roi imaginaire ne se découvre devant qui que ce soit. Cette cérémonie puérile est consignée dans un MS. de l'église de Cambray en ces termes : in tnediâ Quadragesimà icholarei acoipiunt lancent cum vexillit et tintinnabulii : priut faciunt laudes ante ecoletiam; deinde eunt per domot oantando, et accipiunt ova pro beneficio illius taudis. Ce HS. n'est que du xin.' siècle ; mais la cérémonie remontait bien au-delà : tic antiquitut faciebant (1).
La royauté des coqs avait donné lieu au xiv.e siècle à un grand procès entre la a abbevilis collégiale de Saint-Vulfran et l'Hôtel -de- Vil le d'Abbeville. L'afiàire allait être jugée au Parlement de Paris, lorsque les parties s'accordèrent en 1458. Les doyens et chanoines consentent que icelluy qui demeura roy de Vetcole le nuict des quaresmiaulx apporte ou faite apporter devert le Mayeur de ladite ville au camp St.-Georges le cocq qui d entoura ledit jour ou autre jour victorieux, ou autre cocq; et que ledict Roy prétente audit Mayeur pour d'icelluy faire le choie tant que ad ce faire letditt doyen et cappitule, let maittret et prévoit detditet eicollei , ou leuri commit or ou pour le temps advenir puiiient ne doivent en ce empeicher letditt Mayeur et Etchetini celluy ne ceulx qui demouroit roii detditet eicolei , eto. (2).
A Senlis, le roi des coqs présenta le lundi 15 mars 1506, une requête au cha- A sinus. pitre à l'effet d'avoir la permission de venir le jeudi de la mi-carême, entendre la messe dans l'église cathédrale, en telle décoration que son père jugerait à propos ; et que durant les trois jours de son triomphe , il jouisse des fruits de sa prébende. Le chapitre le lui accorda à condition qu'il ne ferait pas porter devant lui les marques de sa royauté, ni son aumussc lorsqu'il viendrait à l'église.
(1) Dom CDritfnUrr. iappl. «d glou. Do Caage , an (i) Cârtnl.. 8L-Vulfr»n, fol. SU,
mot : i/uadragaima major.