‹ Introduction à l'histoire générale de la province de PicardieChapitre 184 sur 294 · DE NOËL. CRI DE NOËL · texte numérisé non relu

DE NOËL. CRI DE NOËL

L'ordinaire de la ville d'Amiens marque qu'aux premières vêpres de Noël, l'on A ABUI|S Lt J0||t allumera les cierges autour de la crèche , à la strophe de l'hymne : Prœtepe jam HOil a matines. fulrjel tuum (dumeanitur versus prœsepe jam fulget tuum, acoenduntur oerei de prœtepio). Cette crèche, suspendue à la voûte de l'église, entre le chœur et le

(I) Dogar, fol. SO t.* (*î Ibid.. foi. «S t.'

figurer l'empire du démon, aTant la loi et sous la loi, et le troisième jour il fermait la marche pour figurer le temps de la grâce où son empire fut détruit par Jésus-Christ : draoo qui triduo deportatur inflatd et longâ caudA , duobut quidem diebut antè cruoem et résilia, potteà, ultimô reirà , tignificat diabolum, qui tribut temporibut, ante legem, tub lege, et tempore graliœ, quœ per hot 1res die* indicantur. Le christianisme pouvait avoir adopte ces monstres dans l'idée que nous en donne Beleth, et suivant d'autres que nous a laissées Belotte (I) dans ses observations sur les rits de l'église de Laon ; mais il est certain que le Manducut de Plaute(2), qu'on nous représente la gueule béante, dont on faisait cln(]uer les dents l'une contre l'autre et que l'on portait dans les jeux, ressemblait beaucoup à nos papoires : magnit malit lateque déhiscent , et clare crépitant dentibut in attellanit pratertim. On les prenait à Amiens (3) pour des représentations de certaines mouches extraordinaires , qui , en infectant l'air , avaient mis la contagion dans la ville et dans les environs. Le cérémonial de cette église de l'an 1291 , nous apprend qu'on portait aussi comme deux têtes de serpents à la procession de l'Ascension : in fetto Atcentionit dotnini que fil per vil-

lam non deferuntur reliquiœ tanctorum deferuntur quatuor résilia, duo

capita admodum terpentum. C'est , peut-être , les deux tétes qu'on voit dans le cabinet des curiosités de l'abbaye de Saint-Jean d'Amiens. On portait plusieurs figures de dragons et de serpents à la procession que l'on fait dans cette ville (4) le jour de la Fête-Dieu. Il n'y a pas plus de trente ans qu'on ne porte plus les deux papoires aux processions des Rogations à Abbcrillc. A Beau vais, le dragon marchait à la tête de la procession des Rameaux , et à la queue le jour de l'Ascension, par la même raison que nous en a donnée Bclcth, suivant le livre des rubriques de l'église cathédrale (5), qui ajoute qu'on plaçait ensuite ce dragon dans un endroit apparent du chœur, pour marquer la victoire que Jésus-Christ venait de remporter sur le démon. A Laon, on voyait aux processions du jour de saint Marcel des Rogations , non -seulement la figure d'un dragon , mais aussi celle d'un serpent replié et monstrueux , d'un aigle ou d'un coq : deferuntur duo intignia teu

rexilla tum effigies etiam draconit et alia quœdam portenta in formant lor-

tuoti terpmtit, et aquilœ teu galli , tam in litania majore, quam in hit Rogationibut. On portait de même à Nojon aux processions des Rogations, une figure grotesque, ressemblante à celle d'un serpent; mais une femme du faubourg de

(t) Otwcrr. ad. riL Liod., p. S40. (4) HUt. d'Amient, »opr., p. 141.

(s) ScaHiw, ad Vatron. Bnd. S4-S-SI. (S) Preor., part. I, n.« ...

(3) BW.d An.ieni.wpr., p. 141.

et le Gloria farcit des jours de Pâques et de la Pentecôte. A. Senlis , c'est un ancien usage, quelques jours avant Noël de chanter Noël, Noël, etc., en fauxbourdon , à la fin de chacun des offices de la cathédrale et des collégiales. On le chante aussi dans les autres églises de la ville. Dans l'église de Laon , on chantait le Kyrie, fons bonitatis et le Gloria avec le trope sedentem; et après l'oraison, deux chanoines , revêtus en chape de soie , chantaient des louanges à l'évoque , canunt laudes episoopo ; pourquoi il leur donnait à chacun doute pièces de bonne monnaie: et ipte dat utrique duodeoim nummo* bona manette (1).

REPRÉSENTATION ENTRE LA PROCESSION ET LA GRANDE MESSE, LE JOUR DES FÊTES PRINCIPALES , DANS L'ÉGLISE DE BEAUVAIS.

Dans l'église de Beauvais, à Noël, à la saint Pierre, comme à toutes les grandes fêtes auxquelles l'évêque devait officier , il y avait une espèce de parade entre la procession et la messe (2). Des petits clercs, debout à la porte des cloîtres, demandaient en chantant à d'autres qui étaient montés sur une espèce d'estrade, le nom de celui des chanoines qui devait lire l'épitre, de celui qui devait entonner le graduel , de celui qui devait lire l'évangile , enfin de celui qui devait chanter la messe. Ceux-ci proclamaient le nom de chacun avec son titre d'ordre ; et aussitôt qu'ils avaient répondu que tout était prêt, que le seigneur évêque ordonnait de chanter, on commençait l'office. La Rubrique ajoute que c'était au trésorier et au chancelier à chanter la litanie: Chrittue vivait etc. Dans ces mêmes solennités, les chanoines, les chapelains et les vicaires assistaient à l'office en aube rouge et en souliers verts, comme il appert par un statut fait au chapitre général de la saint Pierre de l'année 1334 (3). On voit par un autre statut fait dans le chapitre général du mois de janvier 1481 (1482), que les curés de la ville étaient dans l'usage de porter des houlettes de berger à l'évangile, probablement à celui de Pattore* loquebantur. Voilà à peu-près les rits superstitieux des grandes solennités de l'année dans la Picardie.

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