‹ Introduction à l'histoire générale de la province de PicardieChapitre 194 sur 294 · MYSTÈRES OU JEUX DE DIEU SONT TRÈS EN VOGUE DANS LA PICARDIE · texte numérisé non relu

MYSTÈRES OU JEUX DE DIEU SONT TRÈS EN VOGUE DANS LA PICARDIE

Nous terminerons l'article des superstitions invétérées dans la province de Picardie par les mystères, autrement dits jeux de Dieu, jeux des saints, qui ont causé un si grand scandale dans les derniers siècles que l'église a été obligée de les défendre absolument. Les sujets en étaient pris pour l'ordinaire, ou de la

(i) Ad. «pilcl. de IUS. (S) 8Ut. MSS. 8. Pet. Cort.. cep. 1M.

<fl Bellotte, fit. eeclet. Ludvn, p. 17». 7. (4) Joorn. de Venlun, mal 17W. p. 310.

passion de Jésus-Christ , ou du martyre de quelque saint. Ces représentations pieuses dégénérèrent dans la suite en un assemblage monstrueux de dévotion, de bouffonnerie et de libertinage, ce qui les fit interdire. Nous ne les voyons pas dans les premiers temps de la monarchie. Mais il est certain que , sous Charlemagne, les histrions, les joueurs, les farceurs étaient Tort répandus en France (1). C'est ce que l'on a nommé depuis jongleurs, ménestrels, ménestreux , menestriers, et peut-être aussi corneurs (2), dont on aura fait ensuite le mot de cornards, comme qui dirait joueurs de cornet. Plusieurs seigneurs de Picardie avaient le droit de faire corner et piper aux fêtes des patrons.

Les ménétriers étaient fort à la mode en Picardie aux xiv.*, xv.' et xvi.' siècles. Non seulement les princes, les seigneurs, les villes en avaient à leur service, mais aussi les églises. On ne se faisait point scrupule de faire ces jeux dans le chœur et de les remplir même de bouffonneries; ce qui porta le chapitre d'Amiens à empêcher, non la représentation, mais les impertinences qui les accompagnaient. Nous lisons dans d'anciens comptes de l'abbaye de Corbie du temps de l'abbé Hugues de Ver, au chapitre des mises de l'an 1325: pour courtoisies faites à Ménestreux le jour du Sacrement. De l'an 1 327 : pour courtoisies à un Ménestrel. De l'an 1345: courtoisies à Ménestreux le jour du Sacrement et de V Ascension. Item: à plusieurs Ménestreux et joueurs d'&ntregues (d'intrigues). De l'an 1346 : courtoisies à deux Ménestreux le jour de Saint-Pierre. Item : à plusieurs Ménestreux. De l'an 1347 : courtoisies à deux Ménestreux qui furent à l'Ost avec Moniteur (l'abbé). Les anciens comptes de l'Hôtel-de-Ville d'Amiens, celui de 1 389 entre autres , nous apprennent : qu'a Jean Boistel ménestrel pour lui et ses compaignons , qui as jour de l'Ascension et as jour de Dieu , furent as procession as dis jour, là u ils juerent de leur métier, por œ a euls donné dix sols. On voit par celui de l'argentier de la ville d'Abbeville commencé le 25 d'août 1428, au chapitre des mises et des courtoisies: aux Ménestrès de M. de Fosseux la somme de seize sols, aux Ménestrès de M. le Vidame d'Amiens douze sols parisis. Dans un autre pour un an à commencer à la saint Barthélémy 1432, au même chapitre : aux Ménestrès le Vidame d'Amiens ; aux Ménestrès de M. de Fosseux et de la ville d'Amiens; aux Ménestrès de M. de Croy, au Passement et Trompeté de M. dFAnlouintj, et à Pierre Yvart, ménestrel , à chascun d'eulx ung doudrecq qui font en somme lxxii sols vi deniers. Suivant une quittance du 1." de mars 1428 (1429), donnée au même argentier, il y avait à Beauvais une école de méoestriers : aux Ménestrès de M. de Croy seize sols de

(lj Utm. ,JeUU4c.,l.M,r.«*t«tMi».

(1) Herc. de Juillet 174», p. 1601.

grâce et courtoisie pour aler apprendre à l'esoole , à Beauvais, comme ils ont accoustumé d'aller chascun an.

\ Amiens. De tous les spectacles représentes en Picardie sous le nom de mystères, le premier,

dont nous ayons connaissance, fut donné à Amiens (1) en 1402 ou 1403, suivant des lettres de rémission de cette dernière année : comme la veille de saint JFirmin les jeunes gens de la tille d' Amiens ont occoustumé de soy jouer etesbaltre }et faire jeux de personnaiget, Jehan Le Carier se feust accompaigné avec plusieurs jeunes en fans de ladite ville, qui faisaient un jeu de personnaige.... l'un desdits jeunes gens déguisés , tenant, comme un messager, un glaviot en sa main, etc. On en donna un autre au mois de juin 1425 pour récréer le régent et le duc de Bourgogne (2). Cétaitlc mystère de la Passion. En 1445, il y en eut un autre aux fêtes de l'Ascension et de la Pentecôte. Suivant les registres aux délibérations de la ville, dès le 25 de janvier 1444 (1445) , plusieurs notables bourgeois demandèrent aux maire et échevins, et obtinrent la permission de représenter la Passion de Notre- Seigneur Jésus-Christ. Le 9 de mars, mesdits seigneurs ont parlé ensemble pour le fait du jeu de la passion de Notre-Seigneur , qui au plaisir Dieu, sera démontré au peuple o f estes de Pentecouste prochain venant. Il fallait que cela se fit avec grand appareil, puisqu'on s'y prenait de si loin. Le 1 1 de mai il est délibéré que les maire et échevins dineroient ensemble sur leur hourt (échafaud), fait au jeu de Dieu le jour queonjuera ledit jeu aux dépens de ladite ville, et feront le plus gracieuse dépense que faire se porra. Les comptes de l'Hôtcl-dc-Ville de cette année portent en effet : à Ricart de Bougainville , pasticier , payé treize livres dix sous deux deniers parisis pour dépense de bouche faite par messeigneurs mayeur et eschevins de la ville, és 17, 18, 19 et 20 jour de may 1445, en veant le mystère de la passion et résurrection de Nostre-Seigncur , faicte et monstre au peuple es dict jour, en ladicte ville , par plusieurs des habitants dudict lieu; et l'on voit par un mandement desdits mayeur et échevins du 12 du même mois, que Jehan de Margueric fut récompensé pour sa peine et salaire d'avoir faiot et gardé au beffroi d'Amiens par trois jours consécutifs, que l'on monstra etfist lesdict mystère. Par une délibération du 19 de mai 1448, les officiers municipaux consentent à donner vingt-quatre livres à Fr. Michel Jacobin , en lui acordant la permission de faire jouer la vie de sainte Barbe en personnage. Le 5 de mai 1455, messieurs ont délibéré que au jour que on fera l'histoire du mystère de la Passion de Notre- Seigneur , èt f estes de Pentccousles prochaines ils auront un hourt pour voir

(i)Trt»rdr«Cb«rl«,r«liilr....thârU!l57. («) Diire, HUt. d'Arawtu. I. n, p. Ui.

ledit mystère. Le 5 de mars 1459, ils permettent de représenter le mystère de l'invention du Benomt saint Firmin, martyr, aut fêtes de la Pentecôte ; le 30 de mars 1402, de représenter en rimes , pendant les mûmes fêtes le jeu de ce saint. On délibère le 23 de septembre 1403 de faire des mystère» , pour recevoir le roi Louis XI. La reine Charlotte de Saroje, épouse de ce prince , fait son entrée à

Amiens le 10 de janvier 1403 (1404), et si furent toute la nuict chantons et

jeux de personnages pour la joye d'elle , dont toute la ville fut fort rejoye. En 1483, quelques jeunes gens de la ville demandent la permission de jouer le mystère des dix mille martyrs , composé en rhétorique (pièce d'éloquence) , par Fr. Michel le Flameng religieux de l'ordre des Jacobins en ladite ville d'Amiens. L'échevinagc la leur accorda par délibération du 0 d'avril de la même année , considéré le temps de paix, et aussi ledit mystère , qui est chose de bon exemple. Le P. Daire (1) assure que la vie de saint Nicolas de Tolentin fut donnée dans le même temps.

La délibération du 2 de juillet 1500 va donner une idée du jeu de la Passion : Messieurs ont ordonné sur ce en conseil et advis ensetnble , qu'ils délaisseront encors le lieu fait pour le paradis et celui fait pour infer ou mystère de la Passion naguerres joué aux festes de la Pentecoste dernière passées audit Amiens , avec le hourt du déluge, en V estât qu'il sont à présent, jusques à ce que , environ le Noël prochain venant, l'on porra avoir adins que Ion jouera en l'an prochain venant le jeu de la vengeance Nostre -Seigneur Jésus - Christ, que plusieurs désirent estrejouè en icelle année. (In anno jubilei 1500 celebrati sunt ludi Passionis Christiin Ambiano, cum maximo triumpho et apparatu infestis Pentecostes) (2). Un ancien inventaire des effet* de l'Hôtcl-de-Ville dit que l'on a mis en la trésorerie de la ville d'Amiens deux figures du Paradis et Enfer, et du Parq du lieu et autres choses serrant audict mystère , en la huche estant en la trésorerie de ladicle ville avec les cahiers dudit mystère, et aussy de la vengeance, qui sont en icelle huche, le 20.* jour d'octobre l'an 1502 (3). Le jeudi 15 de février 1538 (1539), une troupe de douze ou quatorze personnes présentent requête à l'échevinage, en qualité de joueurs de moralités, pour avoir permission de jouer, aux fêtes de la Pentecôte, la vie de monsieur saint Firmin, patron de ce diocèse. On l'accorde, pourvu qu'ils montrent ledit jeu aux majeur et écbevins. Cette condition n'avait pas lieu quand les bourgeois devaient être acteurs dans la pièce. Le 29 d'octobre 1541, les joueurs de farce de cette ville ont baillé re-

(I) Hbt d'Amtau, L ■. p. lit. (S) Inrtot. tMé S X

(X) Cbron. Cort». MS. D. Cauliocsrlii, f. M, V. col. t.

questes, vous lesquelles il est permis à Fillebert et ses compaignons eh achever l'histoire de l'anohien Testament qu'ils ont commenchè jouer en dedans le premier jour de janvier prochain venant , et pareillement a esté permis aux autres farceurs de jouer l'histoire de /' Apocalypse , à la charge que lesdits joueurs ne polront jouer aux chondeles, ne durant le service qui se fait en l'église , assavoir messe et vêpres, et ne polront prendre pour chascune personne plus grant pris que de deux deniers. Antre requête pareille do moi» de février 1541 (1542) pour jouer les actes des Apôtres. Ces joueurs de farce demandent le 7 d'avril 1547 déjouer en chambre: on la leur refuse. En 1462, on donna sur le théâtre d'Amiens le martyr de saint Firtnin ; en 1568, les forces d'Hercule; en 1594. à l'entrée du roi Henri IV : Hercule combattant, dit La Horlière , chamaillant et mettant à mort l'hydre fameuse par tous les livres (1). Voilà les spectacles de la ville d'Amiens.

A Abbeville : le 28/ jour de juing l'an 1541, a été conclud que la somnu de sise livres qui a esté despensée par plusieurs eschevins , conseillers , procureurs, cl ers de la ville et plusieurs sergens qui ont tenu compat/nie au dit sire Jehan de Limeu, maieur, a garder par trois jours les jus de monseigneur Saint-

( Quentin , mystère de plusieurs autres sains sera baillié cédule adressant

aux argentiers pour ce faire, et pour délivrer cent sols parisis aux joueurs. Autre conclusion du dernier jour de décembre 1 452 portant : que la somme de dix èous d'or dont avoit et que a paié Guillaume de Bonnotil pour avoir les jeux de la Passion à Paris, à maistre Ernoul Grebain , lui fussent baillés et délivrés des deniers de ladite ville, et sont iceulx jus clos et scellés des sceaux de Jehan de

Brimeu eschevins, et mis en un coffre en l'échevinage de la ville , tant et

jusqu'à ce que on vora iceulx juer. Et lequel! e somme sera déduite sur ce que mesdits sieurs vouront donner quand l'on jura le dit jus. On lit dans un compte de la collégiale de Saint- Vulfran a" Abbeville de l'an 1455, que les chapelains ont donné quatre livres seize sols, tant pour l'échafaud du jeu de la Passion que pour les acteurs : a capellanis hujus Ecclesiœ pro parte sud hourdi,iudi Passionis et doni lusoribus dicti ludi dati nu lib. xvi sols (2) , et dans un autre endroit : item lusoribus ludi Passionis (8). Le 29 de janvier 1 462 : sur fa requeste faite par Guillaume Bournel , lieutenant général de monseigneur le sencschal de Pontieu , sire Jehan Landier , Mai heu de Pont , Bernard de Mat/ et Maiheu de Beaurains, commis à la conduite et gouvernement du jeu de le

[I) nid. d'An., «op., p. 1*1. — Antiq. d'Ans., p. 170. (S) lbid.. fol. 13 r. (») Ttbol.8.V«lfr.,fol.9r.-

vengeance de U Peution de Nostre-Seigneur Jétus- Christ , qui naguerrcs a esté ordonnée entre jué en cette ville aux f es tes de Pentecouste prochainement venant, adec que on voloit donner aucune somme de deniers de la ville pour aidier à supporter le dépense qu'il oonvenra faire à cause de ladite mystère. Il a été conclu qu'au cas qu'il fut joué, on donnerait la somme de cinquante livres.

A. Beau rais, un dénombrement serri au roi, en 1465, par l'érèque Jean de a beacvai». Bar, nous apprend que les farces étaient tellement à la mode dans cette ville, que les évèquea avaient formé un fief exprès pour ne pas manquer d'acteurs. Il se nommait le Fief de la Jonglerie. Il en est mention dans les actes délibératifs du chapitre des 13 et 26 juillet 1390. Le possesseur du fief de la Jonglerie était tenu, suivant le dénombrement fourni à l'évêque (1), le 2 mars 1376, par Jean du Puy , de chanter ou faire chanter dans le cloitre de la cathédrale, aux fêtes de Noël, de Pâques et de la Pentecôte, des gestes, c'est-à-dire de représenter des pièces relatives au mystère du jour depuis la fin de primes jusqu'à l'évangile de la grande messe, et personne ne pouvait chanter gestes dans la ville de Beaurais sans sa permission. U parait par deux actes capitulaires, l'un du dernier octobre 1401, l'autre du vendredi 2 novembre 1402, qu'il jouait aussi dans le chapitre: teientem ludere oum viol à in veteri capitulo hiitorias de gestis. On voit par un acte de notoriété (2) du 29 mai 1 452 , que le mystère et le jeu de saint Pierre furent faits cette année sur la place entre la cathédrale et l'évêché , et par un acte capitulaire des chanoines , du 25 septembre 1 636 , qu'ils firent donner trente sols de gratification aux acteurs qui avaient joué devant la porte de l'église : operantibus in januis Ecolesiœ menestrionibus dantur provint) 30 *. Enfin, le même chapitre étant devenu propriétaire du Fief de la Jonglerie (3) , transigea pardevant Nicolas Leuillier, garde du sceau de la prévoté d'Angy, le 10 août 1579, avec Pierre Gavant, marchand, possesseur de ce fief, sis audit Beauvais, comme étant tenu jouer et faire jouer et sonner instrument au jour de saint Pierre, au mois de juin et aux quatre fêtes nataux au-devant de ladite église, et promet de lui payer au jour de saint Pierre, vingt sols parisis, francs de tout, au lieu de quarante qu'il lui rendait auparavant. Louvet (4) assure que le jour de Noël , aux matines, on jouait le mystère de la naissance de Jésus-Christ, et que de son temps les pasteurs étaient encore représentes par trois enfants de chœur.

Le chapitre de Laon, assemblé le 28 mai 1463, consent que l'on prenne les a lao.n tapisseries de l'église et les autres choses que l'on avait coutume de prêter, pour

(t) Pîww., part. I, n.« ... (3) Lmi»., UiM. d« HeaoT., l.n. p. ISS.

(t) IUd., a - ... (4) IbM.

jouer la Passion de Notrc-Seigneur dans les fêtes de la Pentecôte , et que les fêtes passées, le service divin soit anticipe (1). Par une autre délibération du 3 juin suivant , l'on devait gratifier ceux qui avaient fait le jeu de la Passion de huit livres parisis sur la bourse commune (2). Sur la demande faite l'année suivante d'exécuter le même jeu , et de quelques personnes d'entre les chanoines pour y faire leur rôle , le chapitre y cousent par acte du 8 février (3). Accordé dans le chapitre du 16 mai 1464 à ceux qui veulent jouer la Vengeance de la Pattion de Notrc-Seigneur, toutes les tentures de l'église, d'anticiper l'office divin le jour de la Pentecôte et les jours suivants, de faire le vendredi suivant la procession des Rubardiaux (4). Dans celui du 23 mai 1465, que le service divin serait anticipe pendant les trois jours qui suivent la fête de la Pentecôte , en laveur du jeu de Sainte -Barbe, que l'on devait donner en l'hôtel épiscopal, pourquoi l'on prêterait aux acteurs les ornements de l'église dont ils pourraient avoir besoin (5). Autre conclusion du 26 août 1476, que jeudi prochain , jour auquel l'on doit représenter le jeu de Saint-Denis, on chanterait la messe avant huit heures et vêpres avant une heure (6).

a «Aivr-giieims. Dans la capitale du Vermandois, le mystère de saint Quentin fut représenté en 1501, à l'entrée de l'archiduc d'Autriche. (7) Ce mystère renfermait trois parties différentes. La première représentait le martyre du saint; la deuxième, son inveution par sainte Eusebie; la troisième, l'autre invention par saint Eloi. Ces trois tragédies, en vers français, sont réunies dans un volume manuscrit, qui est conservé dans la bibliothèque publique de la ville de Saint-Quentin, sous le n.* 307. Elles paraissent avoir été écrites au xv.* siècle. Héméré (8) voulait parler sans doute de ce manuscrit, lorsqu'il a dit que le trésor de l'église de Saint-Quentin possédait en 1643 un volume des mystères de saint Quentin, et qu'il s'en trouvait un exemplaire tout semblable dans la bibliothèque de Saint- Victor à Paris. Nous avons vu dans la bibliothèque de Saint-Eloi de Noyon, un manuscrit du xiii.' siècle des mystères de saint Quentin qui ne s'y trouve plus. a péiosnb ^n se Pr«Parait " Péronne, le 15 de mai 1445, à jouer le mystère de la Nati-

vité : auquel jour sur la requeste bailliée par les compaignons qui ont préparé faire ung jeu de mystère de la Nativité de NostreSeigneur , en la ville, le lundi des festes de Pentecouste , par laquelle ils requerraient que on leur donnast x /*'-

(I) 6/ Reg. capital.. M. »t y.' (S) 1.' Reg., fol. 44.

(1) Ibid., fol. 93 r." («) IWd., fol. S«« y.»

(3) Ibid., fol. t07 t.- (7) Aog. Virom., p. 340.

(4) Ibid., fol. ttt y." (8) Ibid., p. tw.

vres pour aidier à payer les frais et detpense du dictjeu. On a esté d'accord- que la ville leur donnera C toi» pour aidier à payer leur* deipens et est le mieux que on leur poeut faire veu les affaires que la ville a de présent ( 1). Le 8 de mai 1 483, on venait de faire dans la même ville le jeu de saint Sébastien : sur la requeste faite par tous les joueurs du jeu Monsieur Saint-Sébastien , lesquels requièrent à messieurs que leur plaisir soit leur donner pour convertir aux grans frais qu'il leur convient supporter à l'occasion d'icelui jeu aucune somme d'argent. Vue ladicte requeste et qu'ils ont bien joui et fait honneur à la ville et aussi pour la révérence du Benoist Saint -Sébastien, leur ont donné x livres (2). En 1533 (1534), quatre bourgeois de Péronne demandent aux chanoines de la collégiale de Saint-Fursy la permission de jouer publiquement la vie de sainte Barbe. Elle leur est accordée par délibération du 6 de février, à condition que le mystère sera examiné auparavant. On permet aussi aux prêtres de la ville d'y faire leur personnage aux mômes conditions: permissum est presbyteris luderespromi»so quod presbyteri lud entes attendant suum rotuhtm dominis (canonicis) (3). Par délibération du 5 de mai 1550, les mêmes chanoines refusent d'admettre la requête de trois clercs habitués de leur église, pour jouer pendant les fêtes de la Pentecôte, au milieu de la place publique , l'histoire de Joseph vendu par ses frères (4).

A Scnlis, on devait jouer en 1501 le mystère de la Sainte-Hostie. Le chapitre a sr>us. de l'église cathédrale députa , le jeudi 2 de septembre , deux de ses membres : ad visitandum ludum seu myslerium hostiœ sacrœ quem ludere intendant nonnulli habitantes hujus villœ. Par une autre délibération du lundi 4 de mars 1526 (1527), il fut permis à Jean de La Motte, à Pierre de Bray et autres compagnons, de jouer la vie de saint Boch sans faire d'insolence : ludendi vitam sancli Rochi absque insolent lis faciendis. Les acteurs s'adressèrent au chapitre de Senlis, probablement parce que le théâtre était placé près de l'église , comme nous voyons qu'à Soissons le mystère de la Passion de Notre-Seigneur fut joué, le jour de la Pentecôte 1528 , sur un théâtre placé dans la grande cour de l'évcché : pourquoi , dit un manuscrit que nous avons sous les yeux, fut instituée la confrérie des apôtres.

En effet, après la représentation de ce mystère en 1530 (5), Albin des Ave- A soissons. nellcs, chanoine et chantre de la cathédrale de Soissons, Adrien Le Cocq , chapelain , Crépin Hourdei , prêtre religieux de l'abbaye de Saint-Crépin-le-Grand »

(I) tog.deïUôleldoVmedePéroiwe.f.l.f. I87.Y.' (4) IM...O. tSiO, fol. 98. réel.

(S) Ibld.( vol. 3, fol. sn r.* (S) Donnty, DiiL de Soin., L u, p. 437. — Berlin.

(S) Reg. eapitul. h. 1S33. fol. 1*8, rect. AnU*I' '• «. «p. 8.

et treize autres personnes dont les qualités ne sont pas énoncées, demandèrent à révoque Symphorien et au chapitre la permission d'ériger une confrérie sous les noms des douze Apôtres. Leur requête composée de vingt-six articles fut entérinée en 1531 et confirmée le 12 de juin 1588 par l'évèque Heunequin. Les plus curieux sont : que la confrérie ne serait composée que de quatre-vingt-six personnes, dont quatorze représentant Jésus-Christ, saint Jean- Baptiste et les douze Apôtres, et soixante-douze, le nombre des disciples ; que les premiers assisteraient à la procession le jour du Saint-Sacrement, en habits conformes aux personnages qu'ils représentaient. L'évèque leur permet de faire célébrer solennellement, le dimanche dans l'octave du Saint-Sacrement, la mémoire de la Passion, à condition qu'après l'office, ils se retireraient modestement, deux à deux, pour dîner honnêtement sans ivrognerie , sans murmures et à frais communs , tant des absents que des présents ; enfin , il leur accorde quarante jours d'indulgence aux jours des fêtes de la confrérie qu'ils s'approcheront des sacrements. En 1565 , le mjstère de la Passion fut joué encore à Soissons le jour de la Pentecôte , dans la cour de l'évêché(l). Au commencement de la pièce mourut Pierre Le Sueur, qui en était le principal conducteur, ce qui n'empêcha pas néanmoins qu'elle ne fût achevée en bon ordre.

Il y avait une confrérie semblable à Péronne, comme il parait par une délibération du chapitre de Saint-Fursy , du 1 7 de juiu 1563. Elle porte qu'il sera distribué cinquante livres aux apôtres de la Passion du Saint-Sacrement. Le jeu d'Elysée, d'Acab et de Jéiabell, de la composition de Sébastien Petit, fut donné à Soissons le mercredi après Pâques de 1 579. L'histoire de Notre-Dame de Liesse avait été représentée le 8 du mois de septembre 1553 sur un théâtre dressé devant le portail de l'église cathédrale (2). a notos. Comme ces pièces de dévotion paraissaient plus faites pour les lieux de piété

que pour des places publiques et des carrefours, il n'est pas étonnant qu'elles fussent représentées, et dans les églises, sous les porches, dans les cimetières, et par des ecclésiastiques ou par des religieux. Telle en fut peut-être l'origine. Outre les exemples que noua en avons donnés, en voici d'autres : le chapitre de l'église de Noyon permet , par acte capitulaire du 12 de février 147|, à quelques chanoines et aux chapelains (3) de se joindre aux bourgeois pour jouer le mystère de la Passion. Par un autre du 30 de mars 1478 (4) , même permission donnée aux enfants de choeur pour représenter dans la cour de l'évêché le mystère de

(I) Donna?, RM. de Soi»»., U, n, p. 417. — Battis, (S) Pivot., part. I, n.« ...

Antiq. de Soi»., 1. ix, cap. 10. (*) ttM., a.* ...

(?) Mémoire» JUS.

l'Annonciation. Le chapitre leur fait fournir à cet effet des habits convenables et les jojaux d'une béguine. Les vicaires de la cathédrale d'Amiens du premier ordre, qu'on nomme les grands-vicaires, obtiennent la permission, le 3 de mare 1596 (1607), défaire le jeu de saint Joseph dans le choeur de cette église, à condition que tout se passera avec décence * magni vicarii Eoclesia? Amlrianmris petierunt et obtinuerunta prœfatis dominis licentiam ludendi inchoro hujus ecolesiœ ludum Joseph, proviso quod ipti vicarii nec non pueri chori prœfatœ Ecclesiœ non discurrant per vicot et plateas civitati* Atnbianensis de nocte neque de die, faciendo dissolution*» aliquando per eosdem fieri solitas. Le Père Daire (1) observe que l'usage depuis, fut de jouer cette pièce le quatrième dimanche de carême sur le parvis de la cathédrale. Nous voyons, en effet, par une délibération capitulaire du 8 de janvier 1533 (1534), que les vicaires eurent la liberté de représenter ce mystère le dimanche de Laitare sur le parvis : Domini licentiam et congerium demaverunt vicariis Ecclesiœ ludendi hoc anno die dominica Laitare Jérusalem suprà parvisium ludum seumysterium de Joseph.

Les Corbéiens, non moins curieux que les autres, de ces sortes de spectacles, firent jouer aux fêtes de la Pentecôte de l'année 1469, YApocalipse saint Jean. A Jehan Fouache lejone luy a esté baillié par le commandement du prevost de la ville, la somme de un livres xvii sols vi deniers, et ce pour garder les portes de la ville de Corbye par les festes de Pentecostes, en faisant et jouant lapocalipse saint Jean. A Gilles de Brye a esté paié xvui livres qui luy ont esté ordonné ballier pour aidier à porter les frés du jeu de l'Apocalipse , par commandement de monsieur et de plusieurs habitants (2). Ils eurent les trois jours de la même fête et le lendemain, en 1918, le jeu de l'invention de la Sainte- Croix , qui se donna sur la grande place. Do m Antoine de Caulaincourt y contribua de quatre cens d'or (3).

Les registres de l'échevinage de la même ville portent au 14 de juillet 1506 que les abbé et religieux bernardins de Foucarmont prièrent messieurs de leur prêter les cayers contenant le mystère de la Passion de Jésus-Christ, pour le jouer et VEMEBtE • * 1 A déduire à la Pentecouste prochaine audit lieu, à l'honneur de Dieu et au salut ,'ERTI~M"0', du peuple. M. l'abbé Cartier (4) nous apprend qu'au commencement du règne de Henri II, dans le temps qu'on jouait le martyre de la Passion dans la croisée de la grande église de Verberie, celui du martyre de sainte Marguerite était rc présenté dans l'église de la Ferté-Milon. Chaque siècle a son caractère particulier.

A FOLCARM0M , K

(I) llut. de l« ville d Amirn». t. n, p. U0. (9) Complet de le vHte de CorWe de un è ii<9. ai.v •rchive* de l'ebbaye de Corbie. ri-g. ».

(3i D. Caulioc. Cbron. Corbei , MS. fol. I0C, r. col. I.

(*) llist. do Veloif. I. n, p. SM.

Ce qui nous paraîtrait aujourd'hui le comble du ridicule, ne faisait pat alors la même impression.

a cuise et x vases- La fille de Guise présenta requête au chapitre de Laon, assemblé le 18 de c<HmT juin, pour qu'il lui Tût permis de représenter devant le peuple l'histoire de

Jacques (]). Les habitants du village de Vadencourt lui firent une supplique i blable, pour faire jouer publiquement une pièce en l'honneur de sainte Foy. Le chapitre exige que cette pièce serait pendant trois mois entre les mains du butiller, afin d'être eiaminée (2).

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