LA VOIE MILITAIRE RACCOURCIE DEPUIS PONT-L'ARCHER JUSQU'A AMIENS
Reprenons la voie militaire au Pont-1' Archer, en deçà de Soissons. Cette chaussée de Rheims à Boulogne, telle que nous venons de la décrire, était d'un trajet très-long. On a songé dans la suite à l'abréger ; c'est ce que ces mots de l'Itinéraire . aut per compendium semblent indiquer clairement. Ainsi, pour la rendre plus courte, Scptimc Sévère, (on verra bientôt pourquoi nous attribuons l'entreprise à cet Empereur) la fit diriger sur le plan que voici.
La nouvelle voie fourchait avec l'ancienne au Pont-l'Archer pour aller passer la rivière d'Aisne (2) sur la droite de Vi-sur-Aine, Via super Axonam, sur un pont dont on aperçoit encore les vestiges lorsque les 'eaux sont basses, vis-à-vis une croix, dite la Croix du vieux Pont; delà elle traverse la prairie de Vi-sur-Aine. laissant Berny-la-Rivièrc à droite. M. l'abbé Carlier (3) dit qu'elle traversait aussi la place d'armes du château de Berny. On compte de Vi-sur-Aine à Soissons trois lieues et demi , ou huit milles toises qui reviennent presque à sept lieues gauloises, dont le calcul est de sept mille neuf cent trente-huit toises. H. Noreau de Mautour (p. 250, t. in de l'histoire de l'Académie des Inscrip.) et Dom de Monfaucon, (t. iv, pl. 45 du Suppl. de l'Antiquité expliquée) ont fait graver deux colonnes mil liai rcs dont les nombres des distances marquées dessus peuvent revenir à ces
(1) Notice des Gialw , p. «30. (Ï) Ibid , p. I».
fl) Crlier , birtolre du ViloU , ton», i, p. 14.
srn CETTE VOIF
trois lieues et demi , car elles portent l'une et l'autre sept lieues gauloises de l'endroit où elles étaient placées à Soissons, d'autant mieux encore que l'une est conservée dans la maison de campagne que l'abbé de Saint-Médard de Soissons a à Vi-sur-.\inc et l'autre dans l'abbave même. Mais, dira-t-on pourquoi deux colonnes à la même distance? Dom Monfaucon répond (I) que celle qui est à Visu r- Aine, avait été mise apparemment à la place de l'autre aussitôt après la mort de l'Empereur, afin que son successeur se trouvât le premier et le seul. Nous ne déciderons point cette question. Nous avons comparé les gravures de ces colonnes avec les dessins qui en avaient été envoyés à Dom Monfaucon. Comme nous avons cru y remarquer quelqu'inexactitude échappée à ce savant confrère ou à son graveur , et quant à la forme des colonnes et quant à la manière de lire les inscriptions, nous n'avons pas fait difficulté de les faire reparaître d'après les dessins originaux.
La première fut érigée après l'année 204 en l'honneur de l'empereur Scptime de font-l'aicbeb a Sévère et d'Antoine Caracalla son fils, qui était alors associé à l'empire par les noïok ; deux cosoins de Lucius-P. Postumus, comme il parait par l'inscription, au défaut de lowms milluieu laquelle Dom de Monfaucon et M. de Mautour ont suppléé ainsi.
IMPEBATORE C£SABB LTJCIO SEPTIMIO SEYEBO PIO PER- TINACE AUGTJSTO ARA- BICO ADIABENICO PARTHICO MAXIMO PATBE PATRIE CONSULE TERTIUM ET IMPERATORE CESARS MARCO AfJREUO ANTONI- NO PIO FELICB (AUGCSTO PARTOICO MAXIMO) (I)
CONSULE CURANTE LUCIO P.
POSTUMO LEGATO AUGUSTORUM P. P. (mwutou) AB AUGUSTA 8UBS- SIONUM
LEUGA SEPT1MA. (Leogii ceptan.)
Le fût de la colonne porte quatre pieds dix pouces de haut, quatre pieds neuf pouces de circonférence par le bas, et quatre pieds cinq pouces par le haut. Sa base a quatorze pouces de hauteur et chaque face deux pieds deux pouces de largeur. Le trou qui est creusé au-dessus, annonce qu'elle n'est point entière.
(i; Ibid , p. m. Qlio Iribuoicw pomutc VU , coniule III. Suppltt ptr .
(s) Nom croyons qu'il bot lire: Augotlo Senri M. de M autour. Supra , p. 330.
Cette colonne a été déterrée près de l'abbaye de Saint-Mcdsrd de Soissom , sur le chemin de Crouy, non en 1709 comme le dit Monfaucon, mais en 1708. Nous avons sous les yeux la lettre de Dom Eustache Giles, en date du premier juillet de cette année qui lai annonce cette découverte comme toute récente. Il ajoute qu'elle avait été une des quatre bornes qui, suivant la tradition , étaient plantées aux quatre coins de l'abbaye de Saint-ïlcdard.
La seconde colonue, d'une pierre très-dure , ainsi que la précédente, est dressée dans la cour da château abbatial de Vi-sur-Aine. Elle fut découverte ( 1 ) dans les dernières années du siècle précédent , en travaillant à un bâtiment que M. de Pomponne avait ordonné de construire. Sa hauteur est celle d'un homme ordinaire. Elle était détachée de sa base qui n'a point été retrouvée. L'inscription n'avait rien souffert alors de l'injure du tems. La voici avec l'explication qu'en a donnée Dom de Monfaucon :
IMPER A TORE C£9ARE MARCO ACRELIO AW-
TON1NO P10 AUGUSTO BRITANNI- CO MAX1MO TR1BCNITIA POTESTATE XIIII. IMPERATORE II CONSILE IIII. PATRE PATRICE PRO- CONSULE AB AUGUSTA SCESSIOWJM LEIGA VII.
Ce monument est de l'empire de Marc-Aurèle-Antonin Caracalla (2). L'époque de sa puissance tribuni tienne indique l'année 212 de l'ère chrétienne. Dora de Monfaucon (3) dit cependant que toutes les notes chronologiques concourent avec l'an de J.~C. 211. Quoiqu'il en soit, ce monument et le précédent font preuve que la nouvelle voie militaire ayant été commencée par le père fut achevée ou du moins bien avancée par le fils.
Arrivée sur la montagne de Vi -sur- Aine, elle laisse Autreches sur la droite, Puiseux sur la gauche. En longeant son terroir, elle prend le nom de Fia publica , dans un échange de l'année 1 150, entre les abbayes de Saint-Médard de Soissons et d'Ourcamps ; en traversant le terroir de Nancel, une charte (4) de 1142 lui donne le nom de Ckaustée tout simplement : Calceia in territorio de Nanoel. En passant sur la droite des Loges, l'abbé Le Beuf (0) lui donne le titre de grand
(I) AMiq. ctpl. , p. 3 et Mém. M8S. (4) C«rt. Urtlampï , folio 91 t.'.
(*) Htil. d< l'Acttl. Att Iucrlp. , tom. m. p. SU. (s) Di»». »ur le SolMon. , p. S7.
(S) Antiq. eipl. , top.
chemin militaire. Un peu plus loin, elle est qualifiée de Foie royale , dans un don fait en 1 1 33 à l'abbaye d'Ourscamp, parGoislin,évèquede Soissons ( I ) -. Vnum Campum.... interjacentem vie régie que vulgo appellatur Kalehie de Falle Kaneuheris, (la vallée Quennévière). « Jusque-là, disent les mémoires manus- » crits de feu M. Caillet, cette chaussée est dans son état d'antiquité; elle est >• composée de sablon et remplie en différents endroits de pierrettes blanches. » Elle est relevée dans une bonne partie de son étendue, depuis cinq jusqu'à six » pieds, et elle peut avoir de vingt cinq à trente pieds de largeur, » y compris sans doute les côtés. Elle descendait vers Cus, suivant un titre du mois d'avril 1 243 qui se trouve dans un cartulaire de l'abbaye de Saint-Barthélémy de Noyon , folio 172 v.* : ad oaloeiam que ducit a villd de Cus apud Viacum super Axonam, que Calcia dicitur Calceia Caslellani.
A Cus , elle forme un coude pour gagner Noyon qui est à deux lieues de là. Arrivée à Pontoise, la chaussée passait la rivière d'Oise sur un pont qui n'existait plus dès 1 276 (2). On y avait substitué un bac qui servit en 1 1 86 à rétablir le passage public que les évéques de Noyon avaient porté au village de Pont-l'Evêquc. C'est le prélat Rcnold qui lit rétablir l'ancienne communication pour la plus grande utilité de sa ville de Noyon (3). En 1276, l'évèque s'obligeait d'entretenir et de réparer la chaussée et le quai du bac de Pontoise : ad reficiendum et relinendum Calceyam in riam publicam , et quoddam opu* quod vulgariter appellatur Kacs , ad retinendum et sustentandum Calceyam predictam prope baocum ipsius Episoopi de Pont is ara vertus Pontisaram.
Cette chaussée passe un peu plus loin sur un autre pont dit le Pont-Orgueil. Elle continue de là en ligne droite jusqu'à Noyon sous les noms de Regia Strata, dans un titre de 1 180; de Calciata, dans un autre de l'année 1211; de chaussée de la rue d'Oroer en plusieurs chartes du xv.* siècle de l'abbaye de Saint-Barthélémy de Noyon ; de chaussée de Noyon, dans une charte du 10 janvier I42ide l'abbaye de Saint-Eloy. L'Oroer, Oralorium de Saint-Eloy, c'est-à-dire l'abbaye de ce nom qui a été détruite pour bâtir une citadelle au xvi.* siècle, était établie sur la chaussée. Elle entre dans la ville actuelle par la porte de St.-Eloy et suit la rue de ce nom jusqu'à celle de l'évéché où était la porte de Noyon, (Noviomagus) poste du commandant des Letes-Bataves-Condrinois, Prœfectus Latorum Batatorum Contraginensium Noviomago Belgicœ seoundœ.
La Notice d'Antonin compte de là à Soissons vingt-sept milles romains ou dix
(I) Ctrl. tTnicampi . folio « n. (JJ Preov. , p*rt. Il .
(1) Cirt. rubr. Bpltc, folio 109 r*.
huit lieues gauloises, ce qui, au jugement de M. d'Anville (I), n'est point exact, car l'espace entre Noyon et Soissons n'étant que de seize à dit-sept mille toises en droite ligue, ne répond qu'à quinze lieues gauloises.
Cette chaussée, depuis en deçà de Pontoise jusqu'au bourg de Fé, avait été abandonnée avant l'an 1)80, comme il est certain par un règlement de cette année de Rainold, évèque de Noyon. Le chemin public laissant Pontoise, la rue d'Oroer et Noyon sur la droite, allait traverser la rivière d'Oise à Pont l'Evéque. Ce ne fut que cette même année 1 180, que les choses furent rétablies comme du tems des Romains.
de non» a soie- A la sortie de Noyon, la chaussée traverse une petite rivière au bourg de Vé, otisi. du latin Fadum, qui veut dire un passage public (2); et, comme nous l'apprenons
d'une charte de Charles-le-Simple de la quatrième année de son règne: in vado cum ponte petrino, « de là, passant entre le rue qui vient de la fontaine du Mcsnil, » et entre le rue qui vient du marais de Vauchelles , dont toutes les terres qui sont » le long la cauchie sont tenues de M. l'Evéque (3),* » laissant Beaurain à droite, inter Bellum Ramum, dit une charte de l'an 1243 et Calciam Roiensem (4); entre le bois d'Orcsmaux et Behencourt : inter Flocort et Calceiam de Behenoourt, dit une autre charte de 1 197 (5). Elle traverse la forêt de Bouvresse, qui était autrefois d'une plus grande étendue, passe entre Avricourt, Avricorti non Diviscorti , comme il est imprimé dans le Gallia Christiana (6) et à Maregny-aux-Cerises , selon le titre de fondation de l'abbaye de Monchy-le-Pierreux de l'année 1239, Juxta Calceiam inter Diviscorti (Avricorti) et Mareniacum versus Molendinum. Les terres du terroir de Maregny qu'elle cotoye, sont dites terres de la chaussée, in terris de Calceia dans une autre charte de l'an 1210 de l'église de Noyon. De là, clic arrive à Roicglise; ce lieu, quoique chétif village aujourd'hui, mérite quclqu'attcntion. Nous y reviendrons.
Ne quittons point la chaussée tracée par l'Itinéraire, qui, soit dit en passant, ne parle point de Rodium; cependant, avant que de pousser plus loin, faisons connaître la structure intérieure de cette chaussée ; nous l'avons examinée audessus et au-dessous de Royeglise en 1708, lorsqu'on la détruisait pour en former une nouvelle à droite et presqu'à côte. Elle est établie sur une rangée de morceaux de grés et dans quelque endroits de pierres dures, posés à plat sur un massif de ciment et retenus par une bordure de grés ou de pierres dures posés de champ. Ce
(i) Notice de la Gaule , p. 498. (4) Cartul. S. Bartbol. No». , t.' 16G t».
(») Le ViMeur , annale* de Noyon , p. 678. (S) Cartul. l'rticampi . f.' SS V.
(S) Cartul. Rouge de Tnolel-de y. de Nojon , f.* 39 r. («) Gall. Cbrisl. , loto, i , col. stt , lait.
premier lit est rechargé d'un autre lit de cran, d'un pied d'épaisseur; celui-ci , d'un troisième formé de gros cailloux ; par dessus ces cailloux, une autre charge de cran. La dernière couche qui peut être d'un pied d'épaisseur est composée de petits cailloux verdàtres et noirâtres, liés avec du sable fin. Elle était telle entre le village de Roieglise et la ville de Roie, surtout vis-à-vis Champien. Au-dessus du village , du côté de la forêt de Bouvresse , le Nucleu» était formé de fragments de tuiles et de poteries romaines liés dans un lit de glaise. Elle y conserve le nom de chaustée Brunehaut. Elle est enterrée vers le milieu du village de Hoicglisc sous la chaussée récente. Les solins des premières maisons à gauche, en venant de Nojon , sont établis sur l'ancienne.
Cette voie militaire va de Roieglise à Roie : Prope Royeglise venu* caslrum PE roieglise a si- Royense , subtus viamregiam per quam itur de villa seu Castro royensi apud «ci, capitale oc Noviomum, (Traité entre le chapitre de Noyon et celui de Royc, du jour de saint «a*™"** Luc 1320) (1). Elle tirait un peu vers la gauche , par conséquent son entrée dans cette petite ville n'était pas par la porte de Noyon, telle qu'elle existe aujourd'hui. Elle était plus directe à la porte d'Amiens, par laquelle elle descend dans le faubourg Saint-Mcdard , pour entrer dans le Santcrrc. Elle est nommée Fia publica , en 858 , dans un diplôme de Charles-le-Chauve (2) en faveur de l'abbaye de Corbie ; et chaussée d'Amiens , dans une donation faite à l'abbaye d'Ourscamp, en 1280(3): Septem jornalia terre arabilis in territorio de Boya juxta Caloeiam Ambianemcm , et viam que duoit de Goienoort apud sanctum Medardum.
Delà, elle côtoie le terroir de Goiencourt (4), scion un titre de l'abbaye de saint Barthélémy de Noyon , du mois de décembre 1267 : In territorio de Goienoort oontigua Caîceie que duoit de Boya apud Bouchuerre.
Elle passe au terroir de Dammery, dont l'église est sous l'invocation de saint Vast. Sur la droite , est le bois de la chaussée.
Simon, maire de Damery, au mois de juin 1262, vend au cure de Parvillé un bien situé au terroir de Damery (5), divisé en plusieurs portions de terre, dont deux, le long de la chaussée : Terra autem illa sita est in se* loois; scilieet
ultra Caloeiam septem jornalia et dimidium alius campus situs est citra
Caloeiam sec us viam M nui crèche.
Elle laisse le Quenoi à droite. Gérard d'Athies, archevêque de Bexançon,
(I) Cari. H. 4e Noyon, folio M, t.», col. I. (*) ùrUil. 8. Bartol., fol. S», r».
(t) Prou*., part. Il, n*. (S) Cariai. LongipcoL tire n«ron?il, ebaru 9i.
(»C«tWnic,fol.»,f.
donna cette seigneurie aux Célestins d'Amiens et de Sainte-Croix, par acte passe ie 2 janvier I40|, qui fait mention de plusieurs pièces de terre tenant à la dite chaussée.
En passant sur le terroir de Bouchoircs, un titre du 2 avril 1467 lui donne le nom de chaussée Brunehaut : « Deux jorneux de tere appartenant au cha- » pitre de Roie , séant entre la chaussée Brunehaut qui mène d'Amiens à Noyon » et le lieu de Folies, tenant au chapitre de Neelle, aboutissant à la dite » chaussée. »
Elle portait le même nom en 1708, en passant sur le terroir d'Harrillers : <i Neuf journaux de terre situés au terroir d'Erviller, tenant d'une part aux » Célestins d'Amiens, d'autre à la chaussée Brunehaut, conduisant d'Amiens à » Roye, » (Titre du chapitre d'Amiens) ; en 1707, en traversant celui de Folies: . « terre proche les bois des près à Folies, tenant d'un bouta la chaussée Bruue- » haut, d'autre à la sente des Folies à Hengest. (Ibid.) »
Il parait par un autre titre du mois de mars 1224, qu'elle faisait séparation du terroir des Folies , de ceux d'Harrillers et d'Mangcst : De quinque Bocariit terre site inter Folie* et Caloeiam que durit Ambianum. Elle laisse sur la gauche Frénoy dit en Cftaussée. Elle passe au pied des ruines de Saint-Mard , qui est dit aussi en Chaussée. Il y a en ce lieu (1) un fief relevant de la salle de Montdidier, qui porte le nom de Chaussée Brunehaut : « Ce 6ef est sur la » chaussée Brunehaut et commence au chemin qui mène de Arvillcr à Folies , » croisant la dite chaussée au lieu dit le Moulin-aux-blancs-Poulets et finit à » un autre chemin aussi croisant la dite chaussée nommé le chemin de la Tou- . » chaux , qui maint- de Maizières à Ignocourt, le long de la chaussée, qui contient » quarante pieds de large. En l'estenduc ci-dessus, le seigneur dudit fief a droit » d'amende et de bornage des terres tenantes à la dite chaussée ; et si a droit » de prendre des marchandises qui y passent pour le prix que les marchands »> ont acheté (2). »
Nous pensons avec M. d'Anvillc que la capitale des Setuci était placée vers cet endroit , comme nous le ferons voir bientôt.
di la capitale des Des ruines de Saint-Mard, la chaussée cotoye le terroir de Maixières, qui est sstoci a AWEiis. sur la gauche. Arnould, évéque d'Amiens, confirme au mois de novembre 1240, une vente faite à Saint-Martin-aux-Jumeaux d'Amiens , par Pierre de Waubercourt, consistant en dix-huit journaux de terre, dont onze journaux juxta
■i) Dtirc, HUt. de Monld., p. I». {J> Rôle do Oef« mouvant* de la Mlt« du Rot a
Calceiam que tendit apud Royam a sinistris. Quatuor tero jornalia et dimidium ad Arbrisellos juxta eamdem Calceiam ad mensuram virgc de Demain (1).
La ehausssé traverse aussi la petite rivière de Lucc à Domard; va passer au pied d'une croii dite Romarin, Romanorum ; au milieu des bois de Gentelles, et passe la petite rivière d'Avre à Longucau. Il est à présumer qu elle descendait de là dans lu vallée d'Amiens et aboutissait à la porte de l'Arquet où était la tour de Jérusalem autrement dite du Gloria laus. La chaussée est nommée eu cet endroit par La Morlicre (2), la chaussée de l'ancienne porte de l'Arquet. 11 ajoute que le fossé de la ville était le long de la dite chaussée.
Maintenant, pour faire voir que la chaussée de la Table Théodosienne était cette chaussés dk
la même que celle de l'Itinéraire d'Antonin , aux stations près, qui ne se trouvent " t*»"-e tbbodo-
point marquées dans l'Itinéraire, revenons sur nos pas. Toute la différence est de "E B,"",
, . n . c pas de l'itixmaiiu:
ce que ceux qui venaient de Rome ne trouvaient qu une station entre Soissons ,
. „ , , d'astonih. et Amiens; au lieu que ceux qui venaient de la Gaule, en rencontraient trois
sur leur route, dans le même espace. D'où vient cela? Nous ne donnerons pas dans des conjectures. Il est certain que la première, en partant d'Amiens, est assignée dans la Table à Sotucis , à dix lieux gauloises du point de son départ. Ce lieu n'existe plus , mais comme à 1 1 ,000 M 3 à 400 toises du centre d'Amiens, dit M. d'Anvillc (8), on se trouve vis-à-vis d'un lieu nommé Cayeux , il s'ensuit que les Sctuci étaient placés en cet endroit, c'est-à-dire, aux ruines de Saint- Aï ard, où l'on voit encore des élévations de terre qui annoncent que ce lieu a été considérable. Il n'y a pas longtemps qu'on y voyait des restes d'un village. Nous n'hésitons pas même de dire que ce lieu fut, avant Lihons, la capitale du Santerrc, ou des peuples que les anciens monuments du pays nomment Santois , Xantois, nous approchent bien de celui de Setucis. La seconde station est marquée Rodium , k la même distanco de dix lieues gauloises; or, pour retrouver les onze mille et trois à quatre cents toises de Setucis à Rodium , il ne faut pas s'arrêter. C'est encore le savant académicien qui parle (4), à l'emplacement actuel de Roie ; il faut aller jusqu'au clocher dont le nom est Roie-église, et vulgairement Roiglise. En effet, deux autres chaussées dont nous parlerons bientôt , étaient dirigées sur ce village et non sur la ville de Roie.
La troisième station est indiquée à V11II lieues gauloises de Rodium , en un lieu nommé Lura , qui est une faute dans la Table , comme l'a fort bien observé M. d'Anville (5). H faut lire Isara, nom qui revient parfaitement au village
(!) Csrlol. 8. Martini ad gemcll., fol. 80, i«. (4) Ibid , p. US.
(t) Page 343, Antiquité d'Amiens. (5) Page 887.
(3; Notice de la Gaule, p. 602.
de Pontoise, Pont Isare, quoiqu'il se trouve plus de neuf lieues gauloises entre Rodium et hara. Mais quand la Table Thëodosieime pécherait par l'exactitude en ce point , cela ne serait pas surprenant. On pourrait lui objecter bien d'autres défauts d'exactitude, comme nous l'avons déjà dit. D'ailleurs, nous n'avons tu aucun titre dans l'église de Noyon qui fit connaître que la chaussée de Pontl'Evèque à Sempigny fût plus ancienne que les évéques. Il est certain que le voisinage des stations de Noviomagu* et à" hara empêchaient que deux corps de troupe, dont l'un serait venu de Soissons et l'autre d'Amiens, se rencontrassent à loger dans un lieu aussi resserré qu'était alors Noyon. Nous verrons ailleurs que cette voie jetait trois branches.