‹ Introduction à l'histoire générale de la province de PicardieChapitre 42 sur 294 · RESTES DES ARTS BELGIC0-R0MA1NS DANS NOTRE PROVINCE · texte numérisé non relu

RESTES DES ARTS BELGIC0-R0MA1NS DANS NOTRE PROVINCE

A ces connaissances près , et à quelques autres semblables auxquelles la nécessité ataif eu plus de part que l'industrie, on ne trouvait chet les Belges ni édifices publics , par conséquent point de temples, point de thermes , point d'amphithéâtres, point d'aqueducs, point de ponts, point de chaussées; par conséquent aucuns monuments d'architecture , de peinture, etc. Point d'édifices particuliers; i>l l'abchiuctiuf par conséquent point de sépulcres, d'arches sépulcrales, d'inscriptions, etc. Enfin , ces peuples n'avaient aucun principe de la castramétation. Les Romains possédaient éminemment ces différents arts; jaloux de perpétuer leur mémoire, ils en firent passer la connaissance à nos pères. Quoiqu'il n'existe dans la province aucun monument tant soit peu entier , si l'on n'en excepte les murs de la cité de Senlis, d'architecture belgico-romaine , cependant chaque cité doit avoir eu son prétoire et un temple au moins. Le prétoire d'Amiens était nommé Cuimlianum. En 1596 on découvrit à Beau vais (4), en creusant le fondement du dortoir des (Jrsulines, une assise de grossscs pierres dures de 15 à 20 pieds en carré, avec quelques colonnes et quelques chapiteaux. En 1753, en jetant les fondations de l'Hôtel-de-Ville , on vit des vestiges d'un monument élevé en cette ville en l'honneur de l'empereur Adrien. Louvet dit (5) que les fondements qui restent de l'ancienne église de N.-D. du Til, qui avait été détruite au v.* siècle par Attila, roi des Huns, sont de même bâtisse que les murs de la cité de Beauvais. Nous parlerons dans un autre endroit des restes du temple du Mont-Capron ,

(1) Jeoo. . I. t , Tcnat. (3) Lit. « . p. 194.

fl; Li». i, p. i31 , m, traduction de I abbé Ter- («; M9. mit le Beaurow*.

\i) Antiq. de Beanrai* , lom. i , p. 387.

bâti près In même ville. A Boulogne-sur-Mer, les fouilles faites aux années 1594, 163.3, 1635, losqu'on travaillait à fortifier cette ville, et depuis, lorsqu'il fut question de rebâtir dans les rues et dans les places de la haute ville , ont mis à découvert les restes de plusieurs bâtiments considérables, sans parler de ceux qui ont et** trouvés du côté de la porte de Calais, en tirant vers le village de Saint- Martin (1). Aux environs de Brcteuil en Beauvoisis, sur le terroir du village de Vandcuil, le seigneur des Ruisseaux fit détruire, vers Tan 1570. un reste d'édifice romain dont les murs avaient 4 à 5 pieds d'épaisseur, comme nous l'apprend une description de la ville de Brcteuil rédigée en 1574 par ordre de M. le prince de Condé. Les travaux faits à Soissons en 1551 pour mettre la ville en état de défense , devaient fournir à un observateur curieux "bien des connaissances sur l'état de l'architecture romaine dans la Picardie ; Donnai rapporte (2) qu'on découvrit au nord-ouest de cette ville, entre les remparts et l'abbaye de Saint-Crespin en Chaye , des souterrains très-vastes et fort bien voûtés : c'étaient des restes d'un édifice antique auquel on a donné le nom de Château <f albâtre. Nous croirions volontiers que les deux belles colonnes de granit blanc , chacune de 10 pieds 4 pouces de haut, dont l'une a 4 pieds 8 pouces de circonférence, l'autre 4 pouces de moins, que ces deux colonnes placées derrière le grand autel de l'abbaye de Saint-Médard pour supporter trois châsses viennent des démolitions de ce palais : c'est ainsi que la belle église d'Aix-la-Chapelle, dont le plan avait été tracé par Charlemagne, fut ornée de colonnes de marbre qui provenaient de l'ancien palais impérial de Revenue (3). Nous avons vuàNoyou, dans la cave d'un épicier dont la maison fait le coin de la rue Fromcntresse , en face de l'église de Saintc-Godeberte , deux fûts de colonne accostés l'un à l'autre et posés sur une base commune. Ils sont égaux en grosseur, c'est-à-dire de 4 pieds 4 pouces environ, chargés de feuilles de chéne travaillées très-délicatement. Ces deux colonnes dont il ne paraît que 3 pieds tout au plus, s'élèvent perpendiculairement contre le mur de la cité qui allait passer près l'église de Sainte-Geneviève. Elles paraîtraient avoir été disposées en cet endroit pour orner la porte de Roye, à en juger par l'alignement de la chaussée romaine qui traversait cette ville. Combien de découvertes semblables n'a-t-on pas dû faire dans les xiv.* et xv.' siècles, lorsque la plupart des villes ont été agrandies et fortifiées? A Térouanne, ville capitale des Morins, avant que Charles-Quint l'eût réduite dans l'état où elle est aujourd'hui ; dans la cité des Vermandois, avant qu'elle fût en-

(1) Mém. M9.

(9) UiH.do Soi*».,lwn. ii, p. 4M.

(3) Le Bœuf, Eut des «rienc. mus Chirlemag. p. 90, S».

sevelie, partie sous les marais de la Somme, partie sou» les déblais de la montagne où est située à présent la ville de Saint-Quentin; enfin dans les autres cités de la Province? Cindiflcrence des anciens habitants n'est pas excusable.

Les restes de la scuplture Romano-Belgiquc sont encore plus rares. Une statue de Mercure en pierre, taillée en ronde bouse, trouvée dans les environs de Beauvais et dont les journaux de 1695 ont fait mention ; trois autres divinités en marbre blanc , dont une de grandeur naturelle et à laquelle il ne manquait que la téte , découvertes à Soissons en 1551 (I); les membres de quelques statues mutilées, ramassés au hameau de Pont-d'\ncy, sur la rivière de Veslc, parmi les débris d'un vieux mur (2); deux autres plus petites trouvées à Saint-Quentin ; le chapiteau d'une colonne et plusieurs morceaux de pierres travaillés dans le même goût et déterrés près de Beauvais , sur le mont Capron ; ( la frise de la colonne représentait un enfant nu devant une corbeille remplie de raisins, que des oiseaux venaient becqueter, et les côtés étaient parsemés de pampres) ; un autre chapiteau trouvé en terre prés les murs du séminaire de la môme ville; quelques restes de colonnes et de chapiteaux trouvés en jetant les fondements du dortoir des Ursulines ; les feuillages sculptés sur la colonne de Noyon ; un bas-relief où l'on aperçoit les arts sur leur déclin , enchâssé dans le mur de clôture de I abbaye de St.-Médard de Soissons; enfin, un sarcophage déposé dans l'église de Saint-Corneille de Compiègne; voilà toutes les découvertes en ce genre faites dans notre province depuis deux cents ans environ, dont la connaissance, du moins, soit venue jusqu'à nous. Cette disetle de monuments pourrait venir en partie de l'espèce d'horreur que les Picards, éclairés des lumières de l'évangile, conçurent pour tout ce qui portait la plus légère empreinte du paganisme ; tel fut le tort , dit un savant antiquaire (3) d' ' Ermensule , idole de» Saxon* , et de* autre* idole* que le* Frisons avaient honoré*. Lorsqu'on réparait le* mur* de* tille* y si l'on trouvait de* g ta tue* de* dieux du paganisme , on le* renfermait dan* l'épaisseur du nouvel édifice , de manière qu'elles ne fussent point aperçues.

La peinture a dû nécessairement éprouver le même sort. Les Romains avaient communiqué aux Belges deux sortes de peintures, la peinture à fresque et la peinture en mosaïque. La première était trop délicate pour résister à deux ennemis redoutables, le temps et l'ignorance. Aussi n'en avons-nous trouvé que de faibles vestiges dans les débris des anciens châteaux de Réaulieu près Saint-Quentin , et de Vendeuil près Breteuil ; ce sont des morceaux de ciments chargés de bandes de

DE SCCIPTIRK.

DK PtlMPBK A

(I) Donnai, iupr., lom. i, p. 41, loin, u, p. 4SI. (*) Oiil.du Viloil.lom. i,p.475.

(3) LeB<rur. »upr.. p. M.

bleu d'azur , de rouge d'ocrc , coupées par un filet de blanc de céruse large de trois ligues ou environ. 11 parait que ces bandes formaient l'encadrement des tableaux peints sur les murs. Les environs du château d'Albâtre de Soissons nous ont procuré plusieurs autres morceaux semblables ; ce sont des restes, sans doute, des belles peintures dont les voûtes des souterrains de ce palais étaient encore décorées en 1551 , lorsqu'on en fit la découverte (1).

dk pEiNTt'BE g> La mosaïque est un assemblage de morceaux de marbre de différentes couleurs, mosaï'oi f.. • quelquefois mélangés avec des pierres de verre ou de petites pierres coloriées , taillées en toutes sortes de formes , plates ou cubiques : le tout s'appliquait sur un fond de ciment. Du mélange de ces différentes couleurs on formait des personnages, des animaux, des arbres, des vases, enfin toute espère de figures. M. Bertin , auteur d'une histoire de la ville de Soissons qui est restée manuscrite , assure qu'il fut trouvé dans la fouille de 1551 quantité de morceaux d'albâtre , de jaspe , de porphyre , etc., façonnés par petits carreaux , larges seulement de deux pouces ; c'étaient des débris de mosaïques. Nous tenons de la générosité de M." de Mont- Guyot une pièce de mosaïque de la même espèce , mais moins précieuse : elle a neuf pouces de long sur sept de large ; elle est formée de petits morceaux de marbre noir, de pierres de liais, et de tuiles bien cuites, d'un demi pouce de face et d'un pouce et demi ou environ de queue ; ses parties sont liaisonnées entre elles par un mastic blanc très-lin et font parement bien uni. Le tout est posé sur une couche de ciment de tuiles très-rouges , d'un demi pouce d'épaisseur ; cette couche est appliquée sur un massif composé de petites portion» de tuiles et d'un mortier très-dur. Nous n'avons pu déterminer son épaisseur parce qu'il n'en reste qu'un pouce environ adhérent à la couche du ciment : ce reste même porte des marques sensibles de sa dégradation ; mais il est facile d'y suppléer par le procédé des anciens dans le travail des mosaïques.

//* faisaient , dit M. Foii^croux de Bondaroy (2), avant que de construira leur mosaïque , destinée à servir de pavé à un grand et bel édifice , une excavation de trois pieds de profondeur; ils jetoient dans le fond un mortier de chaux et de sable de l'épaisseur de deux à trois pouces. Ils arrangement ensuite des pierres plates jusqu'à la hauteur de douze à quinze pouces qu'ils liaient dans un mortier de chaux dans lequel étaient noyés quelques gros cailloux ou pierres cassées et anguleuses. Dessus ce mortier ils en plaçaient un autre de ciment avec très-peu de chaux, de trois pouces. Ils finissaient par mettre au-dessus de celui-ci un mastic de deux pouces d'épaisseur , dans lequel sont retenus les cubes de pierres qui

(t> Donnai , »up. . tom. n, p. «51. (S) Recherche! tar le» raines d'flercaUDum , p. 170.

igm

forment la mosaïque. La nôtre est une portion de plancher ou paré du bain du château de Reaulieu près Saint-Quentin , dont nous aurons occasion de parler dune la suite.

On a découvert aussi parmi les débris de cet édifice (1), comme dans les ruines nosaïoic mik des châteaux d'Albâtre de Soissons et de Vendeuil, à Saint-Quentin, dans les pi*c*cf. environs de Pont-d'Ancy , des restes d'une autre espèce de mosaïque que l'on nomme Placage : celle-ci était faite de morceaux de marbre sciés très-minces et plus grands que ceux qui étaient employés dans la mosaïque dont nous venons de parler. M. Petit, procureur du roi de la police ù Soissons, homme curieux des antiquités et en histoire naturelle , a rassemblé un nombre infini de morceaux de marbre précieux de toute espèce qui ont servi à la mosaïque à placage qui ornait le château d'Albâtre. On y reconnaît entre autres le porphyre vert, la brèche d'Afrique, le vert d'Egypte, le vert cipolin, le jauue antique, le rouge antique , le rouge de Numidie , le rouge de Libie , le grouge griotte. Ces différents morceaux ont depuis deux jusqu'à six lignes d'épaisseur. Nous avons des échantillons de tous ceux-ci , dont M. Petit nous a fait présent. On voit aussi dans le cabinet de M. Jardcl, à Brainc, quelques débris de ces marbres précieux . sciés en feuilles très-minces; ils proviennent des environs de Pont-d'Anchy. D. Wiard, bénédictin de l'abbaye de Notre-Dame de Brcteuil, qui en écrivait l'histoire en 1670, nous apprend que quelques curieux ayant fait fouiller , la même année, dans la vallée où était bâtie autrefois la capitale du Vendcuillois, y découvrirent quantité de petites pièces de marbre qui annonçaient un somptueux bâtiment (2).

Nous avons trouvé nu même lieu, en 1769 et 1770, une pièce de placage de porphyre vert , qui a cinq lignes d'épaisseur ; une autre de marbre cipolin ; une autre d'albâtre onyx. M. Le Nain, ingénieur du roi à Saint-Quentin rapporte (3) qu'en faisant creuser, en 1639, un puits à l'est de l'ancienne Auguste de Vermandois , les ouvriers avaient découvert à quarante-cinq pieds de profondeur , un lit de démolitions rempli de morceaux de marbre , jaspe et albâtre , tout brisés et qui avoient été autrefois polis et mis en œuvre , dont ils apportèrent plus de trois demandelées (mannequins). M. l'abbé Piétavi , chanoine de la collégiale de cette ville , a en sa possession un morceau de jaspe de quatre pouces en carré, sur trois quarts de pouce d'épaisseur, taillé en biseau par dessous comme pour former une incrustation. L'art du placage consistait à appliquer ces feuilles de marbre sur

I; Hut. du Valois, loin, i, p. 414. iïj Diwri. imprim. à Jfoyo», wpr.

i Hut. MS. Brilnt. raona.1.. p. 54.

la surface des murs. Bergier (I) nomme ce travail textorium opus ; les édifices des grandi, dit-il, en étaient comme couverts et enduits de tout cotte z. On employait dans les appartements moins somptueux de grandes tuiles. Le même D. Wiard , que nous ayons cité plus haut , parle d'une muraille découverte de son temps dans la vallée de Caply, dont la face intérieure était plaquée, dit-il, de grandes pièces de terre cuite comme de la brique, fort longues et larges, toutes percées en plusieurs endroits. On appliquait ces pierres sur le ciment : on en coulait du liquide par les trous, ce qui rendait l'ouvrage très-solide (2).

la mosaïqce se PE«- Le goût de la mosaïque s'est perpétué dans la province de. Picardie, après la ' PKTiKDASsiAMo- sortie des Romains. On lit dans la chronique deCentulc (8), écrite par le moine viNCE, soi* us Hariulfc au xii.' siècle, que l'abbé Angilbcrt avait fait faire, sous le règne de (iliarlcmagne , le pavé du chœur de cette abbaye de différents morceaux de marbre nuancés de diverses couleurs, et que cette sorte de travail était incomparable : Videtur usque hodie in pavimento ckori tam pulchra et tam distincta marmori* operatio , ut quicunque illud in-spicit incomparabile opus assewret. On lisait dans la chapelle de Saint-Riquier ces quatre vers tracés en mosaïque :

Hoc paviiueutum humilis Abbasromponcrr fen

Angilbcrtus ego , duc-tus amorc Dei.

l't mihi post obitum sanctam donare quiotem

DigDflar Christus, vita, salusque mca.

Jean de la Chapelle, continuateur d'Hariulfc, qui avait vu ce pavé existant encore à la fin du \\ .' siècle, ajoute (4) qu'il était de porphyre rouge et vert, et tel qu'on n'en voyait point de semblable dans tout l'univers : pavimentum porphyreticum rubei et viridis coloris, quale in toto terrarum orbe non est vixum simile. On a découvert depuis deux ou trois ans, au septentrion de l'église, en creusant dans une cour basse, des débris de cette mosaïque, c'est-à-dire beaucoup de petites pièces de porphyre rouge et vert . taillées de différentes formes. Nous en conservons plusieurs. Hariulfe nous apprend aussi que l'abbé Saint- Angilbert avait fait venir de Rome les différents marbres tant du pavé que des colonnes qui ornaient l'église de Centule : direxit véhicula fortia et multa ad urhem Romam , ut marmor et columnœ ad omatum jam dictes ecclesiee deferrentur, et que l'empereur Charlemagne avait envoyé des ouvriers habiles pour mettre en œuvre le bois , la pierre , le verre et le marbre : artifice* doctitsimos ligni et lapidit , vitri et marmoris Angilberto dirigit regia patentas.

(I) lli*4. d« gr. ehem.. loro. n , I. S. c. 1 1 , n.- 3. (3) Spicileg. , toro. it, p. i58.

<«) Htet. Brital. MS. lupri. ,4) Acu wnclor. bened. S*e.n. part. i.p. no, n -7.

L'art de la peinture en mosaïque n'était pas encore tombe dans l'oubli dans l;i rille de Saint-Omcr au commencement du xu.* siècle. lperius, religieux de Saint - Bertin, rapporte (1) sous l'année 1109, que le corps de Guillaume de Flandre, fils du comte Robert, mort à Aire la même année, fut porté à Saint-Omer et inhumé dans l'église de Saint-Bertin, sous une tombe travaillée artistement en mosaïque : cette mosaïque était formée de petites pierres de différentes couleurs, qui représentaient un chevalier armé de pied en cap : eu jus sepultura artificè oomposita ex lapilli» minutissimis ditersorum colorum opère mutiaco quasi depicta foret y armato milite fuit decorata. .

La peinture sur verre a commencé aux xi.' et xti/ siècles, à prendre la place la printih» sm de la peinture en mosaïque. Elle fut employée d'abord à orner les églises. Elconorc, VE»«E SA comtesse de Beaumont et du Valois, qui mourut en 1214, avait fait présent à riKCll'église de la Cathédrale de Soissons de deux vitraux peints (2). Ceux qui font aujourd'hui l'ornement de la Cathédrale d'Amiens ont été donnés dans le même siècle, savoir: la rose où est placée l'horloge, par Jean Coquerel, maïeur de la ville en 1241 ; les trois premiers grands vitraux de la nef à gauche en entrant par le grand portail , par Andrieu de Malherbe, Thomas de Regny , et Enguerrand de Saint-Fuscien ; les 14.' , 15*' , 18/ , 20.' , 28/ et 29/ , par les doyennés de Conty, de Poix, de Grandvillers, de Doullens, d'Abbeville et de Saint -Uiquier ; les autres, par différents corps de métiers et par des chanoines , comme il paraît par les inscriptions qui sont au bas. La vitre qui est placée au-dessus du grand autel est un présent que Bernard d'Abbeville, évéque d'Amiens, fit en 1269 : Bernard tu Eps. me dédit an m. ce. lxix. Celle de la Chapelle de Sainte-Marguerite est un autre don fait avant l'année 1303 par l'évêque Guillaume de Màcon. Un% reine d'Angleterre fit faire les vitraux de l'église de Sainl-Yvcd de Draine.

Des églises , la peinture sur verre a passé dans les châteaux des princes et des seigneurs particuliers. Cet art s'est perfectionné sous le règne de François 1". On est surpris, dit M. Carlier, de voir dan* des espaces très-resserrés des objets sans nombre , des points de rue, des paysages variés par des situations innombrables. On admire entre autres les panneaux des croisées de l'église Saint- Nicolas à la Ferté-Milon , peints en 1549, et ceux de la chapelle de Saint-Hubert. Peut-on voir travail plus fini que les métamorphoses d'Ovide représentées sur les vitraux de la salle d'assemblée des arquebusiers de Soissons.' C'est l'ouvrage de Pierre Tâcheron, maître vitrier, peintre sur verre de cette ville, en 1622. Louis XIV passant à Soissons en 1663 admira la correction du dessin et le beau

(I) Coron. Sjlb. Tbt». «need.. ton. m, cal. «M. (•) Hirt. do Valois . ton,, n. p. M3.

coloris de ces panneaux de vitres peintes, et en demanda quatre pour orner son cabinet (1). Il y arait aussi à Amiens, au jcvi.4 siècle, d'habiles peintres sur verre, comme il parait par une délibération de l'Echevinage du 4 mai 1503. Ils Taisaient corps avec les tailleurs . les brodeurs et les enlumineurs. Selon une autre du 18 février 1304 (1505) (2), cette sorte de peinture était encore en honneur à la fin du même siècle; on avait consulté, dit une autre délibération du 3 mars 1580, les plus habiles dans ce genre de travail, pour savoir leur avis touchant l'histoire que la ville ferait peindre sur le vitrage dont elle voulait faire présent aux Filles de Saint-Julien (3).

XLVIL— XLVIII.

PLUSIEURS AUTRES CONNAISSANCES VIENNENT AUX BELGES PAR LA MÊME SOURCE. — LES THERMES DONT FAISAIENT PARTIE LES ARÈNES.

Les Romains transmirent aussi à nos pères leurs coutumes, leurs usages , leur langage et leurs superstitions. Ces maîtres de l'univers n'eurent pas de peine à faire recevoir à des peuples vaincus ce qui semblait les consoler dans leur état, comme les jeux , les spectacles , les bains. Toutes ces parties de divertissement étaient réunies dans un édifice vaste et spacieux que les anciens nommaient Thermes, et que nous avons appelé arène, cirque . etc.. en prenant une des parties pour le tout. On peut consulter sur cette matière le savant ouvrage imprimé à Rome, en 1622 (4). d'un Romain médecin du pape Sixte-Quint.

» AMIENS. Il paraît par les actes de saint Fi r m in, martyr, que les arènes de la ville

d'Amiens étaient à la porte Clipccnnc , puisque le saint y fut conduit pour être donne* en spectacle au peuple : Prœropit Sebasliamut mililibus guis , ut illum ad spectaeula theabri ad portant Clipeanam poit biduum prœsenUtrent (5). L'an cien gymnase amiénois a été transféré ensuite entre la porte de i\Toyon et l'abbaye de Saint-Acheul. La Fosse-Fcrncuse , eu latin Ferarum noxiarum , est encore connue. C'était là que l'Hôtel-de- Ville donnait le divertissement de la choie, le jour des Quaresmaux. Si cette fosse a été nommée dans la suite Fovea ardent , comme le dit le P. Daire, c'est que l'on y avait brûlé, en 1321 et 1330. plusieurs

s soissoss. personnes convaincues d'hérésie. Le lieu dit in Cavia où est bâtie l'abbaye de Saint-Crcspin en Chaye . près les murs de la ville de Soissons . indique l'ancien emplacement des arènes de cette ville, ou plutôt la fosse dans laquelle étaient

fl) Art de la peinture sur nrtr par Le Vieil. t Andr. Bat-nu» EUidianu* de Thrrmis , 1. 7. r. i ,

fi) Begitlre rot* ix. T. .1,5.6.

(3) ReguU coté m». T. '.:>) Bolluod. a*». SS., tom. m. sept. p. il, n.° 15.

renfermées les bêles destinées au combat. Elle servait aussi de prison aux criminels condamnés à paraître en spectacle devant le peuple. Saint Crespin et saint Crespinien y furent enfermés. (Je lieu avoisinait le château d'Albâtre. De là les arènes furent transférées au vi.' siècle au sud de la cité. Nous apprenons de Grégoire de Tours (1), que Chilperic Ier, roi de Soissons, fit bâtir un cirque dans sa capitale ainsi qu'à Paris : Apud Suessionas nique Pari*iu* circos œdifioare prœcepii. Les grandes chroniques de saint Denis ont ajouté au passage une espèce de commentaire que voici : En ce temps fisl le Roy Chilperich establir à Pari» et à Soissons une manière de jeux qui sont appeliez croques à la manière que les Rommains souloient faire anciennement. Si vaull autant à dire comme cerne qui est fait à la ronde en une large place dedans laquelle les chevaulx couroient sans yssir des bournes qui y sont mises. Ces manières de jeux souloient faire les anciens qui payent estoient et sacrifier en leurs deffaulx. Les dieux pour ces deux Castor et Poilus fist jadis ce jeu establir si comme les fables Ovidianes le racomptent . L'emplacement de ce cirque n'est indiqué ni par Grégroire de Tours , ni par l'auteur de ces chroniques, mais par une charte de Hugues , évèque de Soissons , de l'an 1 100 , en faveur de l'abbaye de Saint-Jean-des- Vignes . Per viam a Pantelon usque ad cruoem... in via de V album ; et a salice in via sancti Remigii , usque ad aliud juxla culturam; et per terras tuasjuxtn montem arenarum. \insi le cirque ou les arènes de Chilperic devait être placé au pied du mont où est bâtie l'abbaye de Saint- Jean-des- Vignes .

Plusieurs chartes de l'église de Sentis nous donnent des renseignements sur la po- de *e*us. sition des arènes de cette cité; elles étaient situées au sud-ouest, en tirant vers laGattelicre, au pied d'un monticule qui forme amphithéâtre, quatuor masuris contiguis ex una parte vico qui dicitur des araines et alia parte grangie de Thioulis que dicitur a le Poterne (2). Du pied de ce monticule sort une fontaine qu'une bulle du pape Lucc III, de l'an 1182(3), appelle Fontem Arenarum, fontaine des arènes. Elle est nommée de même dans une charte de l'an 1309, de l'évêque Guillaume, au sujet d'un différent entre ce prélat et la commune de Senlis, pour un mur qui situs fuerat jumta fontem qui dicitur d'Airaines juxta prata nostra. On lit la même chose dans une charte française du même Guillaume, de l'an 1810 : Li quel mur estoit assis de lez la fontaine d' Araines et lez nos prés , que l'on dit le» prés a" Araines. Ce même nom se trouve répété dans des titres de 1308 cl 1437. « Hais peut-être que dans les premiers temps les arènes ou plutôt les thermes de

fl) ilisl. franc. I. S , e. 18. (JJ Util. Cbml., tom. > , <»lt. Ml.

d) Ourle de ( abbaye de Chalh du moii de juin l*lb.

Son lis étaient places à la porte de la ville où a été bâtie depuis l'église de Saint- Rieul ; car on lit dans les actes de l'apôtre du pays que cette place servait à plusieurs usages, que les simulacres des dieux y étaient exposés , qu'on y vendait les victimes pour les sacrifier, et qu'on y exposait au supplice ceux qui refusaient d'offrir l'encens aux dieux (1). Si nous connaissions les noms anciens de tous les lieux qui avoisinent les cités de Beau vais, de Boulogne, de Térouanne, de Vcrmand, sans doute y retrouverions-nous la position de leurs arènes. Car suivant l'abbé Le Bœuf (2) , chacune des villes qui était autrefois sous la domination romaine avait les siennes. On les reconnaît dans les vieux titres sou» les termes iVArena • , de Locus Arenarum , de Castrum Arenarum , de Campus Arenarum , etc. Ces monuments ont été détruits, ou comme incommodes, ou pour en faire servir les matériaux à construire les nouvelles enceintes des villes.

xux.

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