LES THERMES ÉTAIENT DESTINÉS AUSSI AUX JEUX G YMN ASTIQUES
Ces lieux publics» étaient destinés à toutes sortes de jeux , parculièrement à la lutte , à la paume, au ballon, à l'escrime, ludum palestrœ , ludum pilœ , ludum gladiaiorum (3). Auguste aimait pussionnément les jeux de la paume et du ballon, au rapport de Suétone ; Au (jus tut ad pilam folliculumque transiit. Ce dernier divertissement, suivant Martial, convenait à la vieillesse comme à la jeunesse :
Folle dcccl pueros luderc , folle senes (4).
Le mahou et la pye, les joutes, les courses de bague, du chapelet, les jeux de battoir, de tarais, de choie, le combat des coqs, etc., ébattements pour la plupart en usage encore dans la Picardie , sont une image ou plutôt des restes des jeux gymnastiques qui firent les délices des Grecs et des Romains.
i.i> KtsTES so\t lk Les jeux de mahon et de la pye consistaient dans une certaine adresse à termmio\ et la pie s rasser son ennemi malgré les différents efforts qu'il pouvait faire pour n'être pas AM,E>S vaincu , et à lutter à coups de poings. Ces deux exercices nous sont connus par
une ordonnance de l'Echevinagc d'Amiens, publiée le 28 janvier 1515 (1516) dont voici le titre : (Ordonnance louchant le jeu de mahon et la pye. Suit l'ordonnance en ces termes : pour ce que le commun populaire de cette ville a accoustumé chatcun an en la saison présente , faire plusieurs combats par bandes , corn-
(1) Bolland. Act. SS.,lom. m, nurt., p. »*J, n.' U. {3; DeTbermb, »upr. , c. 5 , p. 374.
iij Mercore de juillet, 1717, p. 15U, 1513. (4J Epigram. 47. lib. 14.
pagnie les uns contre les autres par manière d'esbattement, dont plusieurs haynes, noises , débat* et autres inconvénients de maladies sont advenus et pourroient eneoires advenir se prévision n'y estait donnée , mesdits seigneurs ont fait et font présentement défense à tous les habitants d'icelle ville... de non faire lesdits jeux, sur paine et amandes de xx L. parisis et de pugnir de prison : et enjoignent mesdits seigneurs à tous maisnager de non laisser aller auxdits combats leurs enfants ou serviteurs à paine d'encourir en ladite amande. Malgré les défenses, ces jeux se sont perpétués jusqu'aujourd'hui parmi les jcuucs gens. La loi dont ils sont observateurs fidèles est telle, que si l'un des deux combattants sent qu'il a besoin de reprendre haleine, il lui suffit de se mettre à terre pour que l'autre n'ose plus lui toucher; s'il le Taisait, les autres jeunes gens, spectateurs du combat, se jeteraient sur lui pour le punir de son infraction des lois (1). Enfin après ce petit relâche , le combat recommence et l'honneur de la victoire demeure à celui qui a contraint son adversaire de se rendre.
Les joutes ont été longtemps en usage dans les villes de la Picardie. Nous en- le* joites, savoir: tendons, par le nom de joûte, non seulement tous les exercices qui étaient pro- les tournoi*. près à la noblesse tels que les tournois, la table-ronde, mais aussi ceux qui étaient particuliers au peuple, comme les barres, la quiutaine, etc. Tout le monde sait combien les seigneurs picards étaient passionnés pour les tournois. Les comtes de Guines, au rapport de Lambert d'Ardres, poussèrent cette passion jusqu'à la fureur. M. Ou Gange (2) a fait sur les tournois une savante dissertation qu'il est à propos de consulter. Deux chevaliers picards , Antoine de Rubempré et Louis de Contai, le 12 de juin 1447, demandèrent permission aux maire et échevins de la ville d'Amiens de faire des joutes le lendemain de la Saint- Jean et l'obtinrent. Nous voyons , par une autre délibération de l'Hâtel-de-Ville du 21 de février 1459 (1460), que le comte d'Etampcs devait assister avec un grand nombre de seigneurs et de dames aux joutes qu'Evrard et Henri de Sissay, chevaliers, gentilshommes du comte, devaient donner dans le courant du mois de mars, et que les officiers municipaux prirent des mesures dans une assemblée du 3 du même mois pour procurer à cette fête l'agrément , l'abondance et la sûreté. On trouve dans un compte de l'abbaye deCorbie pour les années 1347 et 1348, chapitre des mises, que l'abbé Hugues de Ver et ses gens revinrent de Paris par Biauvois du commandement du Roy pour les joustes qui y dévoient eslrc, et revint à Corbic le mardi devant Noël 1347; dans les registres de l'Hôtel-de-Ville de Péronne, une délibération pareille à la précédente , du pénultième d'avril 1 390 , auquel
(!) Vtriété» hiil., loin, d, p. 80. fi) I1U1. de SainUUuia . diueri. 7.
jour, dit-elle, fut mi* en termes le feste des jouîtes que te doibvent faite ce jour de may prochain tenant par M. Helin de Wasseur et autres. Un compte de 1431 à 1432, de Jean Le Vasseur, argentier de la ville d'Abbeville, parle des joutes faites en cette ville au mois de mai : Item aux sergens à masse par quittance du 6 de mai audit temps pour avoir accompagné les maire et èchevins par trois jour* aux jaunies faites en ladite ville au mois de mai.
la table-hompf.. L'exercice de la table-ronde, dont il est parlé dans la chronique d'Albéric , et qui se fit à Hesdin en 1235 , Mufti Flandriœ barone* apud Hesdinum *e exercebantad Tabulant rotundam , indique aussi des joutes, suivant M. Du Cange (1); les chevaliers qui avaient joûté venaient souper chez celui qui avait donné la fête , ils étaient assis à une table ronde , à l'exemple de* ancien* seigneur* gaulois qui, au rapport d'Athénée , avaient coAtume de s'asseoir auteur d'une Table Ronde, ayons chacun derrière eux leur Etcuyer. Lambert d'Ardres semble donner à entendre que ces exercices de la noblesse se faisaient particulièrement dans le temps des foires, Nundina* qua* torneamenta vacant.
l'escrime dit be- ke peuple avait aussi un temps particulier pour les siens , que Ton peut notn- HovHDts , qui paît mer l'escrime en généra). Ce temps était au commencement du carême. Le pre- ÉpootiE dans notre mier dimanche de carême est nommé dans une charte latine d'Enguerran de histoibe. Picquigny, vidatne d'Amiens, du mois de mars 12l|, Die* hastiludii (2); de
même dans une autre de septembre 1242 (8), l'une et l'autre pour Picquigny ; enfin, dans une troisième du mois d'avril de l'année suivante (4), pour la ville de Doullens où ce jour d'exercice faisait époque. On lit dans la date d'une sentence des majeur et eschevins d'Abbeville, du mois de février 123j : Die veneris ante hastiludium, et dans les chartes françaises . jour du Bouhourdi*, Beourdioh, Bourdich, etc., ce qui, suivant M. Du Cange (5), signifie la même chose que le combat du tournoi ou de la joûte. Nous avons une charte originale de l'abbaye de Saint-Bertin à Saint-Omer , datée du tamedi après le jour du grand Bouhourdich 142= (6). Ce nom était devenu si célèbre en Picardie au xu.* siècle , qu'il a fait oublier presque le nom de Brandon* qui était l'ancien nom de ce dimanche.
C'était un jour de divertissement et de régal. A Pierre de Planques, sergent à moches xlviii liv. pour deniers à lui bailliés pour le fait de ladicte ville, et pour payer le despense* faites le jour de* Quaresmeaux et du Bouhourdi*, dernier posté. . .
(t) Ibid.. p. m. (*) iw<>-
(») Pr. . part. n. (S) Du Ctoge, dlitert. 7 m Vois», de St^Lonii, p. 181.
(j) ibid. (•) Pr-. P»rt. n, ou Bollsde Queute, 10S.
en le manière que d'anchienneté a esté fait et usé. A Jehan le Bouchier , sergent à moche* et faiseur de prêtent de la ville d'Amiens , payé xvi S. paritit , c'est assavoir pour pain blanc et seminiaus xu 5. et pour pomes de cappendu iv 5. parisis dépensés en l'evrieul des Cloquiers, le jour du Behourdis 1444 , ainsy que a chu jour ohascun an messeiyneurs ont accoustumé faire (1).
Le Behourdis fit époque comme les Brandons dans les actes publics. Jean , vidame d'Amiens, confirme , au mois d'avril 1271 , au prieuré de Saint Pierre à Gouy , le don d'un millier de harengs à prendre chacun an au pont de Picquigny, eljour del Bouerdit (2). Jean de Thanes donne une charte au mois de mars 128? et à la date du samedi prochain devant le Beourdich (3). On trouve dans le cartulaire de l'hôtel-de-ville d'Abbeville un acte du juesdi devant le Behourdiich 129y (4). 11 appert par un autre du mois de septembre 1294, en faveur de la chapelle de Raimbercourt, que le don d'un terrage situé dans les environs de Rollot sera chargé envers le seigneur de Sechcllcs , de trois sols parisis , pour le prix d'une paire d'éperons payable chacun an au jour du Beourdich (5). La ville de Saint-Quentin transige, en 1297, avec l'abbaye de Saint-Prix , pour le droit de Pontoise, moyennant un cens à l'endemain du jour du Behourdtch et commencha le premier payement à l endemain de Behourdtch 1297. Au même temps l'évèque de Noyon avait plusieurs cens au village de Lassigny qui lui étaient dûs au Behourdich (6). La semaine du Behourdis est répétée plusieurs fois dans un compte de l'hôtel-dieu de Montdidier de l'an 1339. Différentes délibérations de l'hôtel-de- . ville de Péronne sont datées de même : ramembranches du samedi nuict du Behourdich 6 de février 135j(7)... ; dimanche prochain venant jour de Behourdtch..., même année (8) ; ramembranches du lundi prochain après le Behourdich 23 de février (9). Une charte de l'abbaye de Saint-Sauve de Montreuil-sur-Mer est datée du jour du Bouhourdich 20 de mars 136|. Par le dénombrement du fief d'Etrée enPonthieu, fourni en 1387 à l'abbaye de Saint-Riquier , le possesseur avait cinq sols de cens à percevoir sur plusieurs journaux de terre au Bouhourdich. Nous parlerons bientôt de la recette àe&Bouhourdichs de la ville de Boulogne. En 1 402, Antoine de Bethisy , suivant son dénombrement du fief de Campermont du 28 de mars 1479, devait au seigneur de Boves un vere à piet au jour du Bouhourdis. On lit dans
(S) Carlul. de l'hotel-de-rille de Noyon , fol. 3W r. (7) Ree.de 185 1, fol.SSrtcl.
(S) Ibid., fol. SI rer».
(») Ibid. Ter».
(I) Compte de l'Hitel-dp-villo de 1U4 è IU4. (S) Prea».
(3) Cirtol. noir de libb. de CorWe . fol. ISS ntt. (i) Fol. Si (5) Cariai, de l"E»#ché d'Amiens.
un bail à cens fait en 1480, par l'abbaye de Dommartin-sur l'Authie , qu'on lui devait plusieurs pots de beurre la veille du dimanche de» Bout die*. En6n , le premier dimanche de carême a conserve" jusqu'ici dans le Yimeux le nom de dimanche du Behourdi». Dans la plupart des cantons de la Picardie on ne connaissait que le premier dimanche de carême. Dans le Vermandois le second et le troisième étaient dénommés de même. On les y distinguait en premier, second ou moyen et troisième Behourdi». Il est parlé du premier Behourdit dans le dénombrement du fief de l'Etalage des boulangers de la ville de Saint-Quentin , servi au Roi le 12 de juin 1883. Il y est dit que chaque boulanger devait un pain le premier dimanche de Behourdie. Du second , dans deux délibérations de l'hètel-deville de Péronne : ramembranches du mercredi prochain après le second Bouhourdich'y dernier jour de février 135g (I). Dans un autre de l'an 134- , au lieu de second, on lit : ramembranches du mardi prochain après le moyen Behourdich 23 de février (2). Du troisième dans les délibérations suivantes du même hôtelde-villc : ramembranches du samedi 27 février 1 340 , nuict du tierch Bouhourdich (3) ; ramembranches du samedi 1 5 mars , nuict du tierch Bouhourdich 135* (4); le dimanche tierch Bouhourdich 16 mars (5). L'exercice du Behourdi» se faisait avec des bâtons, ou comme nous l'apprennent des lettres de rémission de l'an 1476, citées par dom Carpenticr dans son Glossaire, avec des perches de bois nommées Bekou. Aussi le premier dimanche de carême est-il nommé . Domimoa de lignis orditis, dans un ancien livre de cens de l'abbaye de Saint- Valery ; et le jour du bois hourdy dans les coutumes locales manuscrites du village • de Long au diocèse d'Amiens.
la oriTTAiNE. La Quintaine ou l'exercice qui se faisait aussi le premier dimanche de carême.
paraît avoir fait époque avant le précédent dans l'Amiénois , le Ponthieu , le Vermandois, le Boulonois, etc. C'était, dit M. Du Gange, une espèce de bust, de figure humaine , posé sur un poteau , où il tourne sur un pivot en telle sorte que celui qui avec la lance n'adresse pas au milieu de la poitrine, mais aux extrémilez le fait tourner; et comme il tient dans la main droite un baston, ou une épée , et de la gauche un bouclier y il en frappe celui qui a mal porté son coup, c'est-à-dire que celui qui ne portait pas la lance entre les quatre membres était puni de sa maladresse. Plusieurs chartes du commencement du xm." siècle font mention de l'époque de la Quintaine. Les habitants de Rue devaient au comte de
fl) Rtg. de 1357. fol. 79rccl. (tf Reg. de 13*0, fol. 47 ver».
(«) Reg. de IS49. fol. 11 recl. (S) IbW.
f3) Supr. , fol. 13 ver*.
Ponthieu on droit pour chaque navire ad dominicain Quintanœ , suivant la charte de ce comte de l'an 1210. Enguerran, vidame de Picquigny , donna à l'abbaye de Bertaucourt, par une autre du mois d avril 1212, un millier de harengs à prendre au pont de Picquigny tous les ans, «n die quintaniœ. L'nc autre de Clcrcmbaud de Vendeuil du mois de mars, veille de Pâques 122|, porte que l'abbaje de Saint- Vincent de Laon devait à ce seigneur une rente de onze livres et demie parists . payable chaque année ad quintanam. On lit dans un dénombrement des fiefs de la chàtellenie de Saint-Quentin, servi au roi Philippe- Auguste, que le prévôt tenait les châteaux de la Quintaine, tenet et castella Quintane. 11 est parlé de la Quintaine dans un compte du domaine du comté de Boulogne de l'an 1402 ; on y lit au chapitre de la recette des Behourdich* : c'est asavoir que tout œus qui vendront pointons à haut estai au marquiet de Boulogne, doivent ce jour jouster, ou faire jouster à la Quintaine que Monseigneur leur doit trouver, et doivent jouster de tilfeux pelez, ou de plançons d'armes, et les doit on montrer au Vicomte, qu'il ne soient cassez de cousteaux, ou autrement. Et au cas qu'ils ne joustent , cru font jouster, ils doivent à ce jour à ladite Vicomte 2 sols Par. Néant receu pour l'an de ce compte , pour ce qu'ils firent tous courre.
À Abbcville, c'était les Barres, jeu qui se faisait pendant les jours gras. 11 en )Es mu». est mention dans plusieurs délibérations de l'hôtcl-de-villc dWbbeville : une entr 'autres du 15 février I46| porte : On fera une course aux bos de laditte ville depuis le bailliage en venant jusqu'aux gros arbres dudict bos le dite nuict des karesmeaux , et sera donné pour le prix au miculx courant , deux quennes de
vin et ledit jour des karesmeaux seront faites battes par paroisses ou par
dizaines , ainsi que l'on verra pour le miculx. On voit dans les anciens rôles des présents faits par le commandement des maire et échevins, les prix remportés par tes différentes compagnies de cette ville. Celle du 20 de janvier 1 40| au 24 de février suivant, entre autres renferme ces articles , u Quesnes de vin données le nuict des caresmiaulx aux compaignons du cuir qui avoient joués aux barres
contre ceux du drap u Quesnes de vin données le jour des caresmiaulx aux
compagnons du cuir. Il est dit dans une délibération du 12 février 156j que le jour des caresmeaux après dîner, le mayeur et les quatre échevins, les conseillers et les officiers de la ville iraient au bois voir le jeu de Barres. Il y eut un ébattement de barres en la terre et juridiction de Cottenchy, en 1413, suivant une charte du mois de mai de cette année.
En d'autres villes de Picardie on s'exerçait à l'escrime ou à la course. Le jour l'escw«e oc ruisir de saint Michel, 29 de septembre, les bourgeois de Saint -Quentin, qui désiraient et bi< micsabd