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éprouver leurs forces et montrer leur adresse, faisaient publier par toute la ville que tous ceux qui voudraient faire escrime n'avaient qu'à se présenter sur la grande place, lieu ordinaire. Ils y avaient fait porter des fleurets et des poignards. Ceux qui acceptaient le défi recevaient des tenants le fleuret d'une main et le poignard de l'autre. Pour que ceux-ci fussent réputés vaincus, il fallait leur porter un certain nombre de coups à une marque qui était attachée au pourpoint du côté du coeur. Cet exercice , qui avait ses lois particulières , n'est plus en usage depuis plusieurs années (I).
les courses df. ba- La Course de bague a été en vigueur longtemps dans la même ville. La jeucces a pied et a ncsse la courait à pied le premier dimanche de Carême. La course se fit à cheval cheval. ie 3 de mai l6io. Cet exercice subsiste encore à Corbie. Le jour du Mardi-Gras
la jeunesse monte à cheval et court la l»aguc sur la grande place. C'était une imitation des jeux troyens , c'est-à-dire des courses et des exercices à cheval que la jeunesse de Rome faisait dans le cirque, sous la conduite d'un chef appdi; Prince de la jeunesse.
cavalcade dl qcar- Cette cavalcade nous en rappelle une autre dite le Quarel de Saint-Gentien. bel de s.'-GEvriEN Quarellum , suivant les lettres du roi Philippe V du mois de mai 1318 (2)poroi: la fête aux cor- taIll déclaration des biens et revenus de la chapelle du palais de Choisi-au-Bac , nktsa corbie. éi&h Ja porlion d.un mui<1 de yin JAuxerre, ce qui pouvait être à Corbie un qiiartaud de vin du pays qui aura été distribué à la cavalcade lorsque les cornets n'auront plus été en usage. Elle est interrompue depuis longtemps. On en faisait monter l'origine à l'arrivée des reliques de ce saint à Corbie, c'est-à-dire à la fin .. du ix.' siècle. Le 7 de mai, veille de la translation de saint Gentien, après les vêpres, un grand nombre d'habitants de Corbie, qui tenaient de l'abbaye à demicens certaines portions de terres, montaient à cheval, se rendaient à la porte de l'abbaye chacun une corne de bœuf à la main ; la parade faite , et les cornes remplies de vin, la compagnie s'en retournait bien contente. De là le nom de fête aux cornets , donné à cette cérémonie d'obligation.
isAr.t: très- ancien L'usage de boire dans des cornes ou cornets est très-ancien. On voit repréde boire dans des sentée sur d'anciennes tapisseries de la cathédrale de Bayeux (3), une troupe de cornes d'animal*, chevaliers tenant une corne à la main; c'est un monument du voyage que le duc Harold fit en Normandie en 1065. Il est parlé de ces espèces de vases à boire dans la relation d'un grand festin que Guillaume-le-Conquérant donna à Fécamp en 1087 à son retour d'Angleterre : cœnacuîum ingens bibebat, aut cornibus 6«-
(1) L* Fon» . rapt. . c. tS7. (S) Monum. de U monarc. fruit- , tom. i, p. 375.
ï Pr., ptrt. i.n«...
lit —
ha Unis métallo (auro) décoratif eodem oirca extremilotes utrnsqœ (1). Ce duc de Normandie en fit présent à plusieurs abbayes. On se servait de ces cornes même pour la messe , en place de burettes. Helgaud, moine de l'abbaye de Fleury, rapporte (2) que le vase de corne qui servait à renfermer le vin pour la messe du roi Robert fut volé à Compiègné en 1017 : scyphu* cornexu quo deferebatur vinum ad celebrandum tacrificium. Dans la plus haute antiquité les cornets étaient en usage ; dans l'expédition de Cyrus, frère d' Artaxerce, chaque soldat avait le sien. Les troupes bachiques sont représentées avec des cornets. (3). Chez les Romains, la jeunesse s'exerçait à chasser dans la forêt d'Hercinie des bœufs sauvages appelés ur», dont la grandeur et l'espèce de leurs cornes étaient bien différentes de celles de nos bœufs. On apportait en public les cornes de ceux qui avaient été tués. On les travaillait, on en entourait le bord d'un cercle d'argent; ainsi préparées, elles servaient, dit César (4), pour boire dans les grands repas: atque in amplitsimii epulit pro poculi* tUuntur.
La course du chapelet était une autre course des jours gras, mais particulière à cocbse di cdapele la jeunesse de la ville de Saint-Quentin (5). On nommait chapelet un chapeau a SAWT-QCExriN. fait de fleurs, de soie et de broderies, ou, selon le Mercure Galant (6), une couronne faite de satin avec une légère broderie d'or et d'argent. C'était le prix du vainqueur, qui devait être natif de Saint-Quentin. Trois semaines avant le Mardi- Gras, la jeunesse nubile s'assemblait à la suite du roi qui avait gagné le «hapelet Tannée précédente. Dès ce moment ce n'était plus que fêtes. Le jour du Mardi- Gras, au matin, la ville retentis-siit du son des tambours et des trompettes. Sur les dix heures, cette jeunesse richement vêtue assistait en bon ordre à la messe en musique qu'elle faisait célébrer dans l'église collégiale. L'heure de midi sonnée, elle montait à cheval au sou des instruments, sortait de la ville par la porte Saint- Jean, pour se rendre en la Couture, lieu indiqué pour la lice. Après avoir fait le tour du moulin et placé le chapelet, on commençait par courir le coup des dames. Le prix était une couronne de lierre pour celui qui arrivait au but, ainsi que pour quiconque avait gagné un des autres coups. Celui qui avait passé trois fois le but était salué roi et recevait le chapelet; il était reconduit en triomphe à la ville, précédé de la brillante jeunesse, tenant le chapelet de la main droite et marchant au milieu des rois des deux années précédentes. Arrivée sur la grande place , la troupe faisait la parade devant l'Hôtel-de-Ville. Le lendemain dans la matinée ,
(1) Do Chine . rer. frêne Kript. , (ont. n, p. 103. (4; Cétar, de Del. Gai.. I. 6. c. ts.
(S) Ibid., lom. î, p. IM. (4} La Font, nul. US. de Sc-Qawt.. ch. stl.
(3) AnUq. «pl.. «*n. i. par), n, p. S03. (S) Mai 1W0 . p. 90.
le roi , accompagné comme le jour précédent , allait offrir le prix de sa victoire au chef de Saint-Quentin. La fête finissait dans l'après-dîner par tirer l'oiseau. Le roi de l'année donnait le prix l'année suivante.
Cet exercice, interrompu en 1633 par la guerre, fut rétabli par la générosité de M. Rozct, chanoine de la collégiale (1). Il légua par son testament une couronne d'argent massif, à la charge qu'elle serait déposée dans l'Hôtcl-de-Ville , que les maïeur et échevins seraient juges de la course et qu'ils marqueraient le camp; enfin que la course serait fixée au 2 mai, jour de la fête de Saint-Quentin. Quinze ans après , cette noble coutume fut encore négligée par la même cause. Elle reprit, au bout d'un certain nombre d'années, avec plus d'appareil que jamais. Le Mercure a donné la relation de la course faite le 2 mai 1680, première depuis la seconde époque de son rétablissement. Enfin, après être tombée une troisième fois dans l'oubli, elle en est ressortie le 2 de mai 1753 (2). Les maïeur et échevins ont adjugé le triomphe à M. Huet, qui reçut une bague d'or aux armes de la ville. Le journal de Verdun, du mois de juin 1774, donne la relation de la course du chapelet qui avait été faite le 2 mai de la môme année dans la ville de Saint-Quentin (3). M. La Fons a remarqué que pendant que la je prenait ses ébats à la Couture , les hommes mariés s'exerçaient à la course une autre plaine , et que le cérémonial en était à peu près le même.
On nous a assuré que les bouchers de Soissons avaient été en possession longtemps de faire une course d'une autre espèce au commencement du Carême. C'était une chasse véritable qui durait la journée entière, sans autres armes que des bâtons ; ils faisaient main-basse sur les lièvres et sur les lapins. Le soir les échevins et la justice allaient recevoir les bouchers à la porte de la ville.
jkijx i>c battoir et Nou8 ne parlerons point des jeux de balle ou du battoir, de l eteuf ou du tadd tamis. mis : on sait que les Picards excellent dans l'un et dans l'autre, et que ce sont deux exercices ordinaires , les jours de fête surtout , dans les villes et dans les campagnes.
Le jeu de la choie, que l'on prononce choule dans notre province, cheole , chaule en d'autres, que les unsNécrivent sole, les autres tout ou soûle et que les Bas-Bretons nomment mêlai, n'a lieu qu'en certains jours solennels de l'année, c'est-à-dire aux fêtes des patrons des villages et dans le carnaval. Les paysans , dit M. Du Cangc (4), invitent leurs voisins à ces exercices. A cet effet on jette une espèce de balon dans un grand chemin , au milieu des confins des deux vil-
l>k> BOUCHERS DE
soissons.
DE VA CnOLE.
(I) Merc Gai., mai 1*80, p. 91. (s) Jooro.de Yerd. ITU, p. «îselioir.
(i) Alman. de Picardie de 17SJ. (4) U.H. de Sl.-Lauu . diaaerl. 8. p. 188.
loge*, et chacun le pousse du pied avec violence, tant que les plut forts le font approcher des leurs, qui de cette sorte remportent la victoire, et le prix qui est proposé. C'est le jeu, continue ce savant, de la balle des anciens, appelée pila paganica, parce qu'elle était en usage parmi les paysans.
Lambert d'Ardres nous apprend que les habitants du comté de Guines étaient
dans l'ancien usage de choler; ubi rustici homines vel ad cheolandum
propter agri pascui largam et latam planitiem convenire solcbant (l). En 1323, Simon de Goucamp, évèque d'Amiens, était en différent arec la ville touchant plusieurs objets, entr'autres de ce que li Maires print l'estuef à la Choie le jour de Quarestnel en le terre de l'Evesque et de l'Eglise. Le registre de l'Hôtel-deyille de l'année 188| fait mention de la collation que les maire et échevins y prirent au retour de la choie , et des quesnes de vin qui furent données aux sergens à masse pour avoir accompagné en armes les officiers municipaux à ce divertissement. Une délibération de l'Echevinage du 17 de février 1465 (1466) fait mention de la choie que ou temps passé Messieurs souloient faire à leurs subjets et chevauchement le jour des quaresmeaux; eulx et tous les échevins accompagnés des notables bourgeois de la ville chascun an A le Fosse- Ferneuse , à le Fosse- Alais et autres lieux; et donnait monsieur le maieur la boule ou estoef aux chaleurs qui choloient ; or estait ainsi , que dès long tenu avait ladite choie à l'occasion des guerres et divisions et autres empeschemens estait desmourrée mns être entretenue ne continuée. Et pour ce Messieurs eux recordans du tenu passé et pour entretenir leur dite seigneurie, ont ordonné et délibéré que demain, qui sera jour des quaresmeaux, ils iront es lieux ou ils ont acooustumés faire faire ladite choie, et donner la boule ou estœuf par M. le maieur as campai gnons corne il touloit faire.
Vers l'an 1408, les doyen et chanoines de Saint- Vulfran d'Abbeville consentent que celui qui demoura Roy de l'escole la nuict des quaresmiaulx présente le coq victorieux , pour d'icelui faire le choie en la manière ainsi que anciennement estait accoustumé de faire. Ce divertissement fut supprimé par une ordonnance de police du 15 de février 1463 (1464) pour eschever aux noises, haines desbas et inconvéniens qui estaient avenus par cy devant et porroient avenir cy après eux cholles que l'en atoit accoustumé faire chascun an le nuit et le jour des karesmeaux , on ne chollera doresnavant cesdits jours. Suivant un dénombrement de la pairie de Bouberch du 6 de septembre 1343, qui se trouve au bureau des finances de la généralité d'Amiens, le Sgr. de Bouberch à cause de
(t) Lambert. Ariens., p. tu.
aa pairie a en non domaine à Dom-Vast, Canchi, Bouberch, Franleu, Arrech , Houdenc et ailleurs le garde de* fête* de* sain* desdites ville* et de* paroisse» et le* garde* de* cholles et etbatemen* que on fait selon le temps et saison de l'an et gette l'etœuf et reprent fait choler et chesser quant il lui plais t. Le seigneur de Fouilloy près Corbie fait aussi choler le jour du Mardi-Gras après-midi. A Rcnaucourt, village enclave dans la banlieue d'Amiens, les paysans s'exercent aussi , le premier dimanche de Carême qu'ils nomment dimanche de* Brandon* , à pousser un ballon de cuir rempli de vent. 11 est parlé des prés de la Choulc , situés au terroir de Moreuil , dans un certificat des habitants de ce bourg du 3 d'août 1724. 11 y a à Boulognc-la-Grasse , sur le chemin de Montdidier à Noyon , le fief de la Choulc, consistant en neuf ou dix journaux tant terres que prés, relevant de la salle de Montdidier. Enfin le jeu de la choie est en usage dans le Noyonnois le jour du Mardi-Gras , savoir , à Pont-l'Evèque , à Drailincourt, etc. M. Du Cange tire l'origine de ce mot de celui de solea (1), semelle, parce qu'en effet cette espèce de ballon est poussée avec la semelle du soulier. Ainsi on devrait prononcer *ole et non choie : cette étymologic nous parait plus naturelle que celle du P. Pezron (2), qui fait venir le *oul des Bas-Bretons, du celtique toul qui veut dire soleil, prétendant que les Gaulois ont inventé ce jeu en l'honneur de cette divinité.
de la cbossf., esp èct On voit dans notre province une autre espèce de choie : c'est le jeu de la de cholk. crosse. Des lettres de grâce de l'an 1387 portent: comme Hz jouoient à un certain jeu appellé choler de la crotte. . . la boulai/ du dit jeu feutt envoyée , etc. (3) On lit dans d'autres de l'an 1402 -.jouant et regardant jouer à la chaule en un jardin en icelle ville de Pucheviller* (4). Enfin , dans d'autres de l'an 1381 , il est dit : comme le premier jour de janvier plusieurs jeunes gens de la ville et paroisse de la Chai les en Beauvoisis feuttent assemblez pour ohouler à la crosse le* un* contre les autres , etc. (5). Ces articles concernent la Picardie.
l'exekcice de TtsBs La jeunesse a perpétué le jeudi de la mi-carême un autre exercice : c'est celui i.' oiseau a vue l'asc de tirer l'oiseau avec l'arc et la flèche. On voit par un compte de Jean le Vasseur, et la flèche. argentier de l'hôtel-de-ville d'Abbeville , que les sergents à masse lui donnèrent le 2 d'avril 1433, quittance d'une somme de x sols, qui leur fut payée pour avoir accompagné les mayeur et échevins au gay du Ny , et a aler au bot au my caresme.
(1) GUmi. «u mol CktoUstt. (4) Ib., reg. 157, c »9.
(S) AnUq. de* celL. p. tS*. (&) U>., reg. ito, c. ISS.
(3) Trt»f de* ch*rt. do Roi. reg. «M, c. «al.
Les Romains prenaient plaisir aux combats des éléphants, des lions, des léopards, des panthères, des tigres, des taureaux, etc., souvent même à exposer des hommes à la fureur de ces animaux. L'empereur Titus, ayant fait captifs quatre-vingtdix-sept mille juifs à la prise de Jérusalem , en distribua un grand nombre dans les provinces pour y servir aux spectacles (1). Combien de chrétiens sacrifiés ainsi au plaisir de ce peuple cruel ! Grâce à la religion de Jésus-Christ , ces spectacles barbares ont été bannis de nos provinces avec leurs auteurs. Mais à ces spectacles réels que les païens ne manquaient jamais d'offrir à quelqu'une de leurs divinités, comme il parait par les actes des martyrs, les Belges chrétiens en substituèrent d'autres, figures des premiers, sous les noms de mystères en général, de jeux de Dieu, de jeu d'un tel saint ou d'une telle sainte. Nous ferons voir dans un autre endroit que cette branche de superstition a conservé longtemps sa vigueur dans la Picardie.