PICARDIE, PAYS D'ETAT FAISANT PARTIE DE LA LANGUE D'OIL. SON ÉTENDUE
Les différentes convocations des Etats de ces trois bailliages, am mêmes temps et aux mêmes lieux, viennent à l'appui de ce que nous venons d'avancer. Le tiers-état fut assemble à Noyon , par ordre du Roi , le jour de la Sainte-Croix , en septembre 1354, pour faire une imposition de six deniers par livre, suivant les registres aux délibérations de la ville de Péronnc (1). Les trois ordres s'étant assemblés dans la même ville en 1356, sans la permission du Moi, le régent ordonna qu'ils fussent rompus (2). Ils s'assemblèrent au même lieu le mardi prochain après la Chandeleur 1 357 ( 1358 ) , à l'effet de donner un aide au Roi pour combattre les ennemis de l'Etat (3). 11 ne nous reste que la lettre de convocation de la noblesse de Picardie, à Senlis en 135g-; mais M. Secousse (4) présume que les deux autres Etats de la province curent ordre de s'y trouver aussi. Le régent s'y rendit lui-même le jour de Pâques fleuries (5). La plus grande partie de la noblesse ayant manqué de s'y trouver, le prince convoqua de nouveau ces mêmes Etats à Compiègne, pour le vendredi 14 de mai 1358 (6). La liste des députés existe (7). Les prévôts, jurés et échevins delà ville de Tournai ratifient par lettres du 22 de novembre suivant ce que leurs députés y avaient accordé (8), c'est-à-dire de contribuer de gens d'armes, à l'aide du subside délibéré et accordé par les trois Etats du pays de Picardie à l'induction et requête de M. le Comte de Saint-Pol, lieutenant du régent en Picardie. Le 20 d'août 1359, pareille convocation dans la ville de Noyon, pour voir quels châteaux de la province il conviendrait de détruire (9). Huit ans auparavant ces mêmes Etats, c'est-à-dire les députés des trois ordres des bailliages d'Amiens, de Senlis, de Vermandois, avaient été assemblés à Paris, par le roi Jean, le 16 février 135j-(l0). Les lettres de convocation sont du mois de novembre précédent et adressées à la langue d'oil.
On appelait alors langue d'oil la partie septentrionale de la France et languedoc la partie méridionale, suivant les différentes manières de prononcer le mot oui (II). Ceux qui admettent une troisième division par rapport à la prononciation
(1) Re?. de 1354, fol. SI, rect.
<i) Rcr. dclSM, fol. 73, red.
(3) Ibid., fol. 78, rect.
(*) Rec. des ordon. , lom. nr, préf. p. 7.
(5) Chron. de Sainl-Den» , fol. 179 , col. I.
(•) Rec. des ordon. , lom. m , préf. p. 79.
(7) Pr., part, t, n°...
(8) Rec. de* ordon., lom
(9) Rfg. de Pcron. 1359.
(10) Ibid., p. ai el 35.
ir.i
(11) Dissert, sur le Btlgium, p. 50el61. V»loi4,lom. n, p. Ui.
en ouen , ne paraissent pas fondes , d'autant qu'il n'en est parlé ni dans les lettres du roi Jean , que nous venons de citer, ni dans celles de ce prince du 26 de septembre 1355, ni dans celles de Charles VI, du mois de juillet 1419, ni enfin dans celles de Charles VIII du 24 de mai i486, au sujet de la rançon du duc d'Orléans. Nous admettrions plus volontiers une troisième division , savoir : en langue thioise theolùca linqun (1) qui, du temps même de Charlcmngne, était celle des peuples de la Flandre flamingante. Or , la langue d'oil , en latin lingua gallicana , lingua francien , n'était composée alors pour la plus grande partie que des trois bailliages d'Amiens , de Senlis, de Vermandois (2) avec la Normandie, parce que la Bretagne et la Bourgogne n'étaient pas soumise* au roi immédiatement. Aussi le bailliage d'Amiens est-il réputé de la langue d'oil (3) dans les lettres de commission du 2 mars 13^, expédiées à Philippe, élu évèque de Lcctoure, à Jean de Laude et à Fauvel de Wadcncourt , sur le fait du subside , par lui requis , pour le fait des guerres ès-partiex de Picardie, et Amiens la capitale . dans d'autres du mois de mars et du 2 juin 1356. On voit par le registre aux délibérations de la ville de Péronne, de Tannée 1358 (4), que cette ville en était aussi. Il y est dit que le duc de Normandie, régent du royaume pendant la captivité du roi Jean, en Angleterre , avait écrit à cette ville ainsi qu'aux prélats , aux nobles et aux bonnes villes de la langue d'oil , d'envoyer à Paris, au premier jour de niai , des députés, afin de prendre conseil touchant l'exécution des traités que le roi venait de conclure avec celui d'Angleterre, et lui régent avec le roi de Navarre. Par une seconde lettre, Péronne eut ordre d'envoyer son représentant quatre jours plus tard , non à Paris , mais à Compiègne où devait se trouver ceux des bonnes villes de la langue d'oil.
La Picardie , regardée comme pays d'état , était divisée par villes en deçà et par villes au-delà de la rivière de Somme, comme nous l'apprenons d'une quittance originale du 2 de janvier 1359 (1360), de cinq cents deniers d'or à l'écu du roi (5) , somme à laquelle la ville de Saint-Quentin avait été taxée pour un armement qui devait servir à la délivrance du roi Jean.