‹ Introduction à l'histoire générale de la province de PicardieChapitre 56 sur 294 · MÉDAILLES ROMAINES TROUVÉES DANS LES CAMPS DE CÉSAR · texte numérisé non relu

MÉDAILLES ROMAINES TROUVÉES DANS LES CAMPS DE CÉSAR

C'est dans ces camp différents qu'on a découvert et qu'on découvre encore tous les jours un si grand nombre de pièces d'or, d'argent, de brome, de cuivre que nous nommons médailles. Prudence dans son hvmnc de St. -Laurent les appelle argeniea œnigmata parce que la plupart représentent l'image d'un prince qu'on est obligé quelque fois de deviner. Du temps de St. -Louis on donnait en général aux médailles de bronze et de cuivre le nom de Quacuel , et le cuivre dont elles étaient composées prenait chez le vulgaire celui de Mahon (1). Il ne faut pourtant pas confondre dans la classe des monnaies les médaillons qu'on reconnaît à l'épaisseur, à la grandeur et à la grosseur de la téte. Nous avons touché déjà quelque chose de celles qui ont été découvertes dans le camp de Vermand. Nous transcrirons ici ce que M. Caignart, avocat en parlement et mayeur de Saint-Quentin en écrivit le 15 d'avril 1671 à M. Bcndicr : celles de Vermand sont presque toutes du Bas Empire, dAurélien, de Dioctétien, de Maximien, de Constance , des Constantins, de plusieurs sortes et d'autres suivons. En une seule fois on m'en a apporté do ce lieu environ un mille entre lesquelles il n'y en avait pa* une grantie , ni moyenne, ni du Haut Empire. Nous avons rassemblé eu 1768, à Vermand, une douzaine de ces médailles en bronze. La plus ancienne est Gordien Pie. C'est une de ces médailles qu'on appelle saussées parce qu'elles

il) Le B«ruf. diuerl. sur I bist. de Parti. Ion. n, p. 169.

ne sont qu argentées. Les autres, en petit bronze, sont deux de Philippe père avec le Fide$ militum S. C. et le Félicitas Impcratorum ; deux de même, mais saussées, de SaloninC, femme de Gallicn. La tète de cette impératrice est posée . sur un croissant. On voit au revers le temple qu'elle avait fuit bâtir a Rome à la déesse Segeste , protectrice des blés pendant la moisson , Deae Seyetiac. Le revers de la seconde porte Félicitas pubtica. Une de Tetricus le- Jeune, imperator Caius Tetricu» , avec le Fides militum. Une en petit bronze, de Constance II, Prondentia Augustorum , de la fabrique de Lyon. Trois Conslantins, Appolltni Victori et Gloria militum. Deux enfin de G ration, marquées S. Ctm., ce cpii signifie «ignata Conttanlinopoli.

Dans l'emplacement du camp de Champlicu en Valois, en tirant vers la forêt j>i rHAurun de Compiègne, on a trouvé, dit l'abbé Carlicr (l), eu différents temps, un grand nombre de médailles de toute espèce qui avaient été rassemblées par un particulier et qui ont été dispersées après sa mort. Celles que l'historien du Valois a trouvées ou qui out été trouvées par d'autres sur les lieux, sont en bronze, savoir: un Trajan, un Marc-Aurèle , une Faust inc. un Constance, et quelques autres rongées de rouille, à ne pouvoir distinguer le moindre trait. Si l'on a découvert des médailles dans le camp de l'Etoilc-sur -Somme, la connaissance n'en est pas venue jusqu'à nous; mais le seigneur, M. Jourdain, nous a assuré que des ouvriers travaillant par ses ordres au bas de la montagne près le Moulin-Bleu , en avaient trouvé près de quatre cents, parmi lesquelles sont des Galba, des Ncrva, beaucoup d'Antonin, de Faustine la mère et de Faustine la jeune, des Vcrus, des Lucilla Augusta, son épouse, des Alexandre, etc. Un gentilhomme des environs en a eu trente-deux , la plus grande partie cj.t demeurée au seigneur.

Du nombre des médailles découvertes nu camp de Tirancourt qui avaient passé de tirancoiht. dans le cabinet de M. Houlon, conseiller au bailliage d'Amiens, ce magistrat en fit graver trois d'argent, de trois modules différents, sous ce titre : Numùmata antiqun argentea è museo D. Hou Ion , ncnatarit Amlriancnnis cxplicimda propmuntur rei antiqwirias sludio*i$. La première, de très-grand module, est de Constantin; elle fut frappée à Carthage , S. M. K. (n.* 1). La seconde, d'Hostilien (n° 2). Le graveur s'est trompé dans les deux prénoms : C. Oml , il faut lire Ca Val, c'est-à-dire, Coin* , Valent, Otifianu» , Mesciu» , Q^uintwt, Auyustu*. La troisième de Constantin-le-Grand (n.* 8) : Flaeiu* , V nleriut , Constantin us , nobilis Cantar. Voyez la planche. Les médailles de M. Houlon ont pasac successivement à M. le président Des Maisons et à 11. Du Vau. Le cabinet de l'abbaye

(1) Hitl. du V.lob. loro.i. p. 41.

de St.-Jean d'Amiens a été formé en partie de médailles du camp de Tirancourt. parmi lesquelles se trouvaient des Antonin , des Faustine, des Tetricus, des Victorin, des Constantin- le-Grand, des Valcntinicn, des Valens, etc.

hé uotvitcx. Nous avons dit que M. Aflbrti , doyen de Saint-Rieul de Senlis, avait une petite portion des médailles qui avaient été trouvées dans le camp de Gouvieux ou de Cliaumont : ce sont des Antonin , des Faustine , des Crispine , des Domitien , des Posthume, des Dioctétien, des Maximien, des Constantin, des Probus. des Tetricus et plus en moyen et petit bronze qu'en grand, et encore assez mal conservées. Il me manda, par une lettre du 1." de janvier 1772, que le curé de Maurcgard près du Mcsnil-Madame-Raucc, mort depuis quelques années, en avait eu la meilleure et la plus saine partie. Le curé actuel de Gouvieux a fait présent à M. Aflbrti de l'apothéose de Vespasien, qui a été trouve dans le même camp. Enfin, M. de Cavlus assure que les tombeaux découverts en 1751 dans le camp de Gouvieux renfermaient des médailles (1).

m mont <ïa>ei.on. Depuis que l'on travaille à défricher le sommet de la montagne de Ganelon, près Compiègne . on y a ramassé la valeur au moins de deux boisseaux de médailles à commencer à Trajan et peut-être au-dessus jusqu'à la chute de l'empire. Nous ne parlerons que de celles que nous avons acquises d'un particulier du village de Clairov. La plupart sont en très-petit bronze, quelques-unes même. ne sont pas plus grandes qu'une lentille. Les principales sont de Trajan ; l'une d'entr'ellcs porte au revers : Consul III. Pater Patriae Sénat us consulto , c'est-à-dire que cette médaille de moyen bronze est de l'année 100 de 1ère chrétienne ; de Faustine, femme de Marc-Aurèlc. deux médailles fourrées, c'est-à-dire de fer recouvert d'une feuille d'argent et de la grandeur d'une de nos pièces de six sols. Les types sont bien faits. La face de la première porte : Imperator Caetar Antonius Augustus , et le revers, le soleil personnifié avec la légende Pontifes Maximus Tribunitia Potestate IIII pater patriae. La seconde est certainement de Marc- Aurèle , à en juger par la face et l'inscription : Imperator Caetar Marcus Aureliu* Antoninus Augustus. Ces deux pièces peuvent passer pour l'ouvrage de quelques faux monnayeurs ; une Faustine-la-Jeunc , avec le beau vernis antique et en petit bronze; un Philippe-le-Père en grand bronze, Imperator Marcus Julius Philippus Augustu* avec le Victoria Augusti et le senatus consulta. Un autre en moyen bronze avec VAequitas Augustorum. Une saussée de son épouse , Maria Otacilla Severa Augusta. La tête est posée sur un croissant, son revers est Concordia Augustorum ; une Salonine saussée, de la grandeur d'une de nos pièces de douze

(I) Ree. d'anliq. . loin, i, p. 158.

sols, la tète posée comme la précédente , avec le Félicitât publiai. In Posthume père en grand bronze arec un trophée d'armes auquel sont enchaînés deux captifs ; six médailles du même tyran des Gaules, dites semisses, parce qu'elles n'ont que la moitié du poids des médailles ordinaires, du nombre desquelles est l'apothéose de ce tyran. Trois Claude 11 . Fuie» militum. Six Tctricus, Sa lux Publica Laetitia Augusti. Un Probus, Reslituter or bis. Un Licinius père, Liciniu* pater Félix Auguttus , de la fabrique de Lyon. Toutes ces médailles sont de la forme de celles de Posthume. Enfin , un Constant , fils du tyran Constantin , qui s'était fait reconnaître empereur depuis Boulogne jusqu'aux Alpes , Dominwt Constant Augustin. Sa tète est ornée du diadème en qualité d'Auguste. Le revers est remarquable en ce que ce prince parait debout sur une galère, tenant une enseigne dans le goût du labarum , et portant sur le poing droit un oiseau. A côté de la galère est un terme , c'est-à-dire un buste de Mercure posé sur une colonne et derrière le buste un fouet. La légende Félicita* temporum semblerait annoncer les circonstances heureuses où ce prince s'embarqua pour aller en Espagne combattre l'empereur Maxime , son compétiteur. Cette médaille fut frappée à Lyon.

Les Bernardins de l'abbaye de Froimont en Beauvoisis ont fait voir à M. l'abbé du most Danse, chanoine de BeauTais, deux médailles de Faustine-la- Jeune , l'une en »' raomoxT. grand et l'autre en moyen brome , qui avaient été trouvées sur le mont César où nous avons dit qu'était situé le petit camp de ce général. L'une de ces médailles offrait une femme tenant un enfant dans les bras avec quatre autres autour d'elle. Ces deux médailles et plusieurs autres d'Auguste, de Claude, de Néron, de Trajan , d'Hadrien , d'Antonin, de Marc-Aurèle, de Crispine, toutes trouvées au même lieu ; presque toutes en grand et moyen bronze , dont très-peu en argent. Toutes ces médailles ont passé dans le cabinet de M. Buquet, de Beauvais. Il nous a assuré qu'il n'avait jamais entendu dire qu'on en eût trouvé du Bas-Empire sur le mont de Froimont.

Page 1