IDIOME DE LA GAULOISE
Tandis que nos Belges avaient gagné à être soumis aux Romains, du côté des arts en général , ils y avaient perdu d'un autre par l'anéantissement de leur langue , par l'altération de leur chronologie , de leur culte religieux et de leurs cérémonies. C'était un des principes de la politique romaine, dit saint Augustin , d'imposer aux nations vaincues l'obligation de parler sa langue, après leur avoir
impose celle de lui obéir : Al enim opéra data est ut imperiosa civitat , non »olum
jugum verum etiam linguam suant domitis gentibus imponeret (1). Il parait
incontestable, par les assemblées générales de la nation gauloise , composées de députés de chaque province, pour délibérer sur les intérêts communs, que ces peuples avaient une langue commune. (Voyez la Dissertation sur la langue des Belges) (2). Sans cela comment leurs députés eussent-ils pu conférer, délibérer, former sur-lechamp des résolutions, les notifier aux provinces? Aucun auteur n'a dit qu'ils se Tussent servis d'interprètes. Ce gui fortifie encore ce jugement, est de roir gue les noms propres des Seigneurs de tous les pays de la Gaule, et plusieurs noms de lieux (3) avaient une mérite terminaison, c'est-à-dire que chacune des provinces , même des villes* de la France , a sa prononciation particulière et des expressions propres. Etiam hodie, dit Casaubon, de Gai lis vere dixeris, quod olim de Grascis Strabo; nam in Gallia certè nostra tôt fere linguas sunt, aut certè tôt ejusdem linguœ dialecti ac diversi pronuntiandi modi quoi sunt Galliœ, non dicam provincial , sedurbes; de même la gauloise avait ses dialectes particuliers et c'est précisément ce que César a voulu dire an commencement du premier livre de ses commentaires: ht omnes linguà inler se différant (4). Nous ne dirons rien du fond de
cette langue , parce qu'il est difficile de concilier tout ce que l'on trouve dans le récit de César. M. de Caylus (5) croirait que la communication que les Gaulois eurent avec les Grecs et les Etrusques pouvait avoir ajouté à des emprunts plus anciens. Samuel fiochard (6), il est vrai, a travaillé à faire voir la conformité de l'ancien gaulois avec le Phénicien ; Adrien Scrieck a composé son ouvrage des origines celtiques et Belgique» imprimé in-folio à Ipres en 1614, tout exprès pour prouver que la langue Belgique était la plus ancienne de l'Europe. L'opinion presque générale des savants est , sur la foi de César, que les Gaulois se servaient de caractères grecs pour écrire : in reliquis f'erè rébus, publiais privaiisque rationibus, Grœois litteris utuntur (7). Cependant le général romain écrivant à Cicéron, le (it en caractères grecs, de peur que les Gaulois venant à intercepter ses lettres n'eussent connaissance de ses desseins. Rien n'est plus facile y dit Dont Rivet , que de concilier cet endroit de César avec les précédents. Il nous en fournit lui-même les moyens , lorsqu'en faisant la division des Gaules , il nous apprend que les Belges , les Aquitains et les Gaulois proprement dits avaient une langue,
(l) Aog., de civil. Del. I. 18, c. T. (S) Rw. d'&ntiq., Um».t, p. 170.
(S) Pr. , part, i, n\.. (8) De Ptueaicis.
(3) Mém. de l'acad. de* ioscrip.. tom. iv. p. 366. (7) De Bell. Gall., I. 8, e. 4.
(4) De Dell. Gall., I.l. r. I.
de» loi» et de» coutume» différente» le» un» des autre». Ainsi le» Belge» pouvaient fort bien ne pa» avoir I mage de» caractère». grec» , quoique le* autres Gauloi» »'en servissent (1). En effet, nous n'avons aucun monument qui témoigne que les Belges en aient fait usage. Au contraire , la lettre que César a écrite en grec (2), pour cacher son arrirée aux Belges , est plutôt une preuve qu'ils ignoraient les caractères de la langue grecque , quoiqu'on aperçoive cependant dans le picard certains tours de phrases qui lui appartiennent. D'ailleurs les médailles dont nous venons de parler, et que I on donne pour vraiment Belgico-Gauloiscs, n'offrent aucune lettre grecque.