ALTÉRATION DE LA LANGUE BELGIQUE PAR LES GERMAINS ET PAR LES FRANCS
II faut convenir que l'invasion des Romains dans la Belgique, longtemps avant César (3), pouvait avoir apporté une altération notable dans la langue de cette partie de la Gaule, et y avoir formé un dialecte tenant du Belgico-Gaulois et du Germain, car le Germain était différent du Gaulois. En effet, Arioviste, chef des peuples de la Germanie, n'avait acquis la facilite d'entendre et de bien parler la langue gauloise que par une grande communication avec les habitants du pays : propter linguœ Gallicœ «cientiam quâ... longinquâ consuetudine utc- Itatur Ariovistus (4). Or , si l'on juge du dialecte belgique d'alors par celui que parlaient, au temps de saint Jérôme (5), les Trcvirois, dont la capitale fut pendant longtemps celle de toute la Belgique, il différait peu de celui des Galates. c'est-à-dire des Gaulois établis dans la Grèce ; le dialecte des Belges parait s'être maintenu plus longtemps que tous les autres. Je ne crois pas, dit M. Bonamy (6). qu'à l'exception des parties méridionales de la Belgique, la langue latine ait été en usage chez les Belges comme elle le fut dans la Gaule celtique et dans la Gaule aquitanique. Il est vrai que Sidoine Appolinaire (7) disait sur la fin du règne de Mérovée, que la langue romaine était abolie depuis longtemps dans les villes de la Gaule Belgique ; il répondait au comte Arbogaste qu'il avait retrouvé dans son style la majesté de la langue romaine : Quociroa sermonis pompa Romani , si qua ad hue uspiam est , Belgicis olim sive Rhenani» abolita terri», in te resedit. Quel était donc alors le langage des Belges? Un mélange de la langue
(I) H M. Uttfr. de la France, 1. 1. part. I. p. 19 et 13. (S) Comment, in EpUi. ad Galal . I. «, r. 3.
(1) Ibid., I. S. c. «8 (6) Mém. de l'aead. des Jntcrip.
(S) Ibid. . lib. I.c.l. H) Epbl. 17 . 1. 4. Km. opéra, tom. i , roi. Mi.
(») Ibid..!. t. cit.
tudesque, thioite ou teutmique que Juste Lipse (1) appelle la langue des grands parce qu'elle était celle de» Francs, avec la romance, c'est-à-dire le latin vulgaire, prononcé par les marchands, les artisans, les soldats, les esclaves, et avec l'ancien dialecte belgique qui lui servait de base. C'est ainsi que s'est Formée la langue française.
LXIH.