RELIGION BELG1C0-R0MAINE
Le second temps est celui qui s'écoula depuis la conquête de Jules César jusqu'à l'établissement du Christianisme dans la Province. Dans cet intervalle, les dieux des vainqueurs, grands et petits, y furent introduits avec leur religion, bien différente de celle de» Gaulois qui avaient de Dieu, dit l'abbé Banier, (2) des idées bien plus justes et plus spirituelles que les Grecs et les Romains; ou plutôt ceux dont ils avaient emprunté le culte , et qui avaient cherché dans les livres saints, comme nous l'apprend celui des Machabées (3), quelque chose qui eût du. rapport avec leurs idées d'idolâtrie: expanderunt libro* legi* de quibus scrutabantur génies similitudinem simulachrorum xuorum.
Ils avaient déguisé Eve en Isis (4), Tubalcaïn en Vulcain, Noema sa sœur dont le nom signifie belle en Vénus , Noé en Saturne (5) , ses trois fils Sem , Cham et Japhet en Jupiter, Neptune et Pluton, Moïse en Bacchus (6), Samson en Hercule etc., ce qui a fait dire à un savant (7), au sujet du passage d'Homère sur les trois dragons que Saturne avait placés dans les nues , que s'il se trouve une si grande ressemblance entre les mœurs des héros qui figurent dans ses poèmes et celles des anciens patriarches , c'est que tous les hommes étaient descendus de Noé; qu'ils avaient conseryë chacun de leur côté les traditions originales.
D'autre part, la reconnaissance et la tendresse pour les morts les portèrent à consacrer leur mémoire. La vénération pour les princes passa jusqu'à l'adoration. Enfin les objets de toutes les passions sont devenus les objets du culte d'une religion toute charnelle. Si l'on joint à tout cela plusieurs superstitions gauloises que les Romains ne purent venir à bout d'anéantir, il devait résulter d'un
(1) Mém. de lActd. de SoisMM. (5) Teriol. Apologel.
{•) Milhol., «ipr., p. 619. (6) Mém. de Trtrooi, mpr.
(3) Mèchâb., I. 1 , c. M. rerw W. (7) Joura. de Verdun, Joill. 1770. p. H.
(4j Mém. de Triton, man 1708, p. 10.
pareil mélange une religion plus ridicule encore, si Ton peut parier ainsi, que la grecque et la romaine, de sorte que jamais l'esprit humain n'a fait voir tant de misères et de faiblesses que dans le choix extravagant des objets de son culte.
C'est donc à la même époque qu'on doit rapporter les statues et les temples que l'art a élevés aux faux dieux dans la Prorince. Il paraîtrait que les Romains eurent bien de la peine à empêcher nos pères de sacrifier dans les forêts, et à se servir des arbres pour représenter les dieux, car César avant fait abattre des arbres d'une forêt sacrée dans les environs de Marseille, pour les employer au siège de la ville, les soldats gaulois ne prirent la coiguèe qu'en tremblant, effrayés par la majesté du lieu, et par la crainte qu'en frappant les chênes sacrés, elle ne réfléchit sur eux-mêmes:
Tremuere minus motique verendi
MajesUle loti, si robora sacra ferirent,
In sas eredebant rediluras membra seèvres (1).
Du temps de Lucain les simulacres de leurs dieux étaient encore des troncs de chêne coupé :
Sunulacraque mœ>U Deorum,
Arte cirent, ecsisqne extant informia (rancis (1).
Sous le règne même de Marc-Aurèle (3), la statue du Jupiter Gaulois n'était qu'un chêne fort élevé; ce qui pourrait donner lieu de croire que ces nouveaux maîtres ne les gênèrent point absolument sur l'article , pourvu qu'ils ne se dispensassent pas dans les actes publics de suivre et de pratiquer la religion dominante (4). Si l'on vit donc s'élever de tous côtés dans la Belgique des temples où furent déposées les statues qui représentaient et les anciens dieux du pars et* ceux des Romains, ce fut l'ouvrage de ceux-ci plutôt que des Belges. Le temple bâti à Lyon , au confluent du Rhône et de la Saône par les soixantequatre cités des Gaules en l'honneur de Rome et d'Auguste , fut vraisemblablement le modèle des nouveaux temples.