‹ Introduction à l'histoire générale de la province de PicardieChapitre 86 sur 294 · LES AUTRES POUR ISIS · texte numérisé non relu

LES AUTRES POUR ISIS

Cybèle a été confondue avec Isi*. M. Banier même n'est pas éloigné de croire que ces deux divinités n'en font qu'une. Cependant les mythologistes prétendent qu'/n> était dans l'Egypte ce qu'était Cérès en Italie, c'est-à-dire fille de Saturne et de Rhea ou Cybèle. Ce qu'il y a de certain , c'est que Cérès a laissé en Picardie des marques de son culte sous ses deux noms différents , égyptien et romain. On a trouvé à Soissons en 1982, en jetant les fondements d'une des salles de l'Hôtel- Dieu, une pierre longue de 4 pieds environ et de 2 pieds de large , sur laquelle était gravée l'inscription suivante :

■ si

M TBl ONT MAE ET SEBAPI

EXPECTA

METIS. AU G. D.

Dom Mabillon (I) a cru qu'on pouvait lire ainsi les mots abrégés: expectato »eu eapeotatissimo Métis Augur deorum vota solvit lubens , en prenant Métis pour le nom de la personne qui s'acquittait du vœu. M. Spon suppose, au contraire, suivant une lettre de M. Nicaise, de Dijon, écrite à D. Mabillon le 17 de février 1685, qu'après Serapi il y a servus ou libertin d'effacé et qu'il faut rétablir Exspeotatus, nom propre de l'affranchi à'Hermetit Augustae dispensait Veter. antlect, U it, p. 91

torit. L'abbé Le Bœuf (1), qui a vérifié cette inscription, lit aussi Hermetit Auy. Hisp. Comme dans les choses douteuses, chacun peut dire son sentiment, voici le nôtre sur les trois dernières lignes : Extpectatut vernemetit Augustae dispensator totum tolvit lubent ou lubenter , c'est-ù-dire que Exspectatus , dispensateur du grand temple d'Auguste des Soissonnois, nom romain de la Tille de Soissons, a satisfait volontiers au vœu qu'il avait fait à Isis Myrionyme et à Serapis. L'abbé Le Bœuf croit que Serapis est le même qu'Oiirit. Myrionymne est donné ici , ainsi que dans une autre inscription trouvée en Bavière (2), à hit, comme un des noms sous lesquels elle était révérée. Nous avons dit ailleurs que vernemetit était un composé de deux mots gaulois, savoir, rer, qui veut dire grand, et nemetit, qui signifie un temple; c'était sans doute le Capitole de Soissons dont nous avons parlé. Extpectatut est en effet le nom propre d'un Romain. La pierre sur laquelle l'inscription a été gravée se voit encore dans le jardin de l'Hôtel-Dieu de Saint-Gervais. L'abbé Le Bœuf prétend qu'elle n'est point entière, que la partie qui a été rompue devait être chargée de figures relatives à l'inscription , par lesquelles on pouvait juger sous quels symboles hit et Serapis étaient honorés à Soissons. Elle a été découverte dans un lieu assez voisin de la sacristie de la cathédrale où, selon une ancienne tradition, le temple consacré aux idoles était bâti.

statcb tiouvée a H **1 donc certain qu'lsis avait un culte particulier à Soissons. C'est ce qui a soissons, qo'ox a porté, sans doute, quelques Soissonnois (3) à croire que la belle statue de marbre piisb focs celle qui fut trouvée en 1550 ou 1551 dans les souterrains du château d'albâtre était la D ISI!> figure d'Isis. Elle représentait une femme nue, de la plus haute taille, à laquelle

il ne manquait que la tète ; mais nous croyons que la tète a été retrouvée dans une seconde fouille faite au même endroit du temps de M. Melliand, intendant de Soissons. Cette statue fut exposée pendant longtemps dans la petite cour de l'Evèché.H. de Roucy la fit transporter ensuite dans la grande salle de son palais épiscopal, où elle est demeurée jusqu'à ce quelle fût employée , dit l'historien de Soissons , à un meilleur usage. Dormay prétend que c'est Minerve. Il est plus probable que c'est Isis, et que de ce nom sont venus ceux de Joli, Josienne et Jausi; l'un est le nom d'une rue de la ville de Soissons, tout près de la cathédrale ; l'autre, le nom d'un ancien moulin de Saint-Médard, qui était situé entre la ville et l'abbaye. Jauti est le nom d'un village qui est sur le grand chemin de Soissons à Compiègne. On trouve dans le canton du Vermandois, deux

(I) Duterl. iu le Soi»., p. 100 , note. (S) Berlin, but. MS. de Soissons. --DormiT, but. de

(S) Alcalin, »nn*l. BtJor.J.t.— Grnter. inieript. p. 83. Soiii., I.i, p. il, et t. a. p. 4SI.

villages dont les noms ont plus d'analogie encore avec celui d'/m , savoir : Essignj-le-Grand et Essigny-le-Petit, nommés en latin, Itiniacu* et iriacenris parocchiat etc.

Par une suite naturelle du culte d'/m , les Belges devaient célébrer aussi celui PCTITE p10cre à'Oririt, qu'elle eut, disent les mythologistes , pour frère et pour mari. 11 prêtre d'osiris, n'existe dans la province aucun monument particulier de ce dieu, à moins que trouvée rn picar- Serapi», de l'inscription de Soissons, ne fût le même qu'On'r»*. Comme l'a pensé D,Elabbé Le Bœuf (l), l'un et l'autre représentent le soleil. On a trouvé, non en Flandre (2) , mais en Picardie , à la porte de Péronne , ou plutôt au pied du

Mont-Saint-Quentin, un prêtre d* Otiri* de bronze fondu massif (n.* ) de

deux pouces six lignes de haut. Le travail en est aussi simple que la figure est commune. Le fond des jeux est d'argent (3). Le col est paré d'un large collier; les deux mains fermées , appuyées l'une contre l'autre sur la poitrine , sont percées pour porter, sans doute, quelques instruments mobiles qui ne subsistent plus. Elle porte au menton la plante Pertea. Sa coiffure est formée par le fruit colocasia , ornée sur le devant d'un serpent , et sur les cotés de deux ailerons, dont les bases portent une petite belière fixe et trouée.

Nous sarons qu'on a découvert dans notre province plusieurs monuments de isoles ob céres. la fille de Cybèle, sous le nom romain de Cérès; mais nous n'en avons vu aucun. Suivant des mémoires manuscrits sur le Beauvoisis, on a trouvé une Cérès à Lieuviller parmi les ruines d'un vieux bâtiment; mais ces mémoires n'entrent dans aucun détail ; ils nous apprennent seulement que les figures de Cérès étaient petites et de bronze. D'autres de M. de Nully, chanoine de Beau vais, sur Beauvoir, secours de Vendeur! , portent qu'il s'est trouvé de son temps, au pied du Mont du Calelct, de petites idoles de Cérès. Ainsi, le culte de celte divinité devait être aussi célèbre, pour le moins, dans la province, que l'était celui de sa mère.

Les deui grandes solennités qui s'y célébraient tous les ans , comme à Rome, iESTE8 „E, rÊTts BK vers le 15 de février et le 25 d'avril, suppléeront au défaut des monuments. La cérès, nommée* première était en mémoire des peines qu'elle s'était données pour retrouver sa «ju.vjw.vs da:is la fille Proscrpine que Pluton avait enlevée. Elle la chercha jour et nuit par mer hcamme. et par terre ; pour s'éclairer pendant la nuit , Cérès allumait un flambeau ; c'est pourquoi elle est représentée une torche flamboyante à la main. De là la fête des Brandon» en Picardie, des Flambardt en Normandie], des Bure* ou des

(I) DiMeri. tur le Soi»., loprâ. (S) IbW., p. 66.

<xi Rec.d'aaUq., t.vi, p. iOI.

Buires en Champagne , dans la partie de la Picardie qui lui est voisine ; et dans quelques autres lieux particuliers, Borde» ou Bordées.

Nos pères nommaient brandon* un flambeau, une torche de cire ou de paille, un tison : un grans brandon* de feu , disent les grandes chroniques de Saint- Denis, sous l'an 584, courût à minuict parmi le Ciel en ri grand habondance, que liair en resplindit aussi comme s'il fust cl ères jours. La cérémonie de la fête consistait à courir dans la nuit par les champs , un brandon à la main. Depuis l'établissement de la religion chrétienne jusqu'à nos jours, la cérémonie s'est perpétuée le premier dimanche de Carême (1), et dans quelques cantons de notre province où elle n'est pas encore tombée dans l'oubli , elle y est connue sous les noms différents de Brandons, de Bourdon, de Bourdis, de Behourdis , d'Ourdie, etc. Dans ceux où elle est totalement abolie , il y reste des preuves de son ancienne existence ou dans la tradition orale , ou dans des monuments authentiques ; car cette cérémonie a fait époque , comme bien d'autres dont nous avons parlé , dans les actes civils et ecclésiastiques , et même dans les livres liturgiques. Le premier dimanche de Carême, dit M. Deslions (2), doyen de l'église de Senlis, dans son premier discours stir le Roi de la Fève et le Roi boit , porte le titre de Dimanche-aux-Brandons dans quelques livres ecclésiastiques. En voici les preuves par ordre des cantons de la Picardie.

dans i.'amiéxoi3. La mémoire des Brandons s'était conservée dans IWmiénois. Suivant un vieux registre de la Maladrerie de la Madelcine-lès-Amiens , le Roi lui donnait dix livres à titre d'aumône, tous les ans, .le tour des Brandons. On lit dans un autre, de l'Hôtel-de- Ville d'Amiens, cote E : Item, du jour de le Saint-George

l'an 1 302 , deskes au mardi après les Brandons Item , du mardi après

les Brandons l'an 1 302 (1 303) que messire Bisée eut les monnoies jusqu'à la veille Saint-Bertremieu , l'an 1303.

Nous avons une sentence de Pierre Kaimond de Rappestain , bailli d'Amiens, de l'an 1321 , en faveur de l'abbaye de Corbie contre la dame de Boves, donnée en l'assise d'Amiens , qui commencha le lundi prochain après les Brandons 1320. Une autre du bailli Robert de Marines (3) commence ainsi : Sçaohent tous que en l'assise d'Amiens tenue par nous , qui commencha le lundy prochain après les Brandons mil CCC vingt et deux (1322). Une troisième du bailli Galeran de Vaux , en faveur de la même abbaye , fut prononcée aux assises d'Amiens, qui commenchèrent le jeudi après les Brandons mil CCC et trente.

(1) Senno.lnnoc.PP.iiidePunOMt. (S) Caria1. S. Fuse., fol. lïO, n.* .

Une quatrième , desdits jours et an , en faveur de l'abbaye de Saint-Riquier contre celle de Valoires, est datée de même. Enfin, une requête de l'an 1337 (1) commence en ces termes : Pardevant Pierre Le Courant, baillions d'Amiens, en l'assice d'Amiens , qui commencha le jeudi prochain après le» Brandon» l'an 1336.

Dans le Beauvoisis, une charte de l'abbaye de Froimont, expédiée à Jouy, est datée de l'an 1263 (1264) : die merourii post Brandones. On lit dans une autre du mois d'août 1281, que le desservant d'une chapelle fondée dans l'église paroissiale de N.-D. de Chambly , sera tenu d'y dire la messe tous les jours au point de l'aurore : a festo S. Betnigii ad Brandones , et au lever du soleil : a Brandonibu» utque ad fetlum S. Betnigii. Une autre de l'abbaye de Saint-Quentin de Beauvais de l'an 1285: anno 1284, die martis post Brandones (2). Des lettres de Raoul Dargies, seigneur de Breteuil , en faveur de l'abbaye de cette ville, portent : anno 1289 (1290) mente februario , die mercurii ante Brandones (3). D'autres en faveur de l'abbaye de Froimont : anno 1298 (1294) die sabbato post Brandones. Un titre de Guillaume de Hangest pour celle de Royaumont : an 1295 (1296) samedi après le* Brandons (4). Une sentence du bailliage de Beauvais : l'an de grâce mil et Ùl et X le merquedi après les Brandons fu resaisis Chapitre de Biauvez de un homme que l'agent l'abbé S. Denis à Tavelions, en le terre de Chapitre, avoit pendu (5). Une transaction entre l'évèque de Beauvais et son Chapitre : datum anno domini millésime CCC quinto decimo die sabbati post Brandones (6). Une lettre de l official de Beauvais en faveur de l'Hôtel-Dicu : die jovis post Brandones M. CCC. XIX. (Original). En£n, l'évèque de Beauvais s'étant plaint que le seigneur de Milly, à cause de sa chàtellenie de Milly , faisait garder par manière de justice à Marseille et au terroir au jour des Brandons, quoique Marseille relevât de Clermont, les parties transigèrent le 12 mars 1354 (7).

Dans le Corbiois , on trouve couché dans un compte du prévôt de l'abbaye de Corbie pour l'an 1319 (1320): Bechut XXX t. paresis par le main monsieur de Corbie baillius, le merquedi après les Brandons. Dans un autre du receveur général pour les années 1345 et 1346 : depuis le merquedy devant les Brandons l'an 1345.

Dans le Laonnois, l'abbaye de Tenailles (8) avait des cens à Crépy, paya-

is BEAUVOUI*

DAMS Lf CORBIOIS.

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